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 Un cabaret comme on les aime [Harriet]
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  • Torin Bower
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MessageSujet: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Mer 11 Sep - 0:19:07

Le temps s'écoulait lentement pendant que les premières neiges tombaient. Tout semblait si calme, un silence mortuaire régnait en ces lieux tandis que Torin restait immobile, face à la grande fenêtre qui donnait sur le jardin blanchâtre du manoir familial. Il ne resterait plus très longtemps en ces lieux même si l'ambiance qu'impliquait sa présence lui plaisait beaucoup. Les sarcasmes -auxquels il avait rapidement repris goût après son retour en société- allaient bon train tout en restant légers, parfois imperceptibles et, le fait d'agacer par sa simple présence le frère qui avait essayé de le tuer et ne le pouvait plus, demeurait le seul plaisir qu'il éprouve encore à rester sous le même toit que son cadet.

Des moments de réflexion comme celui-ci, les yeux perdus dans le lointain, il en avait eu beaucoup depuis sa libération, même après ce procès qui l'innocentait. Il avait besoin de faire le point pour libérer son esprit et reprendre le travail. Car, si lorsqu'il était en exil, il n'avait rien d'autre à faire que ses expériences, ce retour à la société avait impliqué beaucoup de contraintes et de préoccupations. Il n'arrivait pas à se concentrer de nouveau sur ses projets alors qu'il était justement revenu pour finaliser -l'espérait-il- ses travaux. La vie avait perdu beaucoup de sa saveur, les règles du jeu n'étaient plus les mêmes et Torin n'espérait plus ces petites choses du quotidien qui avaient longtemps fait son bonheur. Ce contrôle sur la famille, cette place auprès du Seigneur des Ténèbres, cet emploi, si influent, qui lui était promis au sein du Magenmagot, mais par dessus tout la peur qu'il pouvait inspirer, puis, la cruauté dont il pouvait faire preuve sans modération.
Tout cela faisait partie du passé et il fallait se faire une raison. La légilimencie n'y aidait pas : s'il évitait de croiser son propre regard dans le miroir, il fixait le vide à travers une vitre dans le simple espoir d'y apercevoir le reflet de ses yeux, d'avoir une brève vision de ce qu'était la belle époque. Il se l'interdisait face au miroir car il avait lu qu'un légilimens pouvait, sur le même principe qu'un certain « Miroir du Rised », se perdre en restant ainsi fixé face à ses meilleurs souvenirs, et ne jamais retrouver la raison. Très peu de chances que cela lui arrive mais il prenait ses précautions, cela finirait bien par lui passer.

Un craquement ramena l'ex-mangemort à la réalité. Il oubliait chaque fois à quel point les variations de température agissaient sur le plancher du manoir, le bois qui travaillait laissant échapper quelques bruits sourds. Torin se détourna de la fenêtre en posant une main sur son front pour réfléchir à ce qu'il avait à faire. Il ne voulait pas entreprendre de travaux physiques au manoir de peur qu'Aïlin mette la main dessus, la plupart du temps il partait s'essayer à quelques expériences dans les forêts les plus recluses d'Irlande, il avait à sa disposition de produits sains, acheté chez des apothicaires référencés, mais toujours pas de résultat satisfaisant. Il lui manquait toujours la recette du Vitmagic, car le produit dans son intégralité n'avait pas eu des résultat aussi satisfaisants que prévu. Peut-être un composant nuisait-il à son efficacité, ou peut-être Torin laissait-il un détail important lui échapper de par l'encombrement de son esprit.

Il avait peut-être besoin de prendre enfin un vrai repos et de trouver une manière de se détendre. Par le passé il lui suffisait de se rendre au repaire du Seigneur des Ténèbres, dans la chambre qui lui était réservée : il pouvait ensuite faire ce que bon lui semblait, des activités mangemort en passant par celles d'un sorcier de son age.
Aujourd'hui, il se devait de trouver un nouveau lieu de détente -et accessoirement de nouveaux amis- afin de vider son esprit et retrouver son efficacité dans ses recherches. Alors, tandis que l'après-midi touchait à sa fin pour peu à peu laisser place à la nuit, Torin couvrit son costume d'une épaisse cape afin de pouvoir braver le froid londonien. Il abaissa sa capuche sur son crâne puis transplana dans une ruelle peu fréquentée de l'Allée des Embrumes. Il préférait rester discret depuis la victoire de son procès et ne pas se montrer ouvertement dans des lieux suspect. Cela ne l’empêchait pas de faire ses petites emplettes quand nécessaire. Ce soir-là, il se contentait d'observer sans but précis, sait-on jamais qu'il trouve un article intéressant, ou une vieille connaissance non-hostile. Mais rien. D'échoppe en échoppe, il s'ennuyait un peu plus.

Le nécromancien arriva bientôt à l'entrée de l'Allée quand il vit quelques mètres plus loin une porte noire s'ouvrir et un homme en être éjecté alors qu'une voix venue de l'intérieur le réprimandait : « on est pas dans un bistrot ici, on est dans un cabaret ! » L'éjecté marmonnait pour répondre alors que la porte s'était déjà refermée : il devait être ivre vu sa démarche. Le regard de Torin se posa alors sur l'enseigne dudit cabaret. Cet endroit avait toujours été fermé dans ses souvenirs, mais aujourd'hui il semblait ouvert : preuve que ce monde avait changé. Et, un cabaret à l'entrée de l'Allée des Embrumes, cela l'intriguait : après tout, il n'avait rien de mieux à faire, alors il entra... Pour se trouver face à un miroir devant lequel il fallait semble-t-il obligatoirement se présenter pour obtenir le droit d'entrer. Torin n'eut pas le choix car ses yeux furent de toutes manières attirés par son reflet alors qu'il ôtait sa capuche. Mais l'objet ne refléta pas son regard comme il le craignait, au contraire il lui montrait l'avenir parfait, l'ex-mangemort entouré d'une armée d'inferis : amusant quand on pensait au nom des lieux. Et, encore plus étrange, il vit l'accès s'ouvrir au cabaret après un reflet si peu commode.

Le décor de la salle principale était agréable, ni trop brillant, ni trop agaçant. Le fond musical restait suffisamment discret et il y avait même un porte-manteau à disposition. Cette ambiance convenait parfaitement à Torin pour se laisser tenter par un verre du meilleur rouge qu'il emporta jusqu'à un fauteuil bien placé. D'où il était il pouvait voir la scène encore vide en ce début de soirée, ainsi que l'ensemble de la salle, le tout en restant dans un coin discret.
Il se mit alors à observer la population locale : certains sorciers semblaient discuter affaires à l'écart, d'autres se retrouvaient au bar pour trinquer, un homme paraissait même en pleines négociations avec une vélane aux courbes appétissantes. Il y avait d'ailleurs plusieurs représentantes de la gente féminine et, pour la plupart, semblaient davantage ici pour l'argent que pour le plaisir. Torin engloutit deux belles gorgées de vin en souriant, se disant qu'il n'avait certainement pas besoin d'en venir à l'agent s'il désirait mettre un terme à l'abstinence qui le rongeait depuis plus de deux ans et demi. S'il souhaitait y remédier, il s'en occuperait plus tard car pour le moment, il plissait ses yeux pour se concentrer sur son ouïe et tenter de capter quelques ragots dans ce nouvel endroit.
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  • Harriet Love
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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Ven 13 Sep - 0:12:56

Élégamment installée devant une coiffeuse en or massif, Harriet Love s'observait, se contemplait. Depuis une dizaine de minutes déjà, elle se mirait avec fascination et fierté, changeant de profil, de position, se regardant tantôt droit dans les yeux, tantôt du coin de l'oeil. Elle s'étudiait sous toutes les coutures, se redressait en penchant son décolleté pigeonnant en direction du miroir, puis se rasseyait avec une moue un peu boudeuse. Finalement, ses yeux clairs, melting-pot de couleurs savamment combinées par le hasard de la vie, dégradé pareil à de l'eau coulant langoureusement sur un lit éclairé par des rais de soleil, se levèrent et vinrent rencontrer le visage docile et résigné de l'homme qui se tenait derrière elle.
« Ça ne va pas, vous le voyez bien ! Je vous ai dit que le saphir ne me va pas au teint. C'est froid, triste, austère. Un diamant bleu, c'est cela que je veux. » soupira-t-elle avant de changer de côté, adressant maintenant un regard pétillant au second homme, qui se tenait, lui, à sa gauche. Son minois mutin lui envoya un sourire espiègle.
« Un diamant bleu, Monsieur Smith. C'est cela que je veux. Je le veux dans cette parure, et pour vendredi. Je veux pouvoir m'en orner le cou au Laughing Inferi, samedi prochain.
— Et qu'y-a-t-il au cabaret, samedi, qui mérite de se parer d'un bijou aussi coûteux ? Miss Love, vous me ruinerez.
— Vous ne pouvez pas me dire non, Monsieur Smith. »
Son sourire s'accentua. Il se fit presque un peu cruel, de cette cruauté de petite fille capricieuse, qui sait qu'elle vient d'appuyer sur un point douloureux. Narquois, aussi. L'un n'allait pas sans l'autre. Car non, ce Monsieur « Smith » ne pouvait pas lui dire non. Elle pouvait obtenir de lui tout ce qu'elle désirait, elle le tenait au creux de sa main. Un geste d'elle, une photo abandonnée à un journaliste friand de scandales, et s'en était fini de la vie de Monsieur Smith.
« Jusqu'alors, j'ai été une femme exemplaire. ...Mais je suis aussi une femme de valeur. Je ne peux me contenter de choses banales. Et le saphir, en voilà une pierre banale de femme banale ! »
D'un jeté de doigts qui traduisait tout son mépris, Harriet lâcha le collier, qu'elle avait défait de son cou. Elle ne vit pas le geste amorcé du vendeur, ni sa pâleur soudaine, lorsque le bijou cliqueta brillamment en s'échouant sur le plateau de la coiffeuse, comme de la misérable camelote.
« Mais si vous ne voulez pas me payer, mon cher, il ne me reste plus qu'une chose à faire... »
Royale, Harriet se leva et amorça quelques pas en direction de la sortie.
« Miss Love, attendez ! »
Harriet se figea. Elle savait qu'elle avait gagné. Elle le savait depuis le début, de toute façon. À force, cela en devenait lassant. Il n'y en avait pas un pour lui résister, pas un qui ne finisse par céder, car elle avait toutes les cartes pour plier les hommes à sa volonté. Sa beauté, son intelligence, son apparente docilité qui cachait un serpent manipulateur et cupide, prêt à s'enrouler sur sa proie et l'étrangler jusqu'à le défaire de son dernier gallion.
De l'argent, Harriet n'en manquait pourtant pas. Ah, l'argent... Ça allait, ça venait. De l'argent, elle en avait plus qu'assez, assez pour faire ce qu'elle voulait, assez pour dévaliser la joaillerie de luxe dans laquelle elle se trouvait, si elle le voulait. Mais si Harriet était aussi riche, c'était parce qu'elle n'utilisait pas son argent, jamais. L'or s'entassait dans son coffre à Gringott's en même temps que la poussière, car le seul argent qui avait de l'attrait pour elle n'était pas le sien, mais celui des autres. Ce qu'elle aimait, c'était de se voir offrir ce qu'elle voulait, de la part de ces hommes qui l'admiraient ou étaient coupables de la connaître. Car l'on connaissait le visage de l'Accompagnatrice seulement si l'on demandait ses services, et ceux qui avaient les moyens d'en bénéficier avaient souvent une réputation à préserver. Une famille, aussi. Le sexe, voilà quelle était la vraie puissance, celle qui gouvernait le monde. Et, plus précisément, le sexe de la femme.

