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 Le loup a faim [Nikolaï Dmitriev]
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  • Harriet Love
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MessageSujet: Le loup a faim [Nikolaï Dmitriev]   Dim 18 Jan - 22:43:06

« J'étais sensée être une indic, rien de plus. Vous me demandez maintenant de jouer les espionnes ? »
L'homme face à la sorcière croisa les bras et s'enfonça dans le dossier de sa chaise, l'air amusé.
« Oh, ce ne sera pas la première fois que vous joueriez à ce genre de jeu. N'est-ce pas, Miss Love ?
- Mais je n'aurai aucune crédibilité ! Enfin, regardez-moi, je n'ai rien à faire dans ce genre de village sordide et ça se verra tout de suite ! rétorqua Harriet, empourprée d'indignation.
- Ne faites pas de caprice sous le prétexte que vous ne supportez pas de jouer le rôle d'un simple sous-fifre. »
Touché. Les yeux de l'ancienne membre du Damier s'enflammèrent, mais elle garda son sang-froid, inspirant une bouffée d'air viciée par la fumée échappée de la pipe de son interlocuteur.  
« Ce n'est pas ça, j'ai toujours eu ce rôle et je m'en accommode très bien, seulement je ne…
- Ne mentez pas, Harriet. Je sais de quelles charges on vous a sauvée. Vous et moi savons très bien que ça ne se résumait pas à la seule prostitution et au vol de quelques-uns de vos soit-disant clients. Vous avez les compétences. Vous irez. Et vous ferez en sorte de coller à l'ambiance, n'est-ce pas ? Vous avez bien quelques tenues adaptées au décor dans l'immense dressing dont vous jouissez, à l'heure où vous devriez simplement vous contenter d'une cellule à Azkaban ? »

Bien qu'il n'y avait plus un seul détraqueur à Azkaban aujourd'hui, la seule mention de la prison pour sorciers suffit à faire pâlir Harriet. Raidie, debout devant cet homme qui ne se démontait ni devant son charme, ni devant ses rebuffades, la sorcière rendit les armes.
« Quand ?
- Ce soir, mais veillez cependant à ne pas vous attarder à la nuit tombée. Cette place est mal fréquentée. »
« Vous m'en direz tant ! » songea-t-elle en roulant des yeux. Le Veilleur, ce John dont elle n'était pas sûre que ce fut vraiment son prénom, avait-il conscience qu'elle faisait une pitoyable adversaire au combat ? Il y avait à espérer, oui, qu'elle ne fasse aucune mauvaise rencontre, car ses seules vraies compétences en magie ne la sortiraient pas longtemps de l'embarras. La métamorphose, ça impressionnait la galerie, mais face à un agresseur, c'était très loin d'être l'idéal. Elle était cependant trop fière pour le faire remarquer. Aussi, écouta-t-elle les instructions de son commanditaire, avant de prendre congé de lui lorsqu'il l'y invita.

♠ ♠

Un « crac » sonore retentit dans une ruelle, effrayant le seul témoin de l'apparition d'Harriet. Le chat détala ventre à terre, tandis que la sorcière marchait d'un pas qui se voulait assuré dans la direction opposée.
Le soleil, aussi gris que cette ville dévastée, n'était plus très haut dans le ciel, mais la sorcière espérait bien avoir assez de temps devant elle. Tout en marchant vers « l'auberge voyageurs » d'O'Connor, elle se concentra pour oublier son appréhension. Le plan était simple, elle n'avait pas eu besoin de se le faire répéter deux fois. Seulement, cela faisait quasiment deux ans que l'ex-escort n'avait plus pratiqué la moindre infiltration, ni aucune intrigue de cet acabit. Deux ans. Le temps s'était écoulé lentement, très lentement pour la courtisane, si bien que ce genre d'actes semblaient lui provenir d'une autre vie. Une vie riche, palpitante, salissante mais où sa soif d'adrénaline était perpétuellement comblée. La Harriet qui frappait à la porte d'O'Connor était une pauvre enveloppe asséchée par une soif que rien, ou presque, n'était plus venu apaiser. De là aussi venait son appréhension. Elle ne savait pas comment elle allait gérer la pression. Elle devait rester sur ses gardes mais, déjà, une petite diablesse s'éveillait, excitée par la perspective de flirter avec le danger. C'était une petite créature dont il fallait se méfier, car son inconséquence alliée à son masochisme avait failli mener plus d'une fois Harriet à sa perte. La porte s'ouvrit, laissant découvrir au sang-pur décharné la pulpeuse sorcière vêtue d'une courte robe noire qui se tenait sur le pas de sa porte. À la surprise succéda une curiosité pas tout à fait innocente, dans les yeux du contrebandier.

