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 Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé
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  • Lynn Bower
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MessageSujet: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Mer 20 Fév - 16:06:03

Lynn se mit à rire et secoua la tête :

- Arrête, tu vas le faire fuir ! Se plaignit-elle alors qu'Aïlin n'arrêtait pas de taquiner son petit ami.

Le petit ami en question l'attira contre lui et déposa un baiser sur sa tempe avant de la rassurer, plongeant ses iris bleu dans les prunelles argentées de la jeune femme :


- Ça, ça ne risque pas d'arriver !

Lynn rougit légèrement et échangea un regard complice avec Aïlin. C'était étrange d'être ici, réunis autour de la grande table de salon du manoir familial. Aïlin, elle, et leurs compagnons respectifs, partageant un repas civilisé comme n'importe quelle famille. C'était intimidant, mais cela avait également quelque chose d'incroyablement normal et rassurant. Pour la première fois, Lynn comprenait ce que représentait être une famille. L'équation ne comportait plus seulement Aïlin et elle contre le reste du monde. Matthew et Clarisse faisaient maintenant partie de ce monde.

La jeune femme ignorait jusqu'où Aïlin avait poussé les confidences à la rouquine. Elle-même avait tout raconté à Matthew, prenant seulement soin de ne pas inclure Aïlin plus que nécessaire. Bien sûr, le jeune auror n'était pas dupe, mais il s'était contenté des explications de Lynn et lui avait offert le soutien et le pardon dont elle avait besoin. Elle ne pensait pas pouvoir un jour être plus proche de quiconque et c'était une sensation enivrante.

Sous la table, il attrapa sa main et la serra doucement, elle lui sourit en retour.


La soirée avait été parfaite. Jenny leur avait préparé un repas succulent et ils avaient beaucoup discuté, beaucoup ri, sans qu'aucune ombre ne vienne ternir le tableau.

Bientôt, l'horloge sonna deux heures et il fut temps de se séparer. Lynn laissa Matthew suivre Aïlin pour aller chercher leurs manteaux et en profita pour aller remercier et saluer Clarisse. Elle ne s'était pas encore habitué à voir évoluer la rouquine dans le manoir mais celle-ci semblait avoir pris ses marques et Lynn en était particulièrement heureuse car Aïlin semblait comblé. Après tout ce qu'ils avaient vécu, il méritait un peu de bonheur lui aussi et l'ex gryffondor avait toujours pensé que Clarisse était la fille parfaite pour son frère. Leur amitié à toutes les deux rendait aussi les choses plus facile, même si Lynn se sentait parfois coupable d'avoir mêlé la jeune femme à leurs sombres histoires de famille. Mais cette période était derrière eux, Lynn et Aïlin étaient sevrés, ils rencontraient tout deux du succès dans leur travail et ils étaient heureux en amour... une première pour les deux Bower.

Elle rejoignit les deux hommes les plus importants de sa vie et prit un air faussement suspicieux devant leurs messes basses.


- Qu'est-ce que vous manigancez encore tous les deux ? Demanda-t-elle alors que Matthew l'aidait à mettre son manteau.

Connor lui sourit et haussa les épaules avant de la serrer contre lui:


- Ho tu sais les habituelles menaces et mises en garde d'un grand frère protecteur envers le petit ami de sa sœur.


Lynn sourit à son frère, d'un air amusé et leva les yeux vers son auror préféré:

- Tu peux nous laisser deux minutes ? Je te rejoins tout de suite, je dois parler de quelque chose avec Aïlin.

- Bien sûr, sourit-il en l'embrassant.

Il serra la main de l'alchimiste et le remercia pour l'invitation avant de sortir pour attendre sa dulcinée.

Lynn se tourna vers son frère :


- Tu vois, ce n'était pas si terrible ! Le taquina-t-elle.

Pas de mort, pas de cris, du vin, des rires et un excellent repas. Du point de vu de Lynn c'était un vrai succès, sûrement quelque chose d'inédit au sein du Manoir. Mais ce n'était pas la raison pour laquelle elle voulait lui parler seul à seul. Hésitante, elle vérifia d'un coup d’œil que Clarisse n'était pas à proximité et que Jenny ne s'était pas relevée pour débarrasser la table avant de se lancer :

- Écoute, j'ai un ami qui a mis au point une potion et il m'en a donné un flacon. J'ai pensé que ça pourrait t'intéresser.

Elle sortit le petit flacon de son sac et le tourna quelques instants entre ses doigts. Ne voulant pas qu'il s'imagine qu'elle était retombé dans leurs vieux travers, elle ajouta :


- C'est une potion de régénération mémorielle. Elle est breveté, a été testé et elle serra en vente dans quelques jours.

Elle lui laissa quelques instants pour comprendre l'implication de ce qu'elle disait et attendit qu'il la regarde pour continuer, d'une voix douce :

- Je sais que tu souffres de ne pas savoir... de ne jamais être sûr que tes souvenirs sont réels ou pas. Alors... je ne sais pas si c'est mieux de savoir, je ne sais pas si ça te ferait du bien, je ne suis même pas sûre que tu en ais envie... je veux juste que tu ais le choix.

Doucement, elle lui prit la main et y déposa le précieux breuvage.

- Tu n'es pas obligé de la boire. Mais quoi qu'il arrive, quoi que tu décides, je serai là, d'accord ?


Peu importait ce qu'il apprendrait, elle l'épaulerait. Elle avait traversé la même chose. Elle se revoyait déchirée par les mêmes doutes, les mêmes peurs qui devaient l'habiter aujourd'hui. Elle n'avait pas été sûre de vouloir apprendre la vérité, mais elle en avait eu besoin. Et la vérité avait été atroce, plus douloureuse que tout ce qu'elle avait pu imaginer. Elle ne souhaitait pas cela à Aïlin, même si elle ne s'imaginait pas une seconde que les révélations de son passé soient aussi terribles que les siennes. Il se souvenait déjà du pire, notamment de l'Imperium que lui avaient fait subir Devin et Torin... est-ce que rétablir la vérité sur le reste était si important ? Est-ce que les détails de son passé torturé méritaient d'être connu ? Lui seul pouvait répondre à cette question. Elle ne le ferait pas à sa place. La seule chose qu'elle voulait lui donner c'était la possibilité de choisir. Torin avait sûrement amplifié les émotions négatives de leur frère, mais qu'avait-il pu effacer ou modifier d'autre ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Le cas d'Aïlin était bien différent du sien. Torin avait eu d'autres desseins pour lui.

Elle serra doucement sa main et se mit sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue:


- Merci pour la soirée... Matt et moi avons passé un excellent moment... il faudra le refaire !

Sur le pas de la porte, elle se retourna une dernière fois vers son frère et demanda:

- Donne-moi des nouvelles...

Puis elle lui fit un dernier petit geste d'au revoir avec un sourire et elle disparue rejoindre Matthew.

- Tout va bien ? Demanda-t-il en l'attirant contre lui pour la protéger du vent glaciale.

- Oui, tout va bien. Tout ira bien... murmura-t-elle en se blottissant dans ses bras.

Il repoussa quelques longues mèches noires du visage de la demoiselle, pensif. Il ne voulait pas la laisser rentrer chez elle seule ce soir, ni aucun autre soir d'ailleurs, même si c'était trop tôt pour formuler ce genre de pensées. Mais en attendant, il pouvait toujours trouver un moyen pour finir idéalement cette soirée déjà parfaite:


- Et si tu venais dormir chez moi ? Proposa-t-il avec un sourire.

- J'ai cru que tu ne demanderais jamais.
Répliqua-t-elle, mutine, en levant son visage vers lui pour se laisser embrasser.

Puis il la serra davantage contre lui et ils disparurent dans un craquement sonore.


Dernière édition par Lynn Bower le Ven 17 Mai - 19:01:45, édité 1 fois
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  • Aïlin Bower
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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Ven 22 Fév - 18:38:59

Aïlin afficha un sourire innocent en réponse aux réprimandes de Lynn, puis observa, un peu pensif, les galanteries de Connor à l'égard de sa sœur. Le manoir n'avait plus accueillit de repas de famille aussi chaleureux et festif depuis au moins deux générations.
Lynn et lui avaient finalement réussi à poser les premières pierres d'un bonheur qu'ils avaient longtemps espéré. Ce repas était comme la consécration d'une nouvelle vie, loin du sang versé. D'ici, il ne semblait y avoir aucune ombre au tableau. Ils avaient tous l'air heureux, sans crainte. Ce soir, ils avaient le verbe vif et le regard pétillant. Et, lorsqu'un tremblement fugace faisait frémir la main d'Aïlin, Clarisse, fine et délicate, prenait cette main dans la sienne afin que personne ne perçoive les derniers affres du manque.
Pour sa part, l'alchimiste demeurait courageux. Il s'était abstenu de boire plus qu'il ne l'était raisonnable pour compenser l'envie de drogue, qui resurgissait encore par intermittence. Et puis... il voulait garder la pleine possession de ses facultés intellectuelles, pour mieux étudier le comportement du jeune couple qu'il avait sous les yeux.

Il devait bien le reconnaître. Matthew et Lynn étaient beaux, tous deux. Il devinait sans mal la lueur conquise dans les yeux de sa petite sœur, qui ne laissait pas le moindre doute quant aux sentiments qu'elle éprouvait pour l'auror. Aussi, quand Aïlin détaillait Matthew, celui-là semblait éprouver le même amour pour Lynn, sans aucune trace de mensonge ou de fausseté.
Cela n'étonnait pas le lord, d'ailleurs. Il connaissait assez bien Connor, maintenant, pour savoir que c'était un homme trop entier et honnête pour feindre d'éprouver de tels élans. Il semblait être celui qu'il fallait pour sa sœur et Aïlin doutait de trouver meilleur parti pour elle.

Pourtant, et cela s'était produit plusieurs fois au cours de la soirée, Aïlin sentait parfois surgir, à l'improviste, comme une minuscule flèche qui pénétrait dans son cœur. Il ne se l'expliquait pas. Ce n'était pas de la jalousie de grand frère protecteur. Ou du moins, ce n'était pas que cela. Non, cela ressemblait plutôt à une pointe de tristesse inexplicable, invisible pour les autres, mais pourtant bien perceptible pour lui.
Il était pensif face à cette sensation incongrue, intruse parmi tous les éclats de rire, les discussions animées et les boutades taquines qu'Aïlin adressait à Matthew. Élégant, raffiné et cordial, Aïlin jouait l'hôte exemplaire, et l'ombre qui passait de temps à autres dans ses yeux était toujours soigneusement dissimulée d'un clignement de paupières, ou d'un regard qui se détournait vers Clarisse. Celle-ci pouvait alors percevoir, un très court instant, sa fragilité.
Alors qu'il adressait un sourire à la jeune femme, celle-ci se pencha sur sa joue et y déposa un baiser discret, avec une retenue qui lui faisait honneur. Leur regard s'accrocha, et cela fut suffisant pour éclipser le sentiment négatif qui imprégnait le cœur d'Aïlin.

Deux heures sonnèrent. Les tasses, qui avaient contenu un bon café fumant, étaient vides depuis longtemps, et plus personne n'osait se servir un nouveau digestif, de peur de s'égarer dans les limbes chaotiques de l'alcool. La fatigue et le processus de digestion avaient fini par avoir raison d'eux, et Matthew ne tarda pas à se lever pour prendre congé. Aussitôt, Bower fit de même et accompagna son invité d'honneur jusqu'au vestibule, laissant les deux amies se dire au revoir.


« Merci pour cette soirée. Je crois que rien n'aurait pu faire plus plaisir à ta sœur... »

Un sourire amusé naquit sur les lèvres de l'alchimiste. Ce n'était pas pour rien que Matthew était auror. Sous sa gueule d'ange se cachait un esprit aiguisé et observateur, qui lui faisait saisir, plus vite que la plupart des gens, les réelles motivations de ses interlocuteurs. Et Connor avait très bien compris que tous les efforts qu'Aïlin avait déployé ce soir, pour se montrer sous son jour le plus charmant, n'avaient été faits que pour sa sœur, et non pour séduire son invité. Tous deux, d'ailleurs, n'en étaient plus à cela. Un début d'amitié était né entre eux avant même que Matthew ne pose pour la première fois les yeux sur Lynn.

