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 Le boss est en colère [Harriet]
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  • Hugh Murray
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MessageSujet: Le boss est en colère [Harriet]   Mar 22 Jan - 17:44:34

La vapeur qui s’élevait de la baignoire brûlante condensait sur les miroirs de la salle de bain, ruisselant comme du sang s’écoulant lentement des veines. Ruminant dans l’eau, Hugh n’était pas d’une excellente humeur. Certes, sa réussite ne cessait de s’affirmer, mais il était très mécontent. Non seulement, il avait reçu, comme si cela était encore nécessaire, le rappel de l’existence de son damné cousin John, lorsqu’il avait parcouru la Gazette du jour. Celui-ci répondait à une interview hautement inutile au sujet des mœurs de la société moldue. Voilà qui ne faisait que confirmer que le gouvernement faisait bien de prendre des mesures contre ces chapons trouble-fêtes d’homosexuels. Et dire qu’il portait le même nom que John ! Pourquoi ce fou furieux se refusait-il à passer l’arme à gauche de son plein gré afin qu’il puisse devenir chef de clan ? Les richesses de la famille ne l’intéressaient pas, puisque la mafia lui assurait un train de vie bien supérieur à celui que retirait son cousin des rentes foncières des Murray. La jalousie, simplement, lui donnait l’envie d’égorger à mains nues son cousin trop vivant. A quand une loi pour enfermer les fous, se demandait Hugh, qui imaginait déjà un moyen d’intriguer pour qu’un tel projet arrive au Congrès.

Mais s’il n’y avait eu que cela ! Hugh avait reçu dans la journée trois rapports d’activité. L’un deux détaillait les revenus provenant de la Chine pour le mois écoulé. Ceux-ci commençaient à peser un certain poids, ce qui l’avait, dans un premier temps, mis de bonne humeur. Il avait immédiatement songé aux travaux qu’il pourrait bientôt commencer dans l’aile ouest de sa bâtisse. Lorsqu’il l’avait achetée, seule la partie centrale était habitable. Depuis, il avait amélioré le confort de celle-ci et rénové le côté est. Toutefois, la face ouest demeurait cruellement vide et inhabitée. Si Hugh avait des revenus très importants, son compte en banque était en comparaison bien moins rempli. A l’inverse de ses homologues Dmitriev et McGregor, qui s’appuyaient sur des fortunes historiques, lui n’était qu’un nouveau riche dont le pouvoir ne reposait pas sur l’argent. D’où les sommes parfois astronomiques qu’il devait débourser pour corrompre certaines huiles du ministère, d’autant qu’il n’y travaillait pas lui-même.

Le rapport suivant l’avait passablement énervé. Un de ses seconds lui annonçait qu’il avait dû assassiner deux membres du réseau qui présentaient des velléités subversives. Ce faisant, une coûteuse cargaison de psychotropes avait été perdue, ce qui n’avait pas manqué de lui échauffer le sang. Enfin, le dernier document était un compte-rendu d’un de ses espions qui lui signalait les nombreux moments qu’avait passés Harriet Love en compagnie de Lev Karkoff. La colère de Hugh en l’apprenant avait été terrible…


***

« Trahison ! », s’écria Hugh, en se levant, tous les muscles tendus et les narines frémissantes.
« Comment peut-elle oser faire cela ? Elle se croit intouchable, sans doute ! Elle oublie qu’elle me doit des comptes ! », enragea-t-il en attrapant sa lampe de travail qu’il envoya voler à travers la pièce.
« Elle veut rejoindre l’ennemi ! Tous des ordures, ces Russes ! Je vais lui broyer la colonne vertébrale à Dmitriev et à son chien de garde ! Les meilleurs éléments dont je dispose veulent changer de camp, soit, mais je les tuerai tous jusqu’au dernier ! Et de mes mains », beugla encore le géant mafieux. De rage, il renversa son bureau d’un violent coup de pied, faisant pleuvoir une pluie de papiers, d'encre et de plumes au sol.

« Patron, s’il vous plaît, calmez-vous », gémit Matthews, son homme de main et valet.

« La ferme ! », hurla Hugh, soufflant comme un enragé. En deux enjambées, il avait traversé la pièce et soulevait le pauvre homme par le col, d'une seule main.
« Envoie immédiatement deux hommes la chercher », lâcha-t-il avant de le laisser tomber par terre.
« Et range ce bureau ! », mugit l’ancien batteur en défonçant la bibliothèque d’un coup de botte.

Le sang bouillonnant, il avait quitté la pièce en furie, avait parlé si sèchement à sa femme qu’elle était partie à peine forcée chez sa cousine et avait cogné si méchamment un de ses sbires que celui-ci en était encore évanoui. S’en était suivi une demi-heure de pas rageurs à travers la maison, durant laquelle il avait encore pulvérisé quelques hideuses assiettes en porcelaine dans la salle à manger, avant qu’il ne se résolve à prendre le bain le plus chaud possible pour se calmer.


***

Jetant un regard à l’horloge embuée, Hugh sortit du bain et entreprit de se sécher. Vêtu d’un peignoir, il se rendit dans son petit salon privé. Là, entouré de quelques souvenirs du Quidditch, dont une batte et une écharpe des Pies de Montrose, son équipe de jeunesse, il vida d’un trait deux verres de whisky. Son œil noir, brûlant de colère, parcourait les étagères de la petite bibliothèque, occupée par une majorité de livres qu’il n’avait pas lus. A cela s’ajoutaient le fauteuil sur lequel il était assis, ainsi qu’un canapé et un autre siège. Dans un coin, trônait une armoire à alcools et quelques verres.

La colère s’était calmée, bouillonnant sous la surface, prête à ressurgir violemment dans un accès de coups et de cris. Sa baguette était d’ailleurs rangée dans une poche de son peignoir. Son habit, plutôt que de le rendre moins impressionnant, lui donnait au contraire l’apparence d’un boxeur, animé par la rage, prêt à réduire son adversaire à une bouillie loin de la forme humaine. Il allait lui falloir des explications. Hugh était un homme violent, même avec sa femme et ses maîtresses, sa « pute de luxe », comme il l’appelait, n’avait qu’à être prudente… du moins si elle voulait retourner chez elle en un seul morceau.
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  • Harriet Love
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MessageSujet: Re: Le boss est en colère [Harriet]   Mar 22 Jan - 18:49:49

« Permettez-moi au moins de m'habiller, messieurs. »
Un sourire enjôleur caressa les lèvres de la catin de luxe, mais au fond d'elle, elle n'en menait pas large. Elle connaissait bien ces moments où deux gros bras venaient la chercher directement dans son appartement, l'air qui tanguait entre le pataud et le revêche, sans savoir jamais quelle attitude adopter véritablement. Cela signifiait généralement une chose : le patron n'était pas content. Et, quand le patron n'était pas content, il y avait de quoi appréhender.
Les deux hommes de main de Murray se concertèrent du regard, mais Harriet ne leur laissa pas le temps de tergiverser davantage.


« Voyons, vous savez bien que je ne vais pas m'envoler. Quand le patron me demande, je réponds toujours présente. Mais pas en nuisette. »

L'Accompagnatrice pivota sur elle même et s'engouffra dans son dressing. Elle aurait été tentée, par pur esprit provocateur, de traîner sur le choix de sa tenue, mais elle savait que ce petit jeu pouvait lui en coûter si elle avait le toupet de faire attendre Murray. Elle ôta donc sans tarder la simple nuisette qu'elle portait – après tout, nous n'étions encore que la fin d'après midi ! – et enfila les premiers sous-vêtements aguicheurs qui passèrent à portée de main. On ne savait jamais. Si Hugh avait quelque chose à lui reprocher, mieux valait être parée à toutes les éventualités pour le calmer. Elle ajusta ses porte-jarretelles sur ses bas, enfila une paire d'escarpins à talons haut et revêtit une longue robe écrue, à la jupe évasée et au dos nu. Compromis entre l'élégance et ce qu'il fallait de suggestif pour mettre ses atouts les plus précieux en valeur.
Tandis qu'elle ajustait rapidement sa tenue, Harriet évalua son comportement des derniers jours, succinctement. De ce qu'elle se souvenait, Miss Love n'avait rien de particulier à se reprocher. Elle s'était montrée zélée, en bonne employée modèle, et avait même donné de sa personne pour en apprendre le plus possible sur Lev, comme avait semblé le désirer Murray. Certes, un simple « soit agréable avec notre interlocuteur » avait été un peu interprété, mais enfin, elle méritait le cadre de meilleure employée de l'année pour la façon dont elle s'était investie dans sa mission. Certes, cela avait été loin d'être désagréable, mais ce n'était pas un mal de prendre plaisir à son travail. Autant dire que la rousse sulfureuse n'avait pas la moindre idée de ce qui risquait de lui tomber dessus. L'agacement de Murray, après tout, ne la concernait peut-être pas. Peut-être Hugh, enflammé comme il l'était, s'était encore mis dans une fureur noire à propos d'une affaire où les talents de sa catin pouvaient être déterminants. Peu importait, elle le saurait bien assez tôt.

D'un pas royal, Harriet revint dans la salle de séjour et se plaça entre les deux hommes qu'Hugh avait fait mander. Avec un autre sourire enjôleur, elle proposa de ne plus s'attarder, et, à son grand déplaisir, l'un d'eux l'empoigna par le bras pour la mener hors de son appartement afin de transplaner hors des sortilèges de protection, dans une ruelle peu fréquentée. Sans sommation, Harriet eut la désagréable sensation de perdre pied, et son champ de vision s'obscurcit.

Lorsque le sol fut de nouveau palpable sous ses escarpins coquets, Harriet se trouvait devant l'imposant et luxueux domaine d'Hugh Murray. Elle n'eut guère le temps d'observer le paysage, qu'elle connaissait de toute façon fort bien, car déjà, les deux hommes l'entraînaient à l'intérieur, avec leur mine patibulaire de sous-fifres tentant de se donner de l'aplomb. Harriet, pour sa part, gardait cet air léger et tranquille qui la caractérisait, bien qu'un nœud ait crispé son estomac. Elle avait horreur du conflit, et appréhendait les accès de son patron, bien qu'elle les affrontait toujours avec autant de dignité que possible.
Avec la fortune qu'elle se faisait en vendant son corps, Harriet aurait pu facilement tourner le dos à Murray, ou du moins, ne jamais mettre les pieds dans son univers. Mais celui-ci lui assurait la protection dont elle avait besoin, l'adrénaline qui lui était tout autant nécessaire pour vivre que le sang coulant dans ses veines, et, surtout, le fait de compter dans une corporation, d'avoir sa place quelque part, aussi illicites étaient les activités de sa petite famille. Elle avait, auprès de Murray, plus d'objectifs, plus de possibilités qu'en restant une simple escort. Ses possibilités d'avenir s'étaient grandement élargies depuis qu'elle avait fait la connaissance du chef de clan. L'idée de tourner le dos à Murray était aussi absurde que celle de cesser de vendre ses services aux mâles en mal d'érotisme. C'était donc avec une patience à toute épreuve qu'elle allait affronter Hugh et son tempérament de feu.

La petite escorte traversa les pièces principales, pour se rendre au salon privé du maître de maison, où celui-ci l'attendait. L'un des deux hommes les annonça et la porte s'ouvrit. Harriet s'avança, et ses guides disparurent aussi vite qu'ils étaient venu, avec une discipline digne d'éloges.
La première chose qui frappa Harriet fut l'atmosphère lourde qui embaumait la petite pièce. La mauvaise humeur de Murray était si oppressante qu'elle en était palpable, et la jeune femme se retint d'inspirer profondément, comme par peur d'avaler trop de cet air électrique. Elle se contenta, plutôt, de s'avancer, en prenant soin de saluer son chef.


« Bonjour, Hugh. Je m'étonnais que vous ne m'ayez pas encore demandée, j'ai pourtant bien des choses à vous confier. »

Sans se démonter, Harriet s'avança vers un des fauteuils auprès de Murray et s'y installa tranquillement.

« Réquisitionner est plutôt le terme, pour aujourd'hui. Pour peu, vos hommes me trouvaient dans mon plus simple appareil... Cela n'aurait pas été la première fois, après tout. ...Y a-t-il un problème sur lequel je peux me rendre utile ? »

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MessageSujet: Re: Le boss est en colère [Harriet]   Dim 10 Fév - 11:38:26

Hugh avait beau être empli de rage, lorsque la jeune et séduisante accompagnatrice pénétra dans la pièce, il ne put s’empêcher de redescendre d’un cran. Rien n’y faisait, il avait toujours été la cible de la beauté des femmes. Leur attitude et leur caractère ne lui faisaient aucun effet, mais face à une créature de rêve, il pouvait parfois être comme un enfant devant une glace au chocolat qu’on lui avait promise. Un enfant très capricieux cependant, du genre de ceux qui donnent des coups de pieds dans les jambes de leurs parents pour avoir l’objet de leur désir. Néanmoins, depuis le temps, il avait eu l’occasion d’obtenir en toutes circonstances ce qu’il voulait et n’était plus à ce point victime de l’appétit des belles femmes qui le dévorait. Sans se départir de son allure de taureau prêt à charger sur la frêle toréador en face de lui, il lui indiqua le second fauteuil.

« Taisez-vous, Harriet, et prenez place. »

L’idée qu’il aurait pu se comporter autrement à l’égard de son entourage ne lui effleurait jamais l’esprit. Hugh était un homme en position de domination. Il estimait dès lors que ses subalternes n’avaient qu’à se plier à ses décisions ou à être brisés. Sa réputation vérifiée d’homme violent faisait le reste. Il n’en n’était pas au premier homme de main ou sous-fifre qu’il avait exécuté de ses mains, car, à la différence de McGregor ou de Dmitriev, il avait une vision beaucoup plus proche du terrain et y agissait. Même les femmes devaient le craindre, les règles de galanteries n’étant pas spécialement inscrites en lui. Violent, dominateur et ne souffrant pas la contradiction, Hugh était un homme d’un caractère infernal. Il n’y avait que dans les affaires et la bonne société qu’il se montrait correct et distingué. En dehors, c’était un fauve.

Portant son verre à ses lèvres, il le vida d’un trait, avant de s’en servir un autre, ainsi qu’à la jeune louve. L’alcool circulait abondamment dans ses vaisseaux. Toutefois, il n’en n’avait cure et était depuis longtemps habitué à une consommation qui aurait fait s’écrouler n’importe quel individu normal. L’œil sombre, le souffle grondeur, la tempe palpitante et la mâchoire crispée, Hugh se retenait pour ne pas faire un sort à l’accompagnatrice à coup de poings. D’un ton glacial, il attaqua :

« Il y a de cela quelques temps, je vous ai confié une mission de la plus haute importance : découvrir le maximum d’informations utiles au sujet de Lev Karkoff, le sous-fifre de Dmitriev. Je m’étonne que vous n’ayez pas pris l’initiative de venir m’apporter vos conclusions. Bien sûr, peut-être n’êtes vous pas si pressée de le faire… Sans doute même n’en n’aviez vous même pas l’intention… Vous préférez fricoter avec ce sale rat soviétique ! Vous n’attendez que de l’avoir séduit pour rejoindre l’ennemi ! »

Hugh, n’en pouvant plus, se leva d’un bond et hurla dans un nuage de postillons :

« ET VOUS CROYEZ QUE JE VAIS ME LAISSEZ FAIRE ?! TRAITRESSE ! »

Le souffle rauque, Hugh se rassit et engloutit son verre d’un trait. Son esprit était en feu. Il détestait perdre. L’idée qu’un de ses meilleurs lieutenants pût le trahir pour rejoindre son ennemi l’emplissait d’une irritation sans égale. A cela s’ajoutait un sentiment primaire de mâle dominant qui ne supportait l’idée qu’une des « femelles » à son service parte avec un autre mâle. L’accompagnatrice ne devait son salut que parce qu’il avait réprimé sa pulsion meurtrière, l’ayant déjà bien utilisée à l’encontre de sous-fifres moins importants… Et sans aucun doute au fait qu’il lui répugnait d’endommager un corps de rêve, surtout quand les potentialités que celui-ci finisse par être sien à un moment ou à un autre étaient importantes. Regardant Harriet dans les yeux, Hugh l’avertit d’un ton flamboyant, sans aucune tentative pour masquer la menace qui transparaissait derrière ses mots :

« J’exige une explication des plus convaincantes, des informations précises sur ce que vous avez appris, sans quoi… »

Sans quoi je vous renvoie chez vous sous une forme moins appétissante que celle sous laquelle vous êtes venue, telle était la fin sous-entendue de la phrase du mafieux. Attendant la réponse de l’accompagnatrice, il se saisit à nouveau de son verre qu’il entama d’une grande lampée. D’aucuns soutenaient que Hugh devenait progressivement alcoolique, qu’il se dégradait, que l’athlète de sa jeunesse changeait progressivement en brute ivrogne, transformant l’ancien batteur en une épave violente. Ils pensaient qu’il ne tarderait pas passer l’arme à gauche, après que son cerveau se soit lentement désagrégé, rompant ses liens avec la réalité, jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un légume impotent assis sur un clan qui s’effondrerait de lui-même. Cependant, pour le plus grand déplaisir de ces envieux ou de ces traîtres potentiels, Hugh avait encore un esprit fonctionnant à ses pleines capacités. Il se montrait sans cesse meilleur gestionnaire, exploitant toutes les ressources dont il avait la direction. Il se pensait invincible, aussi résistant qu’un bloc de granit.

Toutefois, la réalité n’était peut-être pas telle qu’il le pensait. Le granit pouvait se fissurer de l’intérieur, avant de tomber en miettes. L’alcool qui coulait dans ses vaisseaux pouvait y être pour beaucoup. Celui-ci se propageait en lui au même rythme que sa colère, injectait ses yeux de sang, lui cernait le regard et faisait battre son cœur au rythme du « God Save The Queen ». Sa dangerosité n’en n’était cependant pas moindre, mais gagnait plutôt en ampleur avec l’âge, le rendant plus violent que lorsqu’il était jeune. Il ne restait à la catin dorée qu’à trouver des explications convaincantes pour éviter de prouver cette théorie…
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MessageSujet: Re: Le boss est en colère [Harriet]   Mar 19 Fév - 16:13:14

Hm, l'entrevue promettait d'être musclée. À l'injonction de Hugh, Harriet ravala ses mots et toute trace d'humour s'éclipsa de son regard. Ce n'était vraiment pas le jour de faire la fière, au risque sinon d'en prendre pour son grande. L'Accompagnatrice ignorait quelle était sa faute, mais elle savait qu'elle en commettrait effectivement une en prenant à la dérision la fureur qui animait son patron.
La jeune femme se tortilla sur sa chaise tandis que Murray avalait rageusement le contenu de son verre. D'un regard oblique d'enfant soumise, elle observa les traits de son interlocuteur. À la couleur de ses yeux et de son teint, elle devinait qu'il n'en était pas au premier verre. La colère d'Hugh associée à l'alcool était de très mauvais augure. Elle savait, de bruits qui couraient dans leur entourage commun, qu'elle se trouvait dans l'une de ces situations dangereuses qu'elle faisait tout pour éviter. Non pas qu'elle eut réellement peur, le danger avait même tendance à l'exciter, mais les ennuis qu'elle pouvait avoir avec le chef du clan avaient toutes les chances d'entraîner de graves répercussions dans sa vie, et à long terme. Harriet n'était pas assez sotte pour aller jusqu'à risquer sa vie, ou pire encore, son intégrité physique. Car il se disait, et elle avait toujours ignoré si cela était fondé ou non, qu'Hugh n'hésitait pas à rosser une femme qui avait déclenché son mécontentement, comme il le faisait avec ses sbires. Et Harriet faisait partie de ces deux catégories de personnes. Bien sûr, la catin pouvait se dire qu'il ne s'agissait que de « on dit » qui découlaient du tempérament violent et sulfureux de Murray, mais son intuition lui disait de faire montre de toute la prudence dont elle était capable. Au fond d'elle, elle sentait que cela était possible. Elle connaissait les hommes, bien mieux que certaines femmes plus âgées qu'elle, et peut-être mieux que les hommes eux-mêmes. Il lui suffisait de sonder leurs yeux pour savoir à quel genre d'individu elle avait affaire. Une capacité qu'elle avait toujours exploité dans son métier, pour écarter d'elle les individus instables ou menaçants, risquant de compromettre autant sa sérénité que son métier.

Elle se demandait parfois, avec le recul, ce qui avait bien pu la pousser jusqu'à Hugh. Mais Hugh n'était pas un client. Ou du moins, pas que, car il n'hésitait pas à consommer si le désire lui en prenait. Il lui avait tendu la main dans une période charnière de sa vie, lui avait ouvert d'autres possibilités que de stagner dans son « simple » rôle d'escort-girl, et, férue d'aventures comme elle l'était, elle s'était laissée tenter. Si Hugh avait su la séduire en lui montrant son meilleur visage et qu'elle avait rapidement découvert ses travers, qu'elle avait d'ailleurs pressenti d'intuition, elle ne regrettait pas son choix. Et, même face au visage bouffi de rancoeur de son supérieur, elle n'éprouvait toujours aucun regret.

Lorsque le ton glacial de Murray transperça le silence, Harriet s'efforça de ne pas retenir son souffle. Elle resta détendue, ses yeux grands ouverts, immobile comme une biche face à un prédateur. Elle était pourtant stupéfaite. À ses oreilles, le discours de Murray sonnait comme une jalousie viscérale, une possessivité exacerbée aussi soudaine qu'inexpliquée. Ou si, peut-être qu'elle était explicable. Murray venait d'oublier qu'il pouvait avoir confiance en elle.
Harriet se rendit compte, à cet instant, qu'elle avait certainement mal mesuré les relations entre les quatre Familles mafieuses. Malgré le Maître du Jeu, les tensions restaient latentes, toujours aussi vives et réelles, prêtes à éclater à un moment où à un autre. Elle n'était pas dupe, elle savait qu'une faute de l'un pouvait entraîner une guerre sans merci. Néanmoins, son esprit volage, son tempérament de femme qui avait confiance en la vie, avaient occulté la méfiance continuelle qui régnait entre les réseaux. Tous se regardaient en chien de faïence malgré leurs affaires communes, et c'était d'ailleurs la raison pour laquelle Hugh l'avait envoyée jauger l'homme de main de Dmitriev.

Harriet ne put retenir un sursaut lorsque Murray bondit comme un lion hors de son siège. Les mots, vexants, firent mouche et un sentiment de rébellion monta jusqu'à son cœur qui s'emballait. Traîtresse ! Rien que cela ! C'était blessant, tout de même. Elle qui avait tant prit à cœur son travail, au point de se sacrifier lors d'une nuit torride où Lev et elle avaient mis la chambre d'hôtel à sac ! Certes, c'était de la mauvaise foi que de penser cela, mais Harriet se focalisait à présent sur ces pensées et l'humiliation qu'elle était en train de subir pour favoriser la survenue des larmes, qui humectèrent bientôt ses grands yeux clairs. C'était fou, tout de même, comme dix années de théâtre pouvaient être utiles dans la vie de tous les jours !


« Qu'est-ce que... »

Harriet ne put terminer sa phrase. Après s'être rassit, Hugh la coupa d'une voix tranchante. S'il exigeait des explications, Harriet allait lui en fournir. Et avec les violons, s'il-vous-plaît ! D'un coup, et avec un tel naturel que cela ne sembla pas calculé, la catin s'affaissa sur son siège et porta une main tremblante à son front qu'elle massa, comme en proie à un total désarroi.

« Je vous demande pardon, j'ai été sotte... » Murmura-t-elle d'une voix chevrotante, pour finalement relever un regard brillant sur son patron. « Vous savez comme j'ai horreur du travail mal fait, et bien que je sois douée à ce petit jeu, je n'ai pas obtenu tout ce que je désirais savoir à propos de Karkoff. Je manquais de temps, le premier soir, et je ne voulais pas revenir vers vous sans informations concrètes à vous partager. Et je me suis dit... »

Avec un soupir, Harriet se redressa. Elle laissait traîner sa déclaration, autant pour accrocher son interlocuteur que pour réfléchir à la meilleure façon d'exposer le projet qu'elle avait imaginé.

« ...Que si je parvenais à séduire Karkoff et à avoir de l'influence sur lui, il serait plus facile d'obtenir des informations sur le clan Dmitriev. Si jamais une de leurs actions pouvaient tourner en notre défaveur, j'aurais l'occasion de le savoir, ce qui nous permettrait de gagner du temps. »

Ravalant ses larmes de crocodile, Harriet s'adossa contre le dossier de son fauteuil et regarda Hugh dans les yeux.

« J'ai fait cavalier seul pour cette action, j'aurais dû venir vous entretenir de ce projet. Vous avez toutes les raisons d'être furieux. Néanmoins, je ne comprends pas comment vous avez pu imaginer que je vous trahirai. Je n'ai rien à y gagner, et je n'ai absolument rien à faire chez les russes. Du moins, pas de cette façon là. »
L'agacement léger qui avait irradié ses paroles n'était pas feint, en revanche, quoi qu'elle aurait mieux aimé qu'il ne soit pas perceptible. Elle laissa passer une seconde de silence, la tête baissée, avant de reprendre la parole :
« Je crois que Lev est un homme important pour le clan Dmitriev, il est en tout cas très loyal envers son patron. Pour tout dire, je n'ai jamais senti autant de loyauté chez quelqu'un. Il a risqué plus d'une fois sa vie pour sa « Famille », comme il l'appelle. En revanche, je sens qu'il n'a aucune confiance en vous, et je crois que c'est l'homme qu'il est préférable de convaincre de notre bonne volonté. La façon dont il parle de son clan me prête à penser qu'il n'est pas un simple sous-fifre, et qu'il ne faut pas négliger cet homme. J'ignore encore sa position précise dans la hiérarchie, mais ce que je sais, c'est qu'il n'hésitera pas à réduire en cendres quiconque cherchant à compromettre la pérennité de son clan. Si tous les hommes de Dmitriev sont de cet acabit, il est nécessaire d'être particulièrement vigilant vis-à-vis d'eux et il faut peser chacune de nos actions. »

Elle s'interrompit, mais son expression signifiait qu'elle n'en avait pas encore fini. Harriet croisa les jambes et détourna un instant le regard, le temps de rassembler les informations qui demeuraient gravées dans son esprit.

« Je l'ai questionné à propos du Maître du Jeu. Il n'a pas l'air d'en savoir grand chose. Il est méfiant et ne voit pas d'un bon œil ce Maître qui se cache. Pour faire simple, je dirais que les évènements de la Commémoration ont fini de le convaincre qu'il s'agissait d'un homme en lequel on ne pouvait avoir aucune confiance. Un sale type, en somme, si vous me passez l'expression. Il a l'air d'ignorer tout des intentions du Maître vis-à-vis de l'attentat et je ne crois pas qu'il m'ait caché quoi que ce soit. »

Harriet avait terminé pour l'instant. Elle braqua son regard sur Murray, s'efforçant de ne pas paraître trop fière et assurée en l'observant, et ajouta, d'une voix plus basse :

« Y a-t-il des points précis dont vous aimeriez avoir connaissance ? »

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MessageSujet: Re: Le boss est en colère [Harriet]   Mar 12 Mar - 15:50:20

Frustration. Une insatisfaction rageuse. Hugh luttait contre son ire contenue. Il tremblait, ses yeux agités, le regard en fureur et les muscles contractés par un manque dévastateur. Comme un violent crescendo musical, arrêté juste avant son paroxysme, avant que toute l’énergie se déverse tel un torrent. Ce torrent qui s’était transformé en ruisseau. Pareil à la montée du plaisir interrompue à la seconde ultime qui précédait l’orgasme, l’abandon du corps et de l’esprit. L’immensité de la colère de l’ancien joueur de Quidditch avait brutalement été enfermée en lui. Elle dévorait son corps en entier, tentant d’en sortir sans y parvenir, agitant l’homme de spasmes qu’il contrôlait par une rigidité de pierre. Désormais, le flot de sa rage furieuse avait été tari de force, les vannes ouvertes du barrage de son courroux avaient été fermées.

Harriet l’avait totalement pris à contre-pieds, anesthésiant sa pulsion meurtrière, qui serait tantôt libéré, augmentée au centuple. D’une manière ou d’une autre, son désir, son trop-plein d’énergie se déchargerait, négativement ou positivement, en pulsion thanatique ou érotique. Le bouillonnement intérieur de Hugh, véritable incarnation du diable vivant, violent, destructeur, mais pourtant calculateur et séducteur comme lui, demanderait à être apaisé. Le mafieux vivait sur la vague de ses besoins, balayant ceux qui se dressaient contre lui. Jusqu’au jour où il se heurterait à un brise-lame plus puissant que lui. Ce jour-là, il tomberait d’un coup, refusant d’admettre une défaite, choisissant le suicide plutôt que la soumission.

En interrogeant sa catin de luxe, le chef de clan s’était attendu à ce qu’elle se révolte, s’indigne, ou alors, tout le contraire, soit écrasée par son emportement. Mais jamais à ce qu’elle lui déclame un long mea culpa, assorti de larmes ruisselantes. Certes, il n’était pas dupe. Elle simulait en partie, c’était l’ingrédient principal de son travail, il le savait. Quand ses subalternes refusaient de reconnaître leurs fautes, il pouvait passer sa rage sur eux à l’envi. C’était la première fois qu’on le prenait au dépourvu de la sorte. L’acceptation de la culpabilité et l’absence totale d’explications plus ou moins convaincantes, comme les classiques « je ne savais pas », l’avaient complètement désarmé. Tout ce qu’il s’apprêtait à déchaîner sur Harriet avait été rendu inutile. Il était comme un soldat prêt au combat, sans aucun ennemi à abattre.

Cette rage, bien plus que le sentiment d’avoir eu tort de réagir de la sorte, consumait son corps de l’intérieur. De puissantes remontées acides déchiraient les entrailles, un mal de tête lancinait l’accablait, ses muscles étaient contractés et le faisait souffrir, tandis que son souffle saccadé lui faisait manquer d’oxygène. Car il savait, au fond de sa conscience, qu’il avait eu tort de s’énerver ainsi, tout comme il savait qu’il n’aurait pas dû rosser son sous-fifre avant d’envoyer quérir l’accompagnatrice. Cependant, il n’écoutait jamais sa conscience. Il avait fondé sa propre philosophie sur la base que la conscience n’était qu’une barrière qui l’empêchait d’atteindre le but ultime ; l’aboutissement de sa volonté, la réalisation de tous ses désirs, sans aucun obstacle face à eux. De ce fait, il abattait depuis lors toutes les entraves qui le détournaient de l’accomplissement de son vouloir. Telle philosophie avait fait de Hugh une brute pour son entourage.

Ne tenant plus, le corps toujours en pleine mutilation interne, le mafieux plongea la main dans la poche de son peignoir, d’où il sortit une petite gélule orange qu’il avala en compagnie de la fin de son verre de whisky. Il avait récemment passé auprès de Bower une commande personnelle, sans révéler cet élément déterminant. Depuis, il absorbait de plus en plus fréquemment des psychotropes comme médicament. Déjà auparavant, il avait testé plusieurs des produits qu’il vendait, de même qu’il s’était laissé aller à plusieurs expériences durant sa jeunesse, mais jamais il n’avait entamé une consommation aussi intensive. L’alcool ne lui suffisant plus pour apaiser ses pulsions folles, la drogue l’avait remplacé. Ou plutôt l’avait complété. Instantanément, lorsque la pastille fondit sur sa langue, il sentit la tension redescendre, l’apaisement le gagner.

Il ne lui restait plus qu’à donner la réplique à l’accompagnatrice. Elle avait même poussé le vice jusqu’à, non seulement lui donner raison, mais tendre le bâton pour se faire battre. Ainsi, l’ego et l’orgueil de Hugh restaient sains et saufs. Pour la forme, il ne lui restait plus qu’à faire preuve d’un soupçon de malveillance et l’affaire était potentiellement réglée.


« En effet vous avez été sotte. Je dirais même profondément idiote. J’ai de plus en plus le sentiment d’être entouré d’une bande d’incapables. »

Si les deux premières phrases avaient été déclarées pour une simple question de conformité, la dernière était lourde de sens. Les hommes de mains de Murray étaient, selon lui, toujours inefficaces et rataient systématiquement quelque chose lors d’une mission. A travers ces paroles, une antiphrase était clairement décelable. Harriet Love était l’un des meilleurs lieutenants du clan Murray. Sa perte n’était pas comme celle de n’importe quel pion aisément remplaçable. Cela causerait un handicap pour le réseau. Sa trahison, elle, déclencherait la fureur meurtrière et impitoyable de Hugh.

« J’espère bien que vous n’avez rien à gagner chez les Russes… Et je ne vous suggère pas de ne serait-ce que tester les avantages que l’on peut y avoir. Me suis-je bien fait comprendre ? Quant à vos manières de procéder, j’exige désormais des rapports écrits, scellés magiquement, qui me seront adressés personnellement. Sinon, la prochaine fois ce ne seront plus deux hommes de mains qui viendront vous voir, mais mon bras droit. »

La menace était franche. Celui qu’Hugh appelait son bras droit n’était pas Matthews, qu’il désignait habituellement par « son second ». Non, son bras droit, Steven, était son meilleur exécutant sur le terrain. Il était notamment chargé des assassinats. Affecté d’un strabisme divergent et d’une face rusée, la perversité se dessinait sans équivoque lorsqu’il souriait avant de tuer consciencieusement une victime. Nul n’ignorait que la venue du bras droit de Hugh était synonyme de très gros ennuis ; sinon mort, au moins torture.

« Quant à ce Lev, je vous ordonne de tout tenter pour pouvoir, à défaut de le manipuler, user de votre influence sur lui. Je tiens également à vous mettre en garde : lui n’aime peut-être pas le Maître du Jeu, mais, moi, je me range à ses décisions. Il est le chef dont nous avons besoin pour asseoir notre pouvoir. Si un jour nous devions nous retrouver en guerre, je pourrais très bien vous demander… de tuer Karkoff. Sommes-nous bien d’accord ? »

Les illusions ne servaient qu’à bercer les utopistes et ils n’étaient pas légion dans la mafia. Tous se doutaient qu’ils s’entre-déchireraient un jour. Les alliances d’aujourd’hui n’étaient que le moyen d’espionner plus facilement ceux qui seraient les ennemis de demain. Connaissant ce qu’elle venait de lui apprendre, Lev Karkoff figurait désormais sur la liste des figures à abattre dans le clan Dmitriev si la guerre devait se déclencher. Ces pensées belliqueuses l’animaient, l’excitaient à l’avance, si bien qu’il laissa traîner son regard sur le galbe des cuisses de l’Accompagnatrice…
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MessageSujet: Re: Le boss est en colère [Harriet]   Mar 19 Mar - 16:39:02

La sentence d'Hugh à propos de ses subalternes fit sourire Harriet intérieurement. Bien qu'elle demeurait, d'apparence, parfaitement sérieuse, elle savait ce que cette simple phrase signifiait. Le patron était à court d'arguments. Elle avait donc gagné pour cette partie, et n'en était pas peu fière. Après tout, il était plutôt soulageant de savoir que l'on avait toutes les chances de repartir sans les deux genoux brisés d'une entrevue avec son Boss. Cela aurait plutôt fait tâche, d'autant que ses précieux genoux étaient un important outil de travail, à l'instar du reste de son corps.

Toute inquiétude ne s'était pourtant pas tarie. La pilule qu'avait pris Murray ne lui avait pas échappé, et l'Accompagnatrice s'était retenu in extremis de froncer les sourcils. Elle avait la sensation qu'Hugh allait de mal en pis. Qu'il boive bien plus qu'il ne l'était raisonnable était un fait connu de tous, mais qu'il se laisse plonger dans la spirale destructrice de la drogue était tout récent. Du moins, Harriet n'en avait jamais eu ouïe jusqu'alors. Ce n'était pas bon. Pas bon du tout. Ce n'était bien évidemment pas de la santé de Murray que se souciait Harriet, mais des affaires. Si le chef flanchait, c'était tout l'empire qui risquait de s'effondrer, entraînant une guerre intestine sanglante pour remplacer le vieux roi. Déchu de son trône, Hugh ne ferait pas long feu dans la nature. Et pour Harriet, tout repartirait de zéro. De lieutenant, elle risquait de passer simple catin juste bonne à entretenir le compte en banque.
Pire encore. Si elle se rendait compte des défaillances de son patron, d'autres avaient déjà pu les remarquer. C'était d'une imprudence extrême. Dans cette pièce, pensa-t-elle amèrement, le sot de l'histoire n'était pas elle, mais lui. Par chance, la violence dont était capable Hugh était un atout. Son ire était telle que ses hommes craignaient encore trop la punition pour oser une mutinerie. Mais pendant combien de temps, encore ? La mafia était une famille. Et dans une famille, il y avait des guerres, des rancoeurs, des colères et des mensonges. La fidélité était un concept bien abstrait, qui ne s'alliait jamais qu'aux bénéfices qu'elle engrangeait. Il fallait prier pour que la folie ne consume pas définitivement Hugh Murray, car alors, ce serait la fin d'une ère.

Harriet écouta d'une oreille faussement attentive les propos de son patron. Son esprit restait fixé à un tout autre sujet. À savoir, comment surveiller Hugh afin de pouvoir sentir le vent tourner, et agir. Elle ne pouvait pas le laisser se détruire, pour la simple et bonne raison qu'elle en pâtirait également. Se réfugier auprès des russes si Murray perdait la raison n'était pas envisageable. Elle ne demeurerait jamais qu'une étrangère qui avait faussé compagnie à son clan, et ce n'était guère une position enviable. Elle allait sûrement devoir espionner son propre clan. Cela était largement dans ses moyens.


« Je vous suis entièrement dévouée, Hugh... »

Susurra-t-elle d'une voix coquine lorsque Murray eut finit sa diatribe. Elle ne s'émouvait pas de la menace, car elle savait que cela n'arriverait pas.

« Quant aux rapports, je préfère tellement nos entrevues privées... Cela dit, j'ai conscience que ma mémoire n'est pas infaillible, et je consigne toutes les informations importantes par écrit, avec les protections qui s'imposent. »

Harriet releva élégamment un pan de sa robe et s'empara de sa baguette magique, qu'elle avait coincé dans sa jarretière. Elle prit un malin plaisir à prendre son temps, afin que le regard de son patron puisse apprécier sa cuisse finement dessinée. Puis elle agita nonchalamment son arme, et une pochette apparut, qu'elle attrapa et ouvrit, pour en tendre un document scellé à Hugh.

« Il y a à boire et à manger, mais j'ai toujours jugé que les informations les plus futiles en apparence pouvaient être déterminantes. »

Ce n'était pas très gentil pour Lev, mais c'était le jeu, et le mafieux devait bien en avoir conscience. Elle ne doutait pas que Karkoff jouait au même jeu avec elle, bien qu'il ne mesurait peut-être pas, pour sa part, toute l'importance qu'avait Harriet dans le clan Murray. Elle avait fait en sorte, du moins, de ne pas le laisser paraître. Il avait néanmoins fait une enquête à son sujet, et ne le lui avait pas caché. C'était, finalement, un juste retour de bâton. Aussi charmant et doué de ses mains était-il, Harriet ne fréquentait jamais personne sans avoir quelques armes contre celle-ci. Cela aurait été aussi imprudent que stupide. Et elle ne pouvait tenir Lev avec quelques photographies osées, comme avec n'importe quel politicien.

Enthousiasmée par son petit effet de manche, l'Accompagnatrice s'affadit bien vite lorsque Murray reprit la parole. Elle n'était pas naïve, elle avait bien soupçonné qu'un jour, on puisse exiger d'elle qu'elle se débarrasse de Lev. Elle était en première place pour mener à bien un tel travail, néanmoins, l'entendre de vive voix était profondément désagréable.
Harriet se réinstalla confortablement dans son siège, les jambes croisées. Elle avait toujours refusé ce genre de labeur. Cela était contre ses principes. Hugh le savait. Cherchait-il à mesurer la nature de la relation qui unissait le russe à la catin, ou était-il parfaitement sérieux ? Qu'elle accepte sans rechigner paraîtrait forcément louche, pensait-elle, mais qu'elle refuse vivement rallumerait peut-être la fureur de Hugh. D'autant que lorsque son patron aurait décidé de se débarrasser de Karkoff, il le ferait d'une façon ou d'une autre, avec ou sans elle. Elle ne se voyait absolument pas attenter à la vie de son amant, mais sentait déjà que cette possibilité risquait fort probablement d'arriver, et qu'elle serait alors dans une très mauvaise position. Elle devrait faire un choix. Ses principes et ses sentiments naissants, ou Murray. Voir même la vie. Fort heureusement, ce jour n'était pas encore arrivé. Son devoir, à cet instant, était de donner le change de sorte à ce que Murray soit satisfait. Mais ce qu'elle allait dire dans un instant l'impliquerait dans l'avenir. La situation était des plus inconfortables.


« Je ferai de mon mieux pour vous satisfaire... »

Finit-elle par consentir. Ainsi, elle ne promettait rien, ou très peu. Elle inclina légèrement la tête, et un sourire illumina son visage lorsqu'elle remarqua le regard de Hugh décliner vers ses jambes. C'était l'occasion de passer à autre chose, et de laisser derrière eux les sujets déroutants. Harriet décroisa les jambes et se cambra contre le dossier de son fauteuil, dans une attitude lascive.

« Vous savez... J'adore lorsque vous me grondez. Votre femme est là ? »

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MessageSujet: Re: Le boss est en colère [Harriet]   Lun 15 Juil - 22:29:53

[Pas terrible, mais je tenais à le terminer]

« Je vous suis entièrement dévouée, Hugh... »

Hugh laissa transparaître un sourire satisfait teinté d’un reste de menace. Quoi qu’il fasse, il ne pouvait s’empêcher d’être clément vis-à-vis de l’Accompagnatrice. Les femmes étaient son point faible – cette femme, surtout. Même si elle travaillait pour lui et que les talents que sa profession requérait lui étaient connus, Hugh ne pouvait qu’offrir qu’une résistance de principe, avant de succomber aux charmes que Miss Love s’évertuait à mettre en valeur – bien que cela fût peu nécessaire. Néanmoins, s’il cédait aux atouts de son employée, Hugh n’en demeurait pas moins un prédateur menaçant. Désormais presque apaisé, il se leva et désigna le fond de son domaine. Il s’y trouvait les entrepôts initiaux qui lui avaient servi lorsqu’il avait débuté ses activités. Désormais, bien sûr, il ne demeurait plus qu’une grange masqué par une haute haie.

« Je compte bien que vous le soyez, Harriet… Vous voyez mon vieil entrepôt, au fond du parc ? J’ai récemment à nouveau stocké quelque chose dedans… De la viande froide, si vous voyez ce que je veux dire... Qui était sous mes ordres, malheureusement. J’ai dû moi-même m’en charger. Alors je vous félicite pour votre dévouement sans pareil, surtout ne changez rien. »

Sinon je vous réserve le même sort qu’au revendeur irlandais qui, dorénavant, contemplera le firmament de beaucoup plus près. Si du moins il existe un dieu pour les mafieux. Quel que fût le niveau d’addiction de Murray, la dépravation était encore loin. D’une main de fer, il continuait à dominer son clan. Un seul de ses hommes avait une fois osé remettre en question son autorité ; il avait mis plusieurs heures à passer de vie à trépas, tandis que les principaux lieutenants de Hugh assistaient à la scène. Depuis lors, aucun d’entre eux n’avait jamais osé ne serait-ce que discuter l’application d’un seul de ses ordres. Quand elle lui tendit le parchemin scellé, Hugh n’y jeta pas un coup d’œil et, d’un geste négligent de sa baguette, le fit disparaître dans son coffre privé.

« Je vous sais gré de votre investissement, Harriet. Disons, du moins, que votre collaboration sera nécessaire à l’élimination de ce Russkof. Sans que vous soyez obligée de l’assassiner, vous devrez du moins être l’appât qui permettra au piège à ours russe de se refermer. »

Si Hugh, dans un accès de bonté de cœur, était revenu dans les termes de son contrat avec Miss Love – par de sang –, il n’en n’avait pas moins presque transformé en projet futur ce qui n’était qu’une hypothèse en germination. Pourtant, personne n’en doutait. Hugh abhorrait ces vieux richards parvenus qui avaient débarqué avec armes et bagages en Angleterre pour lui voler des parts de marché. Le jour prochain où les tensions intestines du Damier exploseront, il avait déjà décidé qu’il serait dans le camp contre Dmitriev autant qu’il lui serait possible. Comme il rêvait de balayer son rival – et pour l’instant associé – et de régner en despote des psychotropes sur son terrain de chasse !

A la dernière réplique de la jeune femme, Hugh sentit l’appel de la chair lui tirailler le corps. Difficile de résister à une telle offre, surtout quand sa femme était loin. Même si celle-ci s’était depuis bien longtemps habituée aux infidélités de son mari volage, il restait toujours plus confortable pour Hugh de ne pas mélanger les torchons et les serviettes. Pointant sa baguette vers la porte, Hugh scella l’entrée dans un cliquetis, avant de s’abandonner à la passion, certes commerciale et commandée, car Hugh ne doutait pas d’être peu désirable pour la jeune femme, mais néanmoins intense pour lui, qui vivait ces moments-là comme le reste de sa vie.
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MessageSujet: Re: Le boss est en colère [Harriet]   

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