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 Mirage d'outre-tombe [PV]
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  • Aïlin Bower
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MessageSujet: Mirage d'outre-tombe [PV]   Dim 6 Avr - 18:13:07

Les yeux encore marqués par le sommeil, Aïlin touillait machinalement sa cuiller dans sa tasse de thé, regardant Braddy, l'elfe de maison qui remplaçait Jenny depuis quelques temps déjà, s'avancer de son pas dodelinant vers lui, pressée. Elle tenait dans ses mains un petit paquet de lettres fraîchement reçues par hiboux. Comme à son habitude, il tendit la main vers l'elfe et celui-ci déposa la liasse entre les doigts de son employeur.
Aïlin rabaissa vers le sol sa jambe jusqu'alors repliée sur son siège et déposa sa tasse encore fumante sur la table basse, en profitant pour s'étirer. Il aurait volontiers dormi encore un peu. Cela ne lui ressemblait pas, d'ailleurs. Peut-être était-ce l'effet qu'avait le matin sur tous ceux qui travaillaient hors de chez eux à heure plus ou moins fixes, ce qu'il n'avait jamais vraiment connu, jusqu'alors ? À moins que ses voyages successifs et l'arrêt presque complet de prise de potions permettant de grappiller de précieuses heures d'éveil lui conférait un rythme de vie un peu plus humain. Toujours était-il que cet amas de lettres lui parvenant soudain l'ennuyait plus qu'il ne le réjouissait. Bower aurait volontiers profité encore de ce moment entre le songe et l'éveil, à rêvasser devant son thé favori. Le matin. C'était un moment de calme qu'il appréciait tout particulièrement.
D'un geste négligeant, il jeta les plus inintéressantes sur la table basse, sans adresser plus d'un vague coup d'œil à une partie d'entre elles.
« Client… client… Ah, facture de fournisseur, cela faisait longtemps. »
En revanche, un sourire naquit sur ses lèvres lorsqu'il découvrit l'écriture de son ami James sur une enveloppe soigneusement cachetée. Le jeune lord récupéra son thé et s'installa tranquillement dans le dossier de son fauteuil, pour lire les nouvelles que Kirby lui apportait. Ses missives étaient rares. Les deux jeunes hommes échangeaient plus ou moins régulièrement, mais sans jamais se presser, leur nature secrète et discrète n'aidant pas. Cependant, c'était toujours un moment agréable que de recevoir des nouvelles de son ami. Tandis que, buvant distraitement son thé, Aïlin songeait déjà à une réponse à lui adresser, Braddy récupéra le dernier courrier que le maître de maison n'avait encore regardé.
« Il reste encore ce carton, sir. Braddy a remarqué qu'il s'agissait d'une invitation au cocktail de Mrs MacAulay, samedi prochain.
— Oh, par Merlin ! Ça va encore être long et pénible… 
— Si Monsieur Bower a besoin d'une excuse, j'ai déjà… 
— Non, ça ira, Braddy. Cela fait trop longtemps que je ne me suis pas montré, c'est l'occasion. Au moins ses invités ont souvent quelque chose de… particulier, faute d'être toujours véritablement intéressants. »

C'était ainsi qu'Aïlin avait décidé d'aller à cette soirée. Cette soirée maudite, à laquelle il regrettait d'avoir pris part, à présent. D'une longue gorgée, il avait achevé son thé et s'était apprêté, avant de partir au travail. Le reste de la semaine, il n'avait guère plus songé à cette réception, jusqu'au jour J, où il s'était très élégamment apprêté, d'une cape à manches évasées, ourlée de motifs aux fil d'argent et d'azur, allant de paire avec ses boutons de manchettes favoris, en aigue-marine, ainsi qu'avec la pierre qu'il portait à son ascot de soie azur. Ses derbys fraîchement cirées rutilaient sous la coupe bien tombante de son pantalon de costume noir, lequel était accompagné d'un veston à trois boutons, en argent massif.

« Ah ! Monsieur Bower ! » le salua la vieille lady, hôte de la soirée. « Quel plaisir de vous voir sortir de votre laboratoire ! Il paraît que vous ne faites que cela de votre journée, est-ce bien vrai ? Oh, à votre âge, c'est d'un triste… Mais enfin, vous faites un merveilleux génie qu'il fait bon de connaître, alors, peut-on vraiment vous en blâmer ? » avant que le jeune homme n'ait vraiment le temps de répondre quoi que ce soit, MacAulay enchaînait. « Maintenant que vous êtes au Ministère, votre carrière va monter en flèche, je n'en doute pas. C'est un excellent choix stratégique. Vous êtes malin, félicitations. …En parlant de gens malins, venez, je vais vous présenter les petits nouveaux de ce soir… Dont une nouvelle apothicaire, bien de chez nous. Quelle jolie fille, tous les hommes vont lui tourner autour ce soir, pour sûr ! Moi, je l'invite surtout car aider un apothicaire, c'est s'aider soi-même, si vous voyez ce que je veux dire ! »
En riant, la vieille sorcière entraîna Bower parmi les convives, s'arrêtant de-ci de-là pour saluer les quelques anciens à qui elle concédait un intérêt poli juste pour s'assurer qu'ils restaient toujours dans ses petits papiers. Car cette excentrique vieille femme était une sorte de collectionneuse, en particulier de personnalités érudites. Elle aimait s'entourer de toutes sortes de chercheurs, car elle se voulait, elle aussi, une chercheuse dans l'âme. Cela n'était chez elle qu'un loisir, un passe-temps qui lui donnait l'air intelligent, mais elle avait un tel art pour former un réseau autour d'elle qu'elle était devenue la personne à connaître, et chez qui se rendre, pour s'assurer des rencontres décisives. Aussi, peu de sorciers refusaient ses invitations, aussi frivoles avaient-elles l'air, de prime abord. Elle se battait même certaines personnes avec le professeur Slughorn.

L'Écossaise présenta quelques sorciers, d'un âge plus ou moins éloigné de celui d'Aïlin, avant de se figer tel un chien de chasse, et s'avancer soudain vers l'entrée, énergiquement.
« Ça y est, je la vois ! La deuxième chouchoute de ce soir. La voilà avec son cousin, un homme d'affaire, je crois. Il faudrait demander cela à mon mari, moi je me fiche de tous ces gens qui s'occupent d'argent, je trouve cela d'un vulgaire ! »
Ils s'étaient avancé, Aïlin portant ce sourire semblant naturel mais pourtant figé depuis le début de la soirée, jusqu'à la rencontre du couple que formait l'apothicaire et son cousin. Peu à peu, son cœur avait ralenti et ses jambes s'étaient raidies, avançant inéluctablement quand bien même il ne l'aurait plus voulu. Enfin, il se stoppèrent devant les nouveaux venus.
Figé devant elle, le regard fixe, il la voyait sans y croire. Raide, bien trop raide pour avoir l'air naturel, l'on sentait malgré ses tentatives de n'en rien laisser paraître que quelque chose n'allait vraiment pas. Et ce quelque chose était son cœur qui battait maintenant sourdement dans sa poitrine, à lui en faire mal.