♠ ♠

« Et vous dites que c'est le Kappa qui vous envoie ? demanda O'Connor.
Harriet acquiesça, soutenant le regard de l'horrible bonhomme.
- C'est surprenant, ce n'est pas le genre d'artefacts qu'il a l'habitude de commander... insista-t-il, scrutant sa potentielle cliente.
- Car ce n'est pas lui qui commande, c'est lui qui a passé l'info. Vous pourrez avoir un nouveau client, et un client de taille, dans quelques instants. Il suffit de me dire si vous pouvez me procurer, oui ou non, cette opale dont tout le monde parle.
- Votre patron, un grand collectionneur, c'est ça ?
- Ma patronne, et oui. On peut dire ça comme ça.
- Pourquoi avoir attendu si longtemps pour se manifester, alors ?
- Allons O'Connor, vous savez bien qu'il y a eu des temps plus faciles pour l'achat en contrebande. S'aventurer ici n'est pas simple pour une dame.
- Dame... Que vous êtes, pourtant.
- J'en suis d'une toute autre sorte. »
Harriet fixa l'homme d'un regard entendu. Elle ne doutait pas une seconde de paraître crédible. Elle savait jouer la comédie, et même plutôt bien. Ses années de théâtre autant que ses années d'escortisme y étaient pour quelque chose. Mentir, jouer, étaient depuis son quotidien. Son rôle ne l'avait pas vraiment quitté. À croire, pensait-elle parfois avec horreur, que sa véritable identité s'était, elle, envolée.
O'Connor se redressa sur son siège, l'observa encore, les yeux bifurquant une seconde vers sa gorge, puis se leva pour la conduire à une porte que, jusque là, Harriet n'avait pas remarqué. Surprise, elle ne se décontenança cependant pas et suivit le sorcier.

Quand elle passa la porte, Harriet se retrouva dans une arrière-cour bien plus vaste qu'elle ne l'avait présagé. Si vaste que des allées entières de stands s'enchevêtraient comme de petites rues. Murée dans sa façade de rebelle, elle ne laissa pas la curiosité qu'elle éprouvait se lire sur son visage.
« Je vais vous présenter votre interlocuteur pour cette transaction. Suivez-moi. »
Sans un mot, la courtisane se cala sur le pas d'O'Connor, traversant ces ruelles de stands à la marchandise. Ses grands yeux détaillèrent les quelques raretés qu'elle y décelait avec une avidité non feinte.
« Voici Angus. Angus, Penelope. Penny - vous permettez que je vous appelle comme ça, ma mignonne ? - vient au nom de sa patronne marchander pour l'opale dont lui a parlé le Kappa. Occupe-toi d'elle, c'est le genre d'affaire qui te regardent. »
Les deux hommes échangèrent un regard devant Harriet, qui demeurait pétrifiée. Cet Angus, elle le reconnaissait. Il faisait, ou avait fait, parti du clan McGregor. Le Fléreur, c'était ainsi qu'on le surnommait dans le milieu. Le Fléreur, car il faisait parti de ces hommes capables de sentir la menace et l'entourloupe à des lieues à la ronde. Un des hommes de confiance du clan McGregor, que l'ancienne lieutenant du clan Murray n'appréciait pas de rencontrer dans ces circonstances. Avait-elle pâli ? Elle l'ignorait, mais espérait de tout cœur que son malaise ne se lise pas sur son visage, cette fois. Elle n'aimait pas ça, et se sentait prise soudainement au piège. Elle n'avait pas souvenir que le Fléreur fut le genre à être envoyé pour marchander, et qu'O'Connor l'amène à lui ne lui disait rien qui vaille.
« On va régler cette affaire en privé. »

