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 Scénario Damier : Omerta [Hugh Murray]
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  • Aïlin Bower
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MessageSujet: Scénario Damier : Omerta [Hugh Murray]   Jeu 11 Juil - 18:28:52

À gestes lents, lord Bower ôta son veston pourpre ainsi que sa chemise, qu'il laissa tomber sur le carrelage rutilant de la salle de bain. Il fit quelques pas jusqu'au lavabo, l'ouvrit et passa ses mains, légèrement tremblantes, sous le filet d'eau glacée. Bientôt, il y bascula aussi la tête, laissant l'eau couler sur ses cheveux et sur sa nuque. Les yeux clos, il se focalisa sur les sillons froids glissant sur ses paupières ainsi que ses lèvres, jusqu'à ce que le choc thermique devienne insupportable. Alors, il se recula et rabattit sèchement ses cheveux noirs contre son crâne. Son reflet lui renvoya un regard éteint. 
Aïlin n'aimait pas ce qu'il allait devoir faire, mais il n'avait dorénavant plus le choix. Il n'avait aucune envie de faire ses preuves au sein du Damier, comme l'exigeait de lui le Maître du Jeu, mais il savait que contrevenir à la demande de celui-ci engendrerait une punition certainement pire que la mort. Il lui était redevable, et en cela, il était son serviteur. Aïlin avait assez fait souffrir Lynn pour lui éviter d'être la victime de ce qui lui restait de principes. 
D'un coup de baguette, Bower sécha ses cheveux, puis enfila un costume intégralement noir ainsi qu'une paire de bottes, plus confortables que ses derbys habituelles au cas où la situation viendrait à leur échapper. Ainsi préparé, il sortit de la salle de bain et descendit jusqu'au vestibule, dans lequel il prit une lourde cape noire, qu'il glissa sur ses épaules, et une paire de gants. Son regard s'attarda sur sa chevalière, sur laquelle apparaissait ses initiales finement gravées. Il ne s'en séparait jamais, mais ce soir, il l'ôta et la laissa sur le plateau d'une console, comme pour dissocier celui qu'il pensait être de l'être cruel en lequel il allait se transformer ce soir. Il ne serait plus Aïlin Bower, lorsqu'il aurait passé les portes du Manoir. Il ne serait plus rien d'autre que le cavalier blanc, pour la première fois depuis ses derniers contacts avec le Maître du Jeu. 
D'un geste lent, le jeune homme retira sa baguette de son fourreau et fit apparaître un petit flacon de cristal dans sa main, contenant un liquide vert pâle. Il le glissa dans la poche de sa cape et s'en fut, sans prévenir aucun des occupants du foyer. 

Il se savait en avance sur l'horaire. Aussi traversa-t-il la cour et marcha encore un long moment sur le sentier séparant la demeure de la nature indisciplinée par laquelle elle était entourée. Le ciel avait déjà revêtu son manteau de velours sombre, et une myriade d'étoiles éclairait un ciel sans nuage. Son regard s'éleva jusqu'à celles-ci, et il s'arrêta pour les contempler un instant. Tout, là-haut, avait l'air éternel, immuable. Peut-être, après tout, que le chaos semblant régner sur la Terre n'était rien qu'une illusion. Peut-être était-il destiné à devenir un être aussi noir que son frère depuis la première goulée d'air qu'il avait aspiré. Après un soupir las, Aïlin transplana. 

Dans un craquement sonore, sa silhouette apparut dans une petite ruelle de Pré-au-Lard. Aïlin rabattit sa capuche sur son visage, soucieux de ne pas être reconnu par un potentiel passant. À cette heure, les rues de Pré-au-Lard étaient quasiment désertes, d'autant qu'un froid glaçant balayait le village écossais ; mais il suffisait d'un peu de malchance pour croiser une connaissance sortant de l'établissement de Madame Rosmerta. Ainsi camouflé par sa cape et la nuit noire, Aïlin s'engagea dans l'avenue principale. Un hibou passa en planant au-dessus des toits de la grand rue, puis s'éclipsa dans un battement d'ailes, comme avalé par la pénombre. Seule la rumeur lointaine des Trois-Balais perturbait le silence alors qu'il s'acheminait jusqu'au point de rendez-vous. 
Bower tourna dans Harpy Street, qu'aucune lumière n'éclairait. Il tâtonna, en quête d'un mur auquel se guider, les sens à l'affût. Un mouvement sur sa gauche l'arrêta, et il leva sa baguette magique, dont la pointe s'éclaira faiblement. La lumière auréola la silhouette râblée d'un sorcier, qu'Aïlin reconnut sans peine.