« Et voici Miss McBrien, la nouvelle apothicaire de Glasgow dont je vous parlais, ainsi que l'héritier Echeberry. Miss McBrien, Monsieur Echeberry, voici lord Aïlin Bower, alchimiste de renom. Mais suis-je sotte ! Vous deux êtes presque âgés du même âge, et avez étudié dans la même Maison de surcroît, non ? Peut-être vous connaissez-vous ? »
Aïlin n'arriva pas à tourner la tête en direction de son interlocutrice qui riait, encore suspendue à son bras.
« Plus ou moins. » déclara-t-il froidement, d'une voix qui peina à sortir de sa gorge. « Mademoiselle, mes hommages. Sir Echeberry, c'est un plaisir de vous rencontrer. Enchanté. »
Et il tourna le dos. Il s'en fut, plus prestement qu'il n'était parvenu à la belle rousse, celle-là même ayant si longtemps hanté ses nuits, pour finalement frapper son cœur d'une indicible douleur. C'est à peine s'il entendit la vieille MacAulay s'étonner dans son dos ; il fallait qu'il sorte, qu'il s'éloigne au plus vite de Clarisse. Il ne voulait pas la voir. Pas comme ça. Ni autrement, d'ailleurs.

Alors qu'il atteignait les portes menant à la terrasse surplombant le vaste jardin du domaine MacAulay, un serveur passa à côté de l'alchimiste. Celui-ci l'arrêta, attrapa une coupe, la but d'une traite et en prit une deuxième, qu'il emmena avec lui, à l'extérieur. Alors, s'appuyant d'une main sur la rambarde en marbre, parmi les convives fumant la pipe ou le cigare, il prit une longue inspiration et ferma un instant les yeux, espérant ainsi effacer ce qui semblait être un horrible mirage. En un éclair, la lettre que lui avait rédigée la jeune femme, reçue le lendemain de sa tentative de suicide, lui revint en mémoire. Sa colère, son sentiment de trahison, sa peine, son effarement face à son amour abandonné à sa déception. En une seconde, les fantômes de ses émotions resurgirent, revenues d'outre-tombe. Il les chassa avec dureté, puis avala une longue et lente gorgée de champagne.

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Dernière édition par Aïlin Bower le Lun 7 Avr - 11:30:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mirage d'outre-tombe [PV]   Dim 6 Avr - 21:23:35

-Tiens, c’est arrivé pour toi dans le courrier du matin.
Auley lui tendit un carton avec l’air de celui qui sait déjà de quoi il retourne, mais qui ne veut pas le dire. Il avait fait le déplacement en personne pour le lui apporter, ce qui était d’autant plus étrange. Après tout, c’était le travail des elfes de maison. Il avait presque l’air d’un enfant sous le sapin un matin de Noël. Suspicieuse, la jeune femme prit le parchemin. Il s’agissait d’une invitation à un cocktail le samedi suivant, donné par une certaine Mrs McAulay que la rousse ne connaissait absolument pas. Pas de quoi se réjouir.
-Je suppose que tu n’es pour rien là-dedans ? Ce n’est pas comme si Mrs…elle chercha le nom… McAuley et moi étions de vieilles amies.
-A dire vrai, je fais affaire avec son mari, et il se peut que je lui ai parlé de toi lors de notre dernier rendez-vous…
-Tu t’es donné de la peine pour rien. Je n’irai pas.

Auley soupira mais ne dit rien et s’assit sur le rebord du bureau qu’occupait sa cousine.  La rousse l’ignora et fit mine de se replonger dans ses papiers. En vue de l’ouverture de sa boutique, elle était en train de relire le contrat qu’elle devait envoyer à l’un de ses fournisseurs dans la matinée. Il n’avait pas été dur de convaincre ce botaniste de travailler avec elle, mais très compliqué de tomber d’accord sur un prix. C’est pour cette raison qu’elle voulait qu’il signe au plus vite, avant qu’il ne change d’avis une fois encore. La jeune femme avait bien d’autres choses à faire en ce moment que d’aller se pavaner dans le salon d’une étrangère, au milieu de gens pompeux qu’elle n’avait aucune envie de connaître. La pile de parchemins posée devant elle en était témoin, lancer une apothèque était tout sauf reposant. Elle n’avait jamais eu autant de paperasse à remplir. Et, soyons honnête, Clarisse avait toujours détesté le monde et plus encore les soirées.

Quelques minutes passèrent dans un silence relatif. Aucun des deux écossais ne voulais céder le premier. Probablement un trait de caractère familial. Néanmoins la présence du jeune homme l’empêchait de se concentrer sur ce qu’elle faisait et Merlin savait qu’elle ne pouvait se permettre de perdre une matinée juste pour prouver qu’elle était plus têtue que lui. A son tour elle soupira avant de se reculer sur sa chaise.


-Très bien. Pourquoi tiens-tu tellement à ce que j’y aille ?
-Tu ne sais pas qui est Mrs McAulay ?
La rousse le fusilla du regard.
-Contrairement à toi, je n’ai pas été élevée dans ce milieu. De plus, j’ai passé les trois dernières années à l’étranger, pour ainsi dire coupée du monde. Pardonne donc mon ignorance.
Auley leva les mains en signe de paix. Il savait qu’il n’aurait pas dû le lui demander. La jeune femme n’avait pas reçu la même éducation que lui, ni évolué dans les mêmes cercles, ce qu’il avait parfois tendance à oublier.
-Cette sorcière est très influente. Tu ne peux pas refuser son invitation. C’est même une chance pour toi. Elle a un véritable réseau et peut t’ouvrir beaucoup de portes.
-Je ne veux pas de ton aide.
-Elle invite toujours des chercheurs, des sorciers spécialistes dans leur domaine, quel qu’il soit. Elle aime être à l’origine de nouvelles collaborations. Il y a de grandes chances pour que tu trouves des partenaires lors de cette soirée, clients ou fournisseurs.
-Je vois que je n’ai pas le choix.
Il se releva et lui caressa la joue du bout des doigts.
-Ton carton n’est pas le seul à être arrivé au courrier du matin.