Il n'y en avait donc pas un pour lui résister. Pas un qui n'ait pas un vice à se reprocher, et qu'elle connaisse. Pas un qui n'ait été victime de la belle Accompagnatrice, dont le double maléfique, corruptrice, voleuse et espionne, avait laissé son regard s'attarder sur des documents qu'elle n'aurait jamais dû trouver. Pourtant, tous croyaient avoir encore un pouvoir sur elle. Être le sexe pénétrant, l'être alpha, suffisait pour ces hommes à se croire indubitablement supérieurs, quand bien même ils avaient, d'un bout à l'autre de l'histoire, été dupés. Certains rêvaient certainement en secret de l'assassiner, mais Miss Love avait l'art et la manière de se trouver des protecteurs puissants. L'organisation de Leoni était derrière elle, et elle était le bras droit de Murray, son jouet préféré, sa poupée d'échange, la paire de seins en vitrine pour attirer les cibles du Damier dans les filets du clan. Elle aurait pu être bien plus, au sein du Damier. Cependant, elle savait qu'en prenant trop d'importance, elle perdrait aussi beaucoup de libertés. Ainsi, comme l'aurait dit Pangloss, tout était bien dans le meilleur des mondes. Quand bien même elle commençait à s'ennuyer de cette situation, où il devenait trop rare que le sang lui monte à la tête, que l'adrénaline irradie son corps d'un grand coup de tonnerre.

Doucement, Miss Love fit demi-tour pour faire face à son pigeon. Son regard ne pétillait plus, malgré le doux sourire qui ourlait ses lèvres rose pâle.
« Miss Love, vous êtes notre meilleure cliente, mais le diamant bleu est si rare ! Nous ne pourrons en obtenir avant...
— Je suis votre meilleure cliente. Vous avez tout dit. Alors, vous trouverez un moyen, n'est-ce pas ? Votre patron ne souffrirait pas de me voir partir déçue de votre enseigne. Je sais qu'il y en a un en partance d'Inde, qui devrait arriver d'ici quelques jours en Angleterre. Il a un petit frère, resté à domicile. Un petit frère de dix carats. Il est splendide, fait pour ce collier. Vous négocierez cela comme un roi, j'en suis certaine. »
Le bijoutier était maintenant aussi pâle que les gants qu'il portait. Il avait à deux doigts de lui sa plus grosse vente, et Harriet ne doutait pas qu'il commençait à transpirer sous son costume impeccablement taillé. Elle lui fit un grand sourire et, sous les protestations pitoyables de « Monsieur Smith », s'évapora en laissant derrière elle le sillon de son parfum à l'essence de tubéreuse.

S'il y avait quelque chose de véritablement magique dans l'apparence de Miss Love, c'étaient ses yeux. Son regard, pourvu de nombreuses nuances de bleus, de gris et d'une touche de vert d'eau, avait la faculté extraordinaire de refléter la couleur que la jeune femme portait au cou. Ce regard avait cela de magique qu'il était l'image de son âme. Une âme fluctuante, changeante, comme en perpétuelle recherche d'elle-même, de ses propres tonalités, de sa propre couleur. Ce diamant bleu qu'elle portait, ce soir, autour de son cou, n'attirait pas autant les regards que l'incroyable couleur que prenaient ses yeux sous les flambeaux du Laughing Inferi. L'eau coulante, endormie sur son lit, s'était métamorphosée en pierre d'une pureté remarquable, avec laquelle son maquillage ourlé de noir contrastait.
Elle se pavanait au Laughing Inferi pour le simple plaisir d'exhiber le discret collier, que personne ne voyait pourtant vraiment. La beauté pure de la pierre se fondait dans la beauté sensuelle de la femme évoluant dans le cabaret avec grâce et félinité, moulée dans sa soyeuse robe brune, dont la fente laissait parfois soupçonner la dentelle de ses bas de soie. Il y avait, avait-elle songé en se vêtant, quelque chose de philosophique dans sa parure. Elle représentait, ce soir, la pureté camouflée par le vice, ou le vice atténué par la pureté. Qu'importait l'ordre, il y avait toujours un peu de l'un quand il y avait beaucoup de l'autre. Il suffisait de le trouver, et ne pas refuser de le voir.

Assise à une table, seule, Harriet observait les visages connus et inconnus qui se pressaient autour d'elle. Certains venaient la saluer, mais son attitude laissait entendre qu'elle ne désirait pas être approchée. C'était à quelque quelque de nouveau qu'elle aspirait, quelque chose qui change de l'ordinaire. Quelque chose d'aussi rare et insolite que le diamant bleu porté par la belle-de-nuit. Elle allait la trouver, cette chose, puisqu'elle la désirait. Son regard finirait par s'arrêter sur ce qu'il avait envie de capturer ce soir-là. Elle avait toute la nuit, et la soirée ne faisait que débuter. Aussi finit-elle remettre la partie. Elle se leva et longea d'un pas peu pressé la scène, pour s'acheminer jusqu'au bar.
Harriet s'arrêta avant de tourner le dos à l'estrade, cependant. Un visage qui lui était familier sans l'être vraiment venait d'atterrir dans son champ de vision. Tout comme elle un instant auparavant, il observait les autres évoluer, avec, lui semblait-il, le même intérêt détaché. L'avait-il vue ? Elle ne voyait pas ses yeux, en tout cas, et Harriet en profita pour détailler ce visage qui lui en rappelait un autre.

Ces traits fins et ce port altier, elle l'avait déjà aperçu ici-même au Laughing Inferi. Un homme qui était là, autrefois, davantage pour les affaires que le plaisir, mais qui se laissait peu à peu, et de plus en plus volontiers, contaminer par l'esprit décadent du cabaret. Un homme avec qui elle avait eu l'occasion de discuter. Profitant du fait qu'il était l'alchimiste de son patron, elle avait noué un contact avec ce curieux bout de lord, le temps d'un soir. Un drôle d'énergumène, qu'elle avait jugé atrocement adulte pour son âge, ou horriblement enfant malgré son apparente maturité. Une créature ambivalente, dans les yeux duquel elle avait lu un nombre incalculable de turpitudes. Ce soir, c'était le frère qui était présent. Et elle le reconnaissait sans mal, à présent. Il avait changé, mais les plis de ses yeux ainsi que de sa bouche, qu'elle devinait de son profil, étaient semblables à ceux qu'elle lui avait connu à Poudlard.

Torin avait toujours été beau garçon, et son élégance, son exemplarité avait fait tourner la tête et le cœur de plus d'une adolescente, à l'époque. Harriet, elle, avait été peut-être un peu moins dupe que les autres, à son sujet. Elle ne l'avait jamais vraiment approché, se contentant d'observer de loin de quoi avait l'air un masque, lorsqu'on était le seul à en soupçonner l'existence. Elle l'avait pressenti, comme un serpent sent un autre congénère. Sans avoir besoin de le voir. Elle aurait pu être aveugle, qu'elle flairait l'aura de celui qui, à son instar, se paraît de ses plus beaux atours pour cacher ce qu'il y avait vraiment dans son cœur. Torin avait-il fini par oublier ce dernier, à force de le cacher pour en protéger les noirs secrets ? Une chose était sûre : c'était un homme dangereux, qui attirait toutes les curiosités, en particulier celles de ses patrons. Encore une fois, elle allait devoir se sacrifier, faire preuve de tout son zèle, pour satisfaire la curiosité du Damier. Et rien ne lui faisait plus plaisir que l'idée de ce sacrifice. Aussi s'approcha-t-elle doucement, détournant les yeux vers le sol tandis qu'elle passait devant lui, frôlant presque sa jambe du pan de sa robe, qui voletait doucement à chaque déhanché. Enfin, elle s'installa dans le fauteuil le plus proche de Torin en croisant les jambes. Un sourire glissa sur ses lèvres, qu'elle se mordit l'instant d'après en jetant un regard en biais à l'ancien Mangemort.

« Vous sortez enfin de votre cachette, Monsieur Bower ? Quelle chanceuse je fais, je suis la première a vous avoir déniché. »
Son regard s'attarda sur le visage de Torin, marqué par les années difficiles qu'il avait vécu. Difficiles était certainement un euphémisme, quand on pensait au passif du sorcier, à son nom baigné de ténèbres et sa cavale dont on ignorait tout. Pourtant, ce visage semblait se gorger, de nouveau, d'un quelque qui lui avait manqué. Était-ce la vie ? Harriet n'aurait su le dire, mais Torin avait l'apparence d'un ancien malade qui réinvestissait son corps, reprenait ses forces pour partir vers de nouvelles batailles.
« Puis-je vous offrir ma présence ? Boire ce bon vin dans l'ombre et la solitude serait le gâcher. »



HJ : Euh... La prochaine, je la fais plus courte. Promis. titeuple

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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Sam 14 Sep - 23:10:26

Les préoccupations des sorciers se faisaient plus futiles en ces temps révolus. De quoi écorcher les oreilles d'un ancien mangemort qui n'avait plus entendu la voix des habitants de son monde depuis la chute du Seigneur des Ténèbres. On ne se plaignait pas d'avoir proné la cause du sang impur, ni d'avoir offensé un sombre sympathisant. Non. De ce qui se laissait entendre, les principales préoccupations concernaient cet étrange maladie qui affectait sorciers comme créatures, ou d'autres sujets comme le commerce et les affaires. Rien de perturbant, rien non plus de menaçant , mis à part cette épidémie qui semblait être le sujet le plus alarmant. Ce monde était devenu ridicule et banal, les sorciers se souciaient de chose aussi pitoyable que chez les moldus : Lord Voldemort avait bel et bien échoué et il ne restait probablement plus grand chose de cette grande époque : interdire les mariages entre sorciers et moldus n'était qu'un bien maigre lot de consolation.