« Bonsoir, Monsieur Murray. »

Chuchota Bower, tout en abaissant sa baguette magique. Il n'avait plus été en contact avec le sorcier depuis qu'il avait reçu sa pièce d'échec, et le rencontrer dans de telles conditions lui faisait un choc. Il se rendait soudain compte de la réalité, vis-à-vis de l'homme avec lequel il avait marchandé pour s'octroyer davantage de pouvoir et de succès, en tant qu'alchimiste. Il s'était mis des œillères jusqu'à ce soir, mais le temps de l'évitement était révolu. Il était des leurs, certainement à jamais. Murray avait obtenu ce qu'il voulait, finalement. Aïlin était à ses ordres, et c'était à lui que le jeune homme devait démontrer ses capacités, ce soir. L'une d'elles tout particulièrement. Aïlin se remémora le petit mot bref, que lui avait adressé le Maître du Jeu en plus de l'ordre de mission : 
« J'ai entendu dire que vous étiez un véritable manipulateur, Monsieur Bower. C'est un don formidable, qui permet souvent de garder les mains propres malgré son implication dans de noirs desseins. Y parviendrez-vous, ce soir ? ». 
Obtenir, véritablement le suicide de Flemming. C'était là le défi que lui lançait le Maître du Jeu. Il était vrai que rien ne pouvait être plus crédible que le suicide de l'homme, pas même le meurtre le plus savamment déguisé. Il ne doutait pas qu'à sa place, Torin aurait été excité comme un enfant à la veille de Noël, quand bien même était-ce un ordre auquel il devait se plier. Aïlin, pour sa part, sentait seulement l'âcre bile de sa colère lui inonder la gorge.


« Quand vous voulez. »

Finit-il par déclarer, avec, pour masque, un calme olympien.

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  • Hugh Murray
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MessageSujet: Re: Scénario Damier : Omerta [Hugh Murray]   Lun 15 Juil - 16:08:24

La fumée qui s’élevait de derrière l’imposant fauteuil de cuir s’élevait lentement vers le plafond comme un serpent de fumée, tandis que le nuage gagnait en proportion au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient pendant le compte à rebours précédant l’action. Dans son siège, un cigare dans une main et son troisième verre de whisky dans l’autre, Hugh attendait impatiemment que l’heure vienne. L’attente avant l’action était toujours un moment frustrant de par la lenteur avec laquelle le temps semblait prendre un malin plaisir à passer. De temps à autres, le chef mafieux jetait un coup d’œil par la fenêtre sur le jardin dénudé. Seuls quelques épineux persistants et quelques éléments minéraux demeuraient en état.

Après de longs efforts et de lourds investissements, Hugh avait enfin achevé l’aménagement de son jardin. Quant à la bâtisse, il ne restait désormais qu’une aile sous les combles encore à rénover. Pour le reste, Hugh était parvenu à se doter de possessions qui correspondaient à son statut de baron de la mafia. Toutefois, dévoré par l’envie et l’orgueil, il supportait difficilement l’étalage de richesses historiques familiales que se permettaient ses rivaux Dmitriev et Mc Gregor. Pire encore, il lui était insupportable d’affronter la superbe du manoir familial de Bower, supposé être son subalterne. Certes, sa demeure était celle d’un homme riche, puissant, installée dans une grande propriété ceinte de murs, mais qui n’était pas comparable aux manoirs de ces fortunes vieilles comme le premier caleçon de Merlin. Selon Hugh, un homme puissant l’était sur tous les tableaux. Il vivait très mal ce sentiment d’infériorité, qu’il s’efforçait sans cesse de combler en lançant continuellement de nouveaux travaux dans sa demeure ou en œuvrant jusqu’à l’épuisement pour étendre son réseau. Sa stature d’homme brutal, agressif et dangereux n’était qu’une réponse inconsciente à sa frustration.

Nonobstant cette psychanalyse somme toute logique et que le premier psychologue de comptoir un peu éméché pourrait développer, la pendule, pendant que l’écrivain se perdait dans son récit, eut l’audace de sonner, forçant l’imposant mafieux en voie de décomposition à se lever. Parfaitement, je vous le dis : en voie de décomposition ! Parce que s’il continue à boire comme un turc et à fumer comme un trou sans fond, Hugh risque de passer l’arme à gauche dans les dix ans ou de finir comme le Titanic ; une vieille épave. D’ailleurs, je le disais encore l’autre jour à ma belle-sœur, qui est la concierge de l’immeuble en face – oui, parce que nous, on a pas forcément les moyens de faire des études comme tous ces fils à papa – je lui disais : tu sais, Simone – non pas Jacqueline, elle est morte – donc, Simone, si ton mari il n’arrête pas d’aller au Chaudron Baveur tous les soirs, il sera vite mis en bière, je le dis, moi. C’est comme tous ces jeunes délinquants qui se droguent dans les WC de Poudlard avec Mimi Geignarde – d’ailleurs, faut pas croire, mais Hugh aussi, il se drogue – et le hibou du voisin qui fait ses besoins dans mes bégonias – mais Hugh pas, je vous rassure. Le monde est devenu fou, moi je vous le dis ! Déjà que la vie est dure de nos jours, en plus avec la pluie tout le temps, il fait mouillé. Tout ça c’est la faute au Ministère, aux Gobelins et à Dumbledore…
SILENCE !

(Il semblerait que Muriel Weasley se soit emparée de la plume du narrateur. Heureusement, elle est désormais en fuite. Un numéro vert a spécialement été mis à votre disposition. Si vous la voyez, surtout ne l’approchez pas et prévenez la brigade magique. En attendant, il est conseillé à chacun de se munir d’un os à ronger, qui pourra faire diversion en cas d’attaque.)