La rousse resta un instant immobile après le départ d’Echeberry. Il l’avait aidée à accepter son sort lors de la quarantaine. Il avait fait en sorte que son séjour se passe au mieux et était devenu une sorte de guide dans ce monde qui n’était pas le sien. Enfin, qui était devenu le sien. L’idée de se rendre à ce cocktail en sa compagnie lui semblait tout d’un coup plus acceptable.

La future apothicaire n’eut plus le temps de penser à la soirée avant le samedi après-midi. Elle hésita longuement sur la tenue à porter. Il lui fallait quelque chose de sobre, sérieux, qui la mette à son avantage mais pas trop. Elle devait renvoyer l’image d’une femme d’affaire. Elle opta donc pour une robe beige, manches trois-quarts, col en v, souple, mais resserrée à la taille. Elle choisit d’élégantes chaussures noires avec un petit talon, ajouta une légère touche de maquillage et fit de belles boucles à ses cheveux qu’elle laissa retomber dans son dos en une cascade ordonnée. Elle s’enroula dans une cape noire ourlée de bleu et sortit de sa chambre. En attendant Auley, elle caressa machinalement la pierre qui pendant à son cou et ne l’avait pas quitté depuis qu’Aïlin la lui avait offerte des années plus tôt.


-Allons-y.

L’homme tiré à quatre épingles dans sa cape et son costume trois pièces lui tendit le bras. Ils transplanèrent dès qu’elle s’en saisit et réapparurent  sur le perron d’une immense demeure.

-Prête ?
-Puisqu’il le faut.

Ils s’avancèrent et traversèrent le hall. Ils eurent à peine passé le pas de la porte de la salle de réception qu’une vieille sorcière fondit sur eux, entraînant un jeune homme dans son sillage. Il ne fallut que quelques secondes à la rousse pour reconnaître Bower. Elle déglutit difficilement, sa main soudain crispée sur le bras de son cousin.

-Et voici Miss McBrien, la nouvelle apothicaire de Glasgow dont je vous parlais, ainsi que l'héritier Echeberry. Miss McBrien, Monsieur Echeberry, voici lord Aïlin Bower, alchimiste de renom. Mais suis-je sotte ! Vous deux êtes presque âgés du même âge, et avez étudié dans la même Maison de surcroît, non ? Peut-être vous connaissez-vous ?
- Plus ou moins.  Mademoiselle, mes hommages. Sir Echeberry, c'est un plaisir de vous rencontrer. Enchanté.
Clarisse n’eut pas le temps de répondre. Déjà le Lord avait tourné les talons. Elle ne put s’empêcher de le suivre des yeux, trop sonnée pour songer à dire quoi que ce soit.
-Hé bien…

La vieille femme en resta sans voix. Elle ne s’attendait sûrement pas à ce que son petit protégé la plante là avec ses nouveaux invités. Il y eut quelques secondes de flottement pendant lesquelles la rousse se reprit.

-Je crois que quelqu’un l’a appelé un peu plus loin. Tenta-t-elle de l’excuser. C’est en tous cas un plaisir pour moi d’être là ce soir.
Mrs McAuley retrouva son sourire et son entrain.
-Le plaisir est pour moi Miss McBrien. J’ai cru comprendre que vous aviez fait votre apprentissage en Finlande. C’est un drôle de choix. Mais peut-être y avez-vous rencontré Monsieur Benjamin Livingstone ? C’était l’un de mes amis. Il s’est installé dans ce pays froid pour ses recherches sur une algue qu’on ne trouve que dans les rivières de ce pays, les ..fjords, c’est bien ça ?
-En effet. Je n’ai toutefois pas eu la chance de rencontrer Monsieur Livingstone, j’en ai bien peur. Mais je sais que mon maître a travaillé quelques fois avec lui.
-Oh c’est bien dommage, c’est un homme charmant et qui a beaucoup de connaissances sur les algues. Il s’est spécialisé dans ce domaine. Elle s’interrompit une seconde. Veuillez m’excuser, mon époux me demande. Mais je vous en prie, prenez donc quelque chose à boire. Je reviendrai vous voir un peu plus tard.

Tout en discutant, son hôte avait entraîné Clarisse dans la salle, la séparant de son cousin. Elle la laissa à quelques pas de ce qui ressemblait à un bar. Mal à l’aise, la rousse chercha des yeux Auley. Elle le repéra en grande discussion avec deux autres hommes. Inutile d’espérer de l’aide de sa part. Elle inspira profondément. Aïlin était là. Son cerveau avait encore du mal à traiter l’information. L’écossaise ne savait pas comment interpréter ce qu’elle ressentait. Elle n’aurait jamais imaginé croiser le jeune homme dans de telles circonstances. Depuis son retour, elle avait eu cent fois envie d’aller le voir directement au manoir, mais ce n’était pas approprié. Pas après presque cinq ans. Elle passa nerveusement la main sur son collier, par habitude. Ils n’allaient pas pouvoir se fuir éternellement. Parfois il fallait savoir prendre le dragon par le museau.

Tendue, elle partit dans la direction qu’avait prise Bower. Bonne idée ou non, il était trop tard pour faire demi-tour. Il se tenait là, dos à elle, à quelques mètres, accoudé à la rambarde. Il ne lui fallut que quelques secondes pour combler la distance qui les séparait mais elles lui semblèrent des heures. Ils s’étaient quittés en mauvais termes. Aïlin lui avait fourni la potion qui lui avait révélé l’identité de son père biologique, mais il n’avait pas compris qu’elle veuille tout plaquer pour le retrouver. Ils s’étaient disputés et elle était partie. Ça faisait plus de quatre ans. Alors pourquoi était-ce si douloureux ? Pourquoi son ventre se nouait-il de cette façon ? Pourquoi avait-elle eut le sentiment de se faire poignarder lorsqu’il l’avait saluée comme une vulgaire inconnue ?


-Mes hommages Monsieur Bower. Vous êtes parti si vite que je n’ai guère eu le temps de vous retourner la politesse.

S’il voulait la jouer comme ça, alors très bien. Elle aussi. Mais il n’éviterait pas une seconde fois la confrontation, aussi douloureuse soit-elle pour les deux partis.

-Je crains d’ailleurs que vous n’ayez froissé notre hôte. Elle ne s’attendait pas à un si brusque départ.