La grande brute ne s'embarrassa pas de manières, entraînant Harriet en enfermant son bras dans l'étau serré de ses doigts. Des doigts immenses, en comparaison à son petit bras frêle, où elle imaginait déjà en grimaçant se former un bleu.
« Qu'est-ce qui vous prend, vous êtes malade ?! Lâchez-moi ! »
Conserver son rôle et son sang-froid, ne surtout pas suivre en coupable silencieuse. Il l'avait sûrement reconnue et son cœur battait la chamade à cette seule idée. Seulement, elle avait certainement encore le moyen de s'en sortir. Si elle continuait à assurer la mascarade.

Harriet se retrouva dans le hall d'entrée délabré d'un immeuble abandonné, et vit la porte se fermer sur eux. Ce foutu Fléreur ne lui avait pas donné une réponse, et elle constatait à présent que son intuition avait été la bonne : elle était repérée. Intuition qui se confirma définitivement quand le sorcier la plaqua dos contre le mur, l'y maintenant de force en lui serrant la gorge.
« Penelope, hein ? Tu te fous de la gueule de qui ?
- L...Lâche-moi, abruti ! C... c'est mon... deuxième...prénom ! »
La brute desserra son étreinte sans pour autant la cesser, mais Harriet pu respirer plus librement.
« Et qu'est-ce que tu fous là ?
- Du shopping ? Je l'ai dit, je viens pour ma patronne.
- Toi, tu as une patronne ? Je sais qui t'es, la Corruptrice… Tu laisserais jamais une femme te mener en laisse, me fais pas marcher.
- Ok, ok... je viens en mon nom en vérité, mais je n'ai pas envie que ça se sache. J'avais espéré rester discrète.
- Tu aurais mieux fait de le rester. Y a pas mal de rumeurs qui se racontent sur toi. À commencer par ta trahison et ta soudaine disparition le jour où ton cher Murray aurait eu besoin qu'on lui prête main forte. Mais le plus intéressant, c'est la question qu'on se pose dans le milieu... Comment tu as évité Azkaban après que les flics soient venus te pêcher à domicile, hm ?
- Qui a...
- Ta gueule. Essaie pas de nier. Tu crois qu'on a pas su que tu étais de retour dès que tu as reposé tes bottines en Angleterre ? Tu crois que seuls les aurors t'avaient mise sous surveillance ? Tu crois que si t'es encore en vie, c'est parce qu'on t'a oubliée ? Non, cocotte, c'est parce que les aurors t'ont pêchée avant. On sait que le Kappa a bavé au Ministère. Il n'est plus des nôtres. Et comme par hasard, tu débarques quelques jours après qu'on l'ait surpris. Il est temps que tu paies. Maintenant que je t'ai, je vais pas te lâcher tout de suite… Depuis le temps que je rêve de te choper… »

Cela se passa si vite qu'Harriet eut du mal à analyser tout ce qui s'était passé en l'espace d'une ou deux secondes. Elle eut seulement le souvenir d'avoir tenté d'attraper sa baguette, puis d'avoir entendu un craquement atroce quand son agresseur l'en avait empêchée en s'emparant de son poignet. Un hurlement lui avait échappé, sans qu'elle n'ait su dire si c'était davantage la stupeur que la douleur qui l'avait fait réagir et, avec l'énergie insufflée par la peur, elle avait rétorqué d'un coup de genou. Alors que le sorcier se pliait en deux en étouffant un cri, elle s'était précipité vers la porte et avait tenté d'atteindre la poignée. Mais elle avait fini sa course dans un plongeon qui s'acheva sur le carrelage et des bras féroces l'avaient tournée sur le dos.
Traînée sous un torse fulminant et un visage rouge de colère, elle se débattit férocement. Elle savait qu'elle ne pouvait s'échapper, cette fois. Elle n'avait plus d'alliés, plus personne pour prendre sa défense. Elle était seule. Mais elle ne pouvait pas, par instinct, se soumettre avec résignation. Cela rendrait les choses encore plus pénibles et douloureuses, mais elle ne pouvait pas se calmer. Même alors que la main de Fléreur s'abattit sur sa bouche pour étouffer son cri furieux.