Ce retour en société qui paraissait peut-être prometteur n'était pas à la hauteur des espérances de Torin. Il devait désormais voir ce monde d'une autres manière, car même dans l'Allée des Embrumes, tous semblaient avoir tourné la page. Et si son cas avait été mentionné brièvement sur la page d'un journal, cela n'attirerait pas les anciens sympathisants pour autant : tout avaient été innocentés de la même manière, sur un quiproquo, personne n'était mangemort, tout un chacun était victime, et victime en vie était un exploit sachant que la Gazette avait mentionné nombre d'assassinats de mangemorts, avant même que les aurors les aient interceptés. Un incroyable fiasco, ce massacre. Et Torin se devait maintenant de changer son fusil d'épaule... Si encore il avait eu une troisième épaule. Mangemort ne semblait -à son grand malheur- ne plus vouloir dire quoi que ce soit et il était encore trop tôt pour refaire naître l'idée d'un monde sans bourbe au sein de la communauté magique. Il ne désespérerait pas, mais pour le moment il se devait de se concentrer sur ses propres travaux afin de s'accorder une crédibilité qui lui repousserait les frontières du possible. Si un jour il arrivait à relever les morts, il obtiendrait les faveurs de ceux qui pourraient lui permettre de s'élever au plus haut des rangs car dans cette société, le désir le plus cher du commun des mortels n'était-il pas de pouvoir dire un dernier au-revoir à ceux qui sont partis trop tôt ? Torin lui-même ne voulait-il pas entendre les derniers souhaits du Seigneur des Ténèbres ? Et pour cela il devait ravaler sa fierté et accepter le monde actuel pour s'y intégrer afin d'obtenir les éléments qui lui manquaient. Quelles que soient ses opinions ou son désintérêt pour l'actualité. Alors il remplit de nouveau son verre avec la bouteille qui lui avait été vendue, se disant que peut-être le vin pourrait avoir de meilleures pistes que le siennes. Et c'était un pur plaisir d'avoir pour seule compagnie un breuvage dont il n'avait pas bénéficié depuis quelques années, jusqu'à ce que...

Torin fut éveillé de sa réflexion par un bref courant d'air, une élégante paire de jambes venait de le frôler sans pour autant le toucher, poussant ses yeux d'acier à se diriger vers la propriétaire des gambettes : une charmante créature qui s'installait dores et déjà à proximité.
L'ex mangemort fut étonné : on osait l'approcher ainsi, presque l'effleurer, le sexe faible qui plus est. S'agissait-il d'une prostituée qui flairait l'argent aux vues de l'attitude des clients du bar ? Ou d'un électron libre parmi la foule ? Sa tenue en disait long, tout comme ce visage qui n'était pas inconnu à l’aîné des Bower.

Alors comme ça, c'était à son tour d'être pris pour un objet, pour une rumeur, la demoiselle disant l'avoir « déniché »... Avec une voix qui ne lui était pas inconnue, allant même jusqu'à lui rappeler Poudlard. Oui, en tant qu'ancien préfet en chef, il connaissait au moins de vue la plupart des Serpentards de sa génération, à une poignée d'années près. Il avait entendu au moins une fois la voix de chacun, sans forcément pouvoir mettre un nom dessus. Mais cette fille-là, il s'en souvenait, son pathétique binôme de classe lui avait répété cent fois à quel point il la trouvait ravissante. C'était donc Miss Love qui se vantait de l'avoir « déniché ».


« La première? »

Non, Aïlin était le premier et il en avait fait les frais, mais peu importe. Torin lança un sourire mystérieux à la belle : si cela lui faisait plaisir autant la laisser croire qu'elle venait de faire une découverte. Et puis, cela le mettait lui en valeur, même si il ne savait pas pour l'instant ce qu'elle souhaitait de lui. Si elle se faisait trop flatteuse, il pourrait toujours vérifier ses intentions en utilisant la légilimencie. Pour le moment, il lui accordait le bénéfice du doute : il était là pour se détendre, peut-être entendre quelques rumeurs intéressantes, et quelque chose lui disait que Love était le genre de femme à qui les hommes aimaient se confier.

Voilà qu'elle proposait de lui tenir compagnie à lui, et sans doutes à sa bouteille. Les femmes et l'art de se faire payer des verres, cela ne changerait probablement jamais. Heureusement pour elle, Torin était d'humeur clémente ce soir-là, et il n'était pas un grand buveur, la bouteille pouvait donc être partagée : ce serait l'occasion de peut-être avoir une discussion intéressante, même si ces deux mots juraient souvent avec le mot femme.
L'ex mangemort ne répondit donc pas de suite à Miss Love, se contentant de la fixer d'un air sérieux, comme s'il prenait le temps de la réflexion. Puis après quelques secondes, il claqua des doigts pour attirer l'attention d'un serveur à quelques tables de là puis lui montra son verre en désignant la demoiselle d'un signe de tête. L'homme avait semble-t-il compris puisqu'il s'empressa de revenir avec un second verre à vin, prenant même l'initiative de le remplir de l'excellent liquide.

Torin attendit qu'il parte pour lever son verre et finalement répondre à la belle.


« Et je n'aime pas gâcher. Santé. »

Il but une gorgée de vin sans quitter des yeux celle qui lui tenait maintenant compagnie. Il en était arrivé à ça : passer la soirée dans un cabaret en compagnie d'une femme dont il ignorait presque tout comme seul divertissement. Ce monde était devenu fade, tout comme le ton de sa voix lorsqu'il fit mine de faussement s'intéresser à elle. Il préférait encore l'écouter parler plutôt que de se faire questionner sur son procès ou n'importe quoi d'autre. Il n'était pas comme ces hommes qui ressentaient le besoin de vider leur sac, loin de là.

« Miss... Love, si mes souvenirs sont bons ? Vous connaissez l'endroit ? C'est la première fois que je le vois ouvert, je ne soupçonnait pas la présence d'un cabaret... »

Torin but une nouvelle gorgée de vin tout un prenant un air curieux bien qu'il se contrefiche de la nature des lieux. Il fallait bien commencer la conversation quelque part.
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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Lun 7 Oct - 19:41:00

Les yeux d'Harriet se détachèrent de Torin et parcoururent les environs, avant de se reposer en douceur sur le mage noir. Un petit sourire détaché ourla ses lèvres, et elle haussa faiblement les épaules. La première, oui. Combien de femmes s'éprenaient follement des hommes les plus machiavéliques ? Combien de prisonniers, parmi les moldus, recevaient des lettres de ménagères éperdument amoureuses, jusque dans le couloir de la mort ? Pour avoir séjourné aux États-Unis pendant la guerre, Harriet avait pu entendre un bon nombre d'anecdotes de ce genre. Il était inutile, cependant, d'expliquer le sous-entendu sexuel de sa petite introduction. Cela aurait été d'un goût passable. Son œillade suffisait, cependant, à relever les quelques regards qu'Harriet avait attiré sur elle à son passage, et qui observaient maintenant avec une curiosité non feinte l'individu auprès de qui elle se tenait.

En bon gentleman, Bower consentit à voir la jeune femme demeurer à ses côtés. C'était heureux, car Harriet y tenait, et n'avait guère envie de se fatiguer à user de stratagèmes sournois pour mériter sa place auprès de Torin. Non, elle préférait le surprendre, éveiller sa curiosité petit à petit, comme on laisse s'approcher un animal sauvage, sans le brusquer de peur qu'il ne morde. Et nul doute à cela, Torin Bower faisait parti de la race des prédateurs, dont les mises en garde n'étaient pas à prendre à la légère. Tact et savoir faire étaient de mise, si Harriet voulait satisfaire sa curiosité et celles de ses patrons en toute quiétude.
La courtisane se pencha délicatement pour recueillir son verre de vin afin de le lever à son tour. Elle n'était pas grande buveuse, mais elle savait apprécier le vin de qualité, une fois de temps en temps. Elle trempa ses lèvres dans le nectar à la robe chatoyante, et laissa glisser l'alcool sur sa langue, afin que ses papilles aient le temps de se familiariser avec les arômes fruités du vin. Tout en se réinstallant plus confortablement, elle analysait sans y penser la saveur qui demeurait dans sa bouche, isolant les caractéristiques du vin comme si cela lui permettait d'en apprendre davantage sur celui qui le buvait. Et cela était vrai, en partie. Connaître les goûts d'un potentiel partenaire était toujours un bonus confortable. Et puis, ainsi, à prendre son temps, elle laissait une marge de liberté à son interlocuteur. Il venait maintenant à elle, l'interrogeant d'une façon des plus banales. Au moins s'efforçait-il de faire la conversation, quand bien même Harriet aurait préféré qu'il pose des questions plus intéressantes que celle-ci. Néanmoins, c'était l'occasion de renseigner Torin, sur d'autres sujets qui tenaient davantage au cœur de la belle catin.

« Je suis une fine connaisseuse de l'endroit, en effet. Vous n'imaginez pas tout ce que le Laughing Inferi cache, Monsieur Bower. »
Répondit-elle d'une voix langoureuse, avant de diriger son regard vers la porte entrouverte, qui menait aux étages du bâtiment. Elle adressa un petit sourire mystérieux au sorcier en se tournant davantage vers lui.
« Ai-je sous-estimé ma réputation, ou avez-vous une si bonne mémoire ? Je suis flattée de n'avoir pas à me présenter. » Minauda-t-elle, avant de marquer une courte pause, durant laquelle elle reprit un semblant de sérieux. « Le cabaret appartenait autrefois à Monsieur Forester, mais celui-ci n'a jamais eu l'apport financier pour relancer l'affaire. Les parts reviennent désormais à des mécènes riches et influents, qui ont su apercevoir le potentiel d'un tel endroit. La guerre a plongé le monde magique dans une crise autant existentielle que monétaire, Monsieur Bower, et comme à toute crise, le nombre de pauvres a crût proportionnellement au nombre de nouveaux riches. Il leur fallait un endroit où s'amuser et lâcher l'argent dont ils ne savent plus que faire. Alors... bienvenu dans le plus grand nid à gallions de Londres ! »

Harriet croisa les jambes et joua distraitement avec son verre de vin, tout en s'enfonçant avec élégance dans le dossier rembourré de son fauteuil.
« C'est amusant... Les dits mécènes attendaient le moment opportun pour vous inviter sur leur territoire, mais vous êtes venus à eux avant qu'ils ne fassent quoi que ce soit. Il suffisait sans doute de rester patient. »

Son regard amusé étudia Torin. Elle haussa un sourcil alors qu'elle portait son vin à sa bouche, davantage pour signifier qu'elle attendait un retour que pour profiter de l'alcool, aussi savoureux était-il. Elle venait d'offrir une jolie piste à Bower, autant sur ses motivations que l'avantage qu'il avait de lui porter autre chose qu'un intérêt poli. Leur point commun était sans doute de se fiche bien proprement de la politesse. Ils avaient mieux à faire pour investir du temps dans ses choses stériles.