Qu’est-ce qu’il croyait ? Qu’il pouvait faire l’enfant au milieu de cette réception ? Ils étaient des adultes, il était Lord, ou presque, ils ne pouvaient pas se comporter de la sorte. Leur séparation avait été brutale c’est vrai, et il en avait probablement souffert. Mais elle aussi. Elle ne s’était pas attendue à une telle réaction de sa part. Clarisse avait pensé que lui pouvait comprendre son besoin de connaître son père, qu’il l’aurait encouragée. Il s’était passé tout le contraire et ils s’étaient déchirés parce qu’ils s’aimaient trop, parce que leurs avis divergeaient si fort qu’ils ne pouvaient s’entendre. Ils avaient tous deux un fort caractère et la seule issue avait été cette séparation. Ce quasi silence radio pendant tout ce temps.

-Quant à moi, vous connaissant plus ou moins, comme vous l’avez si bien fait remarquer, je croyais me souvenir que vous aviez de meilleures manières.

Non, elle ne lui faciliterait pas la tâche. C’était elle qui était partie, mais il avait sa part de responsabilités.
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MessageSujet: Re: Mirage d'outre-tombe [PV]   Dim 6 Avr - 22:43:49

Il sentit sa présence près de lui avant même qu'elle n'ouvre la bouche. Son parfum. Ce parfum si caractéristique, si naturel, qui émanait d'elle en délicate mais impétueuse fragrance, qu'il avait humé jusqu'à l'ivresse dans le creux de son cou, dans les épaisses et soyeuses boucles rousses de ses cheveux, goûté sur ses lèvres roses, gorgée de cette saveur odorante comme de sève une jeune pousse. Aïlin prit une inspiration. Sa respiration était hachurée. Il aurait voulu lui hurler de partir, immédiatement. De le laisser en paix. Il ne voulait plus d'elle dans sa vie, c'était fini et depuis longtemps. L'y voir réapparaître sans prévenir, que cela soit de son fait ou non, lui était tout bonnement insupportable. L'aigreur était trop forte, les non-dits l'avait trop rongé. Il n'avait jamais eu l'occasion de s'expliquer. Ni d'expliquer le comportement étrange et absent qu'il avait eu peu de temps avant leur séparation, ni sa tentative de suicide. Clarisse était tout bonnement partie. La seule femme qu'il avait jamais aimée l'avait abandonné et, maintenant qu'une autre éprouvait des sentiments pour lui, elle réapparaissait de nul part, ramenant dans sa traîne de vieux démons et leurs casseroles d'angoisses.
« Mes hommages Monsieur Bower. Vous êtes parti si vite que je n’ai guère eu le temps de vous retourner la politesse.
Sa voix lui fit l'effet d'un filet d'eau glacé coulant le long de son échine. Le regard rivé sur le jardin éclairé de quelques lanternes flottantes, il ne put retourner un regard à l'écossaise. Sa mâchoire se crispa cependant, seul signe qu'il l'avait entendue.
— Je crains d’ailleurs que vous n’ayez froissé notre hôte. Elle ne s’attendait pas à un si brusque départ.
— Comme c'est navrant, rétorqua-t-il, cynique, la voix sourde. Ce fut à peine plus qu'un murmure difficilement articulé.
— Quant à moi, vous connaissant plus ou moins, comme vous l’avez si bien fait remarquer, je croyais me souvenir que vous aviez de meilleures manières.
— Le temps a passé. Bien des choses changent, n'est-ce pas ? »
Cette fois, Aïlin se tourna pour lui faire face, ou du moins, à demi. L'avant-bras toujours appuyé sur la rambarde, son verre devant sa poitrine, comme en barrière entre lui et Clarisse, il la jaugea d'un air dur, sans la moindre trace de ce qu'elle avait pu lire d'amour, d'admiration ou de tendresse autrefois. Ce n'était plus le choc qui faisait battre sourdement son cœur, mais la colère qu'il avait contenue toutes ces années.
« Comme vous, Miss McBrien. J'ai souvenir d'une époque où être ma compagne vous semblait être une charge insurmontable, avec ce que cela comportait de mondanités. »

Son regard fut attiré, soudain, par le collier que la jeune femme portait autour du coup et il en fut frappé, presque outré. Pourquoi, par Merlin, portait-elle encore cela ? Pourquoi avait-elle dû le mettre ce soir ? Ce collier, il s'en rappelait que trop bien, l'empêcherait d'émettre le moindre mensonge à son encontre. C'était fort bien, de toute façon. Il ne comptait pas en faire. D'ailleurs, il ne comptait même pas lui adresser davantage la parole. Le pire était sûrement qu'il fut le symbole de l'amour profond et sincère qu'il lui avait porté.
« Je ne veux ni discuter, ni te voir. Ce n'est pas l'endroit et encore moins le moment. Ça ne le sera d'ailleurs jamais, puisque tu as décidé de partir sans retour et sans me laisser ne serait-ce que la possibilité de m'exprimer. Alors, sois aimable, Clarisse : veille à te tenir éloignée de moi. »

Il veillait à parler le plus bas possible, mais pourtant, cela ne suffisait pas. Quelques regards de sorciers trop curieux s'attardaient sur eux, et il était évident qu'ils saisissaient la tension régnante entre les deux jeunes gens. D'un pas qui se voulut calme, Aïlin s'éloigna afin de se mettre tout à fait à l'écart, sans un regard pour la jeune femme. Il ne s'arrêta finalement pas aux extrêmes abords de la terrasse et, saluant d'un air absent les couples remontant les marches pour revenir à la salle de réception, il descendit et chercha à se perdre dans les jardins. Il espéra, de tout cœur, que Clarisse ne l'y suive pas. Parler, après cinq ans de silence, était parfaitement inutile. Cela n'aurait qu'éveillé des douleurs depuis longtemps enfouies. Le simple fait de l'avoir sous les yeux l'avait suffi, d'ailleurs. Au moins en était-il absolument certain, à présent. Aïlin n'éprouvait plus d'amour pour Clarisse. Seulement de la rancune et le fantôme de la profonde déception qu'il avait ressenti à voir leur relation amoureuse faner aussi vite qu'elle avait éclose.

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  • Clarisse McBrien
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MessageSujet: Re: Mirage d'outre-tombe [PV]   Dim 13 Avr - 17:31:52

-Je ne veux ni discuter, ni te voir. Ce n'est pas l'endroit et encore moins le moment. Ça ne le sera d'ailleurs jamais, puisque tu as décidé de partir sans retour et sans me laisser ne serait-ce que la possibilité de m'exprimer. Alors, sois aimable, Clarisse : veille à te tenir éloignée de moi.