Hugh se leva vivement, écrasa son cigare dans le cendrier et vida son verre d’un trait avant de sortir du petit salon d’un pas dynamique. Arrivé au bas de l’escalier qu’il avait dernièrement rebâti entièrement en marbre, à tel point qu'il détonnait désormais en face de l'entrée, Hugh s’étudia un instant dans le miroir. Excepté lui, le reste de la maisonnée était silencieuse. Matthews et sa femme s’étaient fait discrets. Idée judicieuse, compte tenu de la tension qui animait chacun de ses muscles avant d’agir... Un spasme malencontreux arrivait déjà si vite en temps normal ; le risque était décuplé dans ces circonstances-là. D’ailleurs, quoi qu’ait pu en dire la tante Muriel dans les paragraphes précédents, Hugh était encore loin de la dégradation physique. Sa stature imposante, due aux hasards de la nature couplés à son passé de joueur de Quidditch, demeurait, pour l’heure, inchangée, si ce n’était un léger empâtement. S’apercevant qu’il empestait le tabac, Hugh dégaina sa baguette de sa manche et s’appliqua un sortilège d’effacement d’odeur. Mieux valait laisser le moins de traces possibles ce soir, vu la mission qu’il devait mener à bien. Terminant son examen, Hugh quitta la résidence, non sans oublier de glisser dans sa poche la petite fiole de poison foudroyant qu’il avait prévu pour le suicide.

Hugh transplana sur le pas de la porte et se matérialisa dans un craquement sonore dans la rue principale de Pré-Au-Lard. Il avait préféré éviter de transplaner juste dans la ruelle où habitait Flemming, de peur que le bruit n’attire un vieux ronchon à la fenêtre. D’un pas vif, le capuchon rabattu, il traversa le hameau, sa cape noire tourbillonnant au rythme de ses pas. Un calme irréel enveloppait les Highlands et l’univers autour de lui. Excepté le mafieux et la rumeur assourdie du bar des Trois-Balais, aucun signe de vie n’était perceptible dans la nuit hivernale. Tant mieux, un peu de vie en moins ne se remarquerait pas.

A l’intérieur, il bouillonnait, tous les sens aux aguets. Depuis qu’il avait reçu sa pièce d’échec, Hugh menait moins de missions lui-même. Pourtant, rien ne lui plaisait davantage que l’action, surtout quand celle-ci se teintait d’une délicate couleur écarlate quand le sang coulait. Il était toujours surpris que le Maitre du Jeu l’ait sélectionné pour cette tâche. Si cela ne tenait qu’à lui, il aurait envoyé deux hommes de main nettoyer proprement le terrain et faire disparaître le corps. Evidemment, il s’agissait d’une affaire cruciale, qui le mettait directement en danger, de même qu’Armando. Hugh savait combien l’Italien entretenait un rapport privilégié avec le Maitre du Jeu. Sans doute était-ce pour cela que le Maitre du Jeu n’avait voulu laisser aucune chance à l’impréparation.

Toutefois, plus surprenant était le choix de son compagnon. Hugh, lui, aurait désigné un expert en ce genre de pratique, comme la Dame Rouge, ou un autre tueur spécialisé. Que diable venait faire Aïlin Bower ici ? Même Merlin, malgré ses problèmes de barbe et de caleçons, savait que l’alchimiste n’avait jamais pris part à une mission d’action et souhaitait se tenir éloigné du cœur des activités mafieuses. Apparemment, si confectionner des substances illicites dans son laboratoire pour les clans Murray et Dmitriev ne lui causait pas de problème moral, il avait toujours rechigné à collaborer davantage. Jusqu’au jour où le Maitre du Jeu en avait décidé autrement. Hugh se souvenait encore de la première entrevue qu’il avait eue avec Bower, lorsqu’il avait résolu de recourir à ses services.
« Mes services ont pour prix, en premier lieu, de respecter ma liberté, si je puis m'exprimer ainsi. » Manifestement, l’alchimiste avait cru que l’on pouvait être mafieux sans en porter le chapeau. Ce à quoi Hugh avait répondu : « on n’échappe pas à la mafia ». Avec un petit peu de retard, certes, sa prédiction s’était vérifiée et le maître du jeu avait choisi de tester Bower.

La puissance du Maître du Jeu était l’Idéal de Hugh. Sans compter, il œuvrait pour que le jour vienne où la mafia dirige l’Angleterre, en coulisses ou pas, d’une main de fer dans un gant de velours élimé. C’était pour le Maître du Jeu, homme que Hugh tenait en haute estime vu sa puissance cachée insoupçonnée, que Hugh marchait ce soir en direction d’Aïlin Bower. Arrivé presque à son niveau, il mit la main sur sa baguette et salua le jeune Lord.