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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Dim 13 Oct - 16:53:23

Le vin de cette table ne semblait pas déplaire à celle qui s'était donné l'occasion d'en profiter. Et lorsque Torin se mettait à la questionner, Miss Love ne freinait absolument pas sa langue, telle la maîtresse des lieux. L'ex mangemort posa un regard interrogateur sur la belle  lorsqu'elle évoqua les mystères du cabaret. Il pouvait facilement se douter de la présence d'une salle de jeu clandestine ou autre réseau de prostitution puisque c'était le propre de la plupart des cabarets, mais quelque chose lui disait que son interlocutrice avait des détails plus intéressants en tête. Il la laissa donc poursuivre, pour l'instant seulement à moitié intéressé.
Il jeta un regard à la porte entrouverte qu'elle venait de désigner, s'attendant à ce qu'elle délie sa langue. Mais rupture fut faite lorsqu'elle changea brutalement de sujet pour se dire flattée d'avoir été reconnue. Les femmes. Le fait est qu'il avait effectivement une bonne mémoire, peu importe la réputation de la dame, mais il ne jugea pas non plus nécessaire de gaspiller de sa précieuse salive pour le lui faire savoir. Il restait silencieux, attendant qu'elle revienne aux mystères du cabaret en buvant une nouvelle gorgée de vin.

Enfin la langue de la belle se déliait, révélant un bref historique du cabaret. Torin fut immédiatement interpellé par le fait qu'elle révèle directement le nom de l'ancien propriétaire alors qu'elle désignait les actuels gérants par le nom de mécènes. Il aurait été plus logique que les patrons d'une telle affaire se vantent et crient leur nom sur les toits, car le cabaret semblait rentable selon les dires de Miss Love, mais aussi aux vues de la clientèle. L'ex mangemort n'était pas stupide : peut-être avait-il longtemps disparu, mais les mœurs de quelqu'un qui dissimule la seconde partie de sa vie ne lui étaient pas étrangères. Et tout laissait à penser que cet endroit ne faisait pas forcément la fierté d'un gérant père de famille.
La conclusion de la demoiselle fit sourire Torin. Peut-être parce que cela sortait de la bouche d'une femme, ou peut-être parce qu'au fond, il n'était pas prêt à cracher les pièces d'or comme la foule masculine qui fréquentait les lieux. En quoi était-ce pertinent de dire qu'ils se trouvaient dans un nid à gallions ? Était-ce censé le flatte que de se trouver parmi quelques fortunes du pays ? Lui qui par le passé avait un titre et une fortune, ainsi que l'inutilité absolue de se rendre dans ce genre d'endroit pour se divertir. Alors non, cela ne lui plaisait pas d'entendre à quel point l'argent coulait à flots ici, il n'en avait rien à faire et le montra en levant les yeux au ciel d'un air désintéressé, mais tout en restant discret, que son geste ne soit pas interprété comme un manque de tact ou de politesse.

C'était étrange comme tout à coup, Miss Love se mettait à son aise dans le fond de son fauteuil, alors qu'elle lui lançait une ultime révélation, éveillant enfin l'intérêt de l'ex mangemort. Elle semblait savoir qu'elle venait de marquer un point, il suffisait d'observer le regard qu'elle lui lançait et l'attitude qu'elle adoptait. Torin devait-il lui donner satisfaction dans l’immédiat et quérir des explications avec avidité ?
Non. Si son regard exprimait un certain intérêt, il préférait analyser la situation avant de se prononcer. Que pouvaient bien lui vouloir ces fameux mécènes ? Son passé avait fait de lui un homme méfiant, parfois à la limite de la paranoïa, mais sans jamais y céder. Si ce genre d'endroit n'avait pas pour habitude d'appartenir à des saints, cela ne voulait pas pour autant dire que les propriétaires des lieux étaient de potentiels amis. Il lui fallait donc trouver un moyen d'en faire dire plus à la charmante demoiselle qui lui tenait compagnie. Sans quitter Miss Love du regard, il tendit son bras jusqu'à la table pour y poser son verre, après quoi il installa son coude sur l'accoudoir de son fauteuil, venant poser son menton sur son index replié. Puis il emprunta un ton faussement désintéressé.


« Très amusant, oui. »

Son regard se fit plus sérieux. Pour le moment il ignorait si la demoiselle devait être considérée comme un atout ou le contraire.

« Vous semblez bien connaître ces mécènes, Miss Love. J'ai hélas bien peur de les décevoir en ce qui concerne mon potentiel à flamber de l'or au sein de leur établissement. Vous pensez qu'ils m'en voudront de vous dire ça ? »

Torin pinça ses lèvres en prenant un air désolé. Il cessa de soutenir son menton pour poser son avant-bras sur l'accoudoir et légèrement se rapprocher de la belle. Il avait envie de la tester et de voir la manière dont elle réagirait à ce rapprochement.
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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Mar 29 Oct - 23:14:40

Par Morgane, que ce Bower pouvait dégager de charisme, d'aussi près ! Un petit sourire innocent ourla les lèvres de Miss Love, qui ne bronchait pas. Elle le laissait s'approcher, n'ayant pas pour réflexe de se protéger outre mesure de la proximité masculine. Une chose que son métier original lui demandait était bien de demeurer ouverte au contact, sans pour autant le chercher sciemment. Harriet ne racolait pas. Elle faisait parti de cette gamme de filles qui avaient dépassé le simple rôle de prostituées, pour gravir l'échelon d'escort, esclave à tout faire capable de revêtir aussi bien le rôle de la jeune fiancée que de la maîtresse castratrice. Nul besoin d'inviter, seulement de séduire. Toute la subtilité était là.
Son regard étincela lorsque la main de Torin se détacha de sous son menton pour approcher la belle, et elle lui renvoya son regard intéressé. Elle ne racolait pas, non, mais elle ne pouvait s'empêcher d'user de son charme. Elle n'était pas certaine, cependant, que l'homme face à elle soit véritablement du genre à se laisser abuser par ses atouts. Comme cela lui arrivait rarement, elle avait un doute quant à ses possibilités de réussite si elle se contentait seulement de l'approcher d'une façon purement charnelle. Harriet ignorait ce qu'un tel homme pouvait penser. Il était rare qu'elle soit incapable de se placer dans l'esprit d'autrui, mais pour cette fois, elle agissait bien à l'aveuglette.
À Poudlard, elle se souvenait que tout le monde avait toujours ressenti un mélange de respect, d'admiration et de crainte pour Torin. Elle se rappelait bien ce sentiment là, et le ressentait peut-être un peu maintenant qu'il s'était ainsi approché d'elle, pour la regarder droit dans les yeux. Il était si grisant de jouer avec le feu !

Un sourire se dessina finalement sur le visage de la catin. Elle hocha lentement la tête, se mordillant la lèvre inférieure avec insouciance, renchérissant à cette fausse complicité, autant stratégique pour l'un que pour l'autre parti.
« Oh oui je les connais bien... Et je crois qu'en réalité, ils vous aiment bien... » murmura-t-elle de sa petite voix câline, presque enfantine.

En réalité, cela avait été son frère aîné que les mécènes en question avaient convoité, mais il valait mieux, pour Harriet, taire cette information. Elle doutait sérieusement qu'émettre le moindre semblant de comparaison entre Aïlin et Torin fusse une sublime idée pour se mettre l'aîné dans la poche. La mention du nouveau lord était risquée, et elle voulait l'éviter. Cependant, il était délicat à d'aiguiller Bower sur le sujet du Damier en évitant de parler de celui qui avait récupéré l'héritage familial. Elle allait devoir faire preuve de sa légendaire subtilité, pour ne pas avoir l'air de tenter de prendre le moindre ascendant sur le mage noir. Le but de la manœuvre, au contraire, était de le mettre en confiance. Il fallait, cependant, que ce que pensait le Damier soit dit.
« Ils espèrent que vous saurez profiter des beaux jours qui s'ouvrent maintenant à vous... » susurra-t-elle en baissant légèrement les yeux sur les lèvres de Torin.
« Je ne crois pas qu'ils voient en vous le potentiel d'un pitoyable flambeur, Monsieur Bower. Nous ne nous donnons pas autant de mal seulement pour un potentiel client. »
Les yeux d'Harriet remontèrent dans ceux de Torin pour s'y ancrer.
« À vrai dire, moi-même ai beaucoup investi de ma personne, rien que pour vous. Je ne l'aurai pas fait si j'avais supposé vous voir gaspiller votre retour dans le beau monde en agissant comme ceux qui nous entourent. »

Bien évidemment, Harriet n'avait pas eu voix au chapitre dans la transaction. Leoni et Murray lui avaient demandé d'agir selon les ordres du Maître du Jeu, et d'user de tous ses outils pour corrompre tous les membres du magenmagot qu'une femme pouvait enfermer dans ses filets. Elle n'était qu'une exécutante, et si elle avait une place de choix auprès de Murray, elle n'était polyvalente que par les grâces que lui avaient donné la nature... et la nature de son métier. Néanmoins, il était bien plus joli de présenter ainsi les choses, de s'autoriser un soupçon de conscience et de droit à la parole pour une mission qui lui avait coûté bien plus que sa relative intégrité morale.
Le choix de ses clients était un luxe qu'elle pouvait s'offrir qu'en tant qu'escort, mais lorsqu'il s'agissait du Damier, elle n'avait pas son mot à dire. S'allonger devant de vieux sorciers en mal d'affection, dans le meilleur des cas, n'avait jamais été l'aspect le plus plaisant de son rôle auprès d'Hugh Murray. Au moins, l'homme qu'elle avait en face d'elle avait l'air d'en valoir la peine. Physiquement, tout du moins. Et c'était sûrement tout ce qui importait. La morale n'avait pas de place dans son monde, ou, du moins, était-elle toute relative. Il lui apparaissait cependant clair qu'un si joli minois croupissant à Azkaban aurait été du gâchis.