Les mots de l’homme qui lui faisait face la heurtèrent en plein cœur, si bien qu’elle ne pensa pas à le retenir lorsqu’il s’enfuit une nouvelle fois. Il ne voulait plus entendre parler d’elle, le message était clair. Et c’était de sa faute bien sûr, c’était elle qui avait tourné les talons en emportant sa valise. Elle encore qui n’avait plus donné de nouvelles alors que Bower était au plus bas et qu’il aurait sûrement eu besoin d’elle. Alors pourquoi est-ce que ça faisait si mal ? Elle sentit son nez picoter, signe que les larmes n’étaient pas loin de perler au coin de ses jolis yeux bleus. Tout d’un coup elle eut envie de s’enfuir elle aussi, de courir loin d’ici, d’aller se cacher quelque part où personne ne viendrait plus la chercher et de simplement se laisser mourir. Ça faisait trop mal. Quand elle était partie, elle avait pleuré, pour d’autres raisons. Parce qu’Aïlin ne lui faisait plus confiance et lui cachait trop de choses. Parce que Lynn l’avait presque mise à la porte. Parce qu’elle se sentait responsable de ce qui était arrivé et que se l’entendre dire était plus qu’elle ne pouvait en supporter. Mais elle n’avait pas pleuré la perte de celui qu’elle aimait. Elle s’en rendait compte maintenant. Toutefois elle ne pouvait pas craquer. Pas ici. Elle inspira profondément en resserrant ses doigts fins autour de la rambarde. Stupide soirée !

La rousse resta quelques minutes ainsi, le temps de calmer sa respiration. Le temps aussi que les quelques personnes qui s’étaient retournées sur ce couple étrange vaquent de nouveau à leurs occupations. Ils ne pouvaient pas en rester là. Ça ne pouvait pas se terminer de cette façon, sur des non-dits. Et passer le reste de leur vie à s’éviter, à avoir mal au fond de la poitrine à chaque fois qu’ils s’apercevraient. Le courage n’avait jamais été une de ses qualités, sinon elle serait revenue au manoir.

La jeune femme prit la direction des jardins. Cette discussion se passerait sans doute mal, mais elle était nécessaire à ses yeux. Ils devaient comprendre tous les deux ce qui s’était passé. Il lui fallut quelques minutes supplémentaires pour repérer l’homme qui l’avait rejetée à deux reprises ce soir.


-Tu ne pourras pas passer le restant de tes jours à m’éviter Aïlin. Je ne te demande pas d’être heureux de me voir, mais nous devons parler. En adultes.

Adultes… Oui, l’homme qu’elle avait devant elle était un adulte, un inconnu. Quelqu’un qu’elle ne connaissait plus. Celui qu’il avait commencé à devenir cinq ans plus tôt et avec qui elle s’était disputée. Elle était toujours amoureuse du garçon qu’elle avait rencontré dans la salle de bain de Poudlard, celui à qui elle avait donné quelques leçons de vol. Celui qui était parti, puis revenu, qui était venu l’attendre à la sortie du Poudlard Express. Ce garçon qui donnait l’impression d’être fort, mais dont elle avait su percer la carapace. Derrière, il y avait de la tendresse, de l’amour… Tellement de choses qu’elle ne retrouvait pas dans le regard froid de celui qui lui faisait désormais face. Pourtant, derrière ce masque, la jeune femme était persuadée que ce garçon existait encore, seulement elle avait perdu le droit de l’approcher le jour où elle était partie. Elle aurait voulu lui dire que lui aussi l’avait abandonnée en son temps et qu’elle en avait souffert, mais lui avait pourtant pardonné, seulement il y avait une différence. Elle lui avait promis qu’elle serait toujours là…

Enfin ce n’était pas le problème. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle avait espéré. Elle aussi lui en voulait. De l’avoir tenue écartée de lui au point de ne pas comprendre le jour où elle l’avait vu baigner dans son sang. A présent qu’elle le voyait devant elle, la colère avait fait place à la tristesse et aux remords.


- Tu as le droit de m’en vouloir, autant que tu veux. Tu peux me reprocher de t’avoir laissé, de ne pas avoir donné de nouvelles. De ne pas être revenue. Mais qu’est-ce que je pouvais faire d’autre Aïlin ? Tu ne me disais plus rien. J’étais devenue une poupée de porcelaine que tu aimais voir à ton bras mais qui était trop idiote pour que tu daignes lui parler vraiment. J’ai été patiente, j’ai fait tout ce que j’ai pu. Ça ne suffisait pas ! Que crois-tu que j’ai ressenti quand je t’ai trouvé dans cette salle de bains ? Que crois-tu que j’ai ressenti quand Lynn m’a accusé ? C’était de ma faute, elle ne voulait rien entendre d’autre.

Elle s’interrompit un instant. Sa magie crépitait autour d’elle, agitant dangereusement ses cheveux autour de son visage. Clarisse était furieuse.

-Alors oui, je suis partie. En quête de vérité. J’avais besoin plus que jamais de connaître mon Père. Ça faisait des semaines que je rongeais mon frein, que ça tournait dans ma tête jours et nuits. Je ne tenais plus en place parce que j’avais besoin de le connaître. Si j’avais su que ça se terminerait comme ça, je serais partie plus tôt. Elle eut un rictus désabusé. Mais j’étais naïve, je te voyais me mentir jour après jour et j’espérais ... je ne sais pas… que tu m’aimais assez pour me laisser t’aider.

Elle s’était calmée. Son ton était moins emporté à présent, plus amer. Tout ce qu’elle avait enfoui au plus profond d’elle-même ressurgissait soudain sans prévenir, et il fallait que ça sorte. L’écossaise avait besoin de se libérer du poids qui comprimait sa poitrine. L’étude des potions, le rythme imposé par son maître l’avaient aidé se focaliser sur autre chose. Cette farce n’avait que trop duré. La vie finissait toujours par vous rattraper, et il était l’heure de régler leurs comptes.

-J’avais promis que je serai toujours là pour toi. Tu peux considérer que j’ai manqué à ma parole, mais la vérité, c’est que c’est toi qui m’as écartée de ton chemin.

Lui, et sa sœur…
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MessageSujet: Re: Mirage d'outre-tombe [PV]   Dim 13 Avr - 20:03:44

Comment osait-elle le suivre, l'approcher une nouvelle fois et pire encore, lui tenir tête ? Une vague de fureur traversa le corps d'Aïlin. Celui-ci s'arrêta et fit volteface pour fixer Clarisse dans les yeux. Ses sourcils froncés au-dessus de ses yeux glacés, il la fusilla du regard alors que, comme elle l'avait déjà fait auparavant, elle décidait de s'imposer dans sa vie. Pourquoi, par Merlin, ne pouvait-il pas être en paix ? Immobile, il croisa les bras et attendit qu'elle parle, bien décidé à ne pas s'en émouvoir et à lui partager le fond de sa pensée, puisqu'elle y tenait tant.
Malgré ses convictions, malgré sa détermination à rester indifférent à ce que pourrait lui dire McBrien, ce qu'elle lui asséna lui fit entrouvrir la bouche, de surprise puis d'outrage.
« J’étais devenue une poupée de porcelaine que tu aimais voir à ton bras mais qui était trop idiote pour que tu daignes lui parler vraiment.
— Comment peux-tu dire… » voulut l'interrompre Aïlin, soufflé qu'elle ait le culot de dire une chose pareille, mais elle ne se laissa pas distraire aussi facilement et continua.

