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 Visite inattendue [Terminé]
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  • Clarisse McBrien
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MessageSujet: Visite inattendue [Terminé]   Dim 15 Juil - 7:15:45

[hj] désolée, c'est de piètre qualité... il me faut le temps de revenir dans le bain...[/hj]

Clarisse était renfrognée. Les préparatifs du mariage de son oncle l'ennuyaient fermement. Les discussions à propos de la couleur des serviettes, de la musique et de la liste des invités lui donnaient de l'urticaire. Le pire était sans doute que tout le monde autour d'elle était d'un enthousiasme à toute épreuve, s'émerveillant sur une texture de tissu, une présentation de carton d'invitation et beaucoup d'autres détails qui ne l'intéressaient pas. Enfin heureusement, la future mariée étant styliste, les demoiselles d'honneur seraient pour une fois sauvées de la traditionnelle robe immonde au profit d'un vêtement simple mais élégant. C'était toujours ça de gagné. Si elle pouvait éviter de passer pour un mélange de choucroute et de chantilly ambulante... c'était tant mieux. Pourtant, il n'y avait pas que ça. Ce mariage n'était que la partie visible de l'iceberg. Derrière les sourires de convenance et les courbettes de circonstances, la guerre avait été déclarée entre son frère et elle. Lilian s'opposait systématiquement à elle, quel que soit le sujet, cherchant très clairement le conflit. Pas plus tard que la veille ils s'étaient disputé violemment pour quelque chose qui n'en valait pas la peine: un chemin de table! Bien sûr ils n'étaient pas d'accord sur la couleur, mais pourquoi avait-il fallu que la conversation dévie sur la liste des invités? La réponse était tombée quelques heures plus tôt. Lilian voulait la rayer de la famille. Elle l'avait entendu le dire à leur cousin et depuis, les mots tournaient en boucle dans sa tête.

« - Mais c'est ta sœur!
-Non, c'est là que tu fais erreur Ed'. Et je pourrai bientôt le prouver.
-Quoi? Mais..
-En attendant, soit sûr d'une chose: je serai majeur l'année prochaine et je deviendrai par conséquent le chef de famille officiel.
-Mais... ta mère...
-Ma mère est psychologiquement trop faible pour endosser ce rôle. Et je suis le seul garçon de la famille, je dirai même, le seul enfant. Ça me revient de droit. Et ce jour-là, Clarisse ne sera plus la bienvenue au cottage.
-Comment peux-tu dire une chose pareille?
-Puisqu'elle aime tant ce mangemort, elle n'aura qu'à aller avec lui... ou n'importe où d'autre à vrai dire, je m'en fiche! »

L'écossaise n'avait pas pu en supporter davantage. C'était la première fois qu'elle entendait son frère parler aussi froidement. Et elle ne comprenait pas ce qu'il avait voulu dire. Pourquoi par Merlin ne seraient-ils pas frère et sœur?! D'accord ils ne se ressemblaient pas et s'entendaient encore moins, mais était-ce là une raison suffisante? Certainement pas. Il devait y avoir autre chose là-derrière et elle était bien déterminée à trouver quoi. Ce minable ne la virerait pas aussi facilement. Elle avait autant de droits que lui, que ça lui plaise ou non. En attendant, l'air était devenu irrespirable chez son oncle. Si elle ne voulait pas exploser devant tout le monde et gâcher la fête, il fallait qu'elle se calme. Après un repas plus que tendu, la jeune fille se rendit à l'évidence: si elle quittait le navire, elle ne manquerait à personne. Sans réfléchir davantage, elle sortit par la porte du jardin et fila dans un « pop » sonore. Elle atterrit quelques secondes plus tard dans une charmante clairière. Ce devait être quelque part en Irlande, mais elle ignorait où, elle savait juste qu'elle était déjà venue ici. Peu lui importait en fait. Elle était à bout et avait besoin de se retrouver, de se sentir libre et d'oublier le nid de crabes qu'était devenue sa famille. La rousse ferma les yeux et inspira profondément. Ça faisait trop longtemps qu'elle ne s'était pas laissée allée et elle le ressentait cruellement: le petit oiseau lui avait manqué. Souriant pour la première fois de la journée, la Serdaigle inspira encore, s'habituant aux bruits de la forêt. Après quelques minutes, ne pouvant plus résister à la tentation, elle laissa le rouge-gorge prendre le dessus...

Le petit oiseau explora les lieux avec attention. L'endroit était tranquille et il s'amusa beaucoup dénichant même quelques magnifiques vers à bois aussi délicieux que mignons. Il oublia bien vite les problèmes de Clarisse et profita de sa liberté retrouvée. Après quelques heures à voleter de branche en branche, le passereau se retrouva en bordure d'un chemin qui lui était familier. Intrigué, il le longea un moment, puis au détour d'un virage, il l'aperçu: le manoir Bower.

Étonnée mais ravie, la demoiselle hésita à peine avant de s'introduire à travers la grille. Elle aurait du y penser plus tôt. Le seul autre endroit qu'elle connaissait en Irlande était la maison d'Aïlin et ses alentours. Elle était passée le voir en coup de vent pendant l'été. Cependant, sa relation avec Mervin et ses activités à lui les avaient quelque peu éloignés. Ils avaient tout de même gardé contact par hiboux interposés, mais de loin en loin et elle le regrettait. Le jeune homme avait toujours eu une place importante dans sa vie et aujourd'hui, sa bonne humeur revenue, la bleue et bronze se dit qu'elle allait lui faire une petite surprise. En règle générale, elle détestait arriver chez les gens sans prévenir, c'était vraiment mal élevé. Mais là, c'était différent. Puisqu'elle était sur place, elle ne voyait pas où était le mal à passer dire bonjour à un vieil ami. De toute façon il était trop tard pour faire machine arrière, en franchissant le portail, même sous sa forme animale, elle avait probablement déclenché un sortilège d'alarme. Sans plus se poser de question, l'oiseau voleta jusqu'à l'imposante bâtisse et se posa sur le rebord d'une fenêtre entre-ouverte. Il ne prit pas la peine de vérifier s'il y avait quelqu'un à l'intérieur (il n'était pas là pour espionner), tendit le cou et toqua à plusieurs reprises sur la vitre à l'aide de son bec. Décidant qu'on l'avait sûrement entendu, le rouge-gorge se mit alors à chanter...


Dernière édition par Clarisse McBrien le Dim 30 Sep - 11:28:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Dim 15 Juil - 13:21:50

C'était une belle matinée qui s'éveillait à la veille du printemps sur Leitrim. Il n'était plus si rare de voir les rayons naissants du soleil frapper les vitres du manoir, et, bien qu'il n'y prêtait pas véritablement attention, cela revigorait le jeune lord Bower. À moins, peut-être, que son énergie recouvrée venait du fait qu'aujourd'hui même, son contrat avec Xenophius McGregor entrait en vigueur. Pour un an, Aïlin était chargé de trouver une méthode fiable et rapide d'extraire l'élixir d'une Shungite, afin de le commercialiser en tant que puissant remède contre les malédictions et autres sortilèges noirs de longue durée. Cela allait être un travail passionnant.
Assis à son bureau, des montagnes de livres et de parchemins de part et d'autre de lui, Aïlin exécutait des calculs indéchiffrables pour le profane, mais qui s'avéraient lancés vers un but précis, avec une extrême précision. Le jeune homme s'amusait avec cette branche des mathématiques, propre à l'alchimie, proche de la chimie théorique et presque codée, comme un enfant s'amusait avec des formes géométriques à replacer dans le bon trou. C'était exactement ce qu'il était en train de faire, d'ailleurs. Trouver la donnée manquante, le chemin qui, bien que pris d'une autre façon, par un autre versant, menait au même résultat que la formule de base était un exercice passionnant.
Aïlin passa sa matinée entière, sans même avoir pris la peine de se vêtir, à se plier à ses recherches, s'arrêtant, de temps à autres, pour siroter son café noir ou ouvrir un des ouvrages qu'il gardait à portée de main. Ce ne fut que lorsqu'il entendit le son étouffé de l'horloge sonner midi dans le salon que l'alchimiste redressa la tête de ses parchemins, réalisant qu'il n'avait encore rien avalé de la journée et que son estomac commençait à trouver le temps long. Il se leva et traversa la mezzanine pour descendre l'escalier de chêne qui menait directement au salon principal. Vêtu de sa soyeuse robe de chambre indigo et d'un pantalon assorti, il alla en cuisine se préparer un plateau de biscuits et de viennoiseries, ainsi qu'un nouveau café, puis ramena le tout au salon, où il se laissa tomber dans un fauteuil. La vieille cuisinière était absente, aujourd'hui, de même que son majordome. Ils profitaient chacun de leur jour de congé près de leurs proches. Aïlin appréciait particulièrement ses journées où il était entièrement seul dans le grand manoir. Il trouvait agréable de s'occuper lui-même de ses repas sans que Jenny, désemparée, ne tente de lui retirer la moindre assiette des mains en lui suppliant de retourner à ses affaires afin qu'elle puisse faire ce pourquoi elle était embauchée. Il eut un sourire à cette pensée. C'était même franchement agréable. D'un sort, il alluma le gramophone, qui se mis aussitôt à faire chanter un disque de vieux rock, puis s'attaqua à sa collation, penché au-dessus de la table basse.

Presque une heure passa, sans qu'Aïlin ne quitte le fauteuil qu'il avait investit. L'horloge sonna discrètement, et le jeune homme reposa sur l'accoudoir le livre qu'il avait été chercher dans la petite bibliothèque du salon. Il se leva, éteignit la musique et s'apprêta à rejoindre la salle de bain, quand un son qu'il n'avait plus entendit depuis des années s'éleva dans tout le manoir. L'alarme, seulement perceptible par les habitants de l'ancestrale demeure, venait de retentir. Par réflexe, Aïlin se tourna vers l'une des fenêtres, sourcils froncés. Il renoua sa robe de chambre et sortit sa baguette de sa poche, les sens aux aguets. C'était la première fois que quelqu'un osait une intrusion dans le manoir depuis qu'il en était le propriétaire. En dix-neuf ans, cela était arrivé une seule fois, et la scène à laquelle il avait alors assisté était restée gravée dans sa mémoire. Un employé de l'inspection imprudent avait manqué d'être démembré par la chimère de pierre, qui paressait le reste du temps dans le bassin du jardin, après avoir passé la grille du manoir sans y avoir été invité. Les sorciers pourvus de mauvaises intentions risquaient le même sort que ce pauvre employé, lui avait alors raconté Devin, qui riait à gorge déployée de la frayeur qu'avait eu l'intrus.
Laisser un voleur ou quiconque se faire dévorer par la gardienne du manoir n'avait cependant rien de plaisant aux yeux d'Aïlin, qui savait à quels ennuis il s'exposerait si un tel incident venait à se produire. D'autant plus qu'à cette heure, il était improbable qu'un potentiel cambrioleur tente de braver les protections du domaine. Peut-être était-ce alors bien pire qu'un cambrioleur. Aïlin fit volteface lorsque quelques coups secs furent frappés contre la fenêtre centrale. Son regard explora autant qu'il pu la cour que l'on devinait au travers de la fenêtre, mais il n'y apercevait absolument personne. Seul un petit rouge-gorge s'égosillait sur le rebord de la fenêtre. Si Jenny continuait avec sa manie de donner des miettes de pain aux oiseaux de passage, Aïlin allait finir par se trouver envahit, pensa-t-il avec agacement, en constatant que c'était certainement l'importun qui avait osé réclamer son dû en frappant au carreau du salon. Délaissant l'animal, Aïlin marcha d'un pas assuré jusqu'à l'entrée du manoir et passa les premières marches du perron, en veillant à ne pas se faire surprendre par quelque sorcier pourvu de mauvaises intentions.
Déjà, la chimère arpentait d'un pas souple l'avancée de la cour, les crocs découverts, grondant son mécontentement. Elle s'arrêta, huma l'air sous l'oeil sévère de son propriétaire, puis un frisson sembla la parcourir, comme si elle assimilait l'odeur de l'intrus. Alors, elle bondit de côté et galopa, prédatrice, jusqu'à la fenêtre où s'était perché l'oiseau. Mais plutôt que d'attaquer, la chimère se figea, les pattes bien en avant, dardant sa queue à tête de dragon en direction de quelque chose qu'Aïlin n'apercevait certainement pas. Non, définitivement non, un oiseau ne pouvait pas déclencher une alarme éprouvée depuis des siècles, qui n'avait jamais fait défaut à ceux qu'elle protégeait.


« Hominum revelio. »

Prononça Aïlin, persuadé de voir un sortilège de désillusion tomber et révéler quelqu'un, mais rien de tel ne se produisit. Une lumière irradia, et Aïlin dû descendre encore quelques marches pour apercevoir que ce qui s'était illuminé était... le rouge-gorge. Un animagus, l'oiseau était un animagus, Aïlin en était certain à présent. Il marcha d'un pas furieux en direction du volatile et du plat de la main, força la gardienne à reculer de quelques pas. Alors, il pointa son arme droit sur le rouge-gorge, une lueur de colère, brillant contre celui qui osait venir gâcher sa journée, dans ses yeux d'azur.

« Je vous conseille de reprendre immédiatement forme humaine et de révéler vos intentions avant que je ne vous y force. »

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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Ven 20 Juil - 15:45:01

L'esprit joueur de l'oiseau ayant pris le dessus, Clarisse avait cessé de réfléchir comme une sorcière. Elle avait même cessé de réfléchir tout court. Dommage. Car si la Serdaigle n'avait pas mis son cerveau en veille, elle aurait probablement pensé que le sortilège de protection du manoir Bower serait … agressif. Elle aurait bien dû se douter également que le maître des lieux ne prendrait pas l'alarme à la légère. Mais joyeuse et insouciante, elle n'y avait tout simplement pas songé. Elle n'avait pas non plus envisagé qu'une intrusion déclencherait de la panique puis de la colère chez son hôte, sans compter le désagrément causé à sa propre petite personne. C'était bien sûr tout sauf ce qu'elle voulait, mais il était trop tard, la machine était déjà en route. Elle aperçut du coin de l'œil un Aïlin en pyjama courir d'un bout à l'autre de la pièce, baguette en main. Pyjama du reste fort élégant, même si elle s'attendait à une autre tenue étant donné l'heure avancée de l'après-midi. Il semblait pressé et préoccupé ce qui alerta quelque peu le jeune oiseau. Il s'arrêta instantanément de chanter, attentif à l'activité du bel humain. Que lui arrivait-il par Merlin pour qu'il se hâte si soudainement? La réponse malheureusement ne tarda pas à se faire connaître.

Un grognement sinistre retentit bientôt dans la cours. Un bruit à vous glacer le sang. Le rouge-gorge en eut les plumes toutes hérissées. Lentement, l'oiseau se retourna, se tassant sur lui-même pour se faire le plus petit et discret possible. Un grondement pareil n'annonçait vraiment rien qui vaille et en sa situation de passereau, le moment était mal choisi pour se faire remarquer. Hélas, le monstre avait dû flairer sa piste car c'est vers lui qu'il s'approchait, un air redoutable accroché au visage. Pour peu évidemment qu'on puisse qualifier sa sale tête de lion malade de visage. D'ailleurs, en y pensant bien, une tête de lion avec un corps poilu de chèvre et (oh joie!) une queue de dragon, c'était... le pompon! Ce n'était rien de moins qu'une chimère qui se tenait devant l'oiseau. Un monstre assoiffé de sang, une bête vraiment redoutable qui semblait n'en avoir qu'après lui. Tremblant, l'oiseau n'en menait pas large: sa vie ne tenait plus qu'à un fil, il fallait être réaliste. Aucune chance de salut face à une bête aussi sauvage, dangereuse et déterminée. Même sous sa forme humaine la sorcière ne pouvait rien contre une chimère, ou bien trop peu, mais sous sa forme animagus, c'était encore pire. Le monstre était bien trop rapide pour elle. Clarisse payait maintenant sa légèreté de tantôt. Mais il ne serait pas dit, si cette chose venait à l'attaquer, qu'elle se laisserait faire sans rien tenter. Elle était écossaise de naissance, en ses veines coulait le sang des guerriers, pas celui des lavettes. Elle avait été stupide de ne tout simplement pas toquer à la porte, comme tout humain civilisé et normalement constitué. Mais non, il avait fallu qu'elle veuille faire une surprise au brun, et à présent elle en voyait nettement les conséquences. L'avantage, c'est que son cerveau de piaf s'était remis à fonctionner correctement. C'était au moins ça de sauvé.

Fort heureusement, la bête ne semblait pas décidée à s'en prendre à elle tout de suite, bien que sa queue piquante pointée dans sa direction n'aie rien de bien rassurant. Quelques secondes passèrent et un Aïlin hors de lui (et légèrement débraillé par sa course) fit son apparition. Il se planta devant elle, la menaçant de sa baguette. Visiblement il prenait la chose très au sérieux. Ça se comprenait, à sa place la jeune fille aurait été furieuse. Pourtant, une telle vision de son camarade lui fit presque oublier la présence de la chimère tant il lui semblait comique. Oui, la vision d'Aïlin lui donnait envie de rire, comme si elle avait fait là une bonne blague à un vieil ami. Mais cette hilarité naissante et bien réprimée masquait en réalité tout autre chose. C'est en voyant le jeune homme que Clarisse constata à quel point il lui avait manqué. Peu importe qu'il soit fâché après elle, même si pour l'instant il ignorait à qui il avait à faire, le petit oiseau était heureux de revoir ce bon camarade.


-Je vous conseille de reprendre immédiatement forme humaine et de révéler vos intentions avant que je ne vous y force.

C'était si gentiment demandé! Le « conseil » lui donna envie de sourire, mais que voulez-vous, lorsqu'on est muni d'un bec, sourire n'est pas la chose la plus aisée à faire. Comme un dernier signe de défi, le rouge gorge releva la tête et bomba le torse avant de fixer son regard azur dans celui de son interlocuteur. La seconde suivante, une jeune fille rousse se tenait négligemment assise sur le rebord de la fenêtre à la place du petit oiseau. Elle portait une robe grise à manches longues avec un léger décolleté et remontée juste au-dessus de ses genoux croisés. Décidant de jouer un peu, elle prit volontairement la pose, comme s'il était tout naturel de la trouver là, comme s'il était normal qu'elle passe d'une forme à l'autre sous les yeux de Bower. Elle adressa un magnifique sourire à son interlocuteur, ravie de son petit effet, et leva les mains en signe de redission.

-Mes intentions sont tout à fait louables votre honneur. Je venais rendre une petite visite surprise à un ami, est-ce permis?

Elle descendit de son perchoir tout en prenant garde de rester éloignée de la chimère. Si elle n'avait pas hésité une seconde à se transformer devant l'ex-Serdaigle, c'est que sa décision était prise depuis bien longtemps. Elle avait toujours eu envie de partager son secret avec lui en particulier, et seulement lui, parce que quoi qu'ils fassent, il tenait une place importante dans sa vie. Ils avaient toujours eu une certaine complicité et la jeune fille espérait que ce lien existerait encore malgré sa relation avec Mervin, le temps, la distance et maintenant cette petite farce qu'elle avait orchestrée. Même si Bower avait été furieux d'une intrusion, il devait se rendre compte à présent qu'elle s'était dévoilée, à quel point il n'y avait pas lieu de s'inquiéter.

-L'accueil n'est pas aussi chaleureux que je l'avais espéré... pourtant j'ai frappé à la fenêtre, il était inutile de m'envoyer le gros des troupes, tu sais bien que je suis inoffensive... Dit-elle, un sourire malicieux étirant ses lèvres fines.Voudrais-tu s'il te plait faire reculer cette aimable créature? Ajouta-t-elle en désignant la chimère.

Elle avança de deux pas, se retrouvant tout prêt du garçon. A y regarder de plus prêt, le jeune homme avait changé depuis leur dernière rencontre. Il avait plus d'assurance, mais semblait aussi plus fatigué. Ses activités d'alchimiste avaient pris de l'ampleur d'après ce qu'elle avait lu de ses lettres et il s'y investissait peut être un peu trop. Elle songea un instant à ses mains abîmées, mais chassa cette image de son esprit. Il était encore trop tôt pour s'inquiéter de sa santé...
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Ven 20 Juil - 18:18:59

Par Merlin, était-il en train de rêver ? Devant les yeux ébahis du jeune lord, le petit oiseau, le poitrail bombé, tout fier, avait pris la forme d'une magnifique jeune femme qu'Aïlin reconnaissait sans le moindre mal. Non, cela ne se pouvait pas, c'était un délire de son esprit. Clarisse, assise avec désinvolture au bord de sa fenêtre ? Clarisse animagus ? Clarisse, plus belle et plus sûre d'elle que jamais ? Elle semblait si fière, sûre de son petit effet sur Aïlin, se jouant de l'air presque béa qu'il lui adressait. Il n'avait pourtant rien pris qui puisse altérer à ce point sa conscience. Juste de quoi tenir la journée et une partie de la nuit sur ses fastidieux calculs. Était-il si intoxiqué, pour imaginer une chose pareille ? Il n'en croyait tout simplement plus ses sens. Et quelque part, il aurait voulu rêver. Car l'avoir sous les yeux, observer ce sourire s'étendre sur ces si jolies lèvres avait quelque chose d'éminemment douloureux. Tout ce temps, il avait pensé à elle, il avait souffert de son absence, l'aimant avec une déraison malsaine, son image allant jusqu'à l'accompagner dans ses rêves. Clarisse s'était entichée d'un autre et avait plus que limité ses entrevues avec lui, bien qu'Aïlin, pendant plusieurs mois, lui ait tenu une assidue correspondance, allant même jusqu'à lui offrir une magnifique robe bleue pour l'occasion des fêtes. Elle était demeurée inaccessible, et plus elle le fuyait, plus Aïlin avait espéré la reconquérir. Puis sa souffrance l'avait lassé, il avait cessé de lui apporter la moindre nouvelle, bien qu'avec mille regrets. Et à présent qu'il tentait de l'oublier, qu'il l'avait presque effacé de sa mémoire, maintenant qu'il désirait laisser une chance à son cœur d'éprouver des sentiments pour une autre femme, elle apparaissait ni plus ni moins sur le rebord de sa fenêtre, et prenait la pose pour taquiner encore un peu le jeune homme déjà ébranlé.

Tout ce temps, Aïlin demeura immobile, bien que la main tenant sa baguette s'était légèrement affaissée. La surprise l'avait laissé sous le choc, et il lui fallut déployer un effort surhumain pour se départir de son air surpris, presque hagard. Néanmoins, son cœur continua de battre avec force au creux de sa poitrine et il demeura muet, incapable de trouver quoi que ce soit d'intelligent à répondre à la belle, lorsque celle-ci continua de le taquiner sur le ton de la plaisanterie. Pour une surprise, c'était particulièrement réussi. À savoir si c'en était une bonne ou une mauvaise, Aïlin était encore trop sous le coup de l'étonnement pour en juger.
Tandis que Bower se recomposait un visage, Clarisse, elle, s'approchait de lui en notant avec amusement la froideur de l'accueil. Se rendait-elle au moins compte qu'elle aurait pu se faire dévorer par la chimère de pierre, si cette dernière avait jugé ses intentions comme peu louables ? Le problème des gardiens de pierre, c'était qu'ils ne pensaient pas, et que leur autonomie résidait en ce qu'ils ressentait. Il aurait suffit que la belle rousse ressente de la colère ou quelques autres sentiments jugés violents, et la chimère aurait peut-être décidé de ne faire qu'une bouchée d'elle. Manifestement, Clarisse n'en avait cure, et Aïlin n'avait aucunement l'envie de lui reprocher son imprudence. Il se sentait déjà assez embarrassé de l'avoir accueillie de la sorte, bien que sa réaction fusse parfaitement justifiée. Doucement, Aïlin finit d'abaisser sa baguette, tandis que Clarisse achevait de combler l'espace qui les séparait l'un de l'autre.


« Mais bien sûr, ma chère... Je vous dois mille excuses pour vous avoir accueilli d'aussi rustre façon. »

Susurra-t-il sur le même ton que la Serdaigle en laissant, pour la première fois, un sourire glisser sur ses lèvres. Il fit un petit geste de la baguette, et la statue animée retourna en silence vers son bassin, où elle reposait le reste du temps. Aïlin n'y prêta pas attention, absorbé par le visage de la jeune femme.
Elle avait changé. Elle semblait plus confiante, plus sûre d'elle, et ainsi, bien plus belle que dans ses souvenirs. Ah, quelle savoureuse torture que de l'avoir à ses côtés, alors même qu'il ne s'y attendait plus, qu'il n'espérait plus rien d'elle. Cette douleur, cette passion amère, au-delà de tout bon sens, lui avait manqué, quoi que sa raison tentait de lui dire. Elle lui avait manquée, mais les mots ne passèrent pas ses lèvres. En revanche, le jeune lord s'approcha à son tour de la créature qu'il idéalisait tant, pour l'étreindre et déposer un baiser léger sur sa tempe.


« La prochaine fois que tu me fais une visite surprise, je te serai gré de ne pas me faire frôler l'arrêt cardiaque. »

Lui murmura-t-il à l'oreille, faussement réprobateur. Il la lâcha, mais lui prit la main presque aussitôt pour la guider vers les marches du perron et la conduire à l'intérieur du manoir.

« Navré de t'accueillir dans cette tenue, je n'attendais personne, et j'ai été trop absorbé par mes recherches pour penser à m'habiller plus décemment. ...D'ailleurs, si tu veux bien me laisser un instant, que je sois présentable... Installe-toi, je reviens. »

Aïlin laissa Clarisse dans le vaste salon et emprunta les escaliers de la mezzanine pour s'acheminer jusqu'à la salle de bain. Il referma la porte derrière lui et s'y appuya, fermant les yeux un instant, essayant de chasser la douleur cruelle qui courait en lui. Pourquoi fallait-il qu'elle revienne quelques jours après qu'il ait fait la connaissance d'une autre, avant même qu'il n'ait pu ressentir plus que cette attirance capable de se transformer en sentiments plus profonds ? Il comprenait enfin ce qu'il avait fait ressentir à Clarisse, un an plus tôt presque jour pour jour, lorsqu'il était réapparut dans sa vie alors qu'elle tentait de tirer un trait définitif sur lui. C'était maintenant son tour, la fatalité se chargeait de le punir. Aïlin eut un sourire amer, puis se redressa et ouvrit son armoire, à la recherche de quoi se vêtir.

Quelques minutes plus tard, Aïlin descendait les marches de la mezzanine, recoiffé et habillé avec élégance. Il portait désormais un veston mordoré brodé de motifs noirs, sur une chemise à col relevé qu'un ascot de soie venait orner. Un pantalon de costume noir tombait, parfaitement coupé, sur ses derbys vernies. Nul doute qu'il désirait faire oublier à Clarisse cette image qu'elle avait eu de lui en robe de chambre en lui apparaissant sous un jour bien plus élégant. Et peut-être aussi, nourrissait-il le dessein de l'impressionner. Lorsqu'il était seul chez lui, Aïlin n'hésitait pas à troquer ses tenues classieuses de lord pour une simple chemise noire et un jean, mais cette fois-ci était différente. Parce qu'il n'était pas seul, justement, et parce que la jeune femme qui s'était invitée chez lui n'était pas n'importe quelle jeune femme, à ses yeux.
Il l'observa en descendant les dernières marches et un sourire qui n'avait rien de feint se percha sur ses lèvres.


« Il t'est donc poussé des ailes depuis notre dernière rencontre. » Murmura-t-il avec un soupçon d'amusement, tandis qu'il venait à sa rencontre. « Dans tous les sens du terme. J'espère qu'il ne te paraîtra pas indécent que je te dise à quel point je te trouve ravissante. L'amour semble te réussir... »

Prononça-t-il, à priori imperturbable. Avait-ce été une raillerie ? Cela était plus que possible, mais après tout, Clarisse ne s'était pas gênée pour l'embarrasser quelques instants plus tôt. Son plaisir de la voir était gâché par une pointe d'amertume, et il éprouvait une satisfaction un peu cruelle en prononçant cette simple phrase, qui avait pourtant quelque chose d'oppressant, entre eux.

« Je suis heureux que tu ne m'aies pas oublié, malgré tout. Je suis tout de même un peu surpris, je ne pensais pas te voir un jour apparaître sur le pas de ma porte. Ou plutôt, sur le rebord de ma fenêtre, devrais-je dire. Tu n'as pas d'ennuis, j'espère ? »

Lui demanda-t-il en observant, attentionné, ses beaux yeux d'azur. Pendant qu'il parlait, Aïlin lui pris la main et y déposa un léger baiser, qui ne fit que l'effleurer. Il relâcha la main délicate de Clarisse avec douceur, et s'installa avec désinvolture dans un des trois fauteuils près de la cheminée, non sans l'avoir tourné en direction de son hôte afin de lui faire face.

« Au fait, tu désires peut-être quelque chose à boire ? Je regrette d'oublier mes bonnes manières, mais j'espère que tu m'en excuseras. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit tomber du ciel une charmante écossaise... »
Taquina-t-il à son tour, le regard malicieux.

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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Jeu 26 Juil - 8:42:18

Si Bower fut quelques secondes hébété par la transformation de la jeune fille, il reprit bien vite ses esprits et l'étreignit. Clarisse avait espéré ce contact, autant qu'elle l'avait redouté et pourtant, c'était elle qui l'avait provoqué en s'avançant si prêt du jeune homme. Elle n'avait pas imaginé qu'une telle proximité puisse éveiller en elle tant de sensations. Tout à coup c'était son cœur qui semblait se réveiller, comme s'il avait hiberné pendant de longs mois, c'était sa peau qui frémissait, son corps qui trouvait sa place dans les bras d'Aïlin comme s'il avait été dessiné à cette fin. Le garçon la relâcha trop vite à son goût, effleurant tout de même sa tempe d'un baiser furtif. Il était sans doute bien loin de réaliser l'ouragan qu'il venait de déclencher chez la rousse, elle-même n'aurait su le prédire. Ignorant le trouble dans lequel il l'avait plongée, il l'entraîna à l'intérieur, s'excusant de sa tenue si peu appropriée. La Serdaigle se laissa faire, bien incapable de répondre. Elle le trouvait très bien comme ça. A vrai dire, qu'il soit en pyjama, en uniforme de Poudlard, en costume ou en maillot de bain, peu lui importait. La cape ne fait pas le sorcier disait-on. A ses yeux, le brun était beau, quel que soit l'habit qu'il portait. Prenant certainement son silence pour un acquiescement, il s'éclipsa et la laissa seule au salon.

Il était étrange de revenir ici. Presque un an plus tôt jour pour jour elle s'était disputée avec lui ici même. Elle se souvint qu'à l'époque elle avait poussé le jeune homme dans ses derniers retranchements pour obtenir de lui ce qu'elle voulait: la vérité. Cette discussion houleuse l'avait un peu apaisée, du moins c'est ce dont elle avait voulu se persuader. Il lui avait confirmé qu'il ne l'aimait plus, alors elle s'était obligée à ne plus l'envisager ainsi. Elle s'était précipitée dans la première relation « amoureuse » qui s'était présentée, cherchant à se convaincre qu'elle éprouvait une réelle attirance pour Mervin. Cette comédie avait duré un temps, mais elle n'avait pas supporté un tel mensonge très longtemps. Lorsque le jeune Lord posait ses lèvres sur les siennes, c'était à un autre qu'elle pensait. Son premier amour. Elle s'était dit au début que c'était normal, elle n'avait connu qu'Aïlin avant lui. Et puis au fil des jours elle avait réalisé qu'elle n'était pas amoureuse du gallois. Est-ce que ça voulait dire pour autant qu'elle ressentait toujours quelque chose pour le brun? Clarisse avait voulu croire que non. Ils n'étaient qu'amis, il le lui avait bien fait comprendre et elle voulait se satisfaire de cette relation. Parce que c'était mieux que rien. Elle avait trop souffert lorsqu'il était sorti de sa vie. Et aujourd'hui quoi? Aujourd'hui, après s'être crue capable de tourner la page, elle se rendait compte qu'il lui faisait toujours autant d'effet.... et sans doute pire encore...

Aujourd'hui, elle ne savait plus...

Alors que des bruits de pas retentissaient dans l'escalier, la rousse s'interdit de penser à ça. Elle devait prendre les choses comme elles venaient et savourer tout simplement ce moment entre amis. Et elle insista mentalement sur le mot amis, bien qu'il lui fut quelque peu douloureux. Elle se composa un visage enjoué avant de se retourner vers son hôte. Ses jeunes résolutions vacillèrent tandis qu'elle découvrait un Aïlin plus élégant que jamais. Elle douta qu'il se soit mis sur son trente et un pour elle. Peut-être avait-il un rendez-vous un peu plus tard... Le brun ne lui laissa pas loisir de cogiter davantage. Il lui proposa un siège, au demeurant for confortable elle avait déjà pu le constater, sur lequel elle s'assit bien volontiers. Bower commença alors un drôle de dialogue dont la rousse ne fut pas sûre de saisir le sens. Etait-il réellement heureux de la voir ou bien jouait-il à merveille la comédie en attendant son rendez-vous? Il s'était toujours exprimé en utilisant des doubles sens, à elle de les décrypter. Cette fois elle n'y parvint pas, hésitant entre ce que son cœur voulait comprendre et ce que sa raison lui soufflait. Elle garda donc le silence, une fois de plus, sans se départir de son beau sourire.


-Au fait, tu désires peut-être quelque chose à boire?

Lui demanda Aïlin avant d'enchaîner avec un nouveau compliment. L'écossaise sourit de nouveau. Aïlin savait se comporter en parfait gentleman quand il voulait. Et visiblement c'était la ligne de conduite qu'il avait décidé de suivre en cette fin d'après-midi.

- A vrai dire, je prendrais bien un peu de thé. Si ça ne t'ennuie pas, naturellement. Son escapade dans les bois lui avait en effet donné un peu soif. Et puisque la mode voulait que l'on prenne le thé dans l'après-midi, à force, elle en avait pris l'habitude. Mais peut-être que le brun désirait autre chose. Où ce que tu voudras en fait. Ajouta-t-elle. Mais arrête donc les flatteries, tu n'arriveras à rien de cette façon.

Elle le laissa les servir avant de prendre la parole. Elle avait pas mal de choses à lui dire, en commençant par cette histoire d'animagus. Cette fois encore elle lui prouvait sa confiance et elle avait besoin qu'il le sache. Qu'il prenne conscience d'être le seul à qui elle avait bien voulu se révéler. Le lien qui les unissait était spécial et la jeune fille souhaitait qu'il le demeura. C'était même pire que ça, comme une nécessité pour son propre équilibre. Et pourtant elle savait bien qu'elle risquait plus qu'un allé simple pour le ministère. Elle n'avait pas peur de se faire dénoncer, juste peur … d'être trahie par le garçon, de quelque façon que ce soit. Ça ferait bien plus mal. Mais elle devait le lui dire. Depuis le premier jour, depuis le soir de sa transformation, son secret lui brulait les lèvres.

-Tu te souviens l'an dernier, lorsque tu m'as invitée à dîner ici? C'était la première fois que je venais.

Et elle avait été plutôt impressionnée par le cocher, la diligence et la grande demeure. Tout lui avait plu, surtout la sculpture à l'entrée du salon, et l'aïeule de Bower dans son cadre. Le repas, les boucles d'oreille. Elle eut un sourire qui pouvait s'apparenter à une grimace.

-Le début de la soirée a été un peu houleux, je le reconnais. Mais par la suite, tu m'as emmenée prendre un irish coffee dans le jardin. Les yeux de la demoiselle se mirent à briller à l'évocation du souvenir. Et là, je t'ai parlé d'un secret n'est-ce pas? C'était ça mon secret. Tu vois, je t'avais promis de te le dire. Je tiens toujours mes promesses. Elle sourit.Et c'est un vrai secret. Disons que... j'ai peut-être bien oublié de remplir le formulaire du ministère. Je t'ai toujours dit, et ça remonte à plusieurs années maintenant, que je savais me défendre toute seule, que tu ne devais pas te sentir responsable de moi. J'avais tout juste quinze ans lorsque je me suis transformée pour la première fois... Et j'étais terriblement amoureuse de toi....

La Serdaigle se tut, savourant le plaisir qu'elle avait à partager cette information avec le jeune homme. Après tout, le fait d'être animagus était une partie d'elle et … c'était difficile à expliquer, mais étant donné que le jeune homme était celui qui la connaissait le plus, il lui semblait naturel qu'il appréhende également cette facette de sa personnalité.
La bleue et bronze baissa la tête et soupira, regardant le liquide tournoyer dans son verre. Il y avait autre chose qu'elle devait dire à Bower. C'était de loin le sujet qu'elle voulait le moins aborder. Sans doute était-ce plus facile de lui faire croire que tout se passait à merveille pour elle côté cœur. Elle devait pourtant s'y résoudre, il finirait par l'apprendre de toute façon et aurait alors l'impression qu'elle avait voulu le lui cacher. Ce n'était pas son but. Elle soupira une nouvelle fois. Quand il faut y aller, faut y aller.


- Oh et tu sais, je ne vois plus Mervin depuis quelques mois... Dit-elle sur le ton de la conversation.

Elle espérait que cette déclaration passe comme une lettre à la poste moldue, comme si elle venait simplement d'annoncer que Celestina Moldubec sortait un nouvel album. Mais au fond d'elle, la jeune fille n'était pas sans ignorer que c'était tout sauf anodin. Malgré tout, elle se disait que peut-être, avec beaucoup de chance, sur un malentendu... sa relation avec Aïlin s'en trouverait inchangée. Mais était-ce vraiment ce qu'elle désirait?


-Mais assez parlé de moi, comment te portes-tu Aïlin? Demanda-t-elle avec douceur et un réel intérêt.
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Jeu 26 Juil - 16:58:07

D'un geste de sa baguette, Aïlin fit apparaître une théière et deux tasses sur la table basse, non sans faire disparaître auparavant les restes de son semblant de déjeuner. Un sourire ourlait ses lèvres tandis qu'il s'employa à servir la jeune femme, qui faisait mine de se montrer insensible aux flatteries de son hôte.

« Ah oui ? Vraiment ? »

Murmura Aïlin en tournant un regard un peu sournois sur elle, tout en lui tendant sa tasse. Il se servit à son tour, plus pour accompagner Clarisse que par envie, puis s'installa, sans toucher à son thé. Il n'avait pas véritablement soif, à vrai dire. Et, il n'aurait su dire pourquoi, il se sentait plutôt dégouté de tout. Son thé le rebutait, et même le soleil qui brillait au-dehors avait perdu de sa magnificence. Clarisse seule brillait de mille feux, et cet éclat si pur, si envoûtant, était éminemment douloureux. Aïlin ne comprenait pas comment elle avait pu se jeter dans les bras de ce Mervin. Il n'avait pas digéré le choc, le dégoût que la nouvelle, des mois plus tôt, avait engendré en lui. Il avait pourtant tenté de lui montrer à quel point elle comptait pour lui. Il avait tout fait, pensait-il, pour qu'elle devine ses sentiments. Il avait cru être plus qu'explicite, il y avait de cela un an, lorsqu'elle lui avait demandé s'ils continueraient à se voir. Il lui avait bien avoué qu'il était difficile de l'imaginer en tant que simple amie. Et Aïlin n'était pas tout à fait décidé à accepter l'idée qu'elle n'éprouvait tout simplement plus rien pour lui. Pas tant qu'elle ne le lui aura pas avoué clairement. S'il devait faire une croix sur elle, il n'y avait qu'elle qui puisse le blesser assez pour le forcer à tourner la page.

Comme en écho à ses propres pensées, Clarisse évoqua ce jour où ils s'étaient revu pour la première fois depuis des mois, ici même, dans ce salon. Heureusement, l'atmosphère était beaucoup plus détendue aujourd'hui. Au moins entre eux, car Aïlin bouillait intérieurement.
Le jeune lord eut un sourire lorsqu'il vit les yeux de Clarisse s'éclairer au souvenir qu'elle évoquait. Signe discret qu'elle avait pris plaisir à cette soirée, malgré des débuts incertains. Elle lui rappela le secret qu'elle lui avait promis de révéler, et lui raconta, sans entrer dans les détails, son histoire d'animagus. Bien qu'elle n'en laissa rien paraître, Aïlin compris parfaitement le message. Elle comptait sur lui pour partager ce secret seulement avec elle, elle lui montrait qu'elle le croyait encore capable de lui être fidèle, de ne pas la trahir. Le regard du jeune homme demeurait aussi vif, aussi détaché qu'à l'accoutumée mais, au fond de lui, il était touché par cette preuve de confiance. Il n'avait, fondamentalement, jamais fait grand chose pour la mériter. Ce n'était pourtant pas seulement ce que lui disait Clarisse, au travers des mots qu'elle employait. Elle lui montrait, aussi, à quel point elle était forte, autonome, et libre.


« Je n'ai jamais douté de toi, Clarisse. Je ne t'aurais jamais aimé si tu avais été simplement banale, si tu n'avais attendu que mon aide. En vérité, c'est moi qui avais besoin de toi. »

Avoua-t-il après une légère hésitation, mais avec une sincérité que Clarisse lui avait très peu connue. Elle n'avait peut-être entendu cette intonation là, chez l'ancien Serdaigle, qu'il y avait fort longtemps, dans la tour des Serdaigle. Le lord tendit la main pour la poser sur celle de son amie, et il la pressa légèrement, sans la quitter des yeux.

« Je te promets de garder ce secret aussi précieusement que s'il s'agissait du mien. Tu n'as aucune crainte à avoir, tu sais bien que je suis doué pour garder le silence sur ce que je sais, ainsi que sur ce que je pense... »

Il lui adressa un clin d'oeil, et garda un instant sa main sur la sienne, observant, un peu pensif, le tracé délicat de ses doigts, mais s'efforça d'arrêter ce geste. Il bu une gorgée de thé, à l'instant même où la belle Serdaigle repris la parole. Ce qu'elle lui dit, en revanche, paralysa son cerveau. L'information stagnait là, presque palpable, inespérée, auréolée de cruels et douloureux espoirs. Aïlin s'était immobilisé, et, sans qu'il n'ait le temps de le calculer ni de le retenir, un sourire franchement réjoui glissa sur ses lèvres. Lorsqu'il s'en rendit compte, c'était trop tard, il ne put que retenir le rire qui menaçait de le secouer. Aïlin reposa sa tasse en douceur, veillant à ne pas croiser le regard de Clarisse. Si cela se trouvait, elle avait souffert de cette séparation, et lui se permettait d'en rire avec bonne humeur. C'était très mal, mais voilà, c'était incontrôlable. Il toussota, cachant ce sourire odieux derrière son poing, avant de daigner reposer les yeux sur Clarisse.

« Je suis vraiment navré. »

Personne n'y aurait cru une seule seconde, surtout après le rire amorcé que le jeune lord avait ravalé in extremis, et l'éclat insolemment joyeux qui brillait dans son regard. L'excuse valait autant pour la rupture que pour l'attitude qu'il venait d'avoir. Néanmoins, il reprit bien vite son sérieux, réfléchissant à la question, à priori banale, que lui avait posé la belle Clarisse.

« Eh bien... C'est compliqué, comme toujours. »

Aïlin baissa les yeux et joua avec sa chevalière, nerveusement. Oui, c'était compliqué. Tant de choses s'étaient passées, tant de choses qu'il n'avait pu lui dire dans des lettres. Des choses qui devaient rester ici, entre ces murs, bien cachées. Ses retrouvailles avec Lynn, le carnet de son père, la manipulation de Torin, et Carpenter, le meurtre de cet homme qui avait touché sa sœur alors qu'elle n'était qu'une enfant.

« Les affaires vont bien, tout me réussit professionnellement. Je ne m'attendais pas à ce que ma réputation prenne de l'importance aussi rapidement. C'est le reste qui ne va pas. »

Aïlin marqua une pause, la gorge nouée. Pour la première fois depuis des années, il éprouvait le besoin, véritablement, de se confier. Et pour la première fois, il ne voyait rien que le retenait, si ce n'était lui-même. Il fallait, simplement, qu'il réussisse à parler. Mais sa voix semblait décidée à ne pas s'extirper d'entre ses lèvres. Un soupir lui échappa.

« J'ai découvert plein de choses, sur mon passé, sur ma famille aussi. J'en ai fait aussi d'autres, de ces choses qui ne se disent pas, de ces choses... qu'on fait le serment de ne pas dire. Mais j'ai l'impression que tout ceci n'a pas tant d'importance, en réalité. Non... ce qui me fait vraiment mal... »

Aïlin s'interrompit, cherchant ses mots. Il posa les yeux sur la Serdaigle. On devinait sans mal la douleur qu'il renfermait à cet instant. Toute la souffrance qu'il avait tenté de résorber tout au long de l'année émergeait. Alors qu'il ne lui avait jamais montré qu'une part de lui, cachant la profondeur de ses troubles le reste du temps, il les lui dévoilait maintenant. Car il était incapable de lui montrer un autre visage. Il était las, il n'avait personne à qui parler de cela, et quoi qu'il en dise, Clarisse était celle qui le connaissait le mieux. Elle était celle qui avait eu foi en lui, qui l'avait cru, toujours, simplement parce qu'il lui assurait la vérité de ses mots.

« C'est cette impuissance... Cette colère que je ne peux apaiser. Je croyais en vouloir à ma famille, à mon frère Torin tout particulièrement. Je pensais que j'avais besoin de me venger. Mais ça ne change rien. J'ai presque tout ce que j'avais souhaité. J'ai des terres, je vis dans la plus magnifique région que je connaisse, j'ai la fortune... la tranquillité... mais je deviens fou. ...Je te dois un secret. J'en ai beaucoup à te confier, des choses que je ne pouvais pas t'écrire et qui ne te plairont certainement pas, mais je tiens à partager celui-là avec toi en premier, parce que je ne peux plus le taire. »

Un sourire amer glissa sur ses lèvres, et le jeune Bower se leva de son siège en prenant sa baguette magique. Il l'agita, et prononça le sortilège du patronus. Aussitôt, un lynx s'échappa de son arme et courut gracieusement autour du fauteuil où siégeait Clarisse, avant de s'immobiliser tout près d'elle.

« Tu sais quel est le meilleur souvenir qui me permette de produire ce sort ? C'est toi. Je me rappelle la confiance que tu m'as porté le soir où nous nous sommes retrouvés dans la tour de Serdaigle. J'avais tout fait pour que tu me déteste, bien malgré moi. Mais lorsque je t'ai dit que j'avais subi le sortilège de l'imperium, tu m'as cru sans me demander d'autres explications. Tu es simplement restée, quoi que j'ai pu faire avant cela. »

Le lynx se volatilisa en douceur, et Aïlin fit quelques pas pour se rapprocher de la jeune femme. Si sa gorge était nouée, s'il avait mal de se livrer autant, il n'éprouvait cependant pas l'envie de s'arrêter, de se taire. Puisqu'elle était là, et puisque Mervin ne faisait plus parti de sa vie, il pouvait enfin lui dire ce qu'il ne lui avait jamais dit, par crainte, et aussi, par manque de sincérité envers lui-même. Il la désirait, elle, sa beauté, tout ce qu'elle représentait. Elle était son obsession, l'objet de ses fantasmes, parce qu'elle avait toujours été là pour lui, même lorsqu'il n'avait été qu'un parfait salaud. Doucement, il se pencha sur elle, posant ses mains de part et d'autre de la jeune femme, et ses yeux bleus s'ancrèrent dans les siens.

« Tu sais, j'ai tenté de t'oublier, ces derniers mois. J'ai cessé de t'écrire pour cesser de penser à toi. J'aurais presque réussi, mais tu es là aujourd'hui, et quand je te regarde, je me rappelle seulement à quel point je te désire, et à quel point j'en souffre. Tu t'immisces dans mes rêves, tu t'accroches à mes pensées sans même que je ne m'en rende compte. »

Sa voix n'avait été qu'un murmure, et son regard s'était embrumé au fur et à mesure qu'il parlait. Aïlin semblait être dans un état second, dans l'un de ses rêves où il fantasmait leurs réconciliations, où enfin, il osait, sans la moindre crainte, l'embrasser. Ses lèvres effleurèrent celles de la jeune femme, et sa main glissa dans l'échancrure de ses hanches, sans brutalité, semblant malgré tout lui intimer l'ordre de ne pas chercher à se défaire de son étreinte. Ses doigts libres se posèrent sur la joue de Clarisse, puis sur sa gorge, qu'il caressa tendrement.

« Tu n'imagines pas le mal que tu me fais, simplement en étant là. »

Souffla-t-il sur ses lèvres, tandis que sa main s'agrippait au tissu de sa robe, comme pour être certain qu'elle était bien là, qu'il ne rêvait pas, mais aussi, et surtout, pour la retenir. Il avait conscience que son attitude dépassait largement ce qu'il avait projeté, mais il ne se contrôlait pas. Qu'elle le gifle, qu'elle le repousse, Aïlin ne comptait pas se résigner à la laisser s'échapper une nouvelle fois. Cette fois, il ne laisserait pas passer la chance d'obtenir ce qu'il désirait. Sur cette pensée, il l'embrassa sans retenue, tentant, par ses gestes tendres et sensuels, par l'intensité de ce baiser, de lui prouver à quel point il était sincère et à quel point il l'aimait, aussi effrayante pouvait être cette pulsion à laquelle il laissait enfin libre court, sans même laisser une chance, à celle qui en était l'objet, d'y réchapper. Par ce geste, plus que par les mots, il voulait lui dire que ce mal dont il souffrait était son absence. Il avait pensé la prendre simplement dans ses bras, chercher dans ce contact une quelconque consolation, mais il ne réfléchissait tout simplement plus, et, s'il l'avait tenté, ne serait pas parvenu à agir de façon raisonnée. Après cela, il serait au moins certain des décisions qu'il devrait prendre au sujet de Clarisse. Il s'était réfréné trop longtemps et, finalement, Bower se doutait qu'il était destiné à voir ses bonnes résolutions d'antan s'effondrer sous l'intensité des passions qu'il ressentait. Qu'il le veuille ou non, il était ainsi. Aussi passionné, obstiné et déterminé que l'était son père.

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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Ven 3 Aoû - 20:14:56

Clarisse fit comme si elle n'avait pas vu le sourire franchement ravi de son hôte à l'évocation de feu sa relation avec Mervin. Elle ne fit pas plus de cas de ses excuses, pressée que la conversation évolue vers un sujet moins embarrassant. Pourtant, son cerveau fonctionnait à plein régime. Pourquoi, par Merlin, Bower semblait-il heureux de son échec sentimental? Après tout il n'était pas sensé savoir que la rupture était de son propre fait. Un véritable ami aurait eut l'air peiné pour elle, il se serait inquiété de son bien être, même si en son fort intérieur il n'en pensait pas moins. Enfin, cette théorie ne venait pas d'elle, la rousse n'avait pas suffisamment d'expérience sociale pour dire comment devait ou ne devait pas se comporter un ami. C'est Edwin qui le lui avait un jour soufflé à l'oreille. D'ailleurs son cousin avait pour une fois été du même avis qu'Aïlin à propos de cette relation. D'après lui Mervin était un mauvais garçon qui n'arrivait pas à la cheville de son grand ami Flynn avec qui il ne désespérait pas de caser sa très chère écossaise. Tout ça pour dire que le rouge-gorge était totalement perdu. D'un autre côté il fallait bien avouer qu'avec l'Irlandais rien ne s'était jamais passé selon les soit-disant codes instaurés par Morgane seule savait qui et qui, selon elle, était d'une stupidité sans borne. Elle préférait, et de loin, que son interlocuteur ne fasse pas semblant de la plaindre, alors qu'elle-même se sentait libérée. Enfin n'était-ce pas tout de même un peu bizarre?

La jeune fille tâcha d'oublier la réaction spontanée du brun pour se concentrer sur ses paroles. Elle fut rassurée d'entendre que ses affaires fonctionnaient bien. Elle n'en avait jamais douté à vrai dire, mais il était toujours plus agréable d'entendre de bonnes nouvelles. Néanmoins, elle était bien loin d'imaginer ce qui allait suivre.


-C'est le reste qui ne va pas.

Aussitôt la rousse haussa un sourcil, inquiète malgré-elle de ce qui pourrait suivre. Elle n'était pas sans ignorer que le jeune homme était majeur, vacciné et parfaitement capable de s'occuper de lui, mais c'était plus fort qu'elle. Entendre des propos aussi négatifs ne pouvait que … l'inquiéter. Il n'y avait pas d'autre mot. Il aborda le sujet de sa famille et aussitôt, Clarisse pressentit le pire. Le père Bower avait été une véritable ordure, quant à Torin, l'aîné, elle avait pu constater de ses propres yeux à quel point il était pourri jusqu'à la moelle. Si certaines choses concernant ces sinistres personnages avait refait surface, il n'était pas étonnant que le cadet en soit chamboulé. D'après ce qu'elle en savait, ça ne pouvait qu'être mauvais pour Aïlin. Et cette pensée lui fut confirmée dès qu'elle l'entendit prononcer le mot vengeance. De quoi avait-il du se venger? Qu'avait-il pu arriver de si grave? Et surtout, qui méritait pareille punition? Père et frère gisaient six pieds sous terre depuis un moment, il ne pouvait plus rien contre eux. Alors qui? Comme autrefois, ce qui importait à la rousse n'était pas de savoir ce qu'Aïlin avait fait, mais s'il ne s'était pas attiré d'ennui, s'il n'avait pas été blessé, si... Elle aurait voulu lui en demander plus, mais les mots moururent sur ses lèvres: déjà le brun passait à autre chose. Un secret qu'il lui devait.
La rousse resta bouche bée lorsqu'un magnifique lynx de brume surgit de la baguette de son hôte et vint tourner autour de son fauteuil. Elle admira la maîtrise du sortilège, mais elle ne voyait pas où il voulait en venir. Si elle avait pu deviner ce qui allait suivre... sans doute aurait-elle prit la fuite. Cependant, faute d'avoir de grands talents en divination, elle resta bien sagement assise dans son fauteuil, tandis qu'un séisme allait bientôt ravager le salon.

Elle se sentit curieusement touchée lorsqu'il lui révéla le souvenir heureux qui lui permettait de produire ce si joli patronus. Curieusement car ce qu'elle ressentit n'était pas vraiment sain. Elle se réjouit intérieurement d'en être la cause. Cet aveux n'avait pas de prix à ses yeux, il lui prouvait qu'elle était spéciale pour Aïlin et c'était tout ce qu'elle souhaitait au monde. Conserver ce lien particulier qui les unissait depuis le début. Elle eut un mince sourire. Et pourtant, encore une fois si elle avait pu deviner ne serait-ce qu'une seconde ce qui allait se passer, alors elle se serait envolée. Le jeune homme s'était levé, puis rapproché d'elle au point d'en affoler le compteur de son pauvre petit cœur d'oiseau. L'écossaise tenta de ne rien laisser paraître, inspirant le plus calmement qu'il lui était possible en pareilles circonstances. Surtout qu'Aïlin n'en finissait pas d'approcher. Surtout si elle écoutait les paroles du garçon. Surtout si elle sentait les lèvres d'Aïlin contre les siennes. Si douces et si douloureuses. Et si en plus ses mains caressaient sa peau avec douceur. Non, décidément, il était bien trop difficile pour elle de contrôler son cœur et sa respiration avec tout ce qui lui arrivait. Sans parler de son cerveau, totalement anesthésié par les sensations qui l'envahissaient. C'était bien mieux que tout ce qu'elle avait pu tester jusque là. Et ce n'était pas fini. L'alchimiste l'entraîna dans un baiser beaucoup plus passionné, presque exigeant. La Serdaigle ne savait plus où elle était, qui elle était, tout ce qui lui importait c'était Aïlin et ses lèvres sur les siennes. Pour la première fois depuis qu'elle était devenue animagus, la rousse se sentit vivre...

Malheureusement le baiser finit par prendre fin, laissant Clarisse pantelante. Aïlin s'éloigna de quelques centimètres et planta son regard dans celui de la jeune fille. Elle était si bouleversée... elle resta quelques secondes dans un état second, n'arrivant pas à réaliser ce qui venait de se produire. Puis, petit à petit, son cerveau se remit en marche. Au fur à à mesure, son visage se décomposa et ses yeux s'embuèrent. Tout à coup, elle repoussa le garçon de toutes ses forces et se leva.


-Non!

La rousse marcha jusqu'à la fenêtre la plus éloignée et resta silencieuse quelques instants, le regard dans le vague, dos au jeune homme. Puis elle prit la parole, d'une voix calme, trop calme.

-Tu veux que je te dise pourquoi ça n'a pas marché avec Mervin? Parce que chaque fois que j'étais avec lui, c'était à un autre que je pensais. A toi. Il n'y a jamais eu que toi Aïlin. Depuis le début. Je t'avais dit que je serai toujours là pour toi et c'est le cas. Mais pas comme ça...

Elle se retourna, des larmes roulaient sur ses joues, pourtant, aucun sanglot ne venait perturber sa tirade.

- Je désire ton corps bien sûr, mais pas seulement. Loin de là. Je veux aussi ton sale caractère, ton emportement, ton talent, ta douceur, ton intelligence, tes meilleurs côtés, mais les pires aussi. Ton passé, tes erreurs, je veux tout. Ton âme, ton cœur.... Elle s'interrompit un instant, détourna le regard quelques secondes avant de fixer ses yeux accusateurs dans les siens. Ce serait facile de te dire oui maintenant. On passerait sûrement de très bons moments pendant quoi? Une semaine? Un mois? Deux? Un an maximum? Les meilleurs moments de ma vie dans ce court laps de temps et tout le reste de mon existence pour regretter? Non Aïlin! Elle s'emportait, les larmes dévalant toujours ses joues et ses cheveux s'agitant autour de son visage. Je ne le supporterais pas. Je ne veux pas juste être un fantasme, tu comprends? Parce qu'une fois que tu m'auras eue, tu te lasseras vite et alors je ne serai qu'un nom de plus sur la liste. Cette fois, la colère commença à se faire palpable. S'il n'y a que mon corps qui t'intéresse, alors tiens! Elle s'arracha quelques cheveux et les brandit en direction du garçon. Tu n'as qu'à prendre ça et te payer une prostituée. Tu dois bien avoir les moyens non?! Tu lui feras boire du polynectar et tu auras ce que tu veux. Mais jamais, tu entends, jamais tu ne poseras la main sur moi!

Elle était carrément furieuse! Si elle n'était à ses yeux qu'une poupée, qu'un corps, alors qu'il aille au diable! Elle avait beau l'aimer de toutes ses forces, elle préférait tirer un trait définitif sur lui plutôt que de vivre ça...
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Sam 4 Aoû - 12:45:19

D'instinct, Aïlin se recula au cri de protestation de Clarisse. Il s'éloigna de quelques pas lorsqu'elle le repoussa, bien que sa main, quant à elle, tenta de la retenir. Il ne voulait pas la voir partir, il ne voulait pas l'entendre le repousser une seconde fois et il se prit à espérer que c'était la surprise, la crainte ou quelque émotion promettant une fin plus positive qui l'avait fait s'écarter de la sorte. Presque calme, il la regarda s'éloigner à l'autre bout de la pièce, avec l'espoir qu'il n'avait pas éveillé la colère dévastatrice de la belle Serdaigle. Elle avait répondu à son baiser. Il avait lu le trouble dans ses yeux, ses discrètes rougeurs qui s'étaient emparées de ses joues, signe incontestable qu'il ne lui était pas indifférent.
Comme il y avait cinq ans, rien ne semblait destiné à être simple, entre eux. Aïlin en eut la triste confirmation lorsque Clarisse retourna son beau visage baigné de larmes vers lui. Son cœur se serra, et il regretta aussitôt son audace. Plus que la colère qui risquait d'assaillir la jeune femme, c'était ses pleurs silencieux qui lui étaient tout bonnement insupportables. Il s'avança de quelques pas, mais se figea lorsqu'elle prit la parole. Ce qu'elle lui avoua lui donna instantanément envie de combler l'espace qui les séparait et la prendre dans ses bras, mais ses derniers mots l'en empêchèrent. Ses sourcils se froncèrent. Il ne comprenait pas. Qu'attendait-elle de lui ?
Lui, tout entier. Son souffle se raréfia dans sa poitrine tandis que le lord écoutait les paroles de celle qu'il aimait. Elle lui avouait à quel point elle le désirait, à quel point leurs sentiments se rejoignaient. Il la désirait comme il savait ne plus pouvoir désirer personne d'autre avant longtemps. Ou peut-être jamais. Il voulait ses sourires, sa douceur, ses mains sur sa peau. Il voulait ses rires et ses colères, ses larmes et ses passions. Il voulait pouvoir contempler son visage assoupi près de lui, et, surtout, cette confiance qu'elle lui avait donné, qui l'avait poussée à l'accepter tel qu'il était, même dans ses atours les moins reluisants.


« Clarisse... »

Murmura-t-il, mais elle ne sembla pas l'entendre. Elle continuait et se laissait submerger par ses émotions. Sa voix se haussait, son visage se faisait plus dur, et le premier coup d'estoc qu'elle lui asséna le paralysa sur place. Son esprit n'eut pas le temps d'analyser ce qu'elle lui disait que la jeune femme explosa, s'arrachant une poignée de cheveux avant même qu'il n'ait le temps d'entamer un geste ou un mot pour l'en empêcher. Il regarda les cheveux s'envoler entre eux, décontenancé, et fixa une longue seconde cette mèche flamboyante s'échouer misérablement sur le carrelage, sans vraiment y croire. Le second coup de poignard qu'elle enfonça dans sa poitrine lui parut encore plus surréaliste, et plus cruel que tout ce à quoi il s'était attendu. Bien sûr, il avait envisagé qu'elle se défende avec les seules armes qu'il lui restait, mais il n'aurait jamais imaginé qu'elle ose le considérer de la sorte. Elle lui crachait tout son venin au visage, l'écrasait sous une injure odieuse, piétinait sa dignité comme personne ne l'avait encore jamais fait. La douleur fulgurante de l'humiliation explosa dans tout son corps. Une indicible souffrance se répandit, plus violente à chacun des battements de son cœur. Aïlin eut envie de hurler, de s'effondrer, de se laisser aller aux larmes et à la rage. Il eut envie d'envoyer valser le mobilier, et il dût se faire violence pour rester sagement à sa place. Seule sa main s'était appuyée sur le dossier du fauteuil pour le soutenir, seul signe, avec l'éclat humide dans son regard, de sa faiblesse.

Elle aurait difficilement pu lui faire plus de mal. De longues secondes de silence s'écoulèrent, pendant lesquelles il attendit qu'elle revienne sur ses propos, qu'elle s'excuse de le considérer comme un être vulgaire, incapable du moindre sentiment plus sophistiqué qu'une bestiale et fulgurante envie de sexe. Mais après tout, n'avait-elle pas, au fond, touché dans le mille ? Ne finirait-il pas par se lasser de ses beaux yeux, lorsqu'il aurait obtenu d'elle tout ce qu'il désirait ? N'avait-il pas l'arrogance de vouloir la posséder toute entière ? Si, il l'avait. Il voulait sentir son corps contre le sien, il rêvait de passer ne serait-ce qu'une nuit auprès d'elle, de lui faire l'amour comme jamais il ne l'avait fait avec une autre femme. Mais il l'aimait. Il l'aimait à s'en rendre fou, et c'était sa présence, plus que tout, qu'il voulait. Sentir son cœur battre près du sien, se noyer dans les océans insondables de ses yeux, et même la souffrance qu'elle insufflait en lui, lui donnait l'impression de vivre. Il se sentait terriblement seul, sans elle, parce qu'elle était tout ce qu'il avait eu, parce qu'auprès d'elle, il se sentait non pas moins sale de toute ce qu'il avait fait, mais certain qu'il était capable d'autres choses, meilleures. Elle le rassurait, il avait besoin d'elle. Comme, manifestement, elle avait besoin de lui. Cette réflexion lui fit comprendre le sens caché de son agressivité.

D'un pas lent, Aïlin s'approcha de Clarisse et s'arrêta à quelques pas d'elle, sans la quitter du regard une seconde.


« Oui, je comprend. » Murmura-t-il d'une voix plus calme encore qu'il ne l'avait espéré. « Je comprend tes craintes. »
Il s'approcha encore et tendit les mains vers son visage, ne s'arrêtant que pour lui demander, d'une voix presque inaudible :
« Laisse-moi sécher tes larmes. »
Ses pouces effleurèrent les joues de la jeune femme et essuyèrent les sillons humides qui s'étaient tracées sur sa peau diaphane.

« Tu n'es pas un fantasme, Clarisse, tu es un rêve. Je rêve en effet de te toucher, de parcourir ton corps, de me dévouer à ton plaisir. C'est vrai, j'ai rêvé que je te faisais l'amour. »
Ses mains lâchèrent son visage et l'une d'elle vint trouver sa main.
« Mais même les souffrances que tu m'infliges n'ont pas raison de ce que je ressens pour toi. Si cela te rassures, je préfère être ton objet plutôt que tu sois le mien. »

Sans lâcher sa main, il posa un genou devant elle, puis releva le regard dans le sien.
« Tu veux mon âme ? Tu l'as déjà, si tu veux bien regarder au-delà des apparences. Je n'ai d'ailleurs rien à te cacher, puisque tu connais le pire en moi. Tu as partagé mes secrets, tu as cru en moi quand tout t'incitait au contraire. C'est ça que je désire le plus en toi. J'ai rêvé du jour où je serai enfin en paix, où je n'aurai plus à craindre d'éprouver quelque chose pour toi. Rien ne s'est passé comme je l'espérais. »

Il s'arrêta un courte seconde, le temps de déposer un baiser sur sa main, à peine perceptible. Ses doigts se crispèrent, s'enlacèrent entre les siens et il ferma les yeux pour oublier sa conscience, sa sa réserve, et tout ce qui pourrait encore le retenir.

« Tu crois que je ne désire que ta chair ? Alors laisse-moi te jurer fidélité sans jamais te toucher. Laisse-moi m'éveiller à tes côtés sans me permettre d'autre geste que d'effleurer ton visage endormi. J'ai détruit assez de choses pour ne pas vouloir briser ce que je vis auprès de toi. Moi non plus, je ne veux pas te regretter toute ma vie. »

Aïlin relâcha doucement l'étreinte qu'il exerçait sur la main de Clarisse, pour la glisser sous la sienne et l'embrasser une dernière fois, sans rouvrir les yeux.
« Si tu m'aimes autant que je t'aime, épouse-moi. »
Souffla Aïlin avec conviction contre le dos de sa main, sans douter une seule seconde de l'engagement qu'il prononçait devant elle. Il rouvrit les yeux, posa son regard dans le sien et sut qu'il lui serait dévoué. Il y avait des vérités que l'on connaissait à l'avance, et celle-ci en faisait partie. Il avait trop de secrets, il renfermait trop de mystères pour aimer une seconde fois comme il aimait aujourd'hui. Peu importait son sang, peu importait qu'elle n'entre pas dans les critères de la femme idéale dans les milieux qu'il côtoyait. Les carcans étriqués de ses pairs n'avaient jamais conditionné sa vie. Si elle désirait une garantie qu'il ne la quitterait pas, elle l'avait à présent.

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  • Clarisse McBrien
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Mar 14 Aoû - 9:38:16

La jeune fille était furieuse. Aïlin n'était qu'un homme, attiré avant tout par les plaisirs de la chair. Il se fichait pas mal d'elle et de ses sentiments. Cette révélation lui faisait bien plus mal que n'importe quel sortilège de torture. Elle avait espéré qu'il soit différent des autres, encore une fois elle avait voulu croire que quelque chose serait possible entre eux. C'est ce qu'elle avait toujours secrètement désiré. Aïlin à ses côtés, comme autrefois. Peut être pas pour toujours, certes, elle n'était pas totalement stupide, mais faire un bout de chemin ensemble. Dans les moments joyeux, comme cette fois-là au terrain de Quidditch comme dans les moments plus difficiles. Il avait été là lorsque son père était mort. Présence subtile, épaule complaisante, paroles réconfortantes. Il fallait aller de l'avant et il l'y avait aidée. A sa façon. Et aujourd'hui... à présent tout était perverti. Il ne restait que les cendres d'une entente passée. Mais ni les cendres froides ni le bois vert ne parviennent à allumer un feu. Et que faisait-elle encore chez lui? Elle avait envie de fuir, d'étendre ses petites ailes et de partir le plus loin possible de lui. Clarisse n'avait jamais été courageuse, c'était sans doute là son plus gros défaut. Sauver sa peau d'abord, discuter ensuite. Et à ce moment précis, sauver sa peau c'était partir, s'enfuir loin et ne pas revenir. Jamais. Son cœur avait trop saigné. Il était encore capable de battre par on se sait quel miracle mais un coup de plus et il s'arrêterait définitivement. Pourtant, si son bon sens lui hurlait de s'en aller, la rousse restait bêtement plantée là, à pleurer silencieusement dans ce salon trop propre et bien décoré. Elle était incapable de bouger.

Il y eut quelques secondes de flottement, puis Bower commença à s'approcher d'elle doucement. Il lui dit qu'il comprenait. Mais que comprenait-il exactement? Elle aurait dû partir, ne plus l'écouter. Il allait tenter de l'amadouer avec de belles paroles. Il ne fallait pas se laisser prendre au piège. Trop tard. Depuis le début il avait été sa faiblesse. Elle avait su se mettre en colère contre lui, mais pour lui faire avouer qu'il était quelqu'un de bien. Il ne restait rien ni de sa fierté piétinée, ni de son orgueil, rien qui puisse la sauver pour l'instant. Lorsqu'il tendit la main vers elle, elle détourna la tête, mâchoires crispées. Seul signe de son désaccord. Mais elle le laissa faire. Elle aimait le contact de ses doigts sur sa peau autant qu'il la répugnait. Elle ne bougea pas. Ce n'était qu'un mauvais moment à passer lui soufflait sa conscience. Il valait mieux lui laisser cette occasion de s'expliquer, puis ensuite tout serait terminé. Elle n'aurait alors rien à se reprocher, et surtout plus rien à regretter. Ça lui faisait mal de l'admettre, même tout au fond de sa tête, mais Edwin avait raison. Aïlin n'était pas pour elle, il ne l'avait jamais été. Elle n'était pas pour lui, non plus, qu'avait-elle cru? Rien ne correspondait, sans parler de leur caractère respectif, déjà au niveau de son statut social ça clochait. Il fallait se résoudre à l'évidence. Même s'ils s'étaient aimés sincèrement (et visiblement ce n'était pas le cas), elle n'aurait pas pu devenir la femme d'un Lord. Il aurait été honteux pour lui de s'afficher avec une fille d'aussi basse extraction. Le goût acre du sang déferla dans la bouche. Sans s'en rendre compte elle s'était mordu la lèvre...

Il était temps de se secouer et de partir! Elle n'avait que trop tardé.

Mais soudain, Les paroles retentirent. Sans pouvoir s'en empêcher, la rousse tourna la tête vers le jeune homme. Il avait maintenant un genou à terre. Elle ne l'avait même pas vu faire. Depuis quand? Est-ce que ça faisait longtemps qu'il lui parlait? Elle l'ignorait. Tout ce qu'elle savait à présent c'est qu'elle venait d'entendre les mots magiques. Et elle ne s'y attendait pas. Pas après tout ça. Se pouvait-il qu'elle se soit trompée? Qu'elle ait été aveuglée par la peur? Peur qu'une fois encore les choses se passent mal, que son cœur déjà difficilement rafistolé n'éclate en morceaux. Elle n'était pas certaine de comprendre la pièce qui se jouait sous ses yeux et dont elle était l'un des personnages principaux. Il lui sembla que le monde s'était mis à tourner autour d'elle, bouleversant sa réalité pour en afficher une autre. Puis il y eut la question.


- Si tu m'aimes autant que je t'aime, épouse-moi.

Le temps s'arrêta. Les aiguilles des horloges cessèrent leur course autour du cadran, le sable resta suspendu dans les sabliers. Le cœur de Clarisse s'arrêta de battre. Et repartit. Son cerveau sous-alimenté en oxygène arrêta lui aussi de fonctionner. Tout cela était irréel. Elle était en train de rêver. Oui c'était ça. Un rêve. Un beau rêve. Un terrible rêve. Car quand elle se réveillerait, la chute serait terrible. Mais elle ne se souvenait pas s'être endormie. Elle était partie de chez son oncle en début d'après-midi, ensuite elle s'était changée en oiseau et pour finir elle était venue frapper à la fenêtre de Bower. A quel moment s'était-elle assoupie? Non quelle idée! Dans la vraie vie, elle n'aurait jamais agit autant à la légère. Pourtant, elle avait beau cligner des yeux, le jeune homme état toujours à genou devant elle, attendant vraisemblablement une réponse de sa part. Clarisse ouvrit et ferma plusieurs fois la bouche dans le vide. Elle était incapable de prononcer le moindre mot. Si elle s'attendait... Non, elle se faisait des films, lui avait-il vraiment demandé de...

-Je... tu... t'épouser?

Elle le regardait, incrédule. Sa colère s'était évaporée tandis que les minutes s'étiraient paresseusement. Se marier. Il voulait se marier. Avec elle. C'est seulement à cet instant que la question d'Aïlin prit son sens dans le cerveau de la jeune fille. Se marier. Avec lui. Une bague au doigt. Une cérémonie avec un mage. Une belle robe, des invités, une réception ici au manoir. Un buffet, un petit orchestre. Une piste de danse. De la famille, des amis, des rires, des coupes de vin des elfes. Des petits fours et des dents blanches. Des regards envieux et des sourires hypocrites. La nuit qui tombe, les cadeaux, les invités qui partent. Les félicitations de Jenny, qui n'en finit plus de sourire et de dire à quelle point elle est heureuse. Le sourire crispé mais entendu d'Erycius, l'étrange mais discret cocher. Et puis le silence. La nuit. Et le reste de leur vie. Ensemble. Seule. A jouer la parfaite Lady Bower. A soutenir un mari qui travaille tard. A assister à des tonnes de cocktails avec des gens qu'elle ne connait pas. A devoir s'extasier devant le bébé bouffi de telle ou telle autre dame du monde en disant qu'il est absolument ravissant, le portrait de son père. Alors qu'elle saura, ainsi que toute l'assistance, qu'il n'est pas de Lord machin mais du garçon d'écurie. Des après-midi entières dans une robe trop serrée à minauder devant des femmes qui se prennent pour ce qu'elles ne sont pas. Et se faire critiquer par derrière. Parce que malgré tous ses efforts, elle ne sera jamais une Lady. Et la question fatidique: pour quand l'heureux événement? Et un enfant, deux, trois? Les longues journées au manoir. A devenir folle. Était-ce ça, se marier?

Clarisse cligna des yeux et soupira doucement. Mais c'est d'une voix douce, presque en un murmure, qu'elle parla.


- Non Aïlin. Pas encore.

Elle se laissa tomber au sol, pour être à sa hauteur et planta son regard dans le sien. Ses mains tenant fermement celles du jeune homme. Il ne devait par partir à cause de ce semi refus. Pas encore. Il devait l'écouter jusqu'au bout, comme elle-même l'avait laissé parlé un moment plus tôt alors qu'elle ne rêvait que de s'enfuir.

- Nous n'avons pas vingt ans. Je suis encore à Poudlard. Tu commences seulement à monter ton affaire. Nous sommes jeunes. La guerre est tout juste derrière nous. Tous les morts ne sont pas enterrés. Certains ne seront probablement jamais retrouvés. Ce n'est pas parce que nous sommes heureux d'en être sortis vivants qu'il faut se précipiter et tout faire à l'envers.

Elle s'interrompit, consciente du peu de clarté de ses paroles.

- Ce que je veux dire, c'est que... j'aimerais accepter. Vraiment. Mais ce serait une erreur. Il est trop tôt. Nous n'avons pas encore goûté à la liberté. Il serait fou de vouloir s'en priver. Crois bien que... Elle hésita. Que... Elle inspira profondément. Que je t'aime de tout mon être. Mais nous avons beaucoup d'autres choses à vivre, ensemble ou non, avant d'en arriver là. Et énormément de choses à se dire. Il ne faut pas précipiter tout ça. Et...je n'ai pas envie de devenir Lady Bower à dix-huit ans. Est-ce que tu comprends?

Elle se tut, espérant au plus profond d'elle-même qu'il comprendrait. Et qu'il serait également de cet avis. Elle voulait tout ce qu'il lui avait proposé, mais pas le carcan d'un titre qu'elle devrait porter à vie.
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Jeu 16 Aoû - 20:39:48

Se marier. Avec elle. Une cérémonie, intime, juste elle et lui. Une beauté rousse auréolée de blanc, pas de fioritures ni de grandes pompes. Juste elle, et quelques intimes. Un nouveau serment, une promesse chuchotée à l'oreille des cieux, dans la discrétion et l'intimité qu'ils avaient toujours, tous deux, affectionnées. Un repas à l'ombre des arbres centenaires, quelques pas de danse entre mariés et témoins, un moment rien qu'à eux, pour oublier les échecs du passé. Le soleil se retirant, emportant avec lui les rires, les chants, les mots qui auront scellé leur engagement, ne leur laissant que le souvenir grisant du premier jour qui fut le leur. Puis la nuit, les jolies parures qui tombent, les cœurs mis à nu, sa peau contre la sienne, son parfum au creux de son oreiller.
C'était un joli rêve, un de ces rêves d'adolescent rescapé de la guerre, aspirant à mieux que ce qu'il avait là, à dépasser les jours noirs et les douleurs du passé. Une victoire sur la guerre, sur la mort, sur toutes les funestes choses qui avaient parsemé le chemin du jeune lord Bower. Mais aujourd'hui, bien qu'au fond de lui il se plaisait encore à l'espérer, il ne croyait plus aux beaux songes de l'enfance, où le soleil vient inonder, sublime, le jardin de la vie, laissant les mornes instants et les plaies ouvertes dans les ombres oubliées, ces recoins que chacun garde au fond de son âme.

La vie ne se déroule jamais selon un ordre établi. Les plans, les projets d'avenir, les espérances ne sont que des moteurs qui nous poussent à persévérer, à continuer d'avancer, malgré la souffrance, l'horreur, l'incompréhension. Malgré la mort, malgré l'échec, malgré la déroute, la solitude, l'ennui, la vanité, malgré le grand cirque absurde, grotesque, qu'est l'existence humaine. Dans cette fatalité écrasante, Aïlin ne gardait plus qu'un maigre espoir. Celui de ne pas être seul, celui de pouvoir aimer encore et d'avoir, enfin, une belle histoire de laquelle se souvenir. Un cœur battant près du sien, un corps à couvrir de baisers, à aimer, à sublimer. Un regard dans lequel se plonger lorsque tout s'effondrait soudainement. Il était prêt à prouver à Clarisse qu'il désirait tout cela en grande cérémonie, si cela était nécessaire. Si cela était le seul moyen de lui prouver qu'il l'aimait non pas comme on aime une enveloppe de chair, mais comme on aime la femme que l'on croit, ou que l'on espère, faite pour soi.
Mais la réponse, à laquelle il s'attendait, brisa sa dernière arme, son ultime argument. Aïlin observa Clarisse se laisser tomber pour se mettre à sa hauteur, sans faire montre de la moindre surprise, de la moindre émotion. Son regard s'était fermé, l'éclat sincère qui avait allumé ses iris s'était éteint. Il ne chercha pas à se défaire des mains qui lui prenait les siennes, ni à fuir. Il assumait parfaitement ce qu'il venait d'avouer, il n'éprouvait aucune honte. Il avait longtemps fuit ses sentiments au profit d'une raison qui n'avait pas toujours été du meilleur conseil, mais ce temps là était derrière lui. Du moins, c'était ce qu'il voulait bien se dire, ce qu'il essayait de faire. Mais il n'était plus très sûr, à présent, de pouvoir encore ouvrir son cœur comme il l'avait fait.

L'ancien Serdaigle écouta le discours de Clarisse, sans prononcer un mot, sans chercher à l'interrompre. Il discernait dans cette analyse toute la raison, la logique, du propos qu'elle lui tenait. Il tiqua seulement lorsque la jeune femme parla d'une liberté qu'ils ne pouvaient pas se permettre d'abandonner si tôt. Ses sourcils se froncèrent légèrement, et l'une de ses mains chercha à se retirer des doigts de celle qu'il avait courtisé. Il ne comprenait pas ce que Clarisse entendait par là. Qu'était-ce que la liberté, pour elle ? Quels étaient les rêves qu'elle cachait dans le secret de ses beaux yeux d'azur ? Aïlin, lui, savait ce qu'était que l'emprisonnement, l'obligation, la défaite. Il avait une toute autre idée de ce qu'était la liberté. C'était le choix d'aimer celle qu'il désirait, la possibilité de partager les joies et les souffrances, c'était ne pas être seul, avec ses fardeaux, ses souvenirs morbides, c'était tout ce qu'il n'avait jamais eu, ce qu'il ne s'était jamais permis de goûter. Oh, il savait ce qu'était la liberté. C'était ce qui accompagnait les moments de bonheur et les instants de l'amour, c'était ce qui nous faisait trouver la vie belle malgré les moments de désespoir. C'était la chance de pouvoir ressentir encore quelque chose de beau, de bon, sans l'aide de psychotrope. C'était vivre avec ses responsabilités sans être écrasé par elles. C'était ce qu'il trouvait lorsqu'il laissait son esprit ne se préoccuper plus que d'alchimie, de secrets codés, de calculs complexes, et qui le laissait si amer lorsque ses travaux achevés pour la journée, il se retrouvait seul à la nuit tombée, dans cet immense manoir silencieux. C'était cette puissance qui mourait dès lors que la solitude revenait, et ce dont le désespoir se gaussait, rieur, lorsqu'il s'écorchait le nez sur sa poudre blanche jusqu'à en saigner.
Il était seulement fou, et rien ne semblait pouvoir le sauver de la déchéance dans laquelle il se laissait sombrer en secret, malgré la belle parure qu'il revêtait aux yeux des autres. Que Clarisse l'aimât comme elle se le laissait dire n'était qu'une bien piètre consolation, puisque rien ne semblait plus pouvoir les rapprocher. C'était à son tour, maintenant, de vouloir s'enfuir, s'enfermer, et laisser agoniser sa raison dans une dose de drogue presque mortelle pour son entendement. Il voulait faire crever son intellect, se rendre hagard, stupide, amorphe, pour oublier le désespoir qu'il l'animait depuis qu'il avait découvert le véritable visage de son père, celui qu'il n'avait jamais montré à personne et qu'il avait confié à l'intimité de ces pages jaunies qui n'auraient jamais dû être rouvertes un jour.


« Non, je ne suis plus certain de comprendre... »

Souffla-t-il sans se rendre compte du désespoir, de l'harassement que révélait l'intonation de sa voix. Il se laissa tomber en avant, et son visage heurta en douceur le creux de l'épaule de Clarisse. Il resta là, immobile, respirant dans son cou, n'osant plus cependant humer le parfum délicat qui se libérait de cette enveloppe tendre, délicate, opaline. N'osant se satisfaire de cette chaleur, de ce cœur qu'il sentait battre à travers son pouls, des mèches de cheveux flamboyants qui se mêlaient aux siens, aussi noir que le jais.

« Je ne peux pas t'offrir ce que je ne possède pas. Je ne peux pas être quelqu'un d'autre. »

Aïlin se fit violence pour reculer et se relever enfin. Il offrit une main à Clarisse et l'aida à faire de même, puis, la main dans la sienne, il fit quelques pas dans le salon, laissant son regard parcourir les grands murs, les hautes fenêtres, le plafond d'un blanc pur et la balustrade en fer forgé de la mezzanine, à leur gauche tandis qu'ils s'avançaient vers les fauteuils et la cheminée, et qui laissait entrevoir l'étage supérieur.

« Il est vrai qu'il était facile, à Poudlard, d'atténuer nos différences. Qu'importait notre sang, nous portions les mêmes uniformes, nous dormions dans les mêmes dortoirs, nous suivions le même enseignement. Mais voilà. Les terres que je tiens de mes ancêtres me confèrent, maintenant que mes aînés sont morts, le titre de lord. Le jardin, le manoir, la fortune de ma famille me revient et m'appartient. C'est ainsi, et je ne peux rien y faire. J'ignorais que cela serait une frontière insurmontable pour toi, et j'en suis désolé. »

Ses yeux bleus, cristallins, revinrent à Clarisse. Le sourire qu'il voulut lui offrir ne parvint pas à émerger et il resta là devant elle, grave, presque solennel. Il ne put pas s'empêcher cependant de la prendre dans ses bras, de poser ses lèvres dans son cou qu'il embrassa, d'enfermer ses hanches entre ses bras, la soulevant presque, puis de laisser leur joue s'effleurer, avant qu'il ne braque de nouveau son regard dans le sien. Il ne pouvait rien dire pour la convaincre, il ne pouvait décider à sa place. Il ne pouvait la forcer, même si son cœur brûlait de le faire.

« Ce que je veux te dire, c'est que je serai heureux de partager ce que j'ai avec toi, et ce que j'éprouve. Ce n'est pas qu'une bête histoire d'attirance qui ne nous promettra aucun lendemain. »
Murmura-t-il avec plus de douceur.
« ...Mais si c'est ce que je suis devenu qui t'indispose, je suis impuissant. C'est à toi de décider, à toi de reconnaître ce que vraiment, tu désires. Je ne peux rien faire de plus. »

Aïlin se recula en laissant courir ses doigts le long du bras de sa belle, puis se détourna, incapable d'écouter une vérité qu'il répugnait à entendre. Il retourna à son fauteuil et s'y laissa tomber sans cérémonie. Le dos calé contre le dossier, enfoncé, vautré, il étendit les jambes devant lui et glissa une main tremblante sur son front. Un soupir lui échappa tandis qu'il fermait les yeux pour se soustraire à ce sentiment d'impuissance qui l'assaillait. Les sentiments avaient cela d'horrible qu'il était impossible de les maîtriser. Ils échappaient à la moindre tentative de contrôle, devenaient plus fous, plus intenses et rebelles à mesure qu'on tentait de les soumettre aux règles qui régissait le reste de l'existence, cette existence plate, propre et finie des objets tangibles. Les choses matérielles se classaient, s'organisaient, se rangeaient. Mais la haine comme l'amour, la peur, le regret, la confiance, et tous les désirs qui animaient le corps et l'esprit allaient selon leur bon gré, cheminaient en tyrans autonomes auprès de celui qui avait par hasard croisé leurs déambulations. À son grand désarroi, Aïlin ne faisait pas exception. Non, il n'avait même rien d'exceptionnel et s'il avait regardé son âme, il n'y aurait vu rien d'autre qu'un adulte prématurément accouché, abandonné sur le chemin de l'existence et tenant encore entre ses mains des rêves d'enfant.

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  • Clarisse McBrien
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Ven 17 Aoû - 15:55:36

Clarisse attendait une réponse du jeune homme, l'espoir lui enserrant le cœur. Aïlin était intelligent, il avait écouté ce qu'elle avait dit, il avait compris, elle en était certaine. Elle le voulait plus que tout. Il fallait qu'il entende ce qu'elle venait d'expliquer. Ils n'avaient pas le choix, ni l'un ni l'autre s'ils souhaitaient que leur relation ait un lendemain. La rousse fixait son hôte, les yeux brillants, anticipant ses mots de délivrance. Pourtant il n'en fut rien. Tout au contraire. L'étau se resserra autour de son palpitant. C'était douloureux. La déception la heurta de plein fouet. C'était sa faute, elle n'avait pas su dire ses sentiments, ses craintes et ses espoirs. Elle ignorait comment s'exprimer clairement, elle était toujours embrouillée dans ces situations là. Et voilà le triste résultat. Anesthésiée, l'écossaise se laissa faire. Se relever d'abord, faire quelques pas ensuite. Se laisser serrer dans les bras de son aimé, embrasser dans le cou, puis abandonner comme une poupée cassée. Tout avait été dit, il ne lui restait plus qu'à faire ce qu'elle faisait encore de mieux: partir. C'était terminé, elle l'avait perdu pour de bon cette fois. Définitivement. Non! Son esprit, son corps tout entier se rebella à cette idée. Elle avait besoin de lui dans sa vie, l'histoire ne pouvait pas s'achever de la sorte. Serait-il écrit qu'une fois de plus elle avait baissé les bras et abandonné la partie? Pourrait-elle relever la tête en sortant d'ici maintenant, sans avoir joué sa dernière carte?

Clarisse inspira profondément. La poupée rousse parut revenir à la vie, acquierant à nouveau une volonté propre. Tout ça était compliqué. Elle devait néanmoins tenter de démêler les fils. Pour lui, pour eux. Se remettre en question, un peu. Avouer ses pêcher, surtout. Être sûre de ses désirs. Assumer ses choix, toujours. Elle n'avait que trop longtemps fui la réalité, le moment était venu de faire face. Bien sûr, elle aurait préféré que ça se produise ailleurs, et pas devant lui, mais elle savait (enfin, elle espérait) qu'il ne la jugerait pas. Ça aurait pu être pire. Elle avait retenu son souffle trop longtemps, s'empêchant de parler. Ce n'était pas à Mervin qu'elle aurait pu se confier. Pas plus qu'à Flynn. Leur amitié lui était importante, mais elle était trop neuve pour qu'il sache les noirceurs de son âme. Quant aux autres, il n'en restait que peu. Et elle n'avait pas voulu leur en parler. Non, elle avait voulu jouer à la plus forte et tout garder pour elle. A présent, c'en était trop. Cette idée de mariage était la goutte qui faisait déborder le lac.

Elle ferma les yeux, la gorge nouée. Les mots allaient lui coûter. Mais le plus dur n'était-il pas de se lancer?


-Je te demande pardon Aïlin. Je débarque ici sans prévenir, je mets tout ton système de défense en alerte. Je te dérange en plein milieu d'après-midi sans m'annoncer. Et par-dessus le marché, je te tiens des propos insultants.

Les yeux clos, l'écossaise s'était légèrement tournée, afin que de son fauteuil, Lord Bower ne distingue pas ses traits. Honteuse, elle avait baissé la tête de sorte que son visage soit caché par ses longs cheveux. S'il y avait bien une chose qu'elle avait horreur de faire, c'était de présenter des excuses. Selon elle, peu de gens les méritaient. Pour les autres, c'était s'écorcher la langue inutilement. Elle se targuait d'assumer ses choix, de ne pas revenir sur ses décisions. Merlin seul savait à quel point il lui avait été difficile de reconnaître ses torts.

-Ça n'aurait pas du se dérouler ainsi.

La jeune fille devait impérativement mettre de l'ordre dans ses idées et commencer son discours par le début, ou tout serait fichu. Elle ne voulait pas le perdre. Elle se répétait cette phrase en boucle, tandis que son cerveau fonctionnait à toute vitesse. L'expression orale n'avait jamais été son fort. Autrefois elle bégayait, et ça lui arrivait encore quelques fois, lorsqu'elle se laissait surprendre, lorsqu'elle ne préparait pas soigneusement sa tirade avant de la prononcer. Et puis l'enchainement des arguments aussi. Dans son esprit tout était clair, agencé dans le plus merveilleux ordre logique qui puisse exister. Mais elle ignorait pourquoi, dès qu'il s'agissait de répéter tout ça à haute voix, tout foutait le camp et ça sortait au petit bonheur la chance, sans coordination. A cet instant, elle aurait tout donné pour avoir l'aisance verbale de Pénombre Craft, la spontanéité de Lucy, le naturel de June ou encore le petit grain de folie de Pissenlit. Les choses auraient été bien plus faciles. Seulement si elle avait possédé une seule de ces qualités, jamais elle ne se serait retrouvée dans cette situation, acculée au pied du mur. Ça pouvait sembler étrange, mais Clarisse avait le sentiment de jouer son avenir dans ce qu'elle dirait. Quelques phrases pour convaincre, avec à la clef son bonheur ou son malheur. Elle n'avait plus droit à l'erreur.

-Je ne sais pas comment tu as traversé la guerre et la pseudo-paix qui s'est instaurée depuis. J'imagine que tu as du reprendre les affaires de ta famille, rencontrer un tas de gens, travailler dur à ton entreprise d'alchimie et tenter de redorer le blason familial. Je ne peux que supposer tout ceci à partir des parchemins que tu m'as envoyé. Mais que sais-je exactement de toi? Tu as eu le temps de devenir un homme, plus assuré, plus mûr. Tu sembles savoir ou tu veux aller et quel chemin suivre. C'est admirable, vraiment. Mais j'ignore trop de choses sur ce que tu es devenu. Je ne t'en blâme pas, loin de là, je t'expose simplement les faits. Quant à moi, sais-tu qui tu demandes en mariage? J'ai changé Aïlin. J'ai traversé les épreuves comme j'ai pu. Je suis restée à Poudlard. Je n'étais ni d'un côté ni de l'autre, agissant selon mon propre intérêt. Les Carrow ne se sont pas intéressés à moi plus que de raison, jusqu'à cette histoire de cognard. Et c'était un accident. Mais je peux t'assurer qu'ils ne m'ont pas loupée.

Elle gardait encore une jolie cicatrice en souvenir de ces merveilleuses entrevues. Fine et blanche, elle s'étirait sur toute la longueur de son bras gauche, du coude jusqu'à l'épaule. La plupart du temps, les manches cachaient ce défaut aux yeux du monde, faisant croire qu'elle était passée à travers les mailles du filet. Insaisissable. Inaccessible. Mensonge!

- Je ne me plains pas de ce qui est arrivé. Je me suis débrouillée pour être épargnée le plus possible. Mais petit à petit, j'ai changé. Je suis lâche, égoïste et orgueilleuse. Je prends les autres de haut, leur reprochant le moindre de leurs défauts. Je n'ai jamais été sociable, mais à présent, je suis tout à fait détestable. Le monde et ses bruits m'insupportent.

Clarisse avala difficilement sa salive. Reconnaître ainsi ses erreurs n'était pas aisé. Surtout devant lui. Mais ce n'était pas fini. Elle avait encore beaucoup à avouer. A présent qu'elle était lancée, elle ne devait plus s'arrêter. Il était nécessaire qu'elle aille jusqu'au bout. Elle se redressa légèrement, et remit ses cheveux en arrière d'un geste de la main. Il était inutile de se cacher. Inutile et puéril. Justement...

- C'est peut-être le corps d'une jeune femme que tu as sous les yeux, mais je ne suis pas comme toi. Je n'ai pas grandi. Je ne suis qu'une fillette qui voudrait jouer dans la cours des grands, mais qui n'en connait pas les règles. Je n'ai pas quitté cette école infantilisante. J'ai été élevée dans un cocon, protégée des usages du monde. De sa cruauté. Mon grand-père a fui ses origines. Il a tourné le dos à son héritage, il voulait être un homme nouveau, débarrassé de son titre, de ses biens aussi. Mais pour pouvoir vivre comme il l'entendait. C'est ce qu'il nous a transmis. Cette envie de découvrir le monde, de laisser libre cours à ses envies, de suivre ses instincts. C'est très bien, mais ça ne fait pas de nous des adultes. Ce conte de fée n'est pas la réalité et j'ignore comment appréhender la vraie vie.

Et ce n'était pas tout. La jeune fille fit quelques pas en direction de la fenêtre, laissant le temps à son hôte de digérer ses paroles. Dehors, un petit oiseau voletait sur les pavés, s'approchant timidement du manoir, sans doute à la recherche de quelque graine. Clarisse se laissa distraire quelques secondes, admirant la finesse de ses ailes et l'arrondit de son bec. Mais elle se devait de terminer ce qu'elle avait commencé. Elle resta tout de même dos au salon, le regard perdu quelque part entre ciel et terre.

- Ce que j'ai gagné dans tout ça, c'est une mère dépressive, un mangemort en fuite, la haine de mon frère et un chaos sans nom au sein de ma famille. Ils sont dépassés par les évènements. Ils ont leurs propres problèmes. Pourquoi irai-je les ennuyer avec mes questions et mes ambitions. Je ne sais pas ce que je voudrais faire l'an prochain. Aller à l'UMA? Pourquoi pas, mais pour faire quoi? Je veux avoir un métier bien à moi, je ne suis pas une fille d'intérieur, je ne supporterais pas de rester à la maison. Je ne connais rien au grand monde, ou si peu. Je pourrais jouer la comédie une journée, deux peut être, et faire illusion. J'ai appris à mentir. Mais saurais-je tenir le rôle toute une vie? Non. Et je préférerai mourir plutôt que de subir ça au quotidien.

Elle soupira.
Elle était une rêveuse, pas une dame du monde. Son amour pour Aïlin n'y ferait rien, elle en avait bien peur. Elle pourrait faire des efforts, apprendre le protocole. Elle savait déjà tout des coups-bas et des mesquineries, il ne lui restait que l'art et la manière. Les grands noms, les familles réputées. Elle aurait pu apprendre tout ça. Il suffisait d'imaginer que c'était une leçon de plus. Aussi barbante que l'histoire de la magie. Mais elle ne voulait pas faire ça de sa vie. Elle était encore jeune, une adolescente à la dérive comme elle venait de le dire. Plus tard, ça lui plairait sûrement de jouer à ce jeu-là. Pas encore.


- Si je suis venue aujourd'hui, ce n'était pas prévu. Je me suis enfuie de chez mon oncle et j'ai transplané. Je me suis retrouvée quelque part dans une forêt. Je me suis amusée un temps et j'ai finalement reconnu la petite route qui mène chez toi. C'est là que j'ai décidé de passer te voir. Je ne pensais pas qu'on en arriverait là.

La rousse détacha à regret son regard du paysage et se retourna lentement. Les mots assassins de Lilian résonnaient dans son crâne. Elle avait décidé de regarder la vérité en face, elle ne pouvait plus se mentir: elle était suffisamment intelligente pour en avoir saisi le sens. Ou en partie. «C'est là que tu fais erreur. », « Le seul enfant. » Il avait découvert quelque chose qui lui avait échappé à elle. Quelque chose qu'elle avait refusé de voir.

-Je ne suis pas certaine de savoir qui je suis vraiment.

C'était dit. Sauf erreur de sa part, Lilian la soupçonnait de ne pas être la fille biologique de leur père. Ce qui signifierait que leur mère aurait fauté. Avec son propre cousin. Ce qui ferait de Clarisse la fille de Sayannel. La fille d'un mangemort. Car à part lui, elle ne voyait pas qui sa mère aurait pu fréquenter à cette époque. C'était tellement ridicule! Pourtant si Lilian l'avait affirmé à leur cousin, c'est qu'il devait en être certain. Et bientôt en mesure de le prouver, voilà qui était plus inquiétant. Il n'était cependant pas l'heure de s'alarmer à ce sujet.
Clarisse s'approcha de Bower, à petits pas légers, comme si elle avait peur de le faire fuir si elle faisait trop de bruit.


- Je souhaite sincèrement être avec toi Aïlin. Mais je ne veux pas me marier. Pas maintenant. Et cette fois, j'espère que tu comprends pourquoi.

A présent, les dés étaient jetés. Le pouvoir de décision venait de passer entre les mains du Lord.
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Ven 17 Aoû - 19:57:06

Avait-il bien entendu ? Clarisse venait-elle vraiment de lui demander pardon ? C'était un mot qu'il n'avait, encore, jamais entendu dans la bouche de la jeune femme. Cette demande surprenante fut assez pour le pousser à rouvrir les yeux et à tourner la tête en direction de la belle rousse. Ainsi honteuse, cachée par ses cheveux, par son maintient presque prostré, affaissé, Aïlin eut l'impression de la voir pour la première fois. L'écossaise à la fierté inébranlable s'était soudainement transformée en jeune fille fragile et démunie. Le contraste était assez frappant pour le laisser muet, sans rien trouver à répondre. Finalement, ce fut les prochaines paroles de Clarisse, ces paroles qui sonnaient comme un adieu, qui lui tira une véritable réaction.

« Tu sais bien qu'entre nous, les choses ne se passent jamais comme nous le prévoyons. »

Rétorqua-t-il d'une voix grave, où planait un soupçon d'ironie. Non, depuis leur rencontre, rien ne s'était passé comme ils le prévoyaient. D'ailleurs, la façon dont ils s'étaient connu était en elle-même un imprévu, un hasard incongru qui avait scellé leur destin sans qu'ils le soupçonnent. Presque chacune de leurs rencontres ou retrouvailles avaient eu quelque chose d'en-dehors du monde. Cette fois-ci ne faisait pas exception.
Aïlin resta immobile, sans prendre la peine de se redresser, car il n'en avait ni la force, ni l'envie. Il était moralement épuisé. Néanmoins, la jeune McBrien semblait encore avoir quelque chose à lui dire et il tendait l'oreille, attendant les tonalités attendues, bien qu'il ne voyait pas sa bouche les prononcer. Et elles arrivèrent. Aïlin ne parvint pas à discerner où elle désirait en venir. Il s'attendait à ce qu'elle lui avoue qu'il n'était plus qu'un inconnu, mais il sentait que ce n'était pas le cœur de son propos. Quelque chose le maintenait en haleine, il sentait percer dans la voix de Clarisse un aveu qui peinait à trouver formulation, une déclaration qui se manifestait en elle, demandant à sortir enfin.
Puis la sentence tomba, jugement implacable qu'elle s'adressait à elle-même sans la moindre complaisance. Doucement, Aïlin réalisa qu'il ne l'avait jamais vraiment écouté, qu'il ne l'avait jamais poussé à lâcher ce qu'elle renfermait en elle depuis des années. Cette petite ombre, pleine d'aigreur et de lassitude qui ternissait parfois son regard. Cette mélancolie qui faisait son charme et son mystère. Elle se reprochait de ne pas supporter la vulgarité du réel, et comme s'il s'était lui-même confessé, Aïlin se sentit soulagé d'un poids qui comprimait depuis des mois sa poitrine. Ce mépris qu'il éprouvait, cette indifférence teintée d'amertume, il la partageait avec quelqu'un. Et cette personne n'était pas n'importe qui. Il l'avait soupçonné en elle, et cet espoir de partager enfin cette douleur avait nourrit les sentiments qu'il éprouvait pour la belle écossaise. D'une simple phrase et sans le soupçonner, Clarisse avait dévoilé la clef du mystère, celui qui les unissait, leur donnait envie, contre toute raison, de s'approcher l'un l'autre sans y parvenir. Peut-être, tous deux, cherchaient-ils la même chose dans le cœur de l'autre. La reconnaissance tacite de leurs insatisfactions. Elle faisait erreur en croyant être si différente de lui, en l'imaginant si certain de ce qu'il était, si adapté à la rusticité du réel. Leur chemin était bien différent, mais ils partageaient quelque chose. Ce même ennui du monde.

Cette constatation donna un regain de force au lord. Il se redressa, cette fois, et posa ses bras contre les accoudoirs, sans quitter Clarisse du regard, bien qu'elle refusait obstinément de lui faire face. Il écouta ses craintes, comme s'il les avait déjà deviné, bien qu'une partie de lui s'étonna. L'oiseau craignait la cage qui le retiendrait prisonnier.
Aïlin n'avait jamais désiré faire de Clarisse ce qu'elle n'était pas. Il n'avait jamais même imaginé l'enfermer dans sa solitude, en dehors du reste du monde, comme avait été enfermée sa mère. Il n'aurait, à terme, nourrit que mépris pour elle. Il le savait trop bien pour avoir plus d'une fois éprouvé l'envie de secouer cette femme amorphe, invisible et muette qui allait et venait dans ce même manoir comme un fantôme, pour finalement se laisser mourir pitoyablement. Cette femme qui ne s'était jamais battue, qui n'avait jamais rien fait de sa vie, si ce n'était pleurer. Là-dessus, Aïlin se sentit soudainement et étrangement joyeux. Presque heureux, malgré le trouble de Clarisse, malgré la dernière confidence qu'elle partageait avec lui. Il avait, au moins en partie, les moyens de la rassurer, de la détromper. Il avait le pouvoir d'évincer les craintes qui la retenait, et cette sensation de puissance, de pouvoir qui grossissait dans sa poitrine, le poussa à se relever tandis qu'elle s'approchait de lui. Le sourire lui était revenu lorsqu'il posa ses mains sur ses hanches et plongea son regard dans le sien.


« Je sais que tu ne le veux pas et tu as raison de ne pas le désirer si tôt, si vite. Je ne regrette pas ma proposition, cependant, car mon but était de te montrer que je n'aspirais pas qu'à t'utiliser à ma guise. Je veux que tu sache que si un jour nous nous engageons ensemble, jamais je ne voudrais faire de toi quelqu'un que tu n'es pas. Je n'ai pas l'intention de t'enfermer dans une prison dorée, moi même je ne le supporterai pas. Tu n'es pas un bien que je cherche à acquérir, tu es celle auprès de qui les gesticulations grotesques du monde me semblent moins pénibles. Je n'ai pas besoin de te connaître par cœur pour savoir ce qui me plait en toi, ce que nous avons toujours partagé. Toi et moi détestons l'agitation absurde où les autres se réfugient en appelant cela la vie. Je ne crois pas me tromper en pensant que tu aspires à bien mieux, et que cela fait autant ta fierté que ta souffrance. »

Il caressa le visage de Clarisse des deux mains, maintenant son regard dans le sien, cherchant dans ses iris la lueur de compréhension, la reconnaissance d'une douleur partagée.

« Quant au reste, si je ne peux apaiser les tensions qui sont apparues dans ta famille, je peux te promettre, en revanche, que tu es ici chez toi, dès que tu en éprouves le besoin ou l'envie. Tu es talentueuse et intelligente et tu n'as rien d'une enfant fragile, même si c'est ce que tu crois aujourd'hui. Tu trouveras ta voie. Cela demande seulement du temps. Comme j'ai besoin de temps pour corriger mes fautes. ...Viens avec moi, il faut que tu sache quelque chose à mon sujet. »

Le cœur battant, Aïlin prit la main de Clarisse et l'emmena à l'étage. Ils traversèrent la mezzanine, passèrent au-dessus du couloir de l'entrée que l'on devinait derrière la rambarde et bifurquèrent jusqu'à atteindre la chambre du jeune homme. Il ouvrit la porte et fit entrer Clarisse. C'était une pièce assez spacieuse, au plafond voûté, et au sol de parquet noir, liseré de marbre. Les murs blancs étaient presque entièrement nus, à l'exception des voilures qui tombaient de part et d'autre de la fenêtre, et du lit qui occupait le mur opposé. Une cheminée, qu'Aïlin n'avait jamais utilisé que pour quelques expériences alchimiques au débotté, sommeillait face à la porte. Il la guida jusqu'au bureau qui trônait devant la fenêtre en avancée, donnant sur le jardin. Bower ne s'occupa pas des notes, du microscope, du coffret rempli de métaux et de pierres, ainsi que des autres affaires entassées sur le meuble et ouvrit un tiroir pour en extirper le carnet de cuir qui contenait les mots de son père.

« J'ai trouvé ceci en septembre dernier. Un journal que tenait mon père depuis son plus jeune âge. J'ai découvert à quel point je m'étais fourvoyé à son sujet. J'ai vu à quel point nous nous ressemblions, lui et moi. Je l'ai tué en prenant les mensonges de Torin pour la réalité. Il a manipulé la mémoire de ma sœur pour me faire croire à des sévices que mon père lui aurait infligé, et qui n'ont pas été commis de sa main. Torin m'a poussé à tuer mon père afin qu'il puisse prendre sa place et jouir pleinement de sa fortune, sans se salir les mains. Mon père n'avait rien d'un homme vertueux, mais il n'a pas fait la moitié du mal que je lui reprochais. Et j'ai coopéré avec Torin, jusqu'à sa mort. Il m'a suggéré de collaborer avec la milice pourpre afin de me maintenir au poste de préfet et d'avoir le regard favorable des Carrow. La milice utilisait parfois des opiacés pour diverses raisons qu'il me coûte d'expliquer. Grâce à moi. Le fait que Torin m'ait amené à user de mes talents d'une telle façon ne m'excuse pas. Je l'ai fait en me fichant des conséquences, et j'apportais mon aide aux victimes que lorsque ma mauvaise conscience était trop lourde à porter. »

Aïlin se tut en baissant les yeux sur la boite en fer, grise et sans fioriture, qu'il apercevait au-dessus de documents, bien en vue dans le tiroir. Il fallait bien qu'il lui avoue son addiction, car il savait que la lui cacher mènerait leur couple, encore fragile, à l'échec. Il ne pouvait pas lui mentir encore, il ne voulait plus de cela. Mais sa gorge se serrait et les mots ne venaient pas.

« Tu vois, tu n'as pas été aussi égoïste que moi. Tu n'as fait de mal à personne. »
Un soupir lui échappa tandis qu'il se tournait pour lui faire entièrement face.
« Je ne voudrais pas que tu te sentes trompée si je ne te dis pas tout cela maintenant. Je ne veux pas commettre de nouveau les erreurs qui nous ont séparées. Je suppose que tu comprends pourquoi je t'en parle... »

Il espérait ne pas avoir à le dire lui-même. Se définir comme un drogué lui paraissait avilissant. Car il devait se l'avouer. Il n'était plus qu'un simple consommateur, depuis qu'il avait découvert la tromperie dont il avait été la victime. Ses prises, au fil des mois, s'étaient rapprochées, pour devenir quasiment quotidiennes. Il réalisait seulement à présent qu'il devait le reconnaître, à quel point il s'était complut dans cette honte, cette jouissance coupable.

« Je sais que je ne peux pas continuer comme ça. Mais le monde m'ennuyait, et cela me donnait l'illusion de vivre. »

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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Mer 29 Aoû - 13:47:47

Clarisse était légèrement tendue. Elle avait dévoilé tout son jeu, il ne lui restait pas une carte. A présent la balle n'était plus dans son camp, mais dans celui d'Aïlin. Elle ignorait de quelle façon il allait réagir, mais fort heureusement, le jeune homme ne la laissa pas languir bien longtemps. Il s'approcha d'elle et la prit dans ses bras tout en lui murmurant des paroles apaisantes au creux de l'oreille. La rousse en fut grandement rassurée. Cette fois ils se comprenaient enfin. Ils étaient sur la même longueur d'onde et elle en était heureuse. Elle ne regrettait pas d'avoir dû tout déballer, bien que ça n'avait pas été facile. Au contraire, ça lui avait fait un bien fou. Elle se sentait libérée. Ses muscles crispés se relâchèrent aussitôt et un sourire timide étira le coin de ses lèvres. N'était-ce pas trop beau pour être vrai? Elle pouvait lire la sincérité dans le regard bleuté de Bower, pourtant, ça lui semblait trop simple. Ils ne pouvaient pas tout simplement être heureux, là et maintenant, sans aucun nuage au-dessus de leur tête. Ça n'avait jamais été ainsi entre eux, aucune raison que ça commence tout de suite. Il y avait forcément autre chose, n'est-ce pas?!

Comme pour répondre à cet étrange pressentiment, le brun l'entraîna à l'étage, serrant sa main dans la sienne pour lui servir de guide. La peau du jeune homme n'était pas aussi douce qu'autrefois, l'alchimie en était probablement la raison, mais la Serdaigle s'en fichait. Ce contact était réconfortant et à cet instant, elle ne l'aurait lâché pour rien au monde. Aïlin la conduisit jusqu'à une chambre. La décoration était assez sobre, pour ne pas dire minimaliste. Du parquet, un peu de marbre, un lit, une fenêtre et un bureau. Une cheminée éteinte. C'en était presque triste. En fait, l'ambiance de cette chambre semblait refléter l'humeur de son hôte. Il n'aimait pas le monde et ses turbulences, elle non plus, certes, mais il y avait plus. Et malgré elle l'écossaise se sentit vaguement mal à l'aise. Comme inquiète. Bower était loin de tout lui avoir révélé, et ce qu'il s'apprêtait à dire ne serait sûrement pas sans conséquences. Elle craignait que ce ne soit quelque chose de très noir et obscur. Et effectivement...

Il lui parla d'abord de son père. Le si terrible Devin Bower dont le nom avait été craint jusque dans les entrailles de Poudlard. Tout le monde en avait entendu parlé et Clarisse plus que les autres. Ayant été l'amie de Lynn et la petite-amie d'Aïlin, elle avait été aux premières loges pour observer les drames familiaux qui avaient successivement touché la fratrie. Jusqu'à l'irréparable. Le point final. La mort du patriarche. Son meurtre pour être tout à fait exacte. Mais elle n'en avait pas tenu rigueur à Aïlin. Il fallait bien que quelqu'un mette un terme à tant de violence, même si pour ce faire il avait dû souiller son âme. Ce poids-là était suffisamment lourd à porter sans qu'elle n'en rajoute. Et puis, qui était-elle pour le juger? Mais les mots qu'elle entendit bouleversèrent toutes ses certitudes. Ce fut un choc. Et elle ne put qu'imaginer à quel point le jeune homme avait du se sentir mal en apprenant que son père, s'il était complice du malheur de ses enfants, n'en était pas pour autant, disons, tout à fait responsable. Il y avait de quoi devenir dingue! Mais ce n'était pas tout. Il revint sur la période noire qu'ils avaient vécue à Poudlard. Et la fameuse milice. La jeune fille n'avait jamais vraiment réalisé qu'il en était membre et surtout elle ne n'était jamais demandé comment était la vie des miliciens. Elle imaginait sans doute qu'ils étaient tous comme Pénombre Craft: se délectant de la souffrance des autres. Elle avait été égoïste, elle s'en rendait compte une fois de plus.

Et le verdict tomba: il se droguait!

Clarisse mit quelques secondes à réaliser l'étendue de cette révélation. Aïlin aussi s'était mit à nu devant elle. Il venait de lui avouer un grand secret, quelque chose qui devait beaucoup lui coûter. Elle n'y connaissait pas grand chose en drogue. Pour une fois, la jeune fille ne pouvait pas dire qu'elle avait lu quelque chose à ce sujet dans un livre, une revue ou autre publication. Sa grande journaliste de mère ne lui était plus d'aucun secours depuis quelques années déjà. Depuis que son père les avait quittés, elle n'avait plus écrit le moindre mot. Enfin, là n'était pas la question. Le résultat était le même, elle était ignorante en la matière. Mais ça ne l'empêchait pas de s'inquiéter, et de se renseigner. Parce qu'elle savait au moins une chose: c'était dangereux. Pour lui. Il risquait sa vie.


-Je... je ne sais pas … quoi te dire.

Elle lui prit les mains et les serra fort dans les siennes, puis planta son regard dans le sien.

- Ce que je sais, c'est que tu peux tout me dire. Toute l'histoire. Peut être pas maintenant si tu ne t'en sens pas encore capable. J'imagine que … que … tu as traversé des moments bien plus difficiles que je ne peux le concevoir. Mais tu n'es plus tout seul. Et .. je crois que je t'ai déjà montré par le passé que tu pouvais me faire confiance.

Elle pensa par exemple à une vieille histoire de serment inviolable. L'un des nombreux et terrible secret du clan Bower qu'elle, petite Clarisse d'une dizaine d'années, avait choisi de protéger contre toute attente, allant jusqu'à engager sa propre vie. Elle était folle de l'avoir promis. Et même si Aïlin lui avait juré plus tard que le serment était factice, pour elle ça ne changeait rien.
Aujourd'hui, les choses n'étaient pas si différentes. C'étaient les mêmes raisons qui la poussaient à vouloir aider le jeune homme. Elle l'aimait. Tout simplement. Autrefois elle le lui avait dit « Je serai là pour toi. Toujours. ». Elle n'eut pas besoin de réfléchir avant de lui proposer son indéfectible soutien.


- Je t'aiderai de mon mieux Aïlin, mais dis moi ce que tu prends...

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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Lun 10 Sep - 17:40:26

Mais Aïlin, tu ne t'arrêteras donc jamais ! Sais-tu faire autre chose que de te rendre malheureux ? Tu n'en as jamais assez, pour te créer tant de problèmes ? Non, il fallait bien se créer des sensations. Il fallait bien ressentir quelque chose, et souffrir était la chose la plus intense qu'Aïlin n'ait jamais connue. C'était autrement plus facile que de chercher le bonheur. C'était rassurant aussi, que de savoir que l'on n'avait rien à perdre. Rien, hormis sa raison.
Aïlin attendait le silence choqué, les yeux qui s'arrondissent et semblent soudain vous observer comme s'ils ne vous reconnaissaient plus, tout à coup. Le pas en arrière, l'indignation, la crainte, l'effroi hésitant devant quelque chose qui nous est parfaitement inconnu. Et les réprimandes, le soupir dépassé, la lassitude de voir toujours, avec Aïlin, la faible lumière d'espoir se cacher derrière un énième nuage.
Il n'y eut rien de tout cela, et lorsque les mains de la jeune femme vinrent se glisser dans celles de l'alchimiste, un intense soulagement succéda l'agonie de l'angoisse. Aïlin eut l'impression qu'il respirait de nouveau, qu'un poids particulièrement lourd venait de s'enlever de ses épaules. Clarisse ne savait pas quoi dire, mais le jeune lord s'en fichait bien. Il voyait dans ses yeux que le pire, pour cette fois, était passé et qu'il s'en était sorti avec brio. Nulle colère, nul dégoût, nulle soudaine envie de fuir et de regretter ce qu'on s'était laissé dire un instant auparavant.
Lorsque l'écossaise trouva enfin les mots pour le soulager, le réconforter, Aïlin éprouva une furieuse envie de l'embrasser. Il retira l'une de ses mains de l'emprise de Clarisse et l'éleva jusqu'à son visage, pour caresser sa tempe et rabattre en arrière, contemplatif, une mèche de cheveux flamboyants.


« Bien sûr, que je te raconterai. Je ne veux rien te cacher. Je te suis reconnaissant de me laisser du temps ; je crois que certaines choses méritent qu'on ne les débite pas à la va vite, seulement pour s'en débarrasser. Je ne tiens pas à te choquer. »

Le cadavre de Carpenter ressurgit devant ses yeux, mais il le chassa aussi vite que s'il avait s'agit d'une broutille sans importance. Ce n'était pas le moment d'y penser, encore moins de l'expliquer à Clarisse. Elle devait être déjà assez ébranlée comme cela, nul n'était besoin d'en rajouter en lui racontant sur le ton de la conversation qu'il avait tué un homme avec la participation active de sa sœur. Ou, plus précisément, qu'il avait largement contribué au premier meurtre qu'avait causé sa sœur. Aïlin ignorait d'ailleurs tout bonnement comment il pourrait dire une chose pareille à Clarisse, et quels mots il pourrait bien trouver pour relativiser la gravité de l'acte, acte qu'il avait bien du mal à assumer lui-même, d'un point de vue parfaitement éthique.
Ses doigts caressaient pensivement ses cheveux. Aïlin avait détourné le regard au-dessus de la cheveux rousse de Clarisse, pensant déjà à tous ces moments où il devrait faire l'effort de se confier, lui prouver qu'il lui avait bien offert sa confiance, malgré tous les risques que cela comportait. Clarisse savait déjà bien des choses sur lui, assez pour l'envoyer à Azkaban. L'alchimiste savait qu'il s'exposait autant à une déconvenue sentimentale qu'à une douloureuse vengeance, s'il venait à la trahir, sciemment ou non. Il ne craignait pourtant pas cette éventualité. Le jeune lord savait que la Serdaigle n'était pas de ce genre là. Il était persuadé qu'elle pourrait le blesser sauvagement s'il s'avisait à lui faire du mal, mais elle ne trahirait jamais ses secrets. Elle avait parfaitement raison, elle le lui avait assez montré.
Un sourire amer passa sur le visage d'Aïlin, qui se recula d'un pas pour tendre le bras jusqu'au tiroir du bureau. Il en tira sa sempiternelle boite en fer, la posa sur le bureau et ouvrit le couvercle entre deux doigts. Une paille de fer ouvragé était fixée dans une échancrure, au-dessus d'un carré de poudre blanche.


« Cocaïne... » déclara Aïlin, avant de pincer entre deux doigts une petite languette et soulever le premier étage de la boite.

Celle-ci était bien plus profonde qu'elle le paraissait lorsqu'on la gardait fermée. Des étages s’amoncelaient sans prendre la moindre place, à la façon des boîtes à maquillage sorcières. En lieu et place du fard à paupières, on y trouvait différentes drogues. Et le jeune homme les énumérait d'une voix neutre, une à une.


« ...héroïne, amphétamine, et encore des cachets de ma création, quand j'ai besoin de ne plus penser à rien. Cela dépend des jours et de mon humeur. Je prends bien plus d'amphétamines en ce moment, j'en ai besoin pour m'assurer des journées plus longues. Je dois honorer un contrat particulièrement important. »

Un sourire amusé passa sur son visage. Clarisse en serait probablement alarmée, mais à ses yeux, travailler près de dix-sept heures sur vingt-quatre, quand ce n'était pas plus, ne lui semblait pas anormal. Il avait vaguement conscience que dormir moins de cinq heures par nuit depuis le mois de Mars allait avoir des conséquences sur le long terme, mais il n'avait pas le temps de ressentir la fatigue. Et, quand il la ressentait, il se contentait de dormir vingt-quatre heures d'affilée et de prendre une longue douche froide pour vaincre les derniers affres du sommeil. C'était complètement irresponsable vis-à-vis de sa santé, mais son travail était tout ce qui comptait. Il se fichait bien de se détruire physiquement. Bien au contraire, cela lui tirait même, parfois, une satisfaction morbide.

« Je passe mes journées à travailler, et parfois mes nuits quand mes travaux l'exigent. J'ai horreur de m'ennuyer. »

Déclara Aïlin en refermant sèchement la boite. Il fit quelques pas dans la pièce en lâchant doucement la main de Clarisse, jeta un regard par la fenêtre puis revint finalement à la jeune femme, dont il enserra la taille entre ses bras tout en se penchant pour déposer un baiser dans son cou.

« Et toi non plus, je présume, pour persister à écouter mes plus terribles secrets. »

Murmura-t-il au creux de son oreille. Il se redressa avec un léger sourire et lui prit la main pour la mener jusqu'au lit, sur le bord duquel il l'invita à s'assoir. Il en fit de même, sans lâcher sa main.

« Mais assez parlé de mes travers. Si tu n'as pas le courage de retourner chez ton oncle, tu peux dîner et dormir ici, si tu le veux. Jenny n'est pas là pour nous servir à manger, mais je crois que je pourrai m'en sortir avec la cuisine sans mettre tes jours en danger. »

S'amusa-t-il en vue de détendre un peu l'atmosphère. Aïlin redevint bien vite sérieux cependant, et fronça les sourcils lorsque certains des propos de Clarisse lui revinrent en mémoire.

« Tu m'as dit que tu t'étais enfuie. Il s'est passé quelque chose ? »

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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Dim 23 Sep - 9:23:20

Cocaïne. Héroïne. Amphétamines. Ces trois mots dansaient devant les yeux de la Serdaigle, insaisissables et pourtant bien présents. Dangereux. Assommants. Délirants. Ils la narguaient, se moquaient d'elle, de son ignorance. Non, Clarisse n'en connaissait pas la différence. Pour elle, la définition était la même: drogue. Et à ce mot trois correspondances: substance addictive, hallucinogène, poison mortel. Au-delà de ça, la rousse était parfaitement ignorante du sujet. Alors elle imprima ces trois mots quelque part dans son cerveau et se promit de se documenter à ce sujet aussitôt rentrée chez elle, ou à Poudlard. On avait dit un jour à Clarisse que la culture générale était la clef de toutes les réussites. La jeune fille comptait bien appliquer ce précepte. Après tout, quel meilleur moyen d'aider le brun, c'est à dire de combattre sa dépendance, que de connaître ses ennemies. Savoir à qui elle avait à faire. Leurs promesses, leurs vices, le prix à payer pour oublier ne serait-ce qu'une heure.
Pourtant, ce n'était pas tout et l'écossaise fut alarmée lorsqu'elle regarda à l'intérieur de ce qui semblait être une boîte à maquillage. Des étages encore et toujours. Remplis de cachets, de poudres, de substances dont elle préférait se tenir éloignée. Il y en avait tant d'autres. Certains noms lui échappaient, tandis que les autres...Elle aurait bien dut se douter qu'un Alchimiste n'en resterait pas à quelques produits imparfaits que tout un chacun pouvait trouver sur le marché s'il y mettait les galions nécessaires. Il avait voulu créer lui même une drogue plus aboutie. Le fou! Clarisse commençait seulement à mesurer l'étendue de cette révélation. Pour se procurer pareil produits, Bower devait fréquenter des gens... elle ne trouvait pas de mot juste pour les qualifier, mais il s'agissait de toute évidence de personnes qu'elle aurait préférée ne jamais croiser. Et en créant ses propres pilules, il mettait d'autant plus sa vie en danger. Si jamais le dosage n'était pas le bon, il risquait un allé simple pour le pays de Merlin. Et c'était hors de question!

Il dit qu'il en avait besoin pour pouvoir travailler plus. Travailler plus pour un contrat important. Certes, mais tout l'or du monde valait-il la vie du jeune homme? Aux yeux du rouge-gorge, la réponse était évidente: non! Qu'il veuille faire prospérer ses affaires était une chose parfaitement compréhensible, mais à quoi lui servirait un commerce prospère lorsqu'il serait mort? Ou pire, réduit à l'état de légume tout juste capable de déglutir. A rien pensa-t-elle avec rage tandis que le jeune homme s'éloignait d'elle. Elle n'avait peut être jamais été une McBrien, mais qu'importe, parole de Clarisse, elle ne le laisserait pas se détruire à petit feu devant ses yeux sans bouger. Elle avait conscience bien sûr que ce serait difficile, que depuis Poudlard elle serait pieds et poings liés, mais elle ferait son maximum. En attendant, elle ne dit pas un mot. Elle n'en trouvait aucun d'approprié et voulait surtout éviter de laisser croire à Aïlin qu'elle le jugeait.

Après quelques pas dans la pièce, il revint vers elle, l'entourant dans ses bras forts. La rousse posa ses mains contre son dos et le serra davantage contre elle, savourant le contact doux et rassurant de ses lèvres contre son cou. Mais leur étreinte fut brisée plus tôt qu'elle ne l'avait espéré et le brun l'entraîna vers le lit où il les fit asseoir. Toujours muette, la serdaigle se laissa entraîner, écoutant l'irlandais lui proposer le gite et le couvert pour la soirée. Elle sourit en l'entendant évoquer ses piètres talents de cuisinier et se colla davantage à lui. Elle avait besoin de le sentir prêt d'elle, de lui montrer qu'il était précieux à ses yeux.


- Je serais tentée d'accepter ta proposition rien que pour te voir à l'œuvre. Rit-elle. Mais si j'accepte, ce n'est pas pour me moquer, et encore moins pour échapper à mon oncle. C'est simplement parce que j'en ai envie. Tu m'as manqué Aïlin. Ajouta-t-elle en chuchotant.

Et tu n'imagines pas à quel point.

Bien sûr il avait encore des révélations à lui faire pour que tout soit vraiment clair entre eux. Mais plus tard. Plus tard il lui dirait. Et Merlin savait qu'il y aurait de quoi discourir. Bower gardait encore nombre de secrets pour lui. Si Clarisse n'était pas pressée de les connaître, elle n'en avait pas moins envie qu'il les partage avec elle. Qu'il la laisse entrer dans la confidence, quel qu'en soit le prix. Quitte à s'en noircir l'âme. Elle n'était de toute façon plus tout à fait innocente depuis longtemps et les ténèbres ne lui faisaient pas peur.
A présent, il semblait que c'était à son tour de lâcher du lest et de se dévoiler un peu. La confidence entraîne la confidence paraît-il. Elle n'avait aucune raison de cacher ce qui lui arrivait au jeune homme. Bien au contraire. Enfin ce qui lui arrivait... ce qui se tramait dans son dos plus exactement. Elle-même n'avait rien demandé. Elle soupira et se laissa glisser contre le jeune homme, jusqu'à poser sa tête sur ses genoux. Elle laissa passer quelques minutes de silence avant de se décider à répondre.


- Il ne s'est rien passé de vraiment grave. Pour le moment. Il se trouve que... comme je te l'ai dit, mon frère me déteste pour une raison que j'ignore. Ou plutôt si, je sais. Ça remonte à quand nous étions petits. Je n'ai jamais été très... disons... démonstrative, tu le sais. Et je crois qu'il m'en a voulu pendant longtemps de ne pas être comme lui. Il avait des amis moldus, moi j'étais celle à qui on venait tirer les cheveux parce qu'ils voyaient que j'étais différente. Il a toujours été populaire, moi pas. Il est extraverti, à l'aise avec les autres, il sait … exprimer ses sentiments, tout simplement, alors que moi je ne sais pas. Je n'aimais pas faire de bêtises, il ne savait faire que ça. Je crois que petit à petit, on a cessé de communiquer.

En fait non, elle ne croyait pas, elle savait. Lilian pensait qu'elle ne l'aimait pas, mais c'était faux. Combien de fois l'avait-elle veillé la nuit lorsqu'il était malade? Elle s'endormait assise par terre, la tête sur le bord de son lit d'enfant et sa grand-mère la retrouvait au matin dans cette même position inconfortable. Alors elle la prenait dans ses bras et l'emmenait dans son