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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Dim 1 Déc - 14:54:32

Le regard pétillant de la belle n'échappait pas à l'attention de Torin qui commençait à se divertir de cette conversation chaque seconde moins stérile. Il était amusant de voir la manière dont une camarade de maison pourtant peu fréquentée à l'époque pouvait avoir évolué en une dizaine d'année, réussissant maintenant à capter son attention. Il aurait même apprécié de pouvoir utiliser son pouvoir en cet instant afin de pénétrer les songes de la demoiselle pour savoir ce que cette proximité lui inspirait. Mais cela aurait été trop futile, aussi se contentait-il du sourire qu'elle lui offrait alors qu'il s'était approché légèrement.
Miss Love en venait aux faits, elle avouait connaître ces mécènes, bien que Torin ne se demande si ce verbe n'était pas employé à tord, traduisant plutôt le fait de travailler pour. Mais peu importe, la suite attirait davantage son attention malgré un léger recul en arrière-pensée. Lesdits mécènes apprécieraient donc l'ex mangemort ? Torin ne pouvait s'empêcher de lever les yeux au ciel en esquissant un sourire crispé : c'était bien la première fois qu'il entendait ce genre de chose depuis son retour. Les noms d'oiseau -tout du moins en pensée- s'étaient fait monnaie courante, bien qu'il s'en contrefiche : ceux qui pensaient ainsi n'étaient qu'un ramassis de vermines ignares. Alors un peu de sympathie dans ce monde d'idiots ne pouvait être refusée, aussi Miss Love gagnait-elle un peu plus de terrain sur le champ d'intérêt du nécromancien.

Cependant, une question subsistait. Sa venue inattendue dans ce cabaret. Se faire honorer de la présence d'une charmante créature sans l'y avoir incitée, contrairement à quelques autres clients. Puis se faire annoncer la sympathie d'individus qui lui étaient semble-t-il inconnus. Tout cela devait bien cacher quelque chose ? Alors il attendit la suite en conservant un mince sourire curieux. Aussi Miss Love ne tarda pas à ajouter quelques précisions, disant que de beaux jours s'offraient à lui. Offrir était un verbe subtile lorsqu'on savait qu'il ne devait sa vie qu'à une intervention de ses pires ennemis, les aurors. Il n'était pas non plus dupe, si Aïlin avait été contraint par les faits d’œuvrer pour sa libération et son blanchissement, il ne pouvait pas y être parvenu seul malgré son statut de Lord. Et c'est ici que le verbe profiter jouait son rôle : inutile de prendre pour un bleu un mage noir qui comptait plus de deux années de cavale. Si aujourd'hui Miss Love l'incitait à profiter -il se demandait à quel point elle pensait ce qu'elle disait- c'est que lui aussi pouvait faire l'objet d'un profit quelconque. C'était là tout du moins l'analyse d'un homme prévenant et légèrement paranoïaque.
Et la belle utilisait enfin enfin le « nous » pour parler des fameux mécènes. Le masque de faux semblants tombait, il était temps d'entrer dans le vif du sujet. Torin laissa donc les yeux de Miss Love se plonger dans les siens sans chercher à les détourner d'un regard glacial comme il s'amusait parfois à le faire. Au contraire il était maintenant tout ouï, intéressé par « le mal qu'ils s'étaient donné » dont le but n'était pas précisé. Dans son ultime discours, la séductrice avouait finalement s'être aussi donné du mal et semblait placer certains espoirs en lui, dont il ignorait encore la nature. Le lien était-il encore à faire entre sa libération et ces fameux mécènes ? Peut-être pas, mais il lui fallait plus de précisions. Mais avant cela, il lui fallait encore faire preuve des politesses de convenance. La moindre des choses -bien que futile- était de remercier la dame pour son intérêt.


« Vous me touchez, Miss Love. »

Bien entendu, le verbe toucher faisait appel aux émotions, choses dont ne s'embarrassait pas le mage noir, mais puisque le ton de la discussion se voulait mielleux, autant y mettre du sien. Il n'en resterait pas là, curieux d'en savoir plus. Dans sa situation, n'importe quel allié était bon à prendre, tant que les risques se limitaient. Mais hors de question de se jeter dans la gueule du loup sans l'avoir sondée. Alors, fidèle à lui-même, il laissa un nouveau silence peser pour ajouter un peu de suspens. Il en profita pour reprendre un peu de vin. Le breuvage affichait un degré assez élevé, aussi devait-il prendre garde à ne pas trop en consommer : s'il avait commencé à reprendre de forces depuis son retour en Angleterre, son corps était encore relativement sec, aussi l'alcool s'insinuerait plus rapidement dans son organisme.
Il posa finalement son verre vide sur la table, sans se resservir. Il devait garder tout sa lucidité si d'aventure Miss Love daignait lui présenter ces fameux mécènes. Il reporta son attention sur la belle et choisit de continuer à s'exprimer à demi-mots. Ajoutant une note théâtrale à ce qu'il allait dire, il baissa les yeux un instant comme pour s'avouer vaincu, avant de lentement les relever tout en détaillant l'anatomie de son interlocutrice, par simple amusement. Puis son visage se fit plus sérieux lorsque son regard croisa de nouveau celui de la demoiselle.


« Il est agréable de se savoir soutenu... Par d'honnêtes gens. »

Il faisait ici allusion à la dernière remarque de la belle, se plaçant lui comme ces fameux mécènes au-dessus de la clientèle aussi fortunée que véreuse qui peuplait l'endroit. L'honnêteté dont il parlait pouvait certes être toute relative, mais maintenant que la conversation était lancée, autant jouer le jeu. Et il ne savait pas encore de quel jeu il parlait puisque celui-ci avait un maître. Miss Love avait cet avantage de le faire sentir exister de nouveau par les mots qu'elle employait. Qui sait, peut-être que la suite serait suffisamment intéressante pour pousser l'ex mangemort à tourner la page. Il avait des difficultés à s'y résoudre, mais tout ce qu'il avait vu depuis son retour poussait à faire croire que le Seigneur des Ténèbres n'était qu'un vague souvenir. Beaucoup s'étaient empressés de passer à autre chose en cette période d'après guerre, quand Torin, lui, avait été contraint de fuir et de vivre par la même occasion dans un cadre reclus et peut-être trop bercé par l'illusion que tout cela n'était pas fini... Comme cela avait été le cas pour la génération précédente, lorsque le cas Potter n'avait marqué qu'une longue pause dans la guerre.
La différence aujourd'hui, c'est qu'il ne restait plus personne. Assassinés ou emprisonnés, les mangemorts n'existaient plus. Torin ne devait donc plus compter sur ces « amis-là » pour la suite. Cette idée le poussa à tourner la tête pour désigner la porte au fond du cabaret sur laquelle Miss Love avait attiré son attention plus tôt. Il s'avouait ainsi vaincu et s'ouvrait aux horizons qu'elle suggérait. Puis, se yeux d'acier toujours rivés sur le passage mystérieux, il emprunta un ton intéressé, suggérant qu'il n'était pas fermé à un tour du propriétaire.


« Dites m'en plus... »

Inutile de finir sa phrase, remplaçant les mots par un lent mouvement de nuque suivi d'un sourire complice à la belle. Il espérait ainsi qu'ils puissent se déplacer vers un endroit plus discret pour pouvoir parler ouvertement, sans oreilles indésirables.
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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Mar 3 Déc - 12:33:50

Nous y étions. À l'attitude de Torin, Harriet sut qu'elle avait totalement capturé son attention. Le partie intéressante de la conversation allait donc pouvoir commencer. Souriante, elle laissa le silence planer, sans éprouver la moindre gêne à l'égard de celui-ci. Elle se contenta de suivre les mouvements de Torin, trempant ses lèvres dans le breuvage tandis que celui-ci finissait son propre verre, puis abandonna le sien sur la table, sans le finir, avant de se prêter au jeu des regards.
Que pouvait bien penser un homme comme Bower d'une femme comme elle ? Peut-être pas grand chose, si cela n'était qu'elle semblait en possession d'informations intéressantes, et était susceptible, éventuellement, de lui ouvrir des perspectives qu'il n'aurait pas soupçonné obtenir en entrant dans ce cabaret. Mais au moins avait-il la délicatesse d'épouser du regard son corps, comme si sa chair avait véritablement un attrait, sa personne un intérêt. De quoi la mettre inconsciemment en confiance, lui assurer la sécurité que représentait le retour à un terrain connu. Et quand bien même cela était susceptible d'être de faux-semblants, lui donner l'illusion que son corps était toujours un atout permettait à la catin de ne pas se sentir à la merci de son interlocuteur. De le dominer, au contraire, quand bien même elle veillait à ne pas donner cette impression au mage noir.

Enfin, ce furent au tour de leurs yeux de se jauger. Un frisson parcourut la nuque d'Harriet lorsqu'elle plongea ses yeux clairs dans ceux d'argent de son interlocuteur. Les prunelles de celui-ci semblaient avoir une vie propre, et se mouvaient au rythme – du moins, se l'imaginait-elle – de ses pensées. Un regard qui, quand bien même il demeurait ouvert à la conversation, gardait quelque chose de froid et d'intransigeant. Plutôt que d'en éprouver de l'inquiétude, Miss Love, au contraire, ressentit davantage encore cette fascination curieuse pour le mage noir.
Un petit sourire, succinct, plus sérieux, naquit sur les lèvres peintes de l'accompagnatrice, lorsque Torin reprit la parole. L'air de rien, sans faire mine de dire quoi que ce soit de bien intéressant, Harriet et Torin venaient de passer une étape. Ainsi, le mage noir était disposé à accepter la main qu'on lui tendait et le manifestait. Sans cet accord implicite, la conversation aurait tourné court et Harriet aurait abandonné là le mystérieux Bower, aussi intéressant était-il. Si elle ne savait pour combien de temps encore, ses priorités allaient au Damier.