Lorsque son ex petite-amie incrimina Lynn, Bower fit un pas en arrière tandis qu'un nœud se formait dans son estomac. Il n'avait pas souvenir que sa sœur lui ait même parlé d'une dispute, mais il refusa de laisser le sentiment de trahison que Clarisse avait insinué en lui gravir son être jusqu'à son cœur. Il le repoussa rageusement, refusant d'en vouloir à sa sœur d'avoir eu peur pour lui et mal réagi auprès de Clarisse. La jeune femme n'avait plus assez de place dans son cœur pour qu'il daigne lui reconnaître cette circonstance atténuante. Le fait était qu'elle ne l'avait pas laissé s'exprimer. Elle n'avait pas même cherché à savoir s'il s'était remis. Elle était partie et, quoi qu'elle dise, d'une façon aussi cruelle qu'égoïste. Il n'était pour rien dans le comportement de Lynn.

La fin de ses propos, en revanche, firent au lord l'effet d'une gifle. Les yeux écarquillés, il la contempla tandis que la colère se fissurait juste assez pour laisser de la place à la peine et son amie si fidèle, la déception. Ainsi, son seul regret avait été de ne pas l'avoir quitté plus tôt. Et c'était lui qu'elle accusait pour avoir failli à la promesse qu'elle lui avait faite.
Figé, les yeux encore ronds de stupeur, Aïlin resta muet de longues secondes, hochant la tête sans rien parvenir à répondre. C'était irréel. Jamais il n'aurait songé à un tel discours. Jamais il n'aurait même pensé avoir fait tant de mal à Clarisse, en un si court laps de temps. Mais, surtout, il était persuadé que ce qu'elle lui disait était injuste et parfaitement égoïste. Elle avait, tout simplement, refusé de lui laisser le temps dont il avait besoin. Elle aurait voulu qu'il change du jour au lendemain. Peut-être même qu'il abandonne tout pour elle, sans se laisser le temps de préparer leur départ. Était-il fautif de ne pas s'être entièrement sacrifié pour la femme qu'il aimait ? Non, c'était absurde.
« Et dire que j'ai sincèrement cru que tu m'avais aimé tel que j'étais… Finalement, y a-t-il une chose qui t'ait vraiment plu en moi ? »

Sur ce murmure, le cœur de Bower fit une embardée, élançant un sang chaud de sa fureur et de son indignation dans ses veines. Sa peine, aussitôt, en fut balayée. Alors, il s'avança d'un pas et attrapa Clarisse par le bras pour bifurquer avec elle dans les chemins les plus sombres du jardin, espérant y trouver calme et discrétion. Il pénétra sous une alcôve fleurie et, là, la repoussa, dos contre le mur de feuilles grasses qui se formait autour et au-dessus d'eux.
« Comment peux-tu avoir l'audace de m'accuser de tous les maux en me regardant dans les yeux ? Est-ce que tu t'entends au moins ? Te mentir ! Te voir comme une poupée ! J'aurais remué ciel et terre pour toi, j'aurais tué pour ton sourire ! J'ai fait tout ce que j'ai pu pour toi, pour t'aider avec tes propres histoires familiales, j'ai tenté de t'épargner mes propres douleurs quand tu étais accaparée par les tiennes ! »
Ses yeux brillèrent, comme humides, sous l'impact des lueurs qui leur parvenaient depuis quelques lanternes flottant plus loin.
« Je me suis trompé, oui ! Le fait est que je ne pouvais pas t'en parler. Parce que je n'en avais plus même la force, pas parce que je ne te faisais pas confiance. J'ai prié Merlin que tu ne m'aies pas trouvé baignant dans mon sang, que tu ne t'en sentes pas coupable alors que cet acte venait de ce qu'il se passait à ce moment dans mon esprit. Tu ne m'as pas laissé m'expliquer et à présent tu reviens vers moi pour m'accuser encore, comme si je n'avais pas été assez châtié par ta fuite et cinq ans de silence ! T'interroger sur mon comportement ? Me demander des explications ? Non, apparemment, cela ne te traverse pas l'esprit. Tu avais raison, ce jour maudit où tu es revenue t'imposer dans ma vie comme tu le fais ce soir : tu es arrogante et égoïste. Je te hais, Clarisse. Je te hais d'être là devant moi et d'avoir le culot de soutenir mon regard sans broncher. »

Le regard d'Aïlin, toujours braqué dans le sien, se figea, comme pénétrant l'iris azur de son ancienne compagne. Alors, enfin, il relâcha son bras, sans se reculer pour autant. Voir la douleur dans ses yeux serait une douceur qu'il ne voulait pas louper. Il voulait voir le reflet du mal qu'elle lui avait fait, n'était-ce qu'un éclair. Faire mal pour se sentir plus fort.

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MessageSujet: Re: Mirage d'outre-tombe [PV]   Dim 27 Avr - 19:42:41

Le jeune Lord la laissa parler sans rien dire. Puis, sans crier gare, il s’empara brutalement de son bras et la tira à sa suite le long d’un chemin fleuri qui lui aurait semblé agréable en d’autres circonstances. Bower avait de la poigne, quoi qu’on en dise et il lui fit mal, mais elle ne broncha pas. Pas plus que lorsque son dos heurta une surface dure. Si elle avait été coquette, elle aurait surement pensé que les feuilles allaient tacher sa robe. A la place, Clarisse se sentait étrangement vivante. Les battements de son cœur avaient accéléré dès que Bower avait posé la main sur elle et des frissons lui parcoururent l’épiderme. Elle ignorait d’où venait cette sensation, mais elle l’accueillit comme une vieille amie qui rentre à la maison. Ils allaient sans doute se déchirer, mais Merlin que c’était grisant. Pour la première fois depuis cinq ans, elle prenait un risque. Elle ignorait totalement comment allait réagir Aïlin, mais tant pis. Il y avait entre eux cette sorte de tension, dangereuse. Comme si tout pouvait basculer d’un moment à l’autre. Elle se sentit libre. Libre malgré tout ce que lui asséna l’homme qui lui faisait face. Parce que sa relation avec Aïlin lui appartenait. Ce n’était pas quelque chose que le clan Echeberry pouvait contrôler ou surveiller.