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MessageSujet: Re: Le loup a faim [Nikolaï Dmitriev]   Mer 21 Jan - 20:32:35

Huit mois. Pas même un an. Voilà le temps qu’il avait fallu pour que son fichu patronyme le rattrape. Il avait pourtant cru qu’une fois passées les questions inconfortables posées le jour de son entretien d’embauche, la question serait réglée. Il avait eu tort. Car si les chuchotements souvent bien mal dissimulés sur son passage étaient une chose, la situation dans laquelle il se trouvait actuellement en était une autre d’un tout autre calibre. Et il était prêt à mettre sa baguette à couper que l’absence pour raisons personnelles de son formateur n’était pas une coïncidence. Non pas qu’il soupçonnât le vieil O’Toole de comploter derrière son dos, mais il était sûr que quiconque était à l’origine de la « mission » qu’on venait de lui confier avait profité de l’absence de l’Irlandais pour passer à l’acte.

En effet, Nikolaï était certain que le Tireur vétéran, derrière sa rustre façade et ses manières laissant plus qu’à désirer, l’appréciait sincèrement et avait facilité son intégration en le « protégeant » à sa façon. Autrement dit, en lui donnant les tâches les plus compliquées et en prouvant de cette manière ses capacités à tous. Le jeune homme aurait même parié son salaire du mois que, parmi les cinq Apprentis sous la tutelle d’O’Toole, il était son favori et ce même si le principal concerné refuserait probablement de l’avouer y compris sous Véritaserum. En même temps, il était le seul que les remarques tranchantes du vieil homme n’affectaient pas sur le plan psychologique, une enfance passée au milieu de mafieux aidant en la matière. Ainsi, il savait passer outre le ton brusque pour ne retenir que les critiques constructives alors qu’au début de leur formation, ses camarades hésitaient souvent entre fondre en larmes ou piquer une crise de nerfs. Bien sûr, au bout de quelques mois, les quatre autres s’étaient habitués à la manière d’agir d’O’Toole mais des « incidents » continuaient de survenir de temps à autres.

Quoiqu’il en fût, O’Toole n’était aujourd’hui pas là pour protéger ses arrières et il allait devoir se débrouiller comme un grand. D’un côté, l’idée d’une mission en solitaire – la première de sa jeune carrière soi-dit en passant – l’excitait réellement, de l’autre la nature de la mission lui faisait craindre le pire. Car, pour autant que le rat mielleux de bureaucrate qui lui avait tendu le parchemin détaillant les actions attendues de lui avait insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une simple mission de reconnaissance avant l’envoi d’une véritable équipe d’intervention, ils savaient tous deux qu’il n’y avait rien de bénin à envoyer un Apprenti seul dans l’Impasse du Loup. Et l’excuse foireuse selon laquelle « ses compétences particulières » - comprendre son ascendance mafieuse - le désignaient tout naturellement pour déterminer quels types de trafics illégaux se déroulaient n’était rien de plus que le couteau qu’on enfonçait dans la plaie. Un rappel de plus qu’il n’était pas vraiment un des leurs et que le soupçon sur ses réelles intentions n’était pas prêt de disparaître du jour au lendemain. Ce qui n’aurait pas été grave - l’avis des gens lui importait peu - s’ils lui avaient permis de faire son job en paix au lieu de l’envoyer dans une mission clairement beaucoup trop dangereuse pour un simple Apprenti sans supervision.