Peut-être plus pour longtemps, d'ailleurs, pensa-t-elle tandis que Torin Bower se tournait pour observer la porte qu'elle avait désigné au début de leur conversation. Beaucoup de choses commençaient à échapper à son contrôle, à commencer par le trop de sentiments, malvenus, qu'elle avait éprouvé vis-à-vis d'un homme du clan russe. Les Dmitriev étaient déjà, de nouveau, des ennemis alors que l'on se souriait encore aimablement en se croisant dans les étages du Laughing Inferi. Cela, et les faiblesses qu'avait montré son patron, avalant les drogues qu'il avait lui-même commandé au cadet Bower, devant elle. Harriet se demandait même s'il n'avait pas fait une commande à l'alchimiste pour sa seule consommation plutôt que pour le marché.
Le Damier était un empire. Vaste, à priori imprenable, mais au pied d'argile. Autant de personnalités et de groupes différents, aux valeurs si éloignées les unes des autres, ne pouvaient cohabiter longtemps. Et elle serait dans la ligne de mir des premières attaques.

« Dites m'en plus... »
Le regard d'Harriet passa de la porte aux yeux de Torin. Cette-fois, son visage affichait un air parfaitement sérieux, contrastant avec son teint de poupée de porcelaine. Sans un mot, la belle se leva et tendit la main au mage noir. Ses doigts s'accrochèrent à ceux de Torin, puis s'enlacèrent à ceux-ci tandis qu'elle passait devant, se mouvant comme une chatte entre les tables et les corps, tout en prenant soin de marcher dans l'ombre afin de ne pas être remarquée.
Lorsqu'il passèrent la porte, Harriet se tourna un instant pour enjoindre, silencieusement, Torin à la suivre dans les escaliers. Au mépris des codes de galanterie, elle le précéda, gravissant les marches avec une lenteur calculée afin de n'avoir l'air empressée, sans pour autant agacer son compagnon. Bientôt, il parvinrent à un couloir éclairé par une lumière tamisée, qui menait d'un côté à un cul de sac, de l'autre à une porte comme il y en avait des dizaines autour d'eux. C'était manifestement des chambres d'hôtel, mais plutôt que de s'intéresser à l'une des portes, Harriet se tourna vers le mur à sa droite. D'un geste élégant, elle sortit sa baguette magique, puis désigna le tableau qui couvrait le mur, entre deux torches. Puis, elle se hissa à l'oreille du mage noir pour chuchoter :
« L'une de ces torches est un passage. Mais ne vous avisez pas d'y toucher si vous ne faites pas parti des nôtres, Monsieur Bower. Cette jolie dame vous plongerait dans un sommeil maléfique, duquel vous vous réveilleriez entre nos mains... ou dans votre tombe. »

Plutôt que de l'emmener au troisième étage, Harriet tourna à gauche et traversa le couloir dans un silence feutré. La moquette, au sol, absorbait le bruit de leur pas. Par contraste, le cliquetis de la serrure de la porte où Love s'arrêta résonna trop fort. Sans s'en soucier, elle ouvrit la porte et se décala, maintenant du plat de la main cette dernière pour permettre à Bower d'entrer dans ce qui s'avérait être une suite luxueuse.
« Faites comme chez vous, Monsieur Bower. Ici, vous êtes en sécurité, et nous à l'abri des oreilles indiscrètes. »

Ils se trouvaient dans le salon de la suite. À leur gauche, au bout de la pièce, se tenait un bar où l'on trouvait à peu près tout ce qui existait d'alcool. L'accompagnatrice invita d'un geste de la main Torin à prendre ses aises sur le canapé, tandis qu'elle même se tournait vers un grand miroir, en psyché, à quelques pas de l'entrée. Elle fit mine d'ajuster sa coiffure en surveillant les ombres qui se mouvaient, lointaines, derrière elle. Des ombres qui s'avéraient de plus en plus nombreuses, mais, heureusement, elle ne pouvait encore distinguer le blanc de leurs yeux.

« Les murs ont des oreilles, je ne pouvais vous amener plus loin. Mais vous savez ce qu'il à savoir sur le cabaret, à présent. »
Harriet se retourna et alla s'installer sur le canapé.
« ...Avez-vous déjà entendu parler du Damier, Monsieur Bower ? »

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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Mar 3 Déc - 23:03:36

Cet air sérieux sur le visage de Miss Love, lorsqu'il avait annoncé vouloir en savoir plus, intrigua Torin. Une simple employée -quel que soit sa profession- se serait contentée de sourire bêtement avant de le conduire vers ses supérieurs, mais Harriet, elle, adoptait l'attitude d'une personne pourvue de responsabilités. Et si cela jurait avec l'image qu'elle donnait de prime abord, l'ex préfet en chef des verts et argents ne s'étonnait pas : il l'avait connue comme camarade de maison, en uniforme de Poudlard, à des années lumières de la robe qui la mettait en valeur ce soir-là. Il se contentait donc d'apprécier le professionnalisme de la dame et même s'ils quittaient discrètement les lieux, il conservait le profil bas, pas celui d'un homme qui venait de dénicher de la compagnie pour la nuit à venir.
Il avait d'ailleurs eu un moment d'hésitation en voyant la frêle main parfaitement manucurée se tendre vers lui. Il n'était pas un homme de contact, pas comme cela tout du moins. Le Torin Bower qui se montrait aux autres était davantage froid et distant, quoique mielleux si la situation le nécessitait comme en compagnie de personnes d'intérêt. Celui qui se délectait du contact charnel se cachait plus profondément pour ne se montrer qu'en des occasions bien choisies. Il avait aimé toucher la peau de ses victimes, sentir la chair céder comme le beurre sous la lame qu'il avait pu faire apparaître au bout de sa baguette... Mais il s'était aussi délecté de la douceur et de la souplesse d'une peau féminine toute offerte à ses mains possessives. Le contact physique était donc pour lui quelque chose d'intime, bien qu'il ne s'agisse ici que de s'emparer d'une main. Alors il céda finalement, posant ses longs doigts contre ceux de la belle qui s'empara aussitôt de la situation pour le conduire jusqu'à cette mystérieuse porte.
Le passage menait vers un escalier, que Torin ne prit pas l'initiative de gravir. Il était rare de sa part de se laisser guider, mais de toutes manières, Miss Love ne lui en laissa pas le choix. Durant la brève ascension, son regard métallique s'égara sur les hanches ondulant lentement au gré des marches, à hauteur de ses yeux. Il n'était pas du genre à se laisser distraire par ce genre de détail, mais il n'avait pas pu l'ignorer non plus. Et rien ne laissait deviner cette futile observation lorsqu'ils finirent enfin de gravir les marches, puisque son attention se portait désormais sur le nouvel environnement qui l'entourait.

Encore une fois, il laissa la belle se charger de la suite, légèrement étonné qu'elle ne le conduise pas directement jusqu'à l'une des nombreuses portes. En tous cas, le doute était levé sur les activités plus ou moins légales proposées par la maison : il aurait fallut être réellement naïf pour ne pas comprendre qu'il s'agissait là de chambres.
Miss Love, elle s'attardait sur un tableau somme toute assez sobre. Elle lui glissa même quelques explications presque inquiétantes à l'oreille. Elle parlait encore des siens, dont il ignorait tout, pour l'instant. Mais ce qu'elle dit à propos de la dame n'était pas particulièrement rassurant. Devait-il le prendre comme une menace ou une simple plaisanterie ? Il ne comptait pas revenir aux heures de fermeture pour braquer la boutique, de toutes manières. Alors il se contenta d'esquisser un sourire pincé puis de nouveau de la suivre, déçu de ne pas en savoir plus sur ce qui se cachait derrière le tableau.
Elle l'incitait finalement à entrer dans chambre des plus coquettes... Lui qui n'était venu que pour prendre l'air, il ne savait toujours pas où il mettait le pieds et commençait à douter. Miss Love n'était-elle qu'une vulgaire entraîneuse qui l'avait attiré jusqu'ici car chaque minute passé dans une suite est due à l'établissement ? Mieux valait pour elle qu'il ne la suspecte à tord. En attendant, il entrait sans mot dire. Puis elle continuait de le rassurer en lui racontant que personne ne les entendait ici. Il hocha simplement la tête en guise de réponse avant d'aller s'installer dans le canapé qu'elle lui avait désigné. Torin observa ensuite la demoiselle se recoiffer, futilité qu'il espérait ne pas voir s'éterniser afin de poursuivre leur conversation. Était-ce plus qu'un simple miroir pour qu'elle parle des oreilles susceptibles de traîner dans le coin ? Ce n'était pas son problème. Il la laissa poursuivre, tandis qu'elle le rejoignait, restant toujours aussi silencieux, jusqu'à ce que vienne l'ultime question.

Le damier. Les temps avaient décidément bien changé, le laissant pour le coup sur le banc de touche. Non, le damier ne lui disait strictement rien. Aurait-il du en avoir entendu parler, lui qui sortait de sa forêt transylvanienne ? Un sourire mystérieux se dessina sur ses lèvres tandis que son bras venait s'étendre le long du dossier et sa jambe se croiser sur l'autre d'une manière décontractée. Rien ne laissait percevoir qu'il était en train de se demander si la belle ne lui faisait pas perdre son temps. Il brisa donc son silence sur un ton faussement enjoué.


« Maintenant, oui. »


Sa bouche resta entrouverte quelques secondes, comme s'il avait quelque chose à ajouter. Puis son sourire se dissipa lentement, à l'exception de quelques traits formant maintenant une mimique presque prédatrice. Sa bouche s'était totalement refermée au fur et à mesure que ses paupières s'étaient écartées. Son regard pénétrait celui de Miss Love, sans qu'il n'en vienne à violer l'intimité de son âme. Sa tête se rapprocha imperceptiblement, à la manière du serpent en chasse. Puis il laissa ses incisives râper délicatement sa lèvre inférieure.
Que cela cesse. Qu'elle en vienne aux faits plutôt que de lui poser cette stupide question. Que lui voulaient ces mécènes, s'il ne s'agissait pas d'argent ? Aïlin avait-il omit de lui préciser certaines choses quant à sa libération ? Si cela n'était pas de bonne augure, il aurait forcément oublié de le préciser. Et Torin était maintenant au cœur même d'un terrain inconnu, là même où il était trop tard pour reculer. Alors il était temps de jouer carte sur table. Il ravala sa salive puis emprunta un ton bien plus froid que précédemment.