La rousse avait écouté patiemment son petit réquisitoire sans intervenir. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui manquait ! Aïlin avait tout faux, il ne comprenait rien. Elle ne pouvait bien sûr pas s’attendre à ce qu’il comprenne sans recevoir d’explications. Explications qu’elle n’avait pas pensé lui fournir tout à l’heure. Il y avait certaines choses difficiles à avouer, surtout lorsqu’on veut renvoyer l’image d’une femme forte et indépendante. Mais la réalité était bien différente…


-Je te hais, Clarisse

Il la haïssait.
L’écossaise éclata de rire.
Il la haïssait, et c’était peut-être bien la meilleure nouvelle de la journée. C’était un sentiment qu’elle pouvait comprendre. Elle-même s’était détestée lorsqu’elle était partie. Parce qu’elle pensait que c’était de sa faute, à elle et à elle seule. Elle n’avait pas su le rendre heureux, ni même apaiser ses tourments. Il la haïssait ! C’était bien mieux que ce à quoi elle s’était attendue : une froide indifférence. Au fond, elle avait toujours su que c’était impossible. Ils ne pourraient jamais ne rien représenter l’un pour l’autre, ils partageaient trop de secrets. Et quelque part, c’était rassurant de voir qu’il ne l’avait pas tout simplement oubliée. Elle devait être folle, mais elle était presque contente de l’entendre.


-Tu me hais ? Peux-tu me haïr autant que je me suis haie lorsque je t’ai trouvé ?  Tu vas me redire que je suis égoïste puisque je parle de moi. Mais tu ne sais rien. Et tu n’as rien compris. Rien du tout ! Assena-t-elle d’un ton dur. Elle leva une main, seulement pour tuer dans l’œuf toute tentative d’interruption de la part du jeune homme. Ta sœur ne t’as donc rien raconté ? Elle ne t’as pas dit comment ça s’était passé ? Tu n’imagines pas à quel point je me suis sentie coupable lorsque je t’ai vu dans cette salle de bains. Je n’ai jamais voulu te changer pour te transformer en ce que tu n’étais pas, je voulais juste t’aider. Mais j’ai échoué. Parce que tu ne partageais pas tes soucis avec moi. Tu ne me disais plus rien. Et … on s’est disputés. Ma colère m’a empêché de voir tout de suite ce que tu étais en train de faire et quand je suis arrivée, j’ai eu tellement peur que ce soit trop tard…  Je n’aurais jamais pu me le pardonner si tu ne t’en étais pas remis : tu étais tout ce que j’avais.

Son ton ne s’était pas adouci bien qu’elle expose ses sentiments. Elle était toujours en colère et toujours grisée par le soudain afflux de magie dans ses veines. Elle la sentait pulser contre sa peau. Comme autrefois.

-J’étais paniquée et terrorisée. Le médicomage est resté très longtemps avec toi. Et Lynn est arrivée. Elle m’a sauté à la gorge, elle m’a presque accusée de t’avoir tué. Elle m’a dit que je n’avais plus rien à faire au manoir que je n’y avais plus ma place, pas plus qu’auprès de toi. Elle a même demandé à un médicomage de me faire dormir pour se débarrasser de moi. Elle rit sans joie. Alors oui, quand je me suis réveillée je suis partie. J’ai entendu Erycius dire que tu étais remis, que Lynn, cette chère Lynn, était auprès de toi et que tu n’aurais pas de séquelles. C’est tout ce que j’avais besoin de savoir. J’étais de trop et puisque j’étais incapable d’apaiser tes démons, puisque j’étais tout juste bonne à te faire encore plus de mal. Je me suis envolée.

Son regard était directement plongé dans celui de Bower. Il ne voulait certainement pas entendre la triste vérité, mais pourtant c’était bel et bien ce qui s’était produit. La rousse avait compris depuis très longtemps que Lynn et son frère avaient des sentiments ambigus l’un pour l’autre, mais jusqu’à ce funeste jour, elle n’en avait pas appréhendé l’étendue. Elle s’imaginait simplement qu’ils avaient besoin de veiller l’un sur l’autre plus que quiconque à cause de leur douloureux passé. En vérité, c’était plus que ça…

-Je me suis retrouvée à la rue. Le manoir était ma maison, tu sais très bien que Lilian m’interdisait l’accès au cottage. La seule chose qu’il me restait à faire était de trouver mon père. J’espérais y voir plus clair auprès de lui. J’imaginais … j’imaginais revenir après quelques jours, le temps que tout le monde retrouve son calme, moi la première. Mais il n’en a jamais été question. Il m’a tout de suite présenté sa famille. Un beau château. Une prison dorée. Je ne pouvais pas faire un pas, j’étais surveillée. Ils ont pris leurs précautions pour que je ne puisse ni communiquer avec l’extérieur, ni m’échapper. Ça a duré plus d’un an. Tu me connais bien mal si tu penses que je ne suis pas revenue parce que j’étais trop fière ou parce que je t’aimais pas. La vérité c’est que je ne pouvais pas. Ni après. Tu sais je suppose ce qu’est un antique contrat d’apprentissage. Le mien s’est achevé le mois dernier.

Elle tremblait, mais ce n’était pas de froid. S’expliquer n’était pas une chose agréable, seulement c’était libérateur. Ça faisait trop longtemps qu’elle gardait tout ça dans son cœur. Trop longtemps qu’elle faisait semblant de ne pas voir qu’elle était plus surveillée que du lait sur le feu. L’exemple le plus frappant était encore la présence d’Auley à cette soirée. C’était par lui qu’elle avait eu l’invitation, mais il était inimaginable aux yeux des Echeberry qu’elle s’y présente seule. Pourtant, le fait de se retrouver là avec Aïlin lui donnait l’impression de reprendre le contrôle de sa vie, d’échapper à leur vigilance. Et même si c’était pour qu’ils s’écharpent, c’était toujours mieux que de rester bien sagement sous leur coupe.

Elle était toujours liée à son maître, il y avait certaines choses qu’elle ne pourrait jamais révéler à son sujet. Mais elle n’était plus comme avant forcée de lui obéir quelle que soit la demande. Heureusement, son maître était un homme intègre et droit qui n’avait pas abusé de son pouvoir sur elle. Il lui avait seulement interdit de quitter la maison et de communiquer avec l’extérieur. Elle avait essayé de désobéir, mais elle s’était vite aperçue que la vieille magie était plus forte qu’elle et l’empêchait d’agir
.