Par ailleurs, s’il n’avait pas craint de perdre son job, il aurait également fait remarquer qu’alors qu’il avait passé l’essentiel de son enfance entre les murs de Poudlard, sa connaissance des « affaires familiales » était loin d’être aussi développée que certains semblaient le croire. A la place, il s’était contenté de serrer les dents, traiter mentalement le connard face à lui de tous les noms d’oiseau qu’il connaissait tant en russe qu’en anglais et de partir préparer ses affaires. Il avait ainsi retiré à contrecœur sa tenue de Tireur et était allé se servir dans la réserve de « tenues d’infiltration » du Département. Comprendre qu’il avait tant bien que mal fini par trouver une robe vert sombre à sa taille qui évitait d’attirer l’attention sur lui sans le faire passer pour un sans-logis pour autant. C’est qu’il ne pouvait décemment pas se pointer habillé de ses robes de haute couture habituelles, ç’aurait été suicidaire. Tout au moins encore plus que ne l’était déjà la mission en elle-même. Par précaution, il avait également allongé la longueur de ses cheveux d’un simple sort. Il aurait bien voulu changer la couleur de ses yeux par la même occasion, de peur d’être reconnu par un ancien membre quelconque du Damier – il était après tout fils d’un des principaux parrains – mais il ne maîtrisait pas assez la métamorphose humaine pour se lancer. Dans le meilleur des cas, sa couleur naturelle reviendrait en plein milieu de la mission, ce qui s’avèrerait gênant. Dans le pire des cas, il s’aveuglerait lui-même. Il se contenta donc de faire tomber la longue mèche qu’il s’était créé sur ses yeux et pria pour que ce soit suffisant.

Il passa ensuite chercher la collection de potions de force illégales que des membres de la Brigade de police magique avaient raflé la semaine précédente dans une boutique de l’Allée des Embrumes et qui devait constituer son passe d’entrée dans l’Impasse. Puis, il transplana jusque sur les brumeuses terres irlandaises. En arrivant, il ne put retenir une pensée pour O’Toole mais se reconcentra bien vite, sachant que la moindre distraction pouvait s’avérer fatale. Vérifiant que les potions avaient bien supporté le voyage, il se dirigea dans la direction de l’auberge O’Connor. Il prit son temps et fit semblant de se perdre pour rajouter à sa couverture de jeune receleur dépassé par les événements mais tentant tout de même sa première entrée dans le monde des grands.

Lorsqu’il frappa, il remercia les dieux quand ce fut la fille O’Connor qui lui ouvrit. Non seulement, il avait nettement moins de chances de se faire reconnaître mais, de plus, il savait qu’il pourrait jouer de son physique pour qu’elle le laisse rentrer si le besoin venait à s’en faire sentir. Pour une fois que sa bouille d’ange allait lui servir à quelque chose !


-Je peux vous aider ?
-Oui… enfin je… j’ai de la marchandise à écouler, déclara-t-il sans grande assurance et en s’efforçant de forcer au maximum son accent.
-De la marchandise ? C’est une auberge ici, je crois que vous faites erreur sur le lieu.
-Mais on m’avait dit que …

Il ouvrit alors sa sacoche et laissa voir la trentaine de potions qui s’y trouvaient. Chacune valait bien ses trente-cinq gallions à cause des effets décuplés qu’elles produisaient par rapport aux potions de force normales. Malheureusement pour les acheteurs, les effets secondaires étaient également décuplés d’où leur illégalité mais puisqu’il ne comptait pas vendre quoique ce soit, il n’avait pas d’inquiétude à avoir de ce côté-là.

-Et on peut savoir où tu as trouvé tout ça ?
-L’Allée des Embrumes, je travaillais chez Jills&sons mais après le raid de la Brigade la semaine dernière, ce n’est plus sûr. Je suis parti avec ce que j’ai pu emporter. Mes papiers ne sont pas exactement en règle et je n’ai pas envie qu’ils me renvoient en Russie. Résultat, j’ai besoin d’argent et je ne pouvais décemment pas revendre la marchandise dans l’Allée donc, quand j’ai entendu parler de l’Impasse, je suis venu tenter ma chance.

Et de lui lancer un regard d’adolescent perdu. Honnêtement, il se trouvait ridicule et si Ara le voyait, elle se foutrait de sa gueule à vie, mais il fallait croire que c’était efficace car un sourire complice apparut sur les lèvres de l’aubergiste.

-Je ne devrais pas te laisser rentrer comme ça, sans référence, mais je t’aime bien. Si tu me laisses cinq potions, je te laisse passer. Deal ?
-Deal.

Un instant, il craint de n’avoir accepté trop vite mais il se dit que vu l’inexpérience de sa couverture ça passerait. Et effectivement ça passa. Il se délesta donc de cinq potions – et si ses supérieurs avaient quoique ce soit à y redire, ils pouvaient aller se faire voir – et suivit la jeune femme jusqu’à une porte habilement dissimulée. Il s’empressa ensuite de quitter les lieux et commença à déambuler entre les échoppes, déclenchant de manière régulière le sortilège dissimulé dans le bracelet accroché à son bras gauche et qui enregistrait une image des produits présentés sur les étals à chaque déclic.

Au bout d’une heure, il commençait à avoir faim et s’apprêtait à sortir le sac de Patacitrouilles qu’il transportait partout avec lui pour tromper la faim lorsqu’un cri suraigu attira son attention. La prudence aurait voulu qu’il passe son chemin sans s'arrêter mais ayant trop souvent été la victime – d’Alekseï – dont personne ne se préoccupait, il décida de s’approcher. Il se dirigea donc en courant vers la direction de laquelle était parvenue le cri mais ne croisa personne. Il s'apprêtait donc à repartir d'où il était venu, lorsque des bruits sourds attirèrent de nouveau son attention. Quelqu'un se battait derrière une des portes autour de lui. Il affina par conséquent son ouïe et, lorsqu'il fut certain d'être au bon endroit, lança un puissant Reducto sur la porte qui vola conséquemment en éclats.

Il eut alors quelques secondes pour déterminer la situation et remercia intérieurement O'Toole pour ses entraînements consistant à prendre des décisions dans l'instant. En effet, face à lui, un homme à la stature impressionnante se tenait par-dessus une femme visiblement en détresse. L'explosion lui ayant permis d'entrer avait néanmoins attiré leur attention à tous deux et il profita de l'instant d'incompréhension dans les yeux de l'homme pour s'approcher en deux enjambées et lui planter sa baguette dans le flanc. Puis, usant de la voix la plus glaciale qu'il possédait, déclara :


-Relève-toi sans geste brusque et laisse la dame tranquille ou ce n'est pas la porte qui sera ma prochaine cible.
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MessageSujet: Re: Le loup a faim [Nikolaï Dmitriev]   Jeu 29 Jan - 20:49:03

Ne pas se laisser battre sans donner tout ce qu'on avait. C'était une règle d'or lorsqu'on avait été Serpentard, catin, membre du Damier. Des coups, Harriet en avait reçu, plus d'une fois. Des agressions de ce genre, elle avait dû en subir aussi. Aucune aide providentielle ne survenait dans une chambre cloîtrée. Aucune aide ne viendrait non plus ici, dans l'impasse du loup. Mais si elle avait dû se laisser faire dans ces chambres, Harriet n'avait pas la moindre raison de faciliter, ici, la tâche de son agresseur.
Elle se débattait, furieusement, tentant de crier, rageuse, étouffant à moitié sous la main qui lui enfermait la bouche. Des glapissements étouffés, c'était tout ce qu'elle pouvait sortir, mais de sa main demeurée intacte, elle griffait de toutes ses forces la chair de l'homme qui tentait de la maintenir en place. Elle sentait la peau rester sous ses ongles manucurés, alors qu'elle lui lacérait le visage, quand un coup de poing l'assomma à moitié, en touchant son arcade. Une brume opaque succéda aux myriades d'étincelles qui avaient traversé son champ de vision et elle se sentit s'amollir, coupée net dans sa rage de survivre.