« Qu'est-ce que ce damier ? Et quel rapport avec ma présence ici ? »

La fin de ses question semblait tranchante. Torin peinait maintenant à contenir cette sensation de perdre son temps. Il devait savoir s'il était ici pour une raison valable, tout de suite. Alors ses yeux se baissèrent en direction du bras qu'il avait gardé contre lui, pour le diriger lentement vers le menton de la belle, sous lequel il plaça un doigt. Elle l'avait dit, ils étaient à l’abri des oreilles indiscrètes. Il espérait donc l'incommoder, la pousser à se livrer d'une traite comme si son souffle en dépendait. Peu importe ce qu'elle avait à raconter, il se sentait tout à coup inspiré, elle avait attisé sa curiosité, il fallait maintenant le satisfaire. Et sans la quitter des yeux, il chuchota un ultime ordre.

« Parle. »
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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Mer 4 Déc - 16:21:41

Les pupilles de la jeune femme se dilatèrent et son souffle s'amoindrit, jusqu'à disparaître totalement pendant cinq longues secondes lorsque l'index de Torin Bower se glissa sous son menton. Sa douceur n'était que tromperie alors qu'il se trouvait près, si près de sa gorge, vers laquelle il pouvait bifurquer à tout moment pour l'étrangler. Un long frisson traversa son corps et, sans qu'elle ne put l'en empêcher, un gémissement étranglé s'échappa avec l'air qu'elle relâcha enfin hors de ses poumons.
Dans quelle situation s'était-elle fourrée ? Il n'y avait qu'à plonger ses yeux dans ceux du mage noir pour se rendre compte qu'il n'hésiterait pas une seconde à la briser telle la brindille qu'elle était, si elle ne lui apportait pas satisfaction. Un nouveau frisson parcourut son échine et elle se cambra légèrement, sans pouvoir défaire son regard de celui de Torin. Ses lèvres s'entrouvrirent et elle sembla vouloir parler, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge jusqu'à ce que l'ordre lui fut donné de parler.
« Tout, Monsieur Bower. » répondit-elle d'une voix plus lascive qu'elle ne l'avait présagé.

Plutôt que de la peur, son attitude corporelle manifestait une toute autre forme d'émotion. Elle aurait dû avoir peur, oui. Elle avait peur. L'adrénaline qui grimpait en elle faisait battre son cœur avec plus de violence mais son ventre, quant à lui, s'échauffait, titillé par cette sensation grisante de mettre sa vie en péril, d'être à la merci d'un homme qui pouvait la détruire dans sa propre chambre, et contre lequel elle ne pouvait se défendre.
Sa baguette, contre Torin, ne lui était d'aucune utilité. De même que ses maigres poings et le reste de son corps, qui n'indisposerait guère plus le mage noir qu'un chaton se débattant entre ses mains. Elle ne se sentait jamais plus vivre que lorsqu'elle se sentait en danger, et à ce moment là, alors même qu'il ne faisait que frôler son menton, Torin lui faisait sentir qu'elle l'était plus encore que face à Murray lors de ses crises de colère. Murray avait un faible pour son corps et se laissait avoir par la comédie de la catin, car elle flattait son égo. Torin était certainement moins dupe, et encore moins patient. Car il n'y avait pas le moindre doute, tout le monde au Damier en avait conscience. Torin avait bien été mangemort, et il y avait fort à parier qu'il était de ceux qui n'avaient pas hésité à se salir les mains dans le sang de leurs ennemis. Il suffisait de jeter un regard succinct à l'histoire familiale et au nombre de morts que comptait sa famille pour s'en douter.

« Le Damier est la cause des dernières grandes crises traversées par les sorciers. L'attentat à Pré-au-Lard qui a conduit au retrait de Shacklebolt et l'arrivée au pouvoir des conservateurs, c'était nous. Nous contrôlons à peu près tous les marchés légaux et illégaux du Royaume-Uni, trois clans rassemblés sous un étendard, dont le Maître du Jeu, Monsieur Bower, contrôle les faits et gestes. Notre influence s'étend aussi bien dans les bas-fonds de l'Allée des Embrumes que dans les coulisses du Ministère. Nous sommes proches de faire à peu près ce que nous voulons de l'Angleterre. Du moins, c'est ainsi que le Maître du Jeu voit les choses... »
Elle n'aurait pu être plus concise et plus claire à la fois. Ses yeux cillèrent un instant, brûlants d'avoir tant fixés les prunelles métalliques de Torin. Elle se sentit déglutir.
« Votre frère a omis de vous dire qu'il travaille pour mon clan, je présume. Du moins, il était relativement libre jusqu'à ce qu'il décide de vous faire libérer de prison. »

Doucement, la main d'Harriet vint à la rencontre de celle de Torin, celle qui tenait son menton et empêchait l'Accompagnatrice d'échapper à son regard. Un regard comme elle n'en avait jamais connu, qui avait quelque chose de si profond, si perçant, qu'il semblait proche d'aller pénétrer son âme jusqu'à s'emparer de ses secrets les plus enfouis. Son ventre se crispa davantage tandis que, du bout de ses doigts frémissants, elle invita Torin à cesser la menace discrète et pourtant pesante qu'il exerçait par le simple toucher.
« Pour ma part, je ne comprends pas pourquoi votre jeune frère a fait le choix d'appeler notre aide, sacrifiant ainsi sa liberté pour la vôtre, alors même qu'il semblait vouloir vous tuer trois jours auparavant... ? Vous devez avoir plus de valeur qu'il veut bien nous le faire croire et mon petit doigt me dit que ce n'est pas pour vous protéger vous, mais se protéger lui. Je peux vous offrir beaucoup en échange d'une simple information... »

À son tour, Harriet joua avec ses lèvres, humectant celles-ci du bout de sa langue, avant de la ranger, presque sagement, derrière ses dents. Elle frissonnait encore, imperceptiblement, se sachant toute exposée à l'impatience de l'ancien mangemort. Cependant, la crainte qu'elle ressentait n'était pas suffisante pour entamer son sang-froid vipérin, ni l'excitation charnelle que cela engendrait en elle.
« Dites-moi de quoi a peur Aïlin Bower et je ne vous ferai plus le moindre secret. »

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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Ven 6 Déc - 12:59:07

Le pouvoir... Qu'importe la forme qu'il prenait, il demeurait une source de plaisir dont l'ex mangemort raffolait. Et dont il manquait cruellement depuis la chute du Seigneur des Ténèbres, sans s'en être jusque là rendu compte. Alors cette once de pouvoir que Miss Love semblait lui laisser exercer sur elle suffisait à éveiller une certaine faim, à défaut de le rassasier. Ce frêle gémissement qu'elle avait émit suffisait à faire briller les pupilles de Torin, se sentant en position dominante. Position si vite renforcée par les difficultés qu'éprouvait la belle à reprendre la parole. Puis affirmée lorsqu'elle répondit à son ordre d'un simple mot, « tout ». Cela ne suffisait pas, Torin n'était pour l'instant pas satisfait. Car s'il savait maintenant qu'il était là pour le « Damier », il ignorait toujours ce à quoi il referait.
Alors il haussa les sourcils d'un geste pressé pour la pousser à en dire plus, et vite. Ils n'étaient plus dans la pièce principale du cabaret et rien désormais ne la contraignait encore à jouer la carte du mystère. Ce qu'elle comprit rapidement puisqu'elle daigna enfin lui révéler ce qu'était le Damier. Et selon ses propos, il s'agissait d'une organisation plus ou moins criminelle, elle aussi baignée de pouvoir. Ce qu'elle en dit laissa Torin perplexe. Presque curieux, d'en savoir plus sur un individu qui avait le culot de se faire surnommer Maître du Jeu. Quelle vanité. Mais ils avaient pour qualité d'avoir rendu le gouvernement aux conservateurs : ce n'était pas un mal.
Cependant, il ne savait toujours pas ce qu'il venait faire dans cette histoire. Pas avant que la belle ne cille pour enfin poursuivre tandis que l'ex mangemort affichait un air sérieux, peut-être moins sévère que précédemment. Et finalement, nous y étions enfin. Aïlin avait de nouveaux copains qui l'avaient -d'après ce que comprenait Torin- aidé à libérer le nécromancien. Cela pouvait expliquer le succès de l'opération si ce Damier était aussi puissant que Miss Love le laissait entendre. Mais Torin craignait désormais que l'on lui demande une compensation pour un service qu'il n'avait pas lui-même demandé. Et rien ne certifiait pour l'instant de la véracité des propos tenus par la demoiselle. Il fallait davantage. Bien que le fait de savoir que même avec le pacte qui unissait les derniers Bower, le nécromancien réussissait encore à créer des soucis à son frère. C'était une victoire en soi, et cette pensée provoqua un moment d’inattention.

Moment qui fut saisit par Miss Love pour venir écarter le doigt qu'il avait maintenu sous ce doux menton. Torin observa sa main tout juste mise hors-jeu pendant quelques secondes, en esquissant un sourire mystérieux. Il recroquevilla mécaniquement ses doigts pour les laisser tomber mollement sur le canapé alors que la belle poursuivait. Elle s'interrogeait maintenant sur les raisons qui avaient poussé Aïlin à libérer Torin : quelle curiosité mal placée. Ce Damier espérait-il vraiment obtenir ce genre de réponse en offrant une belle plante en pâture à Torin ? Pensait-il vraiment que Torin possédait une quelconque valeur ? Bref, Miss Love  devenait trop indiscrète, d'autant plus que la conversation tournait de moins en moins autour de celui qui était ici assis face à elle.
Alors lorsqu'elle lui proposa un marché, il ne répondit pas, arborant une moue faussement interrogatrice, qui cachait bien plus en réalité. Elle parlait de lui offrir beaucoup, mais elle ne savait même pas ce qu'il désirait. Il la laissa donc jouer son petit manège pour finalement s'entendre demander de quoi son cher frère avait peur.
Torin éclata d'un rire cristallin qui avait quelque chose d'inquiétant, la lueur de son regard semblant être ailleurs pendant un bref instant. En quoi les peurs de Aïlin pouvaient bien intéresser une membre de clan ? Et après avoir fait le mort pendant plus de deux ans, en quoi Torin pouvait-il être suffisamment bien placé pour que l'on vienne lui poser la question à lui ? C'était absurde. Alors à question absurde, réponse absurde.