-Je ne t’ai pas demandé pourquoi tu avais agis de cette façon c’est vrai. Mais tu ne m’en as pas parlé à l’époque, pourquoi le ferais-tu aujourd’hui ? Pourquoi raconter ça à quelqu’un que tu détestes ?
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MessageSujet: Re: Mirage d'outre-tombe [PV]   Mer 30 Avr - 14:37:18

Le rire de McBrien vrilla les tympans d'Aïlin. Sur le coup, il aurait eu envie de la gifler, mais il se contenta se crisper le poing, faisant blanchir les jointures de ses doigts sous la pression de sa poigne. Un rictus déforma sa bouche tandis qu'il ravala la vague de colère que le comportement mesquin de son ancienne compagne élevait en lui. C'était injuste, cruel. Bower avait beau avoir fait du mal autour de lui, il n'estimait pas mériter que Clarisse se retourne ainsi contre lui. N'avait-il pas assez payé ses erreurs ? N'avait-il pas assez pleuré la femme qu'il aimait ? Manifestement, le sort s'acharnait, prenant un vil plaisir à rouvrir de vieilles blessures. Mieux encore, la fatalité n'en avait pas fini avec lui.

Personne, jusqu'alors, ne l'avait forcé à refaire face au moment aussi pénible que honteux de son suicide. Lynn avait veillé sur lui, était restée quelques temps au manoir, le temps qu'il se remette. Du moins, jusqu'à ce que Torin ressurgisse dans leur vie, ramenant Aïlin à ses vieux démons et ajoutant, à la longue liste de ceux qu'il avait déjà fait, de nouveaux mensonges. Jusqu'à ce qu'elle les découvre, et parte. Mais personne ne l'avait mis face à ce que cela faisait, que d'être confronté à une telle auto-mutilation.
Aïlin n'eut pas le temps de s'attarder sur les souvenirs affluant en nombre dans son esprit. Encore une fois, le nom de Lynn fut prononcé, et à l'éclair qui passa dans les yeux de la rousse, il entrevit la fureur que la jeune femme éprouvait encore à l'encontre de sa sœur. Ce qu'elle asséna sur le dos de sa cadette, en revanche, choqua et déstabilisa Bower. Lynn, agir d'une façon aussi violente et démesurée ? Aïlin n'en croyait pas un traître mot. Clarisse lui mentait, ou exagérait les circonstances. Et, ce faisant, elle se dédouanait de toutes responsabilités sur le dos d'une personne qui n'était pas là pour se défendre. L'amour l'avait manifestement rendu aveugle, songea-t-il, tandis que les insupportables défauts de McBrien lui apparaissaient de plein fouet.
Car jamais Lynn n'aurait agi de la sorte, terrorisée ou pas. Jamais elle n'aurait sciemment attaqué ou endormi Clarisse. Cela n'avait pu se passer ainsi. Il ne laisserait pas une femme qui lui avait tourné le dos semer le doute quant à la confiance qu'il pouvait placer en sa sœur. C'était un comportement que lui, Aïlin, aurait pu avoir. Il ne doutait pas qu'il aurait voulu tuer Matthew de ses mains si ce dernier n'avait pu protéger Lynn, d'elle-même ou d'autrui. Mais Lynn n'avait pas le caractère de son frère. Lynn aurait tout tenté pour rattraper son erreur, si elle s'était sentie responsable du départ de Clarisse. Lynn aurait avoué son erreur avec l'espoir qu'Aïlin puisse y remédier. Jamais sa sœur n'aurait pu lui cacher avoir été responsable de la rupture de son couple et continuer à le regarder dans les yeux.

Un rire aigre échappa à Aïlin, qui ne cilla pas sous le regard ardent que lui assénait maintenant Clarisse. Combien de fois Bower avait-il mis à mal l'équilibre du couple de sa sœur, malgré lui ? C'était, finalement, un juste retour des choses. Il y avait une incroyable ironie à entendre Clarisse accuser Lynn de tout le mal du monde, à l'entendre se persuader qu'elle n'était, elle, en aucun cas responsable. C'était un mensonge, mais c'était un mensonge qui avait une saveur digne des plus grands retournements théâtraux. Peut-être le karma existait-il, alors.
Avant qu'il n'ait pu placer un mot, l'écossaise reprit ses épanchements, racontant par le menu, s'apitoyant sur son sort comme si elle avait été la triste victime de cette sombre affaire. Pour peu, Aïlin aurait fini par éprouver de la peine pour elle, mais si la peur, si les émotions que Clarisse avait transmis malgré elle, en racontant la funeste découverte ayant précédé son départ, avaient touché Bower, les accusations qu'elle avait porté contre sa sœur avaient brisé l'empathie qui avait commencé à se reconstruire, à l'égard de la jeune femme.

« Je comprends, tu as été une pauvre âme piégée par la cruauté de la vie… Ma pauvre Clarisse, le monde s'est manifestement acharné contre toi. Un tel sacrifice, tout ça pour devenir apothicaire… » lâcha-t-il avec un dédain qui n'était pas feint.
« Tu as raison, je ne me suis pas expliqué à l'époque et je n'ai plus aucun intérêt à le faire. Je ne place pas ma confiance en une personne qui m'a déjà trahi, et qui ose en plus me mentir en se mentant à elle-même. Quoi que tu en dises, tu as bel et bien fait un choix. Tu as fait le choix de partir, c'était ta décision, c'était ton désir. Quoi qu'ait dit ou fait Lynn, je ne suis pas responsable de ses mots. Elle et moi sommes deux personnes distinctes et, pour ma part, jamais je ne t'aurais abandonnée pour des mots qu'aurait eu un membre de ta famille à mon égard. Elle ne faisait ni parti de notre couple, ni n'a quoi que ce soit à voir avec ce que je fais de ma vie et de mon cœur. Puisque tu tenais à parler en adulte, commences déjà par assumer tes actes, sois un peu responsable. »

La rage qu'il ressentait s'était transformée en hargne froide. Le lord se recula d'un pas, puis bu une gorgée de champagne tout en glissant sa main gauche dans la poche de son pantalon, rabattant, ainsi, sa cape derrière-lui.
« Je suis désolé que tu aies vu ça, sincèrement. Tu as sûrement eu raison de partir, je ne peux pas rendre une femme heureuse et l'amertume que tu as gardé en est bien la preuve. Je te souhaite de trouver un homme qui ne te cachera rien, un homme qui acceptera de payer pour les erreurs d'autrui, qui te rendra heureuse et surtout, qui te permettra de m'oublier complètement. »
D'un signe de la tête, Aïlin indiqua le chemin par lequel ils étaient arrivés, en dehors de l'alcôve florale.
« Nous en avons fini. »

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