« Bonsoir, Monsieur Murray. »

« Bonsoir, Lord Bower. Je ne m’attendais pas à ce qu’un jour un tel scénario se produise… Bien, je vais me charger d’entrer, vous me suivez. »

Hugh s’avança vers la porte et frappa trois coups distincts. Il avait longtemps hésité à surprendre l’inventeur chez lui, mais celui-ci se savait menacé, puisqu’il avait volé des documents importants, et avait certainement protégé sa maison par des enchantements. Les briser aurait alerté Flemming, voire ses voisins. Mieux valait qu’on leur ouvre la porte ; même en ces circonstances, un peu de politesse ne faisait pas de tort.

Tendant l’oreille, la baguette prête, Hugh distingua les pas de Flemming juste avant que celui n’ouvre la porte d’un air méfiant, la main dans sa poche. Sans hésiter, Hugh lui décocha un sortilège de désarmement qui l’envoya voler dans la pièce, où il retomba avec un certain fracas étouffé par un « Assurdiato » bien placé. Comme il l'avait prévu, même s'il se protégeait, l'inventeur vivait sur un nuage trop éloigné que pour prendre la précaution de brandir sa baguette. L’alchimiste à sa suite, il pénétra dans la maison et murmura « Silencio » en visant Flemming. Surveillant toujours l’homme couché au sol, il détailla rapidement la pièce. Ils se trouvaient dans une sorte de hall-salon-cuisine aménagé de manière chaleureuse, mais négligé, comme si l’occupant avait eu d’autres occupations que l’entretien des lieux. Sur la droite, une porte portait une pancarte indiquant « Laboratoire d’un Savant, jurons garantis ». A gauche, un escalier menait à l’étage. Puisque le Maitre du Jeu avait assuré que Flemming vivait seul, pas besoin de s’inquiéter. Revenant à l’inventeur, Hugh le libéra du sortilège de mutisme et annonça froidement et posément :

« Bonsoir, Monsieur Flemming. S’il vous prend l’envie de crier, vous ne le ferez pas longtemps. Nous souhaitions vous parler. »

D’un geste de la tête, il invita Bower à poursuivre. Les consignes du Maître du Jeu étaient claires. Hugh chapeautait les opérations, mais Bower accomplissait la tâche, autant que cela était possible.

[HJ : voilà, je me suis finalement lancé ainsi. Si ça ne convient pas, mp !]
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MessageSujet: Re: Scénario Damier : Omerta [Hugh Murray]   Lun 15 Juil - 22:23:25

Aïlin retint son souffle, la mâchoire crispée. La remarque de Murray, dans d'autres circonstances, lui aurait certainement tiré un bon mot, mais pas ce soir. Il se répugnait trop pour ce qu'il avait consenti à faire, et le jeune homme n'était pas d'humeur à plaisanter, pas même avec le flegme dont il savait si bien faire preuve. Les deux hommes n'étaient, de toute façon, pas là pour se faire la conversation. En témoignait l'ordre que venait de lui intimer Murray.
Aïlin obéit sans le moindre commentaire. Il suivit son chapon de la soirée jusqu'à la demeure de Flemming, et prit une inspiration lorsque son chef frappa à la porte. Il devait garder son sang-froid, au risque, sinon, de tout faire capoter. Si cela aurait été davantage une bonne chose, il savait les conséquences d'un échec terribles. Il ne craignait pas pour lui, en se pliant ainsi au bon vouloir du Maître du Jeu, mais pour sa sœur. Elle demeurait, dans le fatras sans nom de sa vie, la seule personne qu'il aimait encore. Il se faisait la réflexion, parfois, que sans elle, il n'y avait plus rien qui le retenait de sombrer véritablement dans les ténèbres qui assaillaient son âme. Mais là n'était pas le sujet. Déjà, la porte s'ouvrait sur un Flemming méfiant, un peu craintif. Celui-ci s'était manifestement attendu à de la visite, car sa main était posée sur la poche de sa robe de sorcier. Il n'eut guère le temps de se saisir de son arme, cependant, car avec un réflexe expert, Murray l'envoya valdinguer au fond de la pièce, le désarmant au passage. Alors, le chef mafieux entra, et Aïlin le suivit, refermant délicatement la porte derrière lui.

Sa main tenait toujours sa baguette magique, mais il ne la brandissait pas. Il n'y avait rien à craindre de Flemming, tout désarmé qu'il était, et ce n'était pas la technique d'intimidation que Bower envisageait d'adopter. La force brute était l'apanage de Murray, pas le sien. Aussi, lorsqu'après une rapide mise en bouche, son chapon l'invita à prendre la suite, Aïlin rangea sa baguette, puis ôta le capuchon qui recouvrait une partie de son visage. Le regard de Flemming s'agrandit de surprise, mais Aïlin, à présent dans son rôle, ne sourcilla pas.


« Lord Bower ? Mais qu'est-ce que...
— Bonsoir, Monsieur Flemming. »

D'un geste lent, posé, Aïlin se débarrassa de sa cape, devenue encombrante à l'intérieur de la bâtisse. Il la posa sur la première chaise venue et s'installa sur celle-ci.