Sombrait-elle dans la folie, avait-elle reçu un nouveau coup, ou avait-elle bien entendu une explosion tonitruante derrière elle ? La main qui agrippait sa cuisse, filant ses bas de soie noire, se figea dans une étreinte douloureuse. Dans son champ de vision troublé, la sorcière devina son agresseur lever les yeux. Il regardait quelqu'un, et pendant un instant, Harriet craignit le pire. Un complice, quelqu'un qui voulait, lui aussi, sa part sur elle.
Son cœur battait trop fort pour qu'Harriet saisisse le clair des paroles de l'intrus, mais la façon dont il l'appela la percuta. Un potentiel agresseur ne l'aurait pas appelée « la dame ». Quelqu'un venait à sa rescousse, et cette information fut assez pour la faire émerger de sa semi-léthargie.

Le rire profondément moqueur du Fléreur répondit à la menace du jeune auror.
« Et tu vas faire quoi, petit ? Me lancer des échardes ? Dégage ! » Il voulut se relever, songeant sûrement à menacer l'inconnu qui était dorénavant une menace plus directe qu'Harriet, mais celle-ci choisit ce moment pour saisir sa chance. Entourant son bras sur la nuque de l'homme, elle s'appuya sur cette dernière pour se redresser et le mordre de toutes ses forces à la gorge. Le sorcier hurla, tenta de la faire lâcher, mais elle parvint à faire vaciller son appui pour le faire chuter sur le dos. Dans leur roulade, un morceau de peau - ou de chair ? - lui resta coincée entre les dents. Sans demander son reste, la sorcière profita de l'élan de la roulade pour s'écarter, achevant sa course allongée sur le dos, essoufflée. Si l'inconnu voulait achever son agresseur ou s'ils devaient se battre, elle préférait ne pas rester dans la ligne de mire.
Du sang, qui n'était pas le sien, teignait ses lèvres de pourpre. Sans plus se soucier des deux hommes, elle cracha ce qu'elle avait d'hémoglobine dans la bouche, écœurée et frémissante. Elle ne se serait jamais cru capable de faire une telle chose. Elle n'avait pas réfléchi, n'écoutant que son instinct et, peut-être, un elle ne savait quoi indescriptible qui le retournait le ventre depuis que les choses avaient tourné au vinaigre. Était-ce de la frustration, de la rancœur ? C'était quelque chose comme cela, quelque chose qu'elle ne s'expliquait pas.

« Ça suffit ! »
La voix reconnaissable d'O'Connor venait de retentir. Harriet releva vers lui un regard brumeux. Derrière-eux, le marché disparaissait plus vite que la sorcière ne l'aurait cru possible.
« Pars immédiatement si tu veux ressortir d'ici vivant, gamin ! »

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MessageSujet: Re: Le loup a faim [Nikolaï Dmitriev]   Lun 2 Fév - 21:26:35

Le mépris dans la voix de l’agresseur tira une moue d’agacement profond à Nikolaï. Il aurait pourtant dû savoir après toutes les années passées aux côtés de son frère que les grosses brutes étaient toutes dotées d’un ego surdimensionné que la simple idée d’être défait par plus petit que soi n’effleurait jamais. D’un autre côté, le dédain avec lequel il s’était adressé à lui démontrait que son accoutrement avait bien joué son rôle. Il passait pour plus insignifiant encore qu’il ne l’était. Quoique sur le moment, il aurait préféré impressionner un minimum le pachyderme face à lui. Parce que s’il avait toute confiance en ses capacités de duelliste et qu’il avait reçu suffisamment de coups durant sa vie pour savoir esquiver un crochet du droit, l’état dans lequel l’homme face à lui avait laissé sa victime avait de quoi inquiéter n’importe qui au moment de l’affronter.

Il n’eut cependant pas l’occasion de répondre de quelque manière que ce soit à la provocation du type parce qu’avant d’avoir seulement le temps de lui démontrer quels types d’échardes il pouvait lui enfoncer dans le lard, l’agressée se transforma en agresseur de manière plutôt violente. Elle lui planta d’ailleurs ses dents dans la gorge avec une telle aisance quele Russe en vint un instant à se demander si elle n’avait pas du sang de vampire dans les veines. Néanmoins, le manque évident de force dont elle avait fait preuve jusque-là venait contredire cette théorie. De même que la mine de dégoût qu’elle arbora dès qu’elle reprit ses esprits et réalisa qu’elle avait arraché un bout de chair au passage. Il s’apprêtait donc à profiter de la distraction provoquée par la jeune femme pour achever le type d’un bon Petrificus Totalus lorsqu’un nouveau venu fit son apparition et s’adressa à lui.

Il se retourna naturellement vers la source de la voix, non sans continuer de pointer sa baguette sur le premier sorcier, et dut alors mettre toutes ses capacités de maîtrise faciale à son service pour ne pas se décomposer à la vue du nouvel arrivant. O’Connor, rien que lui ! Maintenant c’était officiel, s’il ne l’était pas déjà avant, il venait de s’enfoncer dans la merde jusqu’au cou voire beaucoup plus haut. Le seul point positif de l’histoire c’était que sa tenue avait bien joué son rôle parce que l’Irlandais ne lui accorda pas un regard. Pas sûr qu’habillé et coiffé normalement il l’eut fait pour autant mais là au moins il était certain de ne pas attirer plus que nécessaire l’attention du régent de l’Impasse.

Malheureusement, même s’il aurait préféré – et de loin – ne pas laisser d’impression durable à O’Connor, il fallait croire que la situation allait l’obliger à se faire remarquer, et pas qu’un peu. Parce qu’il était tout bonnement impensable qu’il reparte d’où il était venu en abandonnant la sorcière à son sort. Non seulement il ne se le pardonnerait jamais mais, de plus, il était désormais un agent du Département de la Justice Magique et, en tant que tel, il avait un devoir de protection des civils. Même ceux qui fréquentaient l’Impasse du Loup. Car, s’il était clair que la jeune femme était moins inoffensive qu’elle n’y paraissait, à choisir, entre elle et les deux autres, il aurait parié sur la victoire des seconds. Et vu l’état dans lequel elle était déjà, tout portait à croire que leur victoire serait brutale.

Alors, réprimant un sourire amer devant l’ironie de la situation qui l’amenait aujourd’hui à se confronter à l’homme qu’Alekseï aurait payé pour réduire en pièces – son aîné n’ayant toujours pas accepté que l’Irlandais récupère les trois quarts du marché noir du pays – il usa de toute l’insolence qu’il possédait pour déclarer.


-La vie est survalorisée de nos jours alors je crois que je vais rester. Je m’en voudrais d’avoir détruit une porte pour ne pas assister à la fin de l’histoire.

Tandis que les paroles provocantes quittaient ses lèvres avec une facilité qui en disait long sur son attitude habituelle – sa répartie avait toujours été sa plus grande alliée tout comme sa pire ennemie – son esprit, lui, tournait à deux cent à l’heure pour trouver une échappatoire au merdier dans lequel il s’était fourré. Parce que cette fois-ci, il ne pouvait pas rejeter la faute sur un supérieur quelconque, il s’était enfoncé dans la mélasse jusqu’aux oreilles tout seul comme un grand. Et c’était donc de la même façon qu’il allait devoir s’en sortir. Et pour cela, la meilleure des défenses était encore l’attaque. Il choisit donc de profiter de l’instant de surprise que ses paroles provoquèrent chez son auditoire pour lancer un Petrificus Totalus au mastodonte sur sa droite. L’idée n’était pas tellement de l’atteindre que de profiter de son temps de réaction pour se faufiler jusqu’à la sorcière et lancer un Charme de Bouclier autour d’eux. Ça leur fournirait déjà quelques secondes de répit. Enfin, ça c’’était la théorie, restait à voir si la pratique allait suivre. Surtout qu’il devait aussi compter sur les réaction d’O’Connor.
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