« ...et bien sûr, je suis toujours aussi heureux d'être accueilli chez toi comme un ami.
— Tout le plaisir était pour moi, Connor. Vraiment. Je suis heureux de voir tout le bonheur que tu apportes à ma sœur. Elle a besoin de cette lumière que je n'ai su, pour ma part, lui apporter.
— Tu te juges trop durement, Bower, sourit Matthew en serrant la main d'Aïlin. Si tu l'entendais parler de toi quand tu n'es pas là, on croirait que c'est d'un ange dont elle parle ! »

Les deux hommes rirent en même temps, mais certainement pas pour les mêmes raisons. Le souvenir de ce que Lynn et lui avaient fait de leur dernier démon était revenu en mémoire au lord, et il se voyait, à présent, portant plutôt les ailes noires d'un ange de la mort plutôt que celles immaculées d'un séraphin.

« Ne sois pas si sombre, Aïlin. Tu n'as rien à te faire pardonner. »

Déclara plus bas Connor. Après une dernière étreinte amicale, leurs mains se lâchèrent et Aïlin se recula pour laisser Matthew enfiler sa cape. L'auror était vraiment tout l'opposé d'Aïlin, selon lui. S'il était aussi fin psychologue, il usait de cette capacité d'une façon bien plus positive et bénéfique que l'alchimiste, qui lui, se perdait le plus souvent dans les voies noires du doute et de l'angoisse. Malgré les épreuves qu'il avait eu à supporter, Connor avait confiance en la vie et croyait en son destin. Mieux encore, il étendait cette croyance aux autres, là où Aïlin avait décidé de ne plus croire au monde humain.
Cette constatation réveilla un peu de cette tristesse qui l'avait pris tout à l'heure, mais il n'eut guère le temps de la contempler. Lynn venait de paraître et s'empressa de les questionner sur les propos qu'il s'étaient tenus. Et, bien sûr, ce fut Matthew qui réagit en premier, en ayant la délicatesse d'improviser une ânerie pour sauvegarder l'honneur du lord. Mais au lieu de protester, Lynn réclama plutôt quelques instants seul à seule avec son aîné, d'une façon qui laissait présager quelque chose. L'air insouciant d'Aïlin s'éclipsa dès que la porte se referma derrière Matthew.

Que lui mijotait-elle ? Aïlin n'eut pas l'occasion de le savoir tout de suite. Un sourire ourla les lèvres du lord en réponse à la taquinerie de sa cadette, et il éleva légèrement les mains, en signe d'innocence.


« Mais je n'ai jamais dit que cela le serait ! Je te rappelle que c'est moi qui ai lancé l'idée... »

Rétorqua-t-il en adressant un petit air supérieur, un brin moralisateur, à sa sœur. Celle-ci, cependant, ne s'attarda pas sur les taquineries de son aîné. Elle se rapprocha de lui d'une façon qu'Aïlin lui connaissait bien, et ne tarda pas davantage à lui expliquer ce qui la retenait encore auprès de lui.
Les sourcils d'Aïlin se froncèrent, tandis qu'il sentait poindre une légère perplexité. Pourquoi lui parlait-elle de cela maintenant, après une soirée si agréable ? Pour tout dire, Aïlin aurait bien aimé passer outre les observations de sa sœur quant à son état moral. Il aurait bien voulu la détromper, lui assurer qu'il allait bien et que cela n'était pas nécessaire, mais il savait qu'elle avait raison, et sa curiosité l'emporta très vite sur sa fierté. L'alchimiste se laissa faire lorsqu'elle posa le flacon dans le creux de sa main et, non sans une courte hésitation, Aïlin referma ses doigts sur la potion.


« Lynn... »

Commença-t-il, mais la jeune femme ne lui laissa pas le temps de lui faire part de son sentiment. Elle insista sur le choix qu'il avait, que la décision finale, de toute façon, lui reviendrait. C'était bien ce qui pouvait inquiéter sa sœur, si l'on y pensait. Pour sa part, Aïlin n'était pas certain de prendre la bonne. Pensif, il regarda sa cadette dans les yeux.

« J'y réfléchirai... »

Consentit-il finalement. Réponse qui sembla satisfaisante pour sa sœur, qui ne tarda pas à l'embrasser tout en le remerciant. Mais, avant qu'elle ne lui échappe, Aïlin la rattrapa par l'épaule et déposa un baiser sur son front, avant de lui adresser un sourire.

« C'est moi qui te remercie. Prend soin de toi. »

Sur ces paroles, il la laissa s'évader, tandis qu'une petite pointe d'amertume revenait poindre en lui. Il eut un léger rire lorsqu'elle lui demanda de ne pas l'oublier et secoua la tête, avant de répondre, faussement réprobateur :

« Parce que je ne t'en donne pas déjà assez ? Allez, rejoins Connor avant qu'il ne s'impatiente ! »

La porte se referma derrière Lynn et Clarisse ne tarda pas à rejoindre Aïlin, en s'appuyant, tout d'abord, contre le chambranle de la porte. Aïlin se tourna vers elle en rangeant la potion dans sa poche, et elle le rejoignit, se glissant dans ses bras pour déposer un baiser sur ses lèvres.

« Ce Matthew a l'air d'être une bonne personne... déclara-t-elle d'un air innocent, mais Aïlin n'était pas dupe.
— Oui, oui... Peut-être un peu trop si tu veux mon avis. À côté de lui, j'ai l'impression d'avoir fait un frère déplorable pour Lynn. »
Un soupir entre l'agacement et la résignation échappa à la belle rousse. Tout en l'enlaçant, elle regarda l'alchimiste dans les yeux, pour déclarer sur un ton mesuré :
« Tu es toujours son frère, Aïlin. Tu veux que je te dise le fond de ma pensée ? Je pense que tu es juste malheureux à l'idée qu'un nouvel homme entre dans la vie de ta sœur et que votre relation change en conséquence. Tu as peur de la voir s'éloigner de toi et de ne plus avoir la même importance pour elle... Pourtant, cela ne changera rien. Ça n'a rien à voir... ! »

Aïlin scruta Clarisse du regard, avant de lui accorder enfin un sourire. Elle avait totalement raison. Il se pencha tout près de son visage, l'air enjôleur, en resserrant leur étreinte.
« Tu lis en moi comme dans un livre ouvert... déclara-t-il, et cela eut le don de faire rire sa compagne.
— Ah ! Si seulement c'était aussi facile tous les jours, de lire en toi... »
Ils s'embrassèrent et Clarisse se réfugia complètement dans les bras de l'alchimiste, pour finalement redresser le menton vers lui.
« Au fait, qu'est-ce qu'elle te voulait ?
Une seconde de silence s'écoula, puis, avec un air mutin Aïlin souleva Clarisse du sol.
— Rien d'important... Tout du moins, ce sont des choses qui peuvent attendre demain. »

Et bien que ce fut un mensonge et que Clarisse portait le collier, elle lui laissa ce secret là, en se laissant, en riant, emporter vers leur chambre.

***

Couché dans son propre sang, Aïlin contemplait les moulures du plafond danser une étrange valse au-dessus de ses yeux. Les lumières du lustre s'y mêlaient, tanguant maladroitement en répandant un flot de rayons éblouissants. Il se sentait glisser, comme si une force surnaturelle l'avait attrapé au-dedans de lui pour le tirer hors de son corps.

Deux semaines, c'était la durée qu'il avait tenu sans plus s'intéresser à la potion que lui avait offert Lynn, après la merveilleuse soirée qu'ils avaient passé en couple. Clarisse avait fini par oublier le court échange qu'Aïlin et sa sœur avaient eu, ainsi que le mensonge par omission que lui avait opposé son petit ami pour couper court à sa curiosité.
Le cours normal de leur existence avait reprit, Aïlin travaillant d'arrache-pied sur son contrat le plus important et Clarisse, préoccupée par ses propres problèmes, vaquant à ses occupations personnelles. Jusqu'à ce soir où Aïlin, attendant, assis à son atelier, la fin d'une distillation, s'était mis à fixer cette petite fiole qui chatoyait à la lueur des chandelles.

Les interrogations n'avaient pas tarder à affluer. Lynn avait raison. Il redoutait autant qu'il espérait faire le jour sur l'influence qu'avait eu Torin sur lui. Il s'était même laissé aller à se demander, lors de ces soirs où rien ne parvenait à lui faire trouver le sommeil, si finalement, tout ce qu'il avait entreprit, tous les projets qu'il nourrissait, n'avaient pas, quelque part, la marque des manipulations de son défunt frère, et s'il avait vraiment, aujourd'hui, le libre arbitre dont il se croyait possesseur.
C'était une réflexion absurde, exagérée. Mais pourtant, cela le hantait. Depuis des mois, Aïlin refusait d'admettre qu'il avait besoin de voir clair en lui, d'être certain qu'il avait été épargné par les machinations de Torin. Sa fierté ne pouvait admettre que cela n'ait pas été le cas. Mais pourtant, pouvait-il être sûr de n'avoir pas déjà été la cible de la légilimencie de son frère, avant que celui-ci n'ait l'imprudence de lui révéler ses dons ? Quels secrets renfermait-il en lui, si profonds et lointains que lui-même n'y avait plus accès ? S'il avait longtemps camouflé ces questions derrière la drogue, désormais, il n'avait plus rien derrière quoi se cacher aujourd'hui.

Il avait bu la potion. Sur un coup de tête, pour ne plus se poser davantage de questions. L'instant d'après, il l'avait regretté, craignant les conséquences de cet acte irréfléchi. Mais, voyant que rien ne se déclarait, si ce n'était un long frisson qui lui avait parcouru l'échine, Aïlin avait fait taire ses angoisses, jusqu'au point de les oublier.
Il n'avait pas parlé de cet incident à Clarisse. Celle-ci, d'ailleurs, était elle-même bien trop préoccupée par la recherche de ses véritables racines. Il ne voulait pas la charger de ses angoisses alors qu'elle était déjà fragile. Il ne voulait ni la voir triste, ni angoissée pour lui. Mais, dès la première nuit, les souvenirs avaient afflué. Flous et illogiques tout d'abord. La chronicité des évènements n'avait aucune cohérence. Puis, tout au long du jour suivant, ces mêmes souvenirs s'étaient précisés, dès lors qu'il y repensait. Ils n'avaient cessé de s'enchaîner, petit à petit, en douceur, dès que son travail ne lui demandait plus une concentration rigoureuse. Ce n'était, tout d'abord, rien d'autres que des souvenirs sans impact majeurs et, bien qu'ils fussent désagréables et déroutants, Aïlin les avait repoussé en même temps que l'angoisse qui avait commencé à poser ses germes dans son esprit.
Cependant, cela ne tarda pas à l'encombrer. Dès lors qu'il pensait à la potion, dès lors qu'il tentait de réfléchir aux souvenirs qui reparaissaient de nul part, d'autres se juxtaposaient, au point de lui donner parfois le tournis. Si bien qu'au troisième jour, il craignait de fermer l'oeil, de peur d'être emporté dans les méandres de son passé. Il vivait chacun de ses rêves avec une clarté étonnante, où il se voyait enfant ou adolescent. Il revivait chaque instant aussi nettement que si cela se produisait à nouveau, au point qu'il se mit à fuir le sommeil dans son laboratoire lorsque par miracle, il parvenait à s'extirper de la spirale sans fin de ses songes.

Chaque jour, il devenait un peu plus morose et solitaire. Sa conversation pouvait mourir soudain, et son regard s'évader dans le vide, si un mot avait eu le malheur de lui rappeler quelque chose qu'il avait oublié jusqu'alors. Et Clarisse, évidemment, se trouvait interdite face au comportement de plus en plus étrange de l'alchimiste. Les questions de la belle rousse demeuraient pourtant sans réponse. Même s'il l'avait vraiment voulu, Aïlin n'aurait pu poser des mots sur ce qu'il voyait, et encore moins décrire ce qu'il ressentait.
Car il n'y avait pas de mot pour décrire le désarroi, la stupeur et la douleur qu'il éprouvait face à l'afflux régulier d'images que la potion générait. Et l'un, en particulier, l'enferma dans un tel trouble que c'était comme si le monde s'effondrait sous ses pieds. Car il avait su. Il aurait pu faire quelque chose. Il aurait pu changer son destin et celui de sa sœur avant que Torin ne franchisse le point de non-retour.