« La raison de ma présence doit vous paraître obscure, n'est-ce pas ? Je suis l'homme chargé de prendre votre succession à la Leoni Corp. En d'autres termes, celui qui réparera les horribles erreurs que vous avez commises, mettant en péril autant la faune magique que les sorciers eux-mêmes. J'ai la triste responsabilité, en somme, de vous annoncer que l'entreprise se passera dorénavant de vos services. Vous devriez peut-être venir vous assoir, nous avons beaucoup de choses à nous dire. »

Flemming se redressa péniblement, tout en jetant un regard effaré à Murray, puis à Aïlin. Ses jambes semblèrent peiner à supporter son poids lorsqu'il se releva complètement. L'homme, un sexagénaire au regard de hibou, faisait de la peine à Bower. Néanmoins, il passa sur ce sentiment devenu gênant, s'enfermant dans la froideur qu'il avait coutume de revêtir pour se séparer de ses émotions. Il savait très bien ce qu'il devait faire, où appuyer pour briser l'homme. C'était une chose presque instinctive, mais il savait que ce que ses armes les plus précieuses lui seraient fournies par sa victime. Ouvrir le dialogue sans lever la main sur Flemming était le meilleur moyen de lui faire révéler ses failles, et ce n'était pas pour rien qu'Aïlin avait d'emblée parlé de la catastrophe que représentait le VitMagic.

« Vous ne savez pas dans quoi vous vous engagez, Monsieur Bower... Vous devriez...
— Je n'ai hélas pas le choix. C'est votre manque de loyauté vis-à-vis de vos bienfaiteurs qui m'amène ici, et rien d'autre. Vous savez comme moi que les véritables alchimistes se font rares. Comme nous savons tous les deux que vous n'êtes qu'un amateur qui a frôlé le coup de chance, et l'a fait passer pour du génie. »

Déclara sèchement Aïlin, forçant Flemming à se figer alors qu'il s'acheminait jusqu'à sa chaise. Le regard du lord bifurqua une seconde sur Murray, jaugeant, dans ce court instant, de son temps de parole.

« Vous êtes déjà responsable de la mort de centaines de créatures magiques, et d'au moins un homme. Les cas à Sainte Mangouste sont d'ors et déjà condamnés. Comptiez-vous vraiment prendre la fuite face aux responsabilités qui sont les vôtres ?
— Non ! Au contraire, je voulais…
— Révéler au monde le fiasco du VitMagic n'erradiquera pas l'épidémie. C'était en interne qu'il fallait gérer la crise, pas en paniquant la population. En cela, nous vous demandons de nous rendre les documents que vous avez retiré des locaux de la Leoni Corp.
— Qu'allez-vous faire avec ? Je refuse de me taire plus longtemps ! Le monde doit savoir, Leoni ne peut pas continuer à vendre ce poison ! »

Aïlin poussa un soupir et baissa les yeux, pour mieux les braquer dans ceux du vieil alchimiste.

« Votre nièce est une charmante personne, paraît-il. Une médicomage très douée dans son domaine. Soyez responsable, au moins pour elle. D'une certaine façon, vous la protégerez en vous taisant. Imaginez l'éclaboussure que vous seriez pour elle, professionnellement. Qui lui ferait encore confiance ? Et puis... Vos rebuffades ne vous feront jamais gagner que quelques minutes, mais mon patron risque de faire en sorte que celles-ci soient les plus pénibles de votre vie. Alors, s'il-vous-plaît, dites nous sans plus tarder où vous avez caché ces documents. »

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MessageSujet: Re: Scénario Damier : Omerta [Hugh Murray]   Lun 12 Aoû - 17:58:59

Par la barbe de merlin, quel contraste ! Entre la violence brutale de l’entrée en matière de Murray et celle, non moins efficace, mais bien plus doucereuse de Bower, la différence était saisissante. Et c’était justement cela qui offrait le meilleur résultat. Hugh se chargeait de l’agresser physiquement et de faire monter d’un bond l’adrénaline, qu’Aïlin n’avait plus qu’à diriger vers les sujets les plus propices à briser l’inventeur. Il était doué d’ailleurs. Pour un homme qui avait toujours tenu à travailler avec la mafia de manière « propre », sans toucher à la vie d’autrui, cette épreuve initiatique était des plus réussies. En fin glossateur, Hugh comptait les points, observant d’un côté l’alchimiste, implacable, le cœur, pour l’heure, tel une pierre, et froid comme la glace, de l’autre l’inventeur, paniqué, apeuré, terrifié. Flemming ne savait que dire et que faire, face à ce jeune homme qui lui balançait des horreurs sans ciller, derrière lequel se tenait un homme qui, par son entrée, lui avait fait comprendre qu’il n’hésiterait pas à le tuer.

Néanmoins, là n’était pas le but de Hugh. Le meurtre ne demeurait qu’un plan B. Même si la subtilité n’était pas la carte maîtresse qu’il pouvait jouer, le mafieux devait s’en tenir strictement aux directives du Grand Patron. Flemming devait leur rendre les papiers qu’il avait pris, puis mourir, le tout dans le calme et de préférence de son plein gré. Quant à Bower, Hugh devait s’assurer qu’il ne faiblisse pas. Si l’opération de ce soir capotait, lui, Leoni et la moitié de la mafia risquait de se retrouver à Azkaban pour le reste de leurs jours. Aucune pression sur le ministère, si forte soit-elle, ne pourrait les sauver d’une telle bévue. Heureusement, il pouvait compter sur Aïlin pour briser l’inventeur. Lorsque celui-ci proféra sa dernière menace, à peine voilée, Hugh s’avança, sachant qu’il était venu à son tour de poursuivre.

« Votre nièce est une charmante personne, paraît-il. Une médicomage très douée dans son domaine. Soyez responsable, au moins pour elle. D'une certaine façon, vous la protégerez en vous taisant. Imaginez l'éclaboussure que vous seriez pour elle, professionnellement. Qui lui ferait encore confiance ? Et puis... Vos rebuffades ne vous feront jamais gagner que quelques minutes, mais mon patron risque de faire en sorte que celles-ci soient les plus pénibles de votre vie. Alors, s'il-vous-plaît, dites nous sans plus tarder où vous avez caché ces documents. »

Flemming ouvrit des yeux grands comme des soucoupes dans lesquels se lisaient le remords et la peur d’un homme déboussolé, tenaillé entre la volonté de se rebeller et la tentation d’obéir, d’abandonner ce poids à ces hommes qui savaient comment résoudre la crise.

« Je ne peux pas… C’est… Je dois dire la vérité pour… » sanglota à moitié le vieil homme.

« Pourquoi parler ? » coupa Hugh d’un ton sec et sévère. « Tenez-vous absolument à être celui qui entraînera le monde dans sa chute ? Ne péchez pas par orgueil. Défrayer la chronique en étalant le scandale dont vous, vous seul, êtes responsable, ne fera pas de vous un héros. »

« Je ne… pas un héros… »

« Parler causera des maux pires que ce que l’épidémie entraînera. La communauté entière paniquera, ce ne sera plus qu’une lutte pour la survie, sans merci. Alors que le monde s’apprête à se mobiliser et à s’unir comme ce n’était plus le cas depuis la guerre, vous souhaitez vraiment diviser la population et réveiller les vieux démons ? »

« Non, je veux que les gens se protègent et… »

« Leoni peut gérer ce problème. Si vous parlez, tout le monde réclamera votre tête, vous finirez à Azkaban, l’opprobre sera jeté sur votre famille, votre nièce n’aura aucun avenir, ou pire… Pensez à elle, Monsieur Flemming. Avez-vous oublié ce que certains ont pu commettre sur des familles de mangemorts, qui n’avaient rien fait, après que Vous-Savez-Qui ait perdu ? Des femmes agressées, des enfants tabassés, des filles déshonorées… Si vous vous fichez de vous-même ou de la société, pensez au moins à ceux qui comptent pour vous. »

« Je… Je… Non… » furent les seuls mots que l’inventeur put prononcer avant de fondre en larmes, spectacle pathétique d’un homme perdu, sans ressource.

Certes, Hugh avait sorti le grand jeu et largement exagéré les dérives de la chasse aux sorcières qui avait suivi la guerre, mais cela avait payé. Il n’avait eu que peu à faire pour achever la résistance de Flemming, déjà sérieusement entamée par son compagnon. Avançant vers le scientifique, qui frémit craintivement à son approche, Hugh essaya de prendre son meilleur ton chaleureux et réconfortant. D’un geste de sa baguette, il fit apparaître une tasse de thé qu’il tendit à l’homme effondré.

« Je vous conjure, agissez en homme de bien. Calmez-vous et dites-nous où sont ces documents. Leoni Corporation a presque achevé l’antidote, bientôt nous serons tous sains et saufs… Mais, ayez du courage, agissez en homme dont votre nièce pourra être fière. »

Si la manœuvre de rendre Flemming responsable et d’inverser les rôles avec ses bourreaux psychologiques était audacieuse, ils avaient de la chance que l’homme, réveillé en pleine nuit, les sens encore étourdis par sa chute, terrifié et abandonné à ses sanglots lamentables, ne soit pas très combatif. Bower avait à coup sûr pu réaliser combien Hugh jouait mal la comédie et que, s’il était doué pour les menaces, simuler le réconfort sur un ton paternaliste donnait un piètre résultat de la part du chef mafieux.

Hoquetant, Flemming tenta de boire quelques gorgées de thé, puis, d’une voix faible, presque inaudible, il désigna le mur du fond en tremblant.

« Le troisième cadre en partant de la droite… Le deuxième en descendant. Il y a un coffre derrière. Le mot de passe est ‘‘montre à gousset’’… »

Hugh jeta un œil en direction du mur. Une nuée de cadre y était accrochée, assemblage bariolé et désordonné de souvenirs familiaux, professionnels, ou de natures mortes. Il repéra bien vite celui mentionné par l’inventeur. Il était d’un format plus grand et on y voyait une jeune femme en robe de sorcière, tenant un diplôme d’ASPIC. Un insigne Serdaigle étincelait sur sa poitrine. De toute évidence, il s’agissait de la nièce de Flemming, à sa sortie de Poudlard. Le mafieux jeta un regard au jeune lord, lui intimant d’attendre avant de poursuivre, tandis qu’il faisait quelques pas en direction du mur. Récupérant sa baguette dans sa cape, il ouvrit le coffre. Un bref examen lui révéla un classeur sur lequel était collé une étiquette ‘‘important’’, une bourse que Hugh devinait remplie de Gallions, quelques fioles scellées à la cire et un dossier de carton jaune, frappé du sceau de la Leoni Corporation. Le cœur battant, la tension atteignant son paroxysme, Hugh ouvrit le dossier et vérifia, la main légèrement tremblante, les documents, s’assurant qu’aucun ne manquait. Soulagé, il constata qu’ils étaient tous là.

Se retournant vers les deux hommes, Hugh désigna le dossier en acquiesçant avant de pointer sa baguette dessus. Un instant plus tard, il atterrissait dans son coffre-fort personnel. D’un signe de tête presque imperceptible pour le savant, le mafieux intima à Bower de continuer. Il était curieux de voir, maintenant qu’il avait apaisé la panique de l’inventeur, comment son compagnon allait opérer. Il avait presque agi ainsi à dessein, forçant Aïlin à soit choisir la solution de facilité et à l’exécuter sommairement, avant de maquiller le meurtre , soit à reprendre sa torture mentale à laquelle il était si habile, pour obtenir le suicide tant désiré. Il ne lui manquait plus que des pop-corn pour apprécier ce spectacle jubilatoire.


[J'ai changé la couleur de Hugh, je me suis rendu compte que ce n'était pas très lisible. Si quelque chose cloche, mp !]
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MessageSujet: Re: Scénario Damier : Omerta [Hugh Murray]   Sam 24 Aoû - 23:16:46

Mais qu'est-ce que Murray pouvait bien avoir derrière la tête ? Au lieu de se cantonner à son rôle, le voilà qui avait pris le masque dont Aïlin était sensé avoir le privilège, lui arrachant au moment où il ne s'y attendait pas pour obtenir, avec une extrême facilité, l'une des choses pour lesquelles ils étaient là. Et, aussi maladroit avait-il été dans ses propos réconfortants, cela avait fonctionné. Le vieux Flemming ne tremblait presque plus comme une feuille, bien que son regard demeurait hagard, rougit et humide.
Aïlin resta immobile et digne sur sa chaise, le regard fixe. Son calme olympien ne trahissait en rien le regard sulfureux qu'il mourait d'envie de jeter à Hugh. Car maintenant qu'ils avaient obtenu les papiers et que Flemming s'était calmé, il allait être bien plus difficile de faire replonger l'homme dans l'horreur que son antagoniste lui avait, encore, seulement fait envisager. Cependant... Lorsqu'il y plongerait, cela serait plus profondément encore. Retenant un sourire de passer sur son visage tandis qu'il étudiait les possibilités qui s'ouvraient maintenant à lui, Aïlin laissa la chaumine s'imprégner du silence, jusqu'à ce que celui devienne aussi peu tolérable pour Murray que pour Flemming.
Il ne bougeait pas, le fixant seulement, sa main gantée étendue sur la table demeurant aussi fixe que de la pierre. L'inventeur finit par lui jeter des regards de plus en plus inquiets, par-dessus sa tasse de thé, jusqu'à ce qu'enfin, il craque :

« Mais enfin, que voulez-vous encore ? Vous allez me fixer comme ça encore longtemps ? Je vous ai donné tout ce que vous vouliez... ...Pitié, Messieurs, je ne parlerai pas, je vous le jure... !
— Pardonnez-moi, je me faisais une réflexion intéressante. Je me demandais comment vous parvenez à vivre avec une telle faute sur la conscience. Avez-vous mis cela sur le compte de la Leoni Corporation pour pouvoir vous observer encore dans la glace, ou vous consolez-vous en vous disant que cela partait d'une bonne intention ? »

En un quart de seconde, la tension devint palpable. Aïlin détourna le regard, maintenant très sûr quant à la façon de procéder pour briser définitivement et irréversiblement Flemming. Avec ses frères et son père, la manipulation n'avait presque aucun secret pour lui. C'était comme s'il avait eu de longs cours particuliers, tout au long de son enfance et son adolescence. Ou plutôt, un seul et unique long cours qui s'était étendu sur des années. Cela s'était si bien ancré dans son cerveau qu'il savait sans y réfléchir quelle parole aurait l'effet voulu, quel mot employer, quelle attitude corporelle à adopter. Il se sentait redoutable, tout puissant. Et la façon dont il se pencha au-dessus de la table pour s'approcher de Flemming, souple et prédatrice, trahissait ce sentiment qui s'était emparé de lui, et duquel il ne se rendait pas compte.
Pendu à ses lèvres, une lueur d'intérêt malsain dans le regard, Bower ne recueillit qu'un nouveau sanglot, cependant. Flemming reposa sa tasse à moitié vide et se cacha le visage dans les mains. Il s'en savait capable, il savait qu'il saurait sur quel bouton appuyer en fonction de la réaction de l'homme, et cela alimentait la rage sourde qui approchait, faisant battre le sang dans ses tempes.

« Je ne pouvais pas prévoir...
— Fadaises ! Vous ne vouliez pas voir, là est toute la différence. Si vous n'aviez pas relâché les gnomes dans la nature, vous auriez constaté les premiers décès avant même que votre tonique soit commercialisé. Vous me faites honte, Flemming. Vous salissez ma profession, mon art ! Me voilà obligé de réparer vos erreurs, au détriment de mes recherches, avec de surcroît, le poids de savoir qu'à tout moment, Sainte-Mangouste pourrait faire le lien entre l'épidémie et le Vitmagic. Car, ne nous leurrons pas, nous ne faisons que gagner du temps en vous enjoignant au silence. Il nous faudrait plus, bien plus, pour ne pas plonger l'art millénaire de l'alchimie dans l'opprobre ! Et alors, vous ne serez plus le seul à ne plus avoir la moindre crédibilité. Moi aussi, serai mis au ban de la communauté scientifique. Et qui mieux qu'un alchimiste pourrait réparer une erreur alchimique ? Voyez-vous mieux, maintenant, les conséquences de votre inconséquence ? Et encore, nous n'avons fait que les aborder. »

Pendant qu'il parlait, le ton de la voix d'Aïlin s'était aggravé et il s'était levé, les deux mains posées à plat sur la table, appuyé de tout son poids sur celles-ci. Il fixait Flemming, ses yeux bleus clairs, étincelant, renvoyant sa colère plus facilement qu'un miroir. Une colère réelle, qu'il ne contenait plus, et qui se déversait maintenant sur le vieil homme comme un tsunami ravageur. Sa voix, grondante, semblait être le simulacre du rugissement des rouleaux tandis que la mer qu'était sa fureur percutait Flemming de plein fouet, sans complaisance.

« Vous avez condamné les cracmols puis une partie des sorciers, vous avez souillé l'alchimie et des espèces rares sont déjà menacées. L'art du Grang Œuvre, de la vie éternelle, est en train de devenir l'art de la mort qui frappe en aveugle à cause de vous. Que pouvez-vous faire pour réparer cela, Flemming ?
— C'est ce que je voulais faire ! Réparer ! s'écria l'inventeur. Plus tôt les chercheurs sauront, plus tôt l'épidémie pourra être éradiquée ! Je ne voulais pas paniquer la population, je pensais faire le bien !
— L'enfer est pavé de bonnes intentions. Laissez-moi maintenant gérer la crise et retirez-vous. Mais d'abord, tout ce que je demande, c'est de m'offrir un peu de temps, rétorqua Aïlin en se rasseyant.
— Que voulez-vous dire ? Quel temps puis-je vous donner ?
— Le Vitmagic ne doit plus être suspecté. Seul vous avez les moyens de détourner l'attention des médias. Ou, du moins, qu'ils aient honte à l'idée de s'en prendre encore à ce pauvre Flemming ayant tant souffert des rumeurs infondées à propos de sa merveilleuse invention. Je vous promets qu'en retour, plus aucune potion compromise ne s'écoulera sur le marché. Je ne le permettrai pas. »
Un silence s'écoula, pendant lequel les deux alchimistes s'observèrent. Flemming semblait davantage inquiet que si Aïlin l'avait directement menacé de mort.
« Je ne comprends pas. » soupira-t-il finalement, avant de détourner le regard, puis le diriger vers Murray.
« Qu'attendez-vous de moi ? »
Aïlin leva les yeux vers Hugh, puis glissa sa main dans une poche intérieure. Il en sortit le flacon duquel il s'était muni avant de sortir de chez lui, et le posa entre lui et son interlocuteur. Il savait que l'homme le reconnaîtrait sans mal. Ce poison alchimique, résultat des rejets putrides des œuvres, était bien connu pour les initiés. C'était un arsenic particulièrement redoutable, presque impossible à contrer, à moins de s'y prendre dès les premières minutes. Poison d'autant plus efficace et rapide à faire effet que les rejets étaient issus de métaux vils. Pour celui-ci, Aïlin avait choisi le plomb. Il ne désirait pas voir Flemming souffrir inutilement. Enfin, il attrapa sa baguette magique et en fit sortir un rouleau de parchemin ainsi qu'une plume, qu'il approcha de Flemming.

« Je comprends à quel point les accusations que l'on verse contre le VitMagic vous sont pénibles, Monsieur Flemming. Cet élixir a été la seule invention de votre vie, votre unique réussite. Vous alliez devenir riche et permettre à votre nièce un avenir heureux, dans l'aisance. Que l'on gâche votre meilleure découverte, au crépuscule de votre vie, après tant de décennies de recherches acharnées, a été le malheur de trop dans votre existence. C'est un acte compréhensible, les journalistes ne manqueront pas de souligner que l'on a jeté trop vite la faute sur un homme qui n'a, de toute sa vie, que voulu faire le bien. Vous ne méritiez pas cela, c'était trop. Mais, ainsi, vous ne souffrirez plus le déshonneur que les rumeurs engendrent, et votre nièce aura assez d'argent pour ne pas craindre la faim. Elle pourra continuer son apprentissage sereinement, et la fortune apaisera sa peine. Après tout, c'est à cela que servent les héritages, et celui-là la consolera bien assez. »

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MessageSujet: Re: Scénario Damier : Omerta [Hugh Murray]   

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