« Eh bien je suppose que depuis qu'il possède le titre de Lord, il doit avoir peur de le perdre. Mais s'il est un ami du Damier, il doit être bien protégé... Tout comme vous ? »

Le ton qu'il avait emprunté pour poser sa dernière question ne disait rien qui vaille. Il ne lui ferait peut-être pas de mal pour le moment, mais rien ne l'empêchait d'y prétendre, à moins qu'elle révèle des informations encore plus intéressantes, auquel cas il userait d'un quelconque subterfuge pour ne pas la froisser.
Mais pour le moment, il relevait peu à peu la main qu'elle venait de chasser. Son regard prédateur jaugeait l'attitude de la belle qui ne perdait pour l'instant pas contenance face à lui. Tout passait à travers la gestuelle sans pour autant frôler la violence : il ne faisait qu'insinuer ce sentiment d'insécurité pour faire oublier à Miss Love qu'ici, il ne pouvait rien lui arriver. Alors cette fois-ci, ses doigts glissèrent tout en légèreté dans le cou de la demoiselle pour en effleurer la douce peau et bientôt en humer le parfum, lorsque ce fut sa tête qui se rapprochait. Elle était finalement cernée, d'un côté par une main froide et possessive et de l'autre par la bouche de l'ex mangemort, à proximité de son oreille. Ne lui restait qu'à écouter le chuchotement presque sifflant qui n'était pas sans rappeler les son qu'émettait un serpent qui rode.


« Vous en parliez tout à l'heure... Mais saviez-vous qu'il est peu poli de parler à un homme de celui qui a tenté de le tuer récemment. Aussi proches par le sang soient-ils. »

Il était inutile de proférer des menaces, sa petite remontrance donnait le ton. Puis ses yeux se baissèrent pour observer la nuque qu'il tenait à sa merci. Ses doigts glissèrent, provocateurs, jusqu'à la bretelle de la robe, l'un d'entre eux venant se lover entre l'étoffe et la peau. Sa tête s'inclina de manière à capter l'oeil droit de la belle, toujours aussi confortable avec l'évidente proximité. Son regard d'acier étincelait tandis qu'il poursuivait.

« Alors que pouvez-vous m'offrir ? »

Impossible de savoir s'il disait cela car il souhaitait qu'elle s'excuse pour lui avoir parlé d'Aïlin, ou s'il évoquait les propositions sur lesquelles elle n'avait encore rien dit. Impossible aussi de savoir s'il parlait de ce qu'elle pouvait offrir personnellement, ou des intérêts qu'il aurait à entrer en contact avec le Damier. Il jouait, il restait vague uniquement car ce qui l'intéressait en cet instant, c'était de déstabiliser Miss Love afin de se divertir.
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MessageSujet: Re: Un cabaret comme on les aime [Harriet]   Ven 6 Déc - 18:23:30

Qui de la proie ou du prédateur prenait davantage de plaisir à l'étrange chasse, mêlant jeux sensuels et mortels, prenant place dans le luxueux boudoir ? Tels les acteurs d'une intrigue de cour, Harriet et Torin se jaugeait et s'approchaient, promettant sa bienveillance pour l'une, affirmant sa dominance pour le second.
Le cœur de la belle de nuit battait sourdement, douloureusement, s'arrêtant le temps du rire de son interlocuteur, avant de reprendre lorsque ses yeux d'acier se plantèrent une nouvelle fois dans les siens. Elle retint un pincement de lèvres, quand, inévitablement, Torin refusa de répondre à sa question. Cela aurait été trop facile, Bower n'était décidément pas un homme que l'on piégeait d'un claquement de doigts. Et, par-dessus le marché, elle venait manifestement de l'agacer.

La réponse que lui fournit Torin – si l'on pouvait appeler cela une réponse – n'était évidemment pas celle qu'aurait aimé entendre Harriet. L'ancien mangemort n'avait fait que soulever la problématique de la question de Miss Love, la raison fondamentale pour laquelle, elle et le Damier, se trouvaient intrigués et même stupéfaits du comportement du frère cadet. Oh, ils y trouvaient leur compte, au final, mais cela cachait forcément quelque chose qui devait valoir assez pour que le Maître du Jeu soit mis au courant. Un secret de famille, un cadavre dans le placard ? Quelque chose, en tout cas, que le jeune lord ne voulait pas voir révélé au grand jour. Car, si Aïlin craignait justement pour son titre, il n'y avait pas choix plus stupide que de faire sortir son frère aîné d'Azkaban, s'exposant aux attaques du mage noir, au moins sur le plan juridique. Il n'était pas difficile de constater que l'amour fraternel n'avait absolument rien à voir avec les actes de l'alchimiste.

Mais sa pensée fut interrompue lorsque Torin la mentionna en la transperçant soudain de son regard profondément dominateur. Son regard à elle bifurqua sur cette main qu'elle avait éloignée auparavant et qui revenait à la charge, avec une lenteur exacerbée, doucereuse comme l'était l'homme qui fondait sur elle.
Son esprit, paralysé, se focalisa sur les doigts froids du mage noir lorsqu'ils épousèrent sa gorge, caressant sa jugulaire pour embrasser finalement sa nuque, si frêle, si friable. Ses paupières tombèrent sur son regard agité par le trouble. Elle devait respirer, mais comme lorsque l'index de Bower avait joué avec son menton, elle s'en trouvait incapable. Une petite inspiration entrecoupée lui échappa seulement lorsque les lèvres de Torin vinrent effleurer son oreille.

Immobile, droite, Harriet n'engagea pas le moindre mouvement. Ni pour repousser Torin, ni pour l'encourager à jouer davantage. Telle une statue faite dans de la fragile porcelaine, elle écouta le murmure sifflant qui frôla son tympan. Une vague de sensations irradièrent cette partie de son anatomie, trouvant écho dans son bas-ventre. Alors, la porcelaine s'ébranla d'un long frisson. Dans d'autres circonstances, Harriet n'aurait pas manqué de mentionner à son interlocuteur à quel point une oreille était une petite chose sensible et érogène, mais cette fois, cela ne lui traversa pas même l'esprit.
Déjà, sa nuque se trouvait libérée de sa prison de chair et Harriet respira à nouveau. Une respiration courte, difficile, tandis que les doigts du mage noir glissaient le long de sa clavicule, épousèrent le creux de son épaule et se fichèrent, insolents, sous la bretelle de sa robe.

« Pardon, Monsieur Bower. Je n'avais pas le choix. » murmura-t-elle finalement, du bout des lèvres, telle une enfant prise en faute.
Elle était en danger, terriblement en danger. C'était, en tout cas, ce que hurlait son instinct de survie, quand du coin de l'œil, Harriet capta le regard que Torin posait sur elle. Elle ne l'avait jamais été de cette façon, quand bien même elle s'était souvent exposée à l’irascibilité et la violence des hommes. Cette fois-ci, l'Accompagnatrice ignorait quel comportement elle devait adopter pour se préserver. Jamais elle n'avait été entre les mains d'un tel sorcier. Jamais elle ne s'était sciemment offerte à la merci d'un mage noir, un tueur de sang-froid qui, elle le sentait au plus profond de ses tripes, prendrait autant de plaisir à la briser qu'à lui faire l'amour.
Et, par cette petite voix fragile, câline, un peu perdue, elle ne faisait qu'assoir la suprématie de Torin sur elle. Elle renforçait l'impression qu'il pouvait faire d'elle ce que bon lui semblait, sans limite. Et il n'y avait rien de plus mortellement dangereux que l'absence de limites.
Pourtant, elle sentait également que tenter de lui en imposer était tout aussi risqué que de lui laisser fixer les règles du jeu. Pour le moment, le mangemort ne faisait montre d'aucune violence. Il serait tant d'aviser si d'aventure elle commettait une erreur. Du moins, c'était tout ce qu'elle pouvait espérer.

Alors, la jeune femme ferma de nouveau les yeux, une courte seconde. Courte seconde pendant laquelle elle prit une discrète inspiration, afin de recouvrer son sang-froid. Pourtant, c'était un visage soumis qu'elle tourna, très légèrement, en direction de Torin. S'il était de ces hommes à aimer dominer, elle n'allait pas l'en priver. Elle n'avait, de toute façon, pas beaucoup à se forcer pour offrir à Bower une attitude dominée par la crainte et l'obéissance. Jamais Harriet n'avait eu aussi peu de difficultés pour jouer la comédie.
D'un mouvement d'épaule, Harriet fit mine de tenter de s'extraire à cette main invasive, trônant sur son épaule. Pourtant, le tissu de sa robe ne fit que glisser sur la main de Torin, au moment où sa joue venait frôler celle de son interlocuteur. Sa bouche s'entrouvrit tout près de sa peau, glissa, à son tour, à son oreille avec autant de douceur que de retenue. Le reste de ses mouvements, de son attitude, de son souffle et de son ton ne dégageaient, pour leur part, qu'une impertinente lascivité.

« Qu'est-ce que j'ai à vous offrir ? Tant. Je peux vous donner la clef d'une maison de maître ou celle d'un coffre plein. Je peux arranger tous les petits soucis matériels qui entravent votre retour dans le monde, afin que vous puissiez mieux vous consacrer à votre avenir. Ou nous pouvons envisager une relation au long terme, moins prolifique dans l'immédiat mais qui vous mènerait à l'ascension espérée. Oh, bien sûr, je ne doute pas que même seul, vous parviendrez à vos fins, Monsieur Bower. Vous êtes un homme puissant. Seulement, le soutien discret, invisible d'une femme de l'ombre est aussi l'apanage des plus grands. Il y a une raison à cela. »
Un petit sourire ourla ses lèvres et elle s'approcha imperceptiblement.
« Vous devez vous demander ce que j'ai, personnellement, à y gagner. Et bien... J'ai fait des bêtises et... oh, vous savez ce que c'est, j'en referai encore. Je suis d'ailleurs en train de recommencer à l'instant. Vous parliez de ma sécurité, tout à l'heure... Personne ne peut jamais être sûr d'être intouchable. J'aurai peut-être besoin d'une porte de sortie et vous avez besoin d'une porte d'entrée. Il me semble qu'il y a là de quoi nous entendre. »

Sa voix n'avait été qu'un murmure, une caresse lâchée à l'oreille de Torin. Lorsqu'elle eut finit, elle baissa doucement le menton, réinvestissant la position propre au sexe faible.
« Mais je parle trop et vous trop peu. Je ne doute pas qu'avant de vous engager dans quoi que ce soit, vous désireriez un avant-goût. Profitez-en. Piochez dans ce que vous désirez. Prenez ce que vous souhaitez prendre. C'est à vous de décider. »

Ses yeux à demi-clos se relevèrent dans les yeux du mage noir. Son visage se mut jusqu'à lui faire complètement face et elle le fixa ainsi, immobile, l'invitant du regard. Elle ignorait cependant à quoi elle l'invitait. Elle ignorait tout de la réaction de Torin, et c'était certainement cela, plus encore que de soutenir ses yeux gris, qui la faisait frémir jusqu'au fond d'elle-même.

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