Aïlin et Clarisse en étaient venu à se disputer. L'éclat de leur voix avait longtemps résonné dans le salon du manoir, sans que jamais Aïlin ne parvienne à avouer enfin à sa compagne ce qui était en train de se produire en lui. Il n'y arrivait tout simplement pas. L'effort était trop titanesque, et chaque fois qu'une phrase révélatrice lui brûlait les lèvres, un gouffre se formait devant lui, dans lequel il avait l'impression qu'il plongerait si jamais les mots dépassaient la porte close de sa bouche.
Ses mots avaient dépassés sa pensée, et il avait fini par hurler à Clarisse qu'elle ne pourrait en aucun cas comprendre le mal dont il souffrait. Il se rappela l'éclair de douleur qu'il avait lu dans les yeux de celle qu'il aimait, avant qu'elle ne lui confesse, d'une voix glacée, ces paroles qui avaient tourné dans son esprit au point de l'en rendre fou.

« Tu me prends tant pour une idiote... Je pensais que tu tiendrais ta promesse, mais je constate au final que rien ne te fera jamais changer. »
Et c'était sur cette phrase que leur dispute s'était achevée, Clarisse allant se ressaisir dans le jardin, alors qu'Aïlin s'était enfermé dans cette salle de bain, où il venait de commettre l'irréparable à l'aide de la lame de son rasoir.

Maintenant, il entendait la voix de Clarisse derrière la porte verrouillée. Elle semblait d'abord excédée, puis inquiète, puis suppliante. Aïlin s'entendit lui répondre, mais il eut l'impression curieuse et amusante que son corps s'en chargeait à sa place alors que son véritable Moi, lui, n'était déjà plus complètement là. Qu'avait-il dit, d'ailleurs ? Il ne le savait pas exactement. Peut-être quelque chose comme un « ça va mieux, maintenant. » Peut-être avait-il ajouté qu'il ne fallait pas qu'elle se soucie de lui, avant de perdre définitivement connaissance.

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  • Lynn Bower
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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Ven 22 Fév - 22:35:11

C'était un cauchemar. Ca ne pouvait pas être réel. Ca ne pouvait pas être vrai.
Lynn se figea à l'entrée de la salle de bain. Pendant un instant, tout ce qu'elle vit fut le visage livide de son frère étendu sur le sol.
Puis ses yeux descendirent jusqu'à son poignet entaillé et la lame de rasoir abandonnée.
Du sang… Celui d'Aïlin… leur sang, celui qu'ils partageaient, qui les unissait.

- Non…
Elle se vit comme au ralenti se précipiter vers lui, s'agenouillant à ses côtés, indifférente à la marre rouge qui inondait le sol et tâchait ses vêtements.
- Aïlin ! Appela-t-elle en prenant son visage entre ses mains. Non… non…non… Aïlin… ouvre les yeux… je t’en prie, ouvre les yeux…
Essayant de garder son calme malgré les battements affolés de son cœur, Lynn posa ses doigts contre le cou de l'alchimiste. Sa peau était glaciale mais son cœur battait toujours, lentement, faible et irrégulier. Il respirait encore, un souffle ténu, à peine perceptible.
- Ecartez-vous !
Lynn sursauta et s'exécuta, regardant sans le voir le Médicomage s'affairer de longues minutes autour d'Aïlin, soignant l'une après l'autre les trois profondes estafilades de son poignet et lui faisant avaler de force le contenu de plusieurs fioles.
- Vous êtes sa sœur ?
Lynn acquiesça, incapable de détourner le regard du visage de son frère:
- Il va s'en sortir, n'est-ce-pas ?
- Son état est stabilisé pour l'instant, mais il faut l'emmener à Sainte Mangouste immédiatement, nous pouvons faire appeler…
- Non. L'interrompit Lynn d'une voix ferme.
Interdit, le Médicomage fronça les sourcils et insista :

- Son état est sérieux. Votre frère a fait une tentative de suicide, il lui faut une surveillance médicale adap...
- J'ai dit "Non". Répéta Lynn, glaciale, en tournant finalement son regard d'acier vers le médecin.
- Miss Bower… je ne suis pas sûr que vous compreniez…
- Il ne sortira pas de cette maison, c'est clair ? S'écria-t-elle, menaçante, le regard meurtrier.
C'était la dernière chose que voudrait Aïlin et elle ne le laisserait pas faire.
Le médecin eut un mouvement de recul mais ne répondit rien. Lynn ferma les yeux quelques instants pour essayer de se maîtriser et reprit d'une voix un plus posée:

- Faites une liste de ce dont il aura besoin dans les jours qui viennent et donnez là à Erycius. Il vous paiera pour vos services… et votre discrétion. Faites ce que vous avez à faire, assurez-vous qu'il ira bien et allez-vous en. Je prendrai soin de lui.
La gorge serrée et les yeux humides, elle écarta quelques mèches du front de son frère et y déposa un léger baiser :
- Tout ira bien… ca va aller, Aïlin… murmura-t-elle, comme pour se rassurer elle-même. Je reviens, d'accord ?
Elle se redressa avec raideur et quitta la pièce. L'homme à tout faire de la famille l'attendait dans le couloir.
- Erycius, pouvez-vous le monter dans sa chambre dès que le médecin aura terminé et veiller sur lui jusqu'à ce que j'arrive ?
- Bien sûr, Miss Bower. Vous êtes sûr que ça va aller ?
- Où est Clarisse ? Demanda-telle au lieu de répondre.
- Dans le petit salon.
Lynn le remercia et se dirigea d'un pas décidé vers le lieu que lui avait indiqué le domestique.
Clarisse avait pleuré, ses joues étaient encore inondées de larmes lorsqu'elle se leva en apercevant la jeune femme. Avant même qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, Lynn demanda, d'une voix dure :

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Prise de cour, encore sous le choc, Clarisse secoua la tête:
- Je ne sais pas… je ne comprends pas.. on s'est disputé et…
- Par Merlin, Clarisse, tu étais censée veiller sur lui ! S'écria Lynn sans même l'écouter. J'avais confiance en toi !
La colère et le désespoir se livraient bataille dans le cœur de l'héritière Bower et il était bien plus facile de se laisser aller à la première plutôt que de se laisser submerger par la seconde.
Elle ne savait même pas pourquoi elle criait après la pauvre Clarisse, l'accusant de tous les maux de son frère, mais elle semblait incapable de s'arrêter.
La rouquine en face d'elle était en train de devenir hystérique, si bien que leurs cris attirèrent bientôt le Médicomage. Il lui suffit d'un simple sort de sommeil pour réduire Clarisse au silence. Doucement, il l'installa sur le canapé et se tourna vers Lynn avec agacement :

- Est-ce que je dois utiliser le même sortilège contre vous ?
- Je vous le déconseille. Gronda Lynn, sa baguette pointée ver lui.
Il lui lança un regard équivoque et elle baissa doucement son arme.
- Il va bien ? Demanda-t-elle malgré elle.
- Autant qu'on peut l'être dans de telles circonstances… mais ses jours ne sont pas en danger. Pas pour l'instant.
- Alors, disparaissez.
Elle attendit que la porte d'entrée claque pour se prendre la tête entre les mains. Elle avait du mal à réfléchir, à se concentrer, et pour la première fois depuis des mois, elle aurait tué pour un comprimé de drogue. Depuis combien de temps était-elle au manoir ? Quelle heure était-il ? Elle avait l'étrange et dérangeante impression d'avoir vieilli de mille ans en l'espace de quelques heures depuis qu'Erycius était venu frapper à sa porte pour l'emmener précipitamment au Manoir. Mais que c'était-il donc passé ? Qu'est-ce qui avait bien pu pousser son frère à un tel acte ? Après tout ce qu'ils avaient traversé, pourquoi maintenant ?
Repoussant encore un peu le moment de retourner au chevet d'Aïlin, elle laissa ses pas la mener vers le laboratoire de son frère. Elle entra prudemment dans l'antre de ce dernier, comme si se plonger dans son environnement quotidien pouvait l'aider à comprendre ce qui lui était arrivé. L'endroit était organisé avec minutie, comme on pouvait s'y attendre quand on connaissait l'héritier Bower. Rien ne semblait anormal ou déplacé, mais le regard de Lynn fut attiré par une petite fiole qui lui était familière. Son cœur rata un battement tandis qu'elle attrapait le flacon et constatait qu'il était vide.

- Ho c'est pas vrai…
murmura-t-elle, les yeux humides.
Non, elle ne pouvait pas être la cause de tout ceci. Ca ne pouvait pas être ça, il y avait forcément une autre explication.
L'angoisse l'étreignit tandis qu'elle se remémorait ses propres souvenirs revenir par flashs, semant le chaos dans son esprit, l'empêchant de respirer. Des souvenirs si horribles, si douloureux, qu'elle avait souhaité mourir… Elle hoqueta violemment et quelques larmes s'échappèrent de ses yeux pour glisser sur ses joues alors qu'elle s'étreignait la poitrine.

- Non… Non !
Elle hurla et brisa violemment le flacon avant d'attraper tout ce qui était à porté de main dans les étagères, fioles, livres, ingrédients, pour les jeter violemment sur le sol pour finir par s'effondrer au milieu des débris et éclater en sanglots.
Cela n'avait plus rien d'une chimère, ce n'était plus un simple sentiment de culpabilité infondé, elle avait poussé son frère au suicide… tout était sa faute…

Elle ne sut pas combien de temps elle resta là en bas à pleurer, à ruminer et à se détester.
Il aurait été si simple de prendre le même chemin que lui, de mettre fin à sa misérable existence, mais elle ne pouvait pas faire ça. Aïlin avait besoin d'elle… et Matthew… par Merlin, elle ne l'avait même pas prévenu, il devait s'inquiéter à l'heure qui était.

Lynn se releva péniblement et essuya ses joues. Lorsqu'elle rejoignit le salon, il faisait nuit à l'extérieur. Clarisse n'était plus là mais elle s'en inquiéterait plus tard.
Elle monta les escaliers comme un automate jusqu'à la chambre de son frère. Elle congédia Erycius, ignorant le regard inquiet qu'il lui jeta, et s'assit sur la chaise jouxtant le lit. Elle passa une main tremblante sur la joue de son frère. Il était toujours froid et plus pâle que jamais, mais sa respiration était calme et profonde.
Qu'avait-il vu ? De quoi s'était-il souvenu qui soit si horrible qu'il ne pouvait pas vivre avec ?
Elle ne pourrait jamais se le pardonner.

- Ho Aïlin… souffla-t-elle. Qu'est-ce qui s'est passé… ? Qu'est-ce que tu as vu ? Tout est ma faute… je suis désolée… tellement désolée…
Elle prit délicatement la main intacte de son frère et la serra entre les siennes. Ce n'est qu'à ce moment là qu'elle se rendit compte qu'elles étaient toujours tâchées de sang, tout comme ses vêtements. Elle ferma les yeux et appuya doucement son front contre leurs mains enlacées, se mettant à prier intérieurement ses ancêtres de lui laisser son frère.
- Je ne peux pas te perdre, Aïlin… j'ai besoin de toi… ne me laisse pas toute seule…
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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Dim 17 Mar - 21:26:06

La mort était plus douloureuse qu'Aïlin ne le pensait. Flottant dans un état de demi conscience, il sentait la douleur poindre en lui et irradier son corps. De son poignet écorché de deux entailles sèches et nettes à son cœur étreint par l'effroi, il se sentait mal, infiniment mal. Il aurait voulu sortir de cet état, sombrer de nouveau dans l'inconscient, mais il retombait peu à peu, lourdement, dans son corps fait de plomb, ce corps vil, qui ne faisait que le retenir dans la matière. Sa tête lui tournait, et il avait envie de vomir, malgré que son estomac fut vide. Comme un désir d'extirper hors de lui le mal-être qui revenait. Et, à travers cela, malgré cela, il hallucinait. Ses yeux s'étaient ouverts et il voyait le plafond danser, ainsi que des images étranges et cruelles, sorties de ses souvenirs les plus cachés, les plus obscurs. Il avait envie de pleurer, d'hurler que cela cesse, mais il ne pouvait que fixer ces images, les observer défiler sans broncher. Il s'évanouit encore avant que les souvenirs ne cessent, sans même percevoir la présence auprès de lui. Il ne se réveilla qu'au milieu de la nuit, lorsqu'enfin, les drogues que le médecin lui avait injecté cessèrent de le garder dans un état transitoire.

La fenêtre était ouverte, et les rideaux se balançaient paresseusement sous le vent léger mais glacial qui s'infiltrait dans la chambre. Aïlin tenta de bouger, et son bras l'élança aussitôt. Il gémit en grimaçant, mais tenta malgré tout de se redresser. Ce fut peine perdue. Il n'arriva qu'à se laisser retomber contre les oreillers, pâle et faible comme jamais il ne l'avait pas été.
Qu'avait-il fait ? Que c'était-il passé ? Il ne lui fallut pas longtemps pour se rassembler et se souvenir. Il venait d'apercevoir l'auréole brunâtre qui parsemait la manche de sa chemise. Il eut un haut-le-corps, tandis que le désespoir l'assaillait. Un mélange de honte et de déception l'engloutit lorsqu'il aperçu, à son chevet, Lynn qui s'était assoupie.

Elle avait l'air épuisé, mais ne semblait trouver aucun réconfort dans le sommeil, tout comme lui n'en avait pas trouvé dans son inconscience. Il aurait tout donné pour qu'elle ne soit pas là, en cet instant, qu'elle n'ait jamais rien su de ce qu'il venait de faire, mais le mal était fait. Il aurait tout donné, aussi, pour qu'il ait été finalement seul avec son geste de désespoir, et que personne ne l'ait trouvé. Il avait tenté de mettre fin à ses jours, réellement. Il n'avait eu aucun remord, en le faisant. Seulement du soulagement. La netteté et la profondeur des entailles en témoignaient. Il n'avait pas hésité une seule seconde. Et, encore une fois, il venait de causer un mal atroce à ceux qui tenaient encore à lui, malgré tout ce qu'il avait fait de mal dans sa jeune existence. Comme il aurait aimé disparaître ! Comme il aurait aimé ne pas sentir ce poids dans son cœur, cette honte et ce sentiment de vanité, d'être plus indigne et lamentable qu'il ne l'avait jamais été. Il s'étouffait avec ses sentiments les plus noirs, les moins honorables, au point d'avoir la sensation que plus une once d'oxygène ne passait à travers ses poumons. Il était en vie, et cela était bien pire que d'avoir succombé seul dans sa salle de bain. Il avait, à présent, conscience de l'horreur de son acte, du malheur qu'il venait de répandre comme son sang s'était répandu dans la salle de bain. Poison infâme, d'autant plus cruel qu'il n'était pas mortel, il avait mis un nouveau coup d'estoc à sa cadette en tentant de se briser lui-même.
Il était indigne. Homme turpide, il ne méritait pas la peine que se donnait Lynn pour lui, et certainement pas de l'avoir en ce moment même à ses côtés. Car il aurait pu lui épargner la vie qu'elle avait eue. Il aurait pu faire en sorte que les traitements ignominieux dont elle avait été la victime prennent fin plus tôt. De nouveau, Aïlin éprouva le besoin de vomir. Il se tourna dans le lit, effleura du bout de ses doigts encroûtés de sang le visage harmonieux et délicat de l'ancienne Gryffondor, puis se tendit entièrement vers elle pour la prendre dans ses bras et l'embrasser. Il la serra contre son cœur, sans un mot, sans une larme, incapable d'exprimer ce qui tournait dans ses entrailles.


« Pardon. »

Souffla-t-il, tandis que ses doigts se crispaient contre ses hanches et qu'il enfouissait son visage contre son épaule, incapable de rencontrer le regard de sa sœur. Il n'osait y apercevoir son reflet, l'image d'un homme pitoyable qui venait de perdre ce qu'il lui restait de goût pour la vie.

« Part. Part loin de moi, Lynn... » murmura-t-il d'une voix faible. « Tu mérites bien mieux que ça. J'ai toujours été responsable de ton calvaire, je n'ai jamais rien fait pour te rendre heureuse. Je n'ai jamais rien fait pour ton bien, comme je ne l'ai jamais fait pour personne. Je mérite tout le mal que je vis. »

Il était amer, mais catégorique. C'était un ordre qui transparaissait dans le son de sa voix. Pourtant, son corps, lui, contredisait chacun de ses mots. Il la tenait aussi fermement que son état le lui permettait, si bien que le tissu du vêtement qu'elle portait se fripait sous ses mains. Il aurait dû se faire une overdose. Si seulement il avait eu de quoi ! Mais il n'avait rien eu sous la main, au moment de son acte, et c'était cette impossibilité de s'enfuir par d'autres moyens qui l'avaient poussé à s'entailler les veines. Il aurait fait n'importe quoi, en cet instant, pour obtenir quelque chose, n'était-ce qu'une potion analgésique. Se sentir en vie, en cet instant, était la pire des sensations.

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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Lun 18 Mar - 15:19:40

Lynn avait veillé son frère pendant ce qui lui avait semblé être une éternité, prêtant attention à toute manifestation de sa part. Elle avait tressaillit à chaque battement irrégulier de son cœur, tremblé à chaque inspiration trop faible, retenant son souffle de peur de voir le sien s'éteindre à jamais. Elle ne se souvenait pas s'être assoupie. Sûrement les larmes avaient-elles fini par avoir raison d'elle.
Ses paupières papillonnèrent et elle mit quelques secondes à comprendre ce qui l'avait réveillé, une poignée d'autres pour se remémorer ce qu'elle faisait là, au chevet de son frère, les vêtements tâchés de sang. Ce fut comme un nouveau coup de poignard en plein cœur. Elle redressa la tête et vit qu'il était éveillé. Le soulagement fut si intense qu'elle en eut mal.

- Aïlin... murmura-t-elle.
Il la prit dans ses bras et la serra contre lui, enfouissant son visage contre son épaule.

« Pardon. »
Le coeur de Lynn se serra et ses yeux s'embuèrent. Doucement, sa main glissa dans les cheveux de l'alchimiste, essayant d'apaiser les tourments qu'elle sentait en lui par cette caresse.
« Pars. Pars loin de moi, Lynn... »
-Non...
Lynn secoua la tête, les larmes coulant silencieusement sur ses joues à mesure qu'il parlait.
« Tu mérites bien mieux que ça. J'ai toujours été responsable de ton calvaire, je n'ai jamais rien fait pour te rendre heureuse. Je n'ai jamais rien fait pour ton bien, comme je ne l'ai jamais fait pour personne. Je mérite tout le mal que je vis. »
- Ne dis pas ça... sanglota-t-elle en s'accrochant à lui avec désespoir. Je t'en supplie ne dis pas ça...
Rien de tout ça n'était vrai ! Comment pouvait-il penser des choses pareilles après tout ce qu'il avait subi par sa faute ? C'était elle la responsable de leurs malheurs, elle qui s'accrochait à lui en dépit du fait qu'elle se savait être un fardeau. Quoi qu'il ai pu découvrir, cela ne changeait rien. Ils avaient traversés trop d'épreuves, étaient revenus de trop loin pour que quoi que ce soit puisse détruire le lien qui les unissait. Il lui avait donné l'amour et la tendresse dont la petite fille qu'elle était avait besoin. Il l'avait protégé du mieux qu'il avait pu et les seuls rares instants de bonheur que son enfance lui avaient apportés, elle ne les devait qu'à sa présence auprès d'elle.
- J'ai besoin de toi... chuchota-t-elle contre son cou, la voix tremblante. Je ne peux pas partir, Aïlin, et tu ne peux pas me laisser, je n'y arriverai pas sans toi. Tu es tout ce qu'il me reste, je ne supporterais pas de te perdre... je t'en prie, ne me laisse pas.
Elle resserra son étreinte, effrayée de le perdre à l'instant même où elle le lâcherait. Elle avait besoin de ce contact pour se rassurer, besoin de lui montrer à quel point il lui était précieux.
Elle espérait aussi lui communiquer sa chaleur alors que sa peau était toujours glaciale sous ses doigts.

- Je t'aime, dit-elle, si bas qu'elle ne fut même pas certaine qu'il l'entende.
Elle ne méritait pas ça, aussi horrible soit-elle, aussi coupable et responsable qu'elle était de tout ce gâchis, elle ne méritait pas de perdre la seule personne qu'elle avait toujours aimé inconditionnellement. Elle avait tout supporté, tout surmonté, l'univers ne pouvait pas aussi lui retirer son frère...
Ils restèrent longuement enlacés, Lynn continuant à doucement caresser les cheveux de son frère, dans un mouvement doux et rassurant qui l'apaisait elle aussi. Dehors, l'aube se levait. Avec elle, les questions de Lynn réapparaissaient. Il fallait qu'elle sache pourquoi il avait fait ça...
Quand elle fut certaine que ses larmes s'étaient taries et qu'elle pourrait parler sans avoir la poitrine oppressée, elle demanda, d'une voix douce :

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, Aïlin...?
Elle se sépara doucement de lui et prit son visage entre ses mains, plongeant son regard argenté, rougi par les larmes, dans ses iris bleues.
- Parle-moi... Quoi que ce soit, je peux l'entendre. Aie confiance en moi.

Elle pouvait gérer ça, elle l'avait déjà fait.
Elle sursauta quand ils furent interrompu par trois coups à la porte.

- Oui ?

- Miss Bower ? Mr Connor est ici.
Lynn fronça les sourcils. Quelle heure était-il ? L'avait-elle prévenu ? Elle ne s'en souvenait pas, mais sûrement avait-il deviné qu'il la trouverait là.
Elle tourna le regard vers son frère et serra doucement sa main dans la sienne avant de venir y déposer un baiser :

- Je reviens tout de suite.
Elle quitta la chambre et descendit les escaliers presque en courant, son cœur se serrant en se rapprochant de la silhouette de l'Auror. Il avait dû s'inquiéter, il ne méritait pas ça, elle était vraiment une horrible personne.
Elle se glissa dans ses bras et se serra contre lui, apaisée dès qu'il referma ses bras autour d'elle. Par Merlin comme elle aurait voulu qu'il soit là avec elle quelques heures auparavant.

- Je suis désolée… tout s'est précipité, je voulais te prévenir mais…

Il caressa doucement ses cheveux, inquiet de la sentir trembler:

- Ça va, ce n'est rien… qu'est-ce qui s'est passé ? Tout le monde va bien ?
Lynn hésita et acquiesça doucement:
- Aïlin a eu… un accident… expliqua-t-elle, la gorge serrée au souvenir des évènements de la veille.
Elle ne pouvait pas lui dire la vérité, Aïlin ne lui pardonnerait jamais. Si Matthew devait un jour l'apprendre ce serait de la bouche de l'alchimiste en personne, même si elle détestait avoir à lui mentir. Le regard perçant qu'il lui jeta, en attendant des détails, la fit se sentir encore davantage coupable, aussi préféra-t-elle ne rien ajouter.

- C'est du sang ? Remarqua-t-il soudain sur ses vêtements, sincèrement inquiet. Il va bien ?
- Maintenant oui… mais… j'ai cru qu'il allait mourir...

Matthew raffermit son étreinte et elle enfouit son visage dans son torse tandis qu'il lui caressait doucement le dos:
- Shhh… ça va aller, il est tiré d'affaire, c'est fini.
- J'ai eu tellement peur…

Ils restèrent un moment enlacés ainsi dans le hall de la maison mais Matthew mit fin au silence en demandant des nouvelles de Clarisse. Lynn se détacha de lui et leva les yeux pour rencontrer son regard océan, calme et apaisant:

- Je ne sais pas… elle est partie et je n'ai aucune idée de l'endroit où elle peut être ! Ho Matt, je lui ai dit des choses atroces ! Réalisa-t-elle avec horreur.
- Je suis sûr qu'elle va bien, elle a probablement eu besoin de s'éclaircir les idées en changeant d'air.
Lynn se passa les mains sur le visage, épuisée.

- J'espère que tu as raison...

Matthew se pencha vers elle pour l'embrasser et demanda :
- Tu veux que j'appelle au bureau pour prendre ma journée ?

- Non… non, surtout pas…
lui sourit-elle tristement, touchée par la proposition. Je ne veux pas que tu ais d'ennuis à cause de moi et tu ne pourras rien faire de plus ici…
- Très bien, soupira-t-il. Tu as besoin de quelque chose ?

- Oui, si ça ne te dérange pas, est-ce que tu pourrais passer à l'appartement me prendre quelques affaires ? Je vais rester ici quelques temps pour m'assurer qu'il va bien.
- Bien sûr, dit-il en l'embrassant à nouveau. Je te rapporte ça ce soir, d'accord ?
Elle acquiesça et l'embrassa à nouveau avant de reposer son front contre son torse.

- Je sais pas ce que je ferais si je devais perdre l'un de vous deux…
- Ça n'arrivera pas.
- Tu n'en sais rien.- Si, Lynn. Dit-il d'une voix ferme qui lui fit relever les yeux. Je ne peux rien promettre pour ton frère, mais en ce qui me concerne, je ne te laisserai pas. Pas tant que j'aurais mon mot à dire, je te le jure.
- Ho Matthew... protesta-t-elle, émue. Tu ne devrais pas faire ce genre de promesses...
- Je ferai n'importe quoi pour rester auprès de toi, tu as ma parole...

Rien n'était jamais aussi simple avec les Bowers, mais elle acquiesça, se sentant étrangement fragile.
- Après tout ce qui nous est arrivé... Et si cette fois il ne s'en remettait pas ?

- Pourquoi est-ce qu'il... commença-t-il.
Il s'interrompit, hésitant, glissant une mèche de longs cheveux noirs derrière l'oreille de la jeune femme avant de plonger ses yeux dans les siens :

-
Qu'est-ce que tu ne me dis pas ?
Alors qu'elle pensait avoir épuisé assez de larmes pour les mois à venir, les yeux de Lynn s'embuèrent à nouveau et elle confessa, la voix rauque :
- J'ai donné la potion d'Alan à Aïlin... celle pour restaurer la mémoire. Je crois qu'il s'est souvenu de quelque chose...sûrement quelque chose d'affreux... c'est ma faute, Matt...
Elle eut presque l'impression de voir les rouages se mettre en marche. Les pièces du puzzle s'assemblèrent sous ses yeux dans l'esprit de l'Auror et elle réalisa avec horreur qu'elle en avait trop dit, qu'il avait sûrement compris...
Il la prit doucement mais fermement par les épaules pour prévenir la crise de panique qui ne tarderait pas à arriver s'il la laissait se perdre dans ses doutes et sa culpabilité:

- Vous n'êtes pas responsable de ce que vous avez vécu, ni toi, ni lui. Vous n'étiez que des enfants, Lynn. Il avait besoin de savoir. Tu as fait ce que tu pensais être le mieux pour lui, tu n'as rien à te reprocher. Il s'en sortira. Tu as surmonté tout ça, il le fera lui aussi.
- Mais si c'était la fois de trop ? S'il avait déjà encaissé plus qu'il ne le pouvait ?
- S'il y a une personne sur cette terre qui peut comprendre ce qu'il vit, c'est toi. Il n'y a que toi qui puisse l'aider.
Elle acquiesça, rassurée par la conviction qui émanait de lui. Son assurance étant communicative et elle se sentait déjà beaucoup moins abattue qu'avant son arrivée.
- Alors je vais prendre les choses en mains.
- Voilà... dit-il en souriant pour venir l'embrasser. C'est comme ça que j'aime te voir. Forte et déterminée.
- C'est toi qui me rend forte.
- Non, tu as ça en toi, j'ai juste un don pour le réveiller... répliqua-t-il, malicieux, lui arrachant un petit rire.
- Merci... sourit-elle en posant son front contre son torse.
Elle resta un moment dans cette position et avisa l'horloge.

- Tu devrais y aller... soupira-t-elle.
- Je sais... dans un instant...
Il la serra contre lui et déposa un baiser sur le sommet de son crâne:
- A ce soir... dis à Aïlin que j'espère qu'il se remettra vite de son... accident.
Elle lui jeta un regard reconnaissant et acquiesça avant de le raccompagner à la porte.
Quand il fut parti, Lynn passa par la cuisine pour demander à Jenny de préparer à déjeuner pour son frère. Il n'aurait sûrement pas faim, mais elle s'assurerait qu'il avale quelques chose. Puis elle prit la direction de la chambre d'Aïlin.

Tandis qu'elle montait les marches, elle essaya de se souvenir de ce qu'elle avait éprouvé en récupérant ses souvenirs. Elle avait voulu mourir oui... mais par dessus tout, elle avait voulu oublier... la mort lui avait paru la seule solution pour cesser de souffrir, la seule pour que son esprit s'apaise enfin. Pour oublier, pour toujours...
Elle toqua deux petits coups à la porte avant d'entrer. Aïlin n'avait pas bougé, à moitié assis contre les oreillers. Il était d'une pâleur effrayante. Elle vint s'installer près de lui.

- Je peux te faire oublier.
Pour appuyer ses propos, elle sortit sa baguette et la déposa sur le bord du lit.
- Je peux te faire tout oublier : ces souvenirs-là, et les autres, toutes les horreurs de notre famille et plus encore, s'il le faut.
Elle plongea son regard dans celui de son frère, déterminée :
- J'en suis capable et tu sais que je le ferai si c'est le seul moyen de m'assurer que tu iras bien.
Elle était sincère. Aussi difficile que cela soit, elle pouvait lui laisser une chance de tout recommencer, lui faire oublier jusqu'à l'existence de sa propre sœur si besoin était. A défaut d'être avec lui, elle serait ainsi certaine qu'il resterait en vie. Car s'il refusait de le voir ou de l'admettre, Lynn en était bien consciente : c'était elle le dénominateur commun de toutes les souffrances de son frère. Elle pouvait disparaître de sa vie, ou au contraire rester et l'aider.
- Je peux te faire oublier. Répéta-t-elle en prenant sa main sans le lâcher du regard. Ou alors je peux t'apprendre à vivre avec... si tu me fais confiance, si tu me laisses une chance d'arranger les choses, j'y arriverai.
Et pour ça, elle avait déjà un plan.
- "Notre famille est une institution sacrée que plus personne ne viendra ébranler", tu te souviens...? Ce sont tes mots. Tu m'en as fait la promesse. Rien, ni personne. Pas même toi.
Il avait peut-être perdu foi en l'avenir, il avait peut-être perdu l'envie de vivre, mais ça n'avait pas d'importance, Lynn en avait assez pour deux. Elle le sortirait de là quoi qu'il lui en coûte. Elle se savait capable de le faire. Elle pouvait le sauver. Elle DEVAIT le sauver. Il fallait juste qu'il la laisse faire. Mais elle était déterminée, avec ou sans son accord, elle allait s'imposer et imposer ses décisions.
- Je ne vais pas te laisser détruire ce pour quoi tu as travaillé si dur ! En l'espace de trois ans, tu as pratiquement restauré à toi tout seul l'honneur des Bowers. Maintenant c'est mon tour. Je vais reprendre les choses en mains. Je reviens m'installer au Manoir et je vais m'occuper de toi et des affaires familiales. Et je ne partirai pas avant que tu ailles mieux.
Aïlin avait sûrement rarement vu sa sœur aussi décidée mais elle n'avait jamais eu une aussi bonne raison de se battre : elle le faisait pour lui. Pour sa vie.
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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Mer 20 Mar - 20:37:06

Aïlin hocha la tête. Il ne voulait plus croire un mot des suppliques de sa sœur. Il avait ce sentiment paradoxal que ce qu'elle lui disait était vrai, vrai à l'instant, mais fondamentalement faux. Elle pouvait très bien s'en sortir sans lui. Elle le faisait déjà. L'aide qu'il lui avait donné, le soutien, n'avaient fait qu'accélérer sa réussite, mais elle y serait tout autant parvenue sans lui. La vie qu'elle se créait était entre ses seules mains, et il ne tenait qu'à elle de laisser derrière elle l'intégralité de son passé, lui compris. Elle l'avait fait une fois, et en était sortie grandie.
Pourtant, lorsqu'elle lui murmura tout bas qu'elle l'aimait, Aïlin sentit sa conviction s'effondrer. Il ne lui répondit pas, mais des larmes coulèrent toutes seules sur ses joues, sans qu'il ne puisse, cette fois, les retenir.
Il était fatigué, un mal de tête lancinant lui vrillait les tempes, mais surtout, il sentait les vannes lâcher, comme si par miracle, tout ce qu'il avait retenu en lui depuis des années s'échappait sans qu'il n'ait le moindre contrôle dessus. Il aurait pu tout dire lorsque Lynn le lui demanda. Tout lâcher d'une traite, mais à l'instant même où il ouvrit la bouche, des coups furent frappés à la porte. Aïlin se laissa doucement aller contre l'oreiller, et fronça les sourcils à la mention de Matthew. Que faisait-il ici ? Avait-il la moindre idée de ce qu'il s'y était produit ? Aïlin n'avait aucune envie qu'une autre personne que sa sœur soit au courant de l'impulsion morbide qui l'avait pris. Il n'y avait qu'elle pour la comprendre, il le savait. Et pourtant, il ne pouvait empêcher que ce secret s'ébruite dans leur entourage proche. Il n'avait guère d'autre choix que de l'assumer. D'ailleurs, il réalisa que c'était sûrement Clarisse qui l'avait retrouvé agonisant dans son sang. Son ventre se retourna, et il ne fit plus attention à sa sœur, n'entendant même pas sa promesse de revenir rapidement à son chevet.
Où était Clarisse ? Qu'avait-elle pu bien penser ? Il avait fait une horrible erreur. Il commençait, doucement, à s'en rendre compte. Il avait agit avec l'égoïsme d'un enfant stupide et orgueilleux, qui n'estimait pas la valeur de l'amour qu'on lui portait comme autre chose que denrée négligeable. Il avait été jusqu'à mépriser la valeur de la vie, du poids que son geste aurait eu pour les autres. Il ne méritait, à cet instant, que la colère et le mépris, mais il se sentait si las, si faible, qu'il n'arrivait pas à éveiller et diriger vers lui la fureur qu'il aurait dû ressentir. Il était vide, désarçonné. Aïlin n'était même pas certain de ressentir quoi que ce soit.

Il restait là, immobile, sentant fluctuer en lui son malaise, la tête lui tournant régulièrement. Le temps même n'avait plus vraiment de prise, et il lui semblait qu'un instant s'était écoulé avant que Lynn ne reparaisse. Pourtant, c'était comme si un monde avait séparé Lynn qui avait quitté sa chambre et celle qui s'installait maintenant auprès de lui.
Elle lui proposait la porte de sortie qu'il avait compté prendre en tentant de mettre fin à ses jours. L'inconscience, l'oubli.


« Ne me tentes pas, Lynn... »

Chuchota-t-il d'une voix si faible qu'il s'entendait à peine. Les propos de sa sœur, d'ailleurs, passaient par un filtre cotonneux, et il devait se concentrer, s'accrocher à l'instant présent, pour ne pas se laisser partir Merlin seul avait où.
C'était à peine si les mots qu'il avait prononcé et qu'elle lui rappelait avait prise sur lui. Cela était vain, n'avait aucune importance. Il avait monté une mascarade autour de ce concept de la famille, et si Lynn y croyait encore, grand bien lui en faisait. Pour lui, tout avait perdu son sens. Son cœur se serra, lorsqu'il se sentit ramené de force à son identité, à sa personne, ses responsabilités, par la détermination de Lynn. Il passa ses mains tremblante le long de son visage et ferma les yeux en soupirant.


« Et comment ai-je fait ça, Lynn, peux-tu me le dire ? »

Souffla-t-il d'une voix éteinte.

« En passant des marchés immoraux avec la Mafia, en compromettant l'intégrité de mon art... Je fais tout ce que je ne m'étais pas imaginé faire il y a bien des années... Je me sens sale, rongé par mes vices. Mes pensées se contredisent et s'opposent. Je suis las de penser. Las de voir le visage de Père dans le reflet de la glace. Et plus que jamais, je regrette d'avoir fait ce que j'ai fait. Je ne me suis jamais senti aussi proche de lui que maintenant que je me retrouve seul ici. »

Aïlin se redressa et passa encore une fois les mains sur son visage. Il inspira profondément, sans se soucier de ce qu'il disait, ces mots enfouis en lui depuis des années et longtemps tût.

« J'ai su pour Carpenter. Je l'ai haï. Je me suis toujours senti comme te devant quelque chose, comme si j'avais quelque chose à me faire pardonner vis-à-vis de toi... Je sais quoi, à présent. Je savais qu'il te faisait du mal, mais je n'ai rien dit à père avant qu'il ne soit trop tard, et que Torin s'en prenne à ma mémoire. C'est resté là, tout ce temps, toutes ces années, avec ce poids en moi sans que je n'en comprenne l'origine. Je ne peux plus oublier, il semble d'ailleurs que je ne l'avais jamais oublié vraiment. Je voulais... Je voulais mettre une fin à cela, définitivement. »

Son regard glissa lentement sur Lynn, amer.

« Je me rends compte de mon égoïsme... Je suis désolé, je sais que c'est un trait de caractère récurrent, chez moi. Tu ne le mérites pas. »

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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Jeu 21 Mar - 8:49:58

​Lynn avait du mal à garder son calme et sa détermination devant la détresse apparente de son frère. Elle l'avait toujours su torturé, mais ne s'était jamais douté à quel point avant aujourd'hui. ​
Le dégoût qu'il semblait avoir de lui même effrayait presque sa sœur tant ce qu'il racontait était à l'opposé de ce qu'elle voyait, elle. ​Il était si dur avec lui-même. ​Il se donnait l'illusion d'avoir le choix, mais avec la Mafia c'était rarement le cas, il avait fait preuve de finesse en acceptant de travailler pour eux sans se revendiquer clairement appartenant à un clan. Ses vices, il les avait combattu, il avait accepté de se laisser aider. Elle frissonna malgré elle lorsqu'il avoua voir leur père lorsqu'il se regardait dans un miroir, regretter encore et toujours sa mort tant il se sentait proche de lui alors qu'il était perdu seul dans ce grand manoir.​

​​- Aïlin, tu n'es pas infaillible... tu as peut-être fait des erreurs, tu t'es peut-être perdu en chemin, mais c'est normal, c'est humain. Depuis, tu ne cesses d'essayer de t'améliorer et d'arranger les choses, je vois bien tous les efforts que tu fais. Tu es quelqu'un de bien, et si toi tu n'y crois plus, moi je le sais. ​Tu n'es pas père. Par Merlin, Aïlin, tu n'as rien à voir avec lui ! Ouvre les yeux !
Vous avez peut-être les mêmes faiblesses, mais il s'est laissé dévoré par sa colère ! Il a choisi de la laisser le consumer, il a choisi de ne plus rien ressentir. Toi tu te bats contre tes démons, tu es capable d'aimer et de ressentir autre chose que de la haine. Alors oui, tu souffres, tu as mal et il t'arrive de perdre espoir, mais c'est ce qui te rend si différent de lui.. Père n'avait plus d'espoir, plus de rêves, personne à aimer et à protéger.

Elle marqua une pause, le regard rivé au sien. Elle ne le laisserait pas tomber, elle continuerait à lui répéter les mêmes choses aussi souvent et aussi longtemps que nécessaire, jusqu'à ce qu'il y croit à nouveau. Elle n'aurait pu être plus convaincue par ce qu'elle disait. Lynn croyait chaque mot qu'elle disait et avait désespérément besoin que son frère y croit, lui aussi.
Il lui avait montré les souvenirs de leur père. Ils les avaient vu ensemble, comment pouvait-il croire qu'il ressemblait à cet homme brisé qui n'avait survécu qu'en se coupant de toute émotion ? Elle avait plaint son père en découvrant son histoire, mais cela s'arrêtait là. Il avait fait les mauvais choix, pris les mauvaises décisions, avait laissé sa haine et sa colère diriger le moindre aspect de sa vie. Mais personne ne s'était un jour préoccupé du bonheur de Devin. Personne ne l'avait aidé à s'en sortir. Ce n'était pas le cas d'Aïlin. Il l'avait elle, et il avait Clarisse.
- ​Tu n'es pas père. Répéta-t-elle avec conviction en serrant doucement son épaule. Et tu n'es pas seul.
Il semblait si las, si perdu qu'elle en avait mal rien qu'à le regarder. Il passa ses mains sur son visage et il lui avoua finalement ce qui l'avait poussé à l'acte, ce souvenir si horrible qu'il ne s'était pas sentit la force de vivre avec.
Il avait su. Pour Carpenter. Le cœur de Lynn se serra, mais pas pour elle. Pour lui, à l'idée que le petit garçon effrayé qu'il était avait dû être témoin de ces horreurs et avait dû vivre avec ça.

- Ho Aïlin... murmura-t-elle avec tristesse. Tu ne me dois rien, tu n'as pas à te faire pardonner de quoi que ce soit. Nous n'étions que des enfants... tu ne peux pas t'en vouloir pour quelque chose​ que tu ne comprenais même pas à l'époque. Je n'ai pas plus parlé que toi, nous ne pouvions rien faire. Il faut que tu te débarrasses de cette culpabilité. Je ne t'en veux pas, je ne t'en ai jamais voulu. Mais je t'en voudrai jusqu'à la fin de mes jours si tu laisses ce souvenir te détruire. Toi et moi on peut surmonter ça, comme on a surmonté tout le reste. Nous avons trop souffert pour en ressortir indemne, mais cette souffrance ne nous définit pas, ce n'est pas nous, Aïlin ! On ne doit pas la laisser contrôler nos vies !
Elle prit son visage entre ses mains :
- Tu es Lord Aïlin Bower, et tu es mon frère. Tu es un brillant alchimiste, une homme droit et juste qui ne mérite pas tout le malheur qu'il a vécu, quoi qu'il en pense. Mais tu peux être qui tu veux. Tu peux être juste Aïlin. Tu n'es pas obligé d'être cet homme qui a perdu tout espoir et qui veut mettre fin à ses jours. Je ne veux pas que tu sois cet homme. Je ne te laisserai pas être cet homme !
Amer, il s'excusa de son égoïsme, disant qu'elle ne le méritait pas, et Lynn sentit la colère remplacer la tristesse :
-Tu n'es pas égoïste !Protesta-t-elle vivement. Quand as-tu pensé à toi pour la dernière fois ? Vraiment à toi ? Réponds-moi sincèrement ! Quand as-tu fait quelque chose juste pour toi ? Et si tu me parles de ce qui s'est passé dans cette foutue salle de bain, je te jure que je te gifle !
Elle s'était levée brusquement, le regard brûlant de défi comme pour lui faire comprendre qu'elle ne plaisantait pas. Ses yeux s'étaient à nouveau embués mais la colère retenait ses larmes.
- Tu as raison, je ne mérite pas ça ! Je ne mérite pas de perdre la seule famille qu'il me reste, je ne mérite pas de perdre la seule personne que j'ai aimé inconditionnellement toute ma vie ! Ça, ça ne changera jamais ! Quoi que tu fasses, je serai toujours là, et je t'aimerai toujours. Si pour l'instant tu n'arrives plus à vivre pour toi, avec toi-même, vis pour moi ! Laisse-moi t'aider, laisse-moi essayer ! On ne peut pas changer le passé, Aïlin, aussi terrible que soit le notre, il faut le dépasser et vivre avec ! Ça ne sert à rien de regarder en arrière !
Elle s'assit sur le bord du lit et prit sa main, la serrant avec ferveur :
- Regarde-moi ! Supplia-t-elle, la voix cassée. Je suis là, ici, maintenant, avec toi. Si tu continues à vivre dans le passé, tu vas passer à côté de ta vie, à côté de la mienne ! On ne mérite pas ça, ni toi, ni moi. Je t'ai pardonné tes erreurs, tu m'as pardonné les miennes, maintenant, je t'en prie, pardonne-toi. Ne laisse pas cette culpabilité te détruire. Ne la laisse pas nous détruire.
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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Dim 31 Mar - 15:53:15

Aïlin, tu n'es pas infaillible. Cette phrase trotta dans son esprit, tandis qu'il écoutait malgré lui le discours que lui assénait sa sœur. Pas infaillible, juste humain. Pas détruit, pas complètement, tant qu'il se battait encore contre ses vices. Mais pour combien de temps se battrait-il encore ? Il était tellement plus simple de se laisser happer par le mal, de laisser l'enfer conquérir son âme, de se laisser à l'amour destructeur, viscéral, possessif, qui le motivait plus ou moins consciemment. Lynn avait la naïveté de croire encore en lui car elle était aveugle vis-à-vis de ses défauts les plus enfouis. Elle lui donnait tant d'amour, tant d'admiration qu'elle était incapable de voir la profondeur de sa perversité. Il était pervers. Il le savait. Il en avait conscience. Le peu de bien qui était resté en lui n'était qu'un outil machiavélique pour obtenir ce qu'il désirait.
Il oubliait sa sœur dès qu'elle était loin de ses yeux. En témoignait le fait qu'il avait même oublié de lui ordonner de ne pas se rendre à la Commémoration, mettant, ainsi, sa vie en péril. Il aimait Clarisse car elle lui pardonnait tout, lui cédait tout, lui donnait tout. Tout comme Lynn. Aïlin était entouré de gens capables de lui pardonner énormément de choses, à commencer par sa colère latente et son addiction à la drogue. Megane était une exception. Et quoi que. Si elle avait contribué à aider le jeune Bower à se sortir de sa toxicomanie, c'était parce qu'elle avait fait le choix de passer outre le comportement particulièrement désobligeant qu'il avait eu à son égard. Mais, en règle générale, il apportait plus de souffrances que de joies à son entourage. Il était une plaie, une plaie infectée qui gangrénait l'âme de ceux sur qui il avait jeté son dévolu. Inévitablement, les femmes de sa vie venaient à subir l'instabilité et la noirceur de sa personnalité. À commencer par Clarisse. Clarisse, qu'il aimait plus passionnément encore maintenant qu'il la savait à lui. Maintenant qu'elle avait fait l'erreur de lui confier qu'elle n'avait d'yeux que pour lui, et que le moindre baiser qu'elle avait échangé avec un autre lui avait évoqué le goût des lèvres de l'héritier Bower. L'aimait-il sincèrement ? Son cœur lui disait oui, mais il craignait, à présent, que sa sincérité n'excluait pas la perversité. Il la couvrait de cadeaux, d'attentions. Il la séduisait chaque jour, lui donnait, toujours, une nouvelle raison de lui être dévoué, pour ne pas qu'elle s'écarte de lui. Jusqu'à il y avait quelques heures, tout du moins. La façon dont elle lui avait répondu avait rappelé au lord que la jeune femme pouvait, à tout instant, se rendre compte de l'illusion dans laquelle ils se berçaient tous deux. Pourtant, cette illusion était si douce, si rassurante...

Il n'était pas seul, non. Mais à quel prix, pour ceux qui l'entouraient ? Il avait été persuadé de valoir mieux que ses frères, jusqu'à présent. Il n'en était plus si certain, aujourd'hui. Ultan, cet homme qu'Aïlin aimait qualifier de brute au quotient intellectuel largement en deçà du sien, avait peut-être été, finalement, moins un fléau que lui.
À présent, il écoutait à peine les mots de Lynn, trop absorbé par ses considérations intérieures. Un vertige lui tourna la tête quand sa cadette posa ses mains sur ses joues pour le forcer à la regarder. Son regard, embrumé, se coula dans les yeux anthracite de sa jeune sœur. Pouvait-il vraiment, comme elle le disait, être qui il voulait ? Il n'en avait pas l'impression. Il avait essayé et avait manifestement échoué. Son âme se gorgea d'amertume et un rire aigre lui échappa lorsque Lynn se leva en s'enflammant.


« Je ne pourrais pas dire ça, de toute façon. J'ai pensé aux autres en tentant de mettre fin à mes jours. »

Lâcha-t-il abruptement. Il ne voulait pas réfléchir à la question de sa cadette, pourtant, il ne put s'en empêcher. Quand avait-il pensé à lui ? Lorsqu'il était avec Clarisse, c'était à elle qui pensait, à lui faire plaisir, à lui donner du plaisir, mais, comme dans tout amour, cela avait également un but égoïste. On pouvait dire qu'il pensait à lui en entretenant l'amour que la jeune femme lui portait. Tout comme il pensait à lui en aidant sa sœur à s'élever, à bâtir un commerce prospère où son talent d'enchanteresse serait reconnu par tous. Mais maintenant qu'il lui avait donné tout ça, ou qu'il y avait largement contribué, Lynn pouvait voler de ses propres ailes, sans lui. Sa seule dépendance à son frère était d'ordre psychologique. Elle n'avait, fondamentalement, pas besoin de lui. Aïlin savait d'ailleurs que le jour où la jeune femme s'en rendrait compte, il la perdrait.

Son regard se braqua sur elle tandis qu'elle se rasseyait, et il se redressa lui aussi, douloureusement, cela dit. Avec précaution, il écarta les draps du lit, révélant son costume maculé, puant le sang, la mort. Ce fut à son tour de prendre le visage de Lynn pour l'approcher du sien, jusqu'à poser son front contre celui de sa sœur.


« Je ne dois pas me pardonner, Lynn. Si je le fais, je crois que je perdrais définitivement toute humanité. Si je me pardonne, je n'aurai plus de scrupules à être qui je suis vraiment... »

Souffla Aïlin à voix basse. Il caressa du pouce la peau lisse et douce de sa joue, avant de reprendre d'une voix éraillée, légèrement grondante.

« Je serai un monstre, le jour où je cesserai de combattre le démon en moi... Et l'amour que je ressens au fond de moi, pour toi, pour Clarisse, pour Megane... Tout ça n'y fera rien. Je vous aime. Sans vous, je ne serais qu'un masque dépourvu de visage... Cela ne m'empêche pas de vous faire souffrir comme si je vous haïssais viscéralement. Quoi que je fasse, la douleur me rattrape et frappe à travers vous. Ma noirceur vous heurte de plein fouet. »

Aïlin prit une longue inspiration, puis ferma les yeux. Il se recula de quelques centimètres, rouvrant les yeux seulement pour les garder baissés.

« Qu'est-ce qui te retient près de moi, Lynn ? Combien de temps se passera-t-il avant que Clarisse ne se rende compte que je ne suis pas celui qu'elle croyait ? Elle me l'a dit elle-même. Rien ne peut me faire changer. »

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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Jeu 4 Avr - 21:30:53

Lynn sentait qu'elle était en train de perdre pied. La tête lui tournait tant elle avait de choses à dire et pourtant elle sentait que ses mots n'avaient pas l'effet escomptés sur son frère. ​
​Elle avait envie de hurler, de le gifler, n'importe quoi pour le faire réagir, n'importe quoi pour avoir l'impression qu'il était en vie et non pas en sursis.
Elle avait mal, tellement mal, de le voir ainsi. Elle se sentait au bord du gouffre et sentait sa détermination vaciller dangereusement. Elle ne pouvait pas baisser les bras, jamais ! Son rôle était de soutenir Aïlin, quoi qu'il arrive. Elle se l'était juré il y a bien longtemps et jamais plus qu'aujourd'hui il n'avait eu besoin d'elle. Alors pourquoi la repoussait-il ? Pourquoi refusait-il de se laisser aider ?
Lynn recula comme s'il l'avait giflé lorsqu'il cracha que sa tentative de suicide avait été une pensée charitable pour son entourage. Elle le dévisagea avec horreur devant tant de violence et d'amertume et elle le supplia de se pardonner, de ne pas laisser sa culpabilité les détruire tous les deux.
Elle se laissa tomber sur la chaise, à bout de force, et tressaillit lorsqu'il se redressa pour s'approcher d'elle et poser son front contre le sien.
Les mots qu'il prononça la laissèrent d'abord sans voix et elle ferma les yeux pour ne pas laisser s'échapper les larmes qui envahissaient ses yeux. Elle frissonna lorsqu'il caressa sa joue et secoua la tête, ne voulant pas entendre ce qu'il disait. Elle ne pouvait accepter ce qu'il disait, elle ne pouvait pas voir en lui un monstre dont l'amour et la culpabilité étaient les seuls garde-fous. Elle posa ses mains sur les siennes qui entouraient son visage et s’agrippa à lui:


- Aïlin....

Elle voulait lui dire qu'il n'avait rien d'un monstre, qu'il ne lui avait jamais fait de mal, que tout ça était dans sa tête, mais déjà il s'arrachait à elle et lui demandait ce qui la retenait auprès de lui. Elle l'ignorait. Elle ne s'était jamais posé la question et ne voulait pas commencer à le faire. Elle était là, le reste n'avait pas d'importance.
Clarisse avait-elle eu raison de lui dire qu'il ne pouvait pas changer ? Mais le devait-il vraiment ? Elle ne savait pas, elle ne savait plus... tout se mélangeait dans sa tête qui l'élançait douloureusement.
Elle ressentait une terrible colère contre Clarisse, contre Aïlin, contre elle-même. Pourquoi devait-elle toujours être la victime consentante de tous ces drames ? Pourquoi continuait-elle à encaisser tout ça si cela ne servait à rien ? Elle n'en pouvait plus...

-Mais qu'est-ce que tu attends de moi, au juste ? Que je m'en aille, que je t'abandonne ? Que je disparaisse à nouveau de ta vie ? Je t'en prie ne me demande pas ça, pas encore... Aïlin, j'ai passé les plus longues heures de ma vie à prier pour que tu te réveilles...

Il ne comprenait pas. Lynn se voyait en lui, elle voyait son passé, son présent, son avenir et elle était terrorisée... tant qu'il supportait tout cela, tant qu'il arrivait à surmonter les épreuves de leur vie, elle savait qu'elle irait bien, mais si lui plongeait... c'en était fini d'elle également.

- Je me fou des autres, moi je te connais ! Je sais tout de ta noirceur, de tes démons, de tes doutes, de ta lutte contre toi-même, parce que je vis chaque jour la même chose ! Je donnerais ma vie pour toi ! S'écria-t-elle en larmes, obligeant son frère à la regarder. Je t'en supplie... ne recommence jamais ça... parce que je te suivrai dans la tombe...

Et aussi vrai que c'était, elle ne voulait pas que ça arrive.


- Si je ne t'ai pas toi, il n'y aura plus personne pour contenir mes propres démons, Aïlin... je t'aiderai à repousser les tiens, mais ne m'abandonne pas.

Elle ne supporterait plus de perdre qui que ce soit.


- Je suis fatiguée de pleurer, murmura-t-elle sur un ton d'excuse en essuyant doucement ses joues. Je pensais qu'après toutes les larmes que j'ai versé, il n'en resterait plus, mais il y en a toujours de nouvelles... est-ce que j'arrêterais un jour de pleurer ? Vous aviez tous raison... je suis faible, je suis pitoyable...

Elle glissa ses doigts entre ceux de son frère et posa son front contre leurs mains enlacées, comme elle l'avait fait la veille alors qu'elle priait pour sa survie. Elle était à bout de force et cela se ressentait. Oui, elle était faible, un fardeau, et cela ne l'étonnait plus tellement qu'Aïlin ait préféré tenter de mettre fin à ses jours.

- Mais je te promets que ça va changer... laisse-moi juste une chance... laisse-moi essayer...
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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Mer 17 Avr - 17:10:29

La différence fondamentale entre lui et sa sœur, c'était que Lynn avait toujours été une personne baignée de lumière. Dans la souffrance comme dans la joie, dans la douleur comme dans l'amour, l'ancienne Gryffondor était de cette espèce miraculeuse qui trouvait toujours la clarté. Non pas dans l'espoir d'un avenir meilleur, mais au fond d'elle, dans le présent. Même lorsqu'elle croyait basculer dans l'obscurité la plus complète, cette lueur qui brillait au fond d'elle ne s'éteignait jamais. Elle ne se résignait pas devant l'ombre, et Aïlin en venait à se demander, parfois, s'il n'y avait pas, parmi les âmes, des catégories. Les membres de la famille Bower étaient comme un étrange nuancier, où Torin avait été l'obscurité et Lynn un soleil ardent, qui ne s'éteindrait qu'à son dernier souffle. Aïlin, pour sa part, était entre les deux. Il n'était ni la nuit, ni le jour. Son ambivalence le laissait entre deux mondes, avec lesquels il flirtait tout au plus, sans jamais s'engager définitivement d'un côté ou de l'autre.
Elle ne pouvait pas le comprendre aussi bien qu'elle l'assurait, et elle pouvait s'exprimer avec toute la conviction du monde que cela n'y changerait rien. Leur âme, leur Moi profond, n'avaient pas la même nature. Ils étaient différents. Tout au plus, les ténèbres d'Aïlin se reflétaient dans le cœur de sa sœur, et lui faisait croire, pour quelques minutes ou quelques heures, qu'elle en était imprégnée. C'était faux, bien qu'il y avait peut-être une unique brèche. Celle qui avait fendu son âme lorsqu'Aïlin l'avait laissé mettre à mort Carpenter. Et peut-être était-ce par cette brèche que Lynn croyait trouver une résonance en elle, dans les mots de son frère.
Tuer malmenait l'âme. S'il avait laissé Lynn achever son bourreau, c'était aussi parce qu'il avait foi en elle. Il savait qu'elle était mieux capable que lui de réparer les dégâts que cela avait engendré en elle. Il n'était pas sûr, en revanche, que lui y serait parvenu. L'unique véritable meurtre qu'il avait commis avait laissé une trace indélébile en lui. Une plaie qui ne cicatriserait jamais complètement. Depuis la meurtre de son père, Aïlin n'avait plus été le même. Alors que Lynn était encore capable de verser des larmes, le lord, pour sa part, n'y parvenait plus. C'était ainsi, et il fallait qu'il plonge une nouvelle fois dans l'enfer de ses propres pensées et souvenirs, sans plus aucune fuite possible, pour qu'Aïlin s'en rende enfin compte. Ce n'était peut-être pas plus mal, car à présent, il se rendait compte que ce qui lui faisait le plus de mal était de ne pas vivre en accord avec sa nature. Lynn avait peut-être raison, après tout. Comment pouvait-il escompter vivre en paix s'il passait son temps à se battre contre lui-même ? Mais qu'adviendrait-il, s'il lâchait enfin les vannes ? Que deviendrait-il ? Lui-même, tout simplement, ou la frustration pure refoulée depuis toutes ces années ? Tout en évacuant cette question dérangeante, Aïlin hocha la tête face à la supplique de sa sœur.


« Ne raconte pas n'importe quoi, Lynn... Tu ne me suivras pas dans la tombe, car ce n'est pas dans ta nature d'abandonner. »

Murmura Aïlin, avec l'air de celui qui n'admettait aucune contestation. Il se recula pour s'appuyer contre les oreillers, tandis que Lynn séchait ses larmes en se rabaissant.
Au lieu d'attirer la compassion de son frère, cela, au contraire, ne fit que l'agacer. Il se retint de tourner un regard dur à l'adresse de sa sœur, et garda les lèvres fermement close un court instant, pour ravaler la sècheresse qui passait sur son coeur.


« Crois-tu vraiment que ce soit un mal de savoir encore pleurer ? Pour ma part, cela fait longtemps que je n'en suis plus capable. » soupira-t-il d'abord. « À vrai dire, Lynn, le seul démon que je te connaisse, c'est celui qui te tire toujours vers le bas. »

Un démon qu'il avait un talent fou à réveiller, semblait-il.
Aïlin commençait à être véritablement épuisé. Il se sentait las, autant d'être encore éveillé que de parler. Il ne voulait plus s'extériosier davantage. Cela ne faisait, de toute façon, que blesser Lynn. Elle perdait pied devant les turpitudes de son âme, et les réponses qu'elle lui retournait sonnait aux oreilles du lord comme un rejet. Il avait, comme elle le disait elle-même, la responsabilité d'elle, et non l'inverse. Il n'avait d'autre choix que de se reprendre. Lynn en attendait en effet trop de lui, même alors qu'il était au plus mal. Il était frustré, presque furieux de ne pouvoir flancher jusqu'au bout, d'expérimenter sans barrière les vilenies de son âme, une bonne fois pour toute. Cette part là de lui avait envie de cracher que c'était inutile de supplier, qu'il avait de toute façon raté sa propre mort malgré l'ardeur qu'il avait mis à se tailler les veines, mais il se tut. Il savait cette remarque inutilement mesquine. Lynn ne faisait rien d'autre que se raccrocher à l'unique parent qu'il lui restait. Il ne faisait là qu'assumer sa responsabilité d'aîné. Au final, c'était ce dont il avait besoin. Il avait créé lui-même la dépendance de Lynn à son égard en se rendant indispensable, ainsi qu'en faisant le choix de contribuer à l'avenir de sa sœur. Sans cela, il perdait le contrôle. Sans cela, il se retrouvait seul face à lui-même.


« Ce n'était pas de toi que je voulais me séparer, Lynn. C'était de mes ténèbres... »

Déclara-t-il d'un ton plus doux, en s'abstenant, néanmoins, de lâcher que cela était un combat perdu d'avance.

« Je suppose qu'il me fallait passer par là pour admettre que je ne peux changer ni mon passé, ni ce que je suis... Il en va de même pour toi. »

Cette fois, il ne voulait plus s'étendre davantage. Aussi tourna-t-il un regard fatigué vers sa sœur, en espérant mettre un terme à cette conversation harassante.

« Où est Clarisse ? Par Merlin, j'espère que ce n'est pas elle qui m'a retrouvé, et qu'elle est en effet partie après notre dispute. Je donnerai n'importe quoi pour qu'elle ne soit pas au courant de cela... »

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MessageSujet: Re: Réminiscences ~Pv Aïlin~ Terminé   Mer 1 Mai - 10:51:32

Lynn devait se rendre à l'évidence, le combat était perdu d'avance. Aïlin n'avait pas envie de se battre. Probablement ne souhaitait-il que la paix. Celle que la mort lui avait refusé et que Lynn elle-même n'était pas prête à lui laisser trouver. Essayer d'argumenter avec lui était une erreur, elle le comprenait maintenant, il allait mal et son mal-être ne pouvait être raisonné.
Elle aurait voulu être capable de l'apaiser, de l'aider, mais elle ne l'avait jamais pu et ne le pourrait probablement jamais. Leur relation était ainsi depuis toujours, biaisée. Lynn trouvait en lui le réconfort qu'elle ne pouvait lui apporter et cela lui était toujours aussi intolérable. Elle avait besoin de lui. Du moins en était-elle persuadée et c'était la raison pour laquelle elle n'arrivait pas à se séparer de lui même en sachant qu'elle ne lui apportait rien de bon.
En réalité, c'était elle l'égoïste. Aïlin n'avait pas besoin d'elle dans sa vie. Pire, elle était à l'origine, directe ou non, de bon nombre de ses malheurs. Ils s'aimaient pourtant, à leur façon, comme un frère et une sœur, mais leur histoire était si sombre et si lourde à porter qu'elle finissait même par pervertir ce sentiment si noble.
Mais comme le disait si bien le Lord, Lynn ne savait pas abandonner. Elle se résignait parfois, temporairement, mais toujours l'espoir et la détermination revenaient. C'était peut-être bien la raison de sa présence ici après tout. Elle espérait encore qu'un jour elle puisse rendre à son frère tout ce qu'il lui avait donné. Pas parce qu'elle se sentait redevable, même si elle savait au fond qu'elle ne se pardonnerait jamais réellement d'être la cause de son parricide. Pas parce qu'elle le devait. Mais parce qu'il le méritait. Elle avait désespérément besoin de se sentir utile, d'agir, pour rendre hommage à tous les sacrifices qu'il avait fait et à toutes les épreuves qu'il avait surmonté. S'il mourrait, tout ça n'aurait servi à rien. Pire, sa tentative de suicide l'avait replongée plusieurs années auparavant lorsqu'elle avait envisagé cette possibilité pour elle-même. Rien de tout ça ne serait arrivé si elle avait eu le cran de le faire... mais elle était arrivée à Poudlard et l'espoir et la détermination qu'elle croyait avoir perdus étaient réapparu avec plus de force encore, entre ces murs solides qu'elle avait longtemps considéré comme son foyer.
Peut-être avait-elle tort de s'accrocher... peut-être serait-il mieux pour tout le monde qu'elle s'en aille. Aïlin n'avait-il finalement pas été plus heureux lorsqu'elle était loin de lui ?
Elle sécha ses larmes, lasse de toujours pleurer, mais Aïlin lui rétorqua que cela n'était pas un mal, que lui-même en était désormais incapable. Lynn considérait ses larmes comme une faiblesse car c'était ainsi que les avait considéré son père. Pleurer lui rappelait qu'elle n'était qu'une pauvre femme fragile et pourtant elle ne pouvait s'en empêcher. Quand le capharnaüm de ses émotions devenait insupportable, les larmes lui permettaient d'écouler sa tristesse, sa peur, sa colère ou sa frustration. Elle en ressortait grandie, apaisée mais coupable également. Coupable de faiblesse, coupable d'imposer ses larmes et sa lâcheté à ceux qu'elle aimait. Peut-être son frère avait-il raison. N'était-elle pas son pire ennemi ? N'y avait-il finalement pas d'autres démons qu'elle-même, ​qui ​se​ rabaissait sans cesse ? Mais comment changer cela ? Elle était décidée, déterminée à reprendre les choses en main, pour lui, pour elle, pour Matthew. Mais le pouvait-elle ? La confiance qui lui faisait défaut, pourrait-elle jamais accomplir quoi que ce soit sans elle ? Après tout, c'était cette confiance qu'elle recherchait chez autrui, que ce soit chez Aïlin, Lavande ou chez Matthew, cette assurance, ce roc, qui lui insufflait l’énergie et le courage de croire en elle et en ses capacités. ​Grâce à eux, elle se sentait capable de déplacer des montagnes, mais cet équilibre était fragile et la moindre faille chez eux la renvoyait face à ses propres limites. ​Personne n'était infaillible, c'était ses propres mots, alors pourquoi ressentait-elle le besoin de l'être ?

« Ce n'était pas de toi que je voulais me séparer, Lynn. C'était de mes ténèbres... »
Mais les ténèbres lui collaient à la peau, leur collaient à la peau à tous les deux. C'était dans leur sang, dans leurs gênes, telle une malédiction ancestrales dont les Bowers étaient victimes. La folie finirait par les emporter tous deux comme elle avait emporté leur père et leurs frères. ​Avaient-ils la moindre de chance d'échapper à ce funeste destin ?
« Je suppose qu'il me fallait passer par là pour admettre que je ne peux changer ni mon passé, ni ce que je suis... Il en va de même pour toi. »
Il avait raison et cela ne fit qu'inquiéter davantage la jeune femme. Ils ne pouvaient pas changer qui ils étaient, ils ne pouvaient pas changer leur passé. Ils devaient absolument trouver un moyen de concilier leur histoire avec leur nature profonde s'ils ne voulaient pas sombrer. ​Lynn était une Bower. Elle l'avait comprit, accepté, elle avait reprit sa place au sein de cette famille éclatée. Mais son sang ne pouvait suffire à la définir elle-même. L'occlumencie l'avait mise face à ses propres contradictions, elle avait du accepter sa part d'ombre mais cette partie d'elle lui faisait toujours aussi peur.
Elle pouvait devenir autoritaire et tyrannique, comme elle l'avait fait quelques heures plus tôt avec le Médicomage. Elle connaissait cette facette de sa personnalité, celle qui était née de ses années de sévices, de frustration, de colère et de désir de vengeance. Amère, aigre, haineuse, elle pouvait l'être. Mais elle craignait qu'un jour elle ne puisse plus rien maîtriser et que ce soit ces émotions négatives qui la contrôlent.
Elle ne se reconnaissait plus dans ces moments-là, ce n'était pas elle.
Elle était la douce et gentille Lynn, la sœur aimante, la jeune femme loyale. Elle ne pouvait pas devenir tout ce qu'elle détestait. Et pourtant, cela fonctionnait mieux que toutes les douceurs du monde. Parfois, lorsqu'elle fermait son cœur, temporairement, elle découvrait cette force incroyable et ces ressources quasi illimitées en elle. Et le pouvoir devenait si enivrant qu'elle refermait cette porte avec frayeur tant que cela lui était encore possible.
Jamais elle ne laisserait les ténèbres envahir son cœur. Il fallait qu'elle trouve un équilibre, l'équilibre qui faisait défaut à son frère.
​Ce dernier était épuisé, cela se voyait et Lynn s'en voulu de lui imposer sa présence et ses états d'âmes. Elle allait être forte pour lui, elle se l'était jurée. Peu importait qu'il ne veuille être sauvé, elle ne lui demandait pas son avis.
Elle s'apprêtait à prendre congé lorsqu'il évoqua Clarisse. ​Lynn s'en voulait encore de leur dispute et s'inquiétait de ne pas l'avoir vu revenir. L'ex-gryffondor ne savait pas exactement ce qu'il s'était passé avant qu'Erycius vienne la chercher, mais à ses yeux, c'était comme si c'était elle qui l'avait découvert gisant dans son sang. Vu le choc que cela avait provoqué en elle, elle n'osait imaginer la réaction de Clarisse...

​- Je ne sais pas où elle est, je pense qu'elle ​a eu besoin de prendre l'air. Elle comprendra... ne t'inquiète pas. Dit-elle avec douceur en serrant sa main. Repose-toi, d'accord ? Je la ferai monter dès son retour. Bois-ça, en attendant, cela te fera du bien.
Elle en s'emparant de la fiole qu'Erycius avait laissé sur la table de chevet et aida le Lord à en boire le contenu.
Elle lui caressa doucement le front, écartant ses cheveux pour venir y déposer un baiser:

- Tout ira bien, je te le promets, murmura-t-elle tandis que la potion commençait déjà à faire effet. Dors, grand frère, je veille sur toi...
Elle attendit qu'il soit complètement assoupi et resta encore un long moment à observer sa respiration lente et calme. Elle finit par se lever et après avoir remonté les draps pour ne pas qu'il ait froid, Lynn redescendit au salon.
- Miss Bower ?
- Oui, Erycius ?
- Ceci vient d'arriver pour Lord Bower.
Le vieil homme lui tendit une enveloppe et elle reconnut l'écriture de Clarisse. Ce n'était pas bon, elle en était persuadé. Elle ouvrit délicatement la missive à l'aide de sa baguette et parcouru les mots de l'ex-serdaigle.
- Ho non, pas ça...
Horrifiée, Lynn replia le parchemin et referma l'enveloppe, comme si cela pouvait effacer ce qu'elle venait de lire.
- Dois-je l'apporter à Monsieur votre frère ?
- Non ! Pas maintenant. Je lui remettrai moi-même quand il ira mieux. Il n'est pas nécessaire d’ajouter à son fardeau pour le moment. Il devra bien assez tôt faire face à ça... laissons-le se reposer.
Lynn se servit un verre, les mains tremblantes et se laissa tomber dans le fauteuil de son frère. Elle était folle de rage. Comment Clarisse pouvait-elle faire une chose pareille à Aïlin après ce qu'il venait de vivre ? Il avait besoin d'elle, de son soutien ! Il avait eu envie de mourir, comment allait-il supporter de perdre la femme qu'il aimait ?
Elle vida son verre et se leva. Elle ne pouvait pas rester là sans rien faire. Elle avait envie de voir Matthew et de se perdre dans la chaleur de ses bras, mais il ne reviendrait pas avant le soir et il fallait qu'elle s'occupe. Elle alla rejoindre Jenny, très secouée par ce qui s'était passé et après lui avoir fait un thé et discuté avec elle pendant un long moment tout en la rassurant sur l'état du Lord, elle lui appris qu'elle allait resté au manoir quelques temps. La domestique sembla trouver du réconfort dans la présence de Lynn et réussi à prendre sur elle. Elle entreprit d'aller préparer la chambre de la jeune femme et commença déjà à réfléchir à ce qu'elle allait préparer lorsqu'elle se remettrait aux fourneaux arguant que son petit Lord aurait besoin de reprendre des forces lorsqu'il se réveillerait. Lynn sourit, attendrie. Aïlin ne se rendait définitivement pas compte de la chance qu'il avait d'avoir Jenny et Erycius auprès de lui.
De son côté, l'enchanteresse rejoignit le laboratoire de son frère et entreprit de nettoyer et de ranger le carnage qu'elle y avait mis la veille. Il n'y avait plus qu'à attendre maintenant... et les prochains jours seraient suffisamment pénibles sans qu'elle ne s'en inquiète à l'avance. Mieux valait qu'elle s'occupe les mains et l'esprit. Elle règlerait chaque problème un par un, au fur et à mesure. Pour l'instant, Aïlin dormait et elle souhaitait qu'il profite le plus longtemps possible de cette petite bulle de tranquillité... la réalité le rattraperait bien assez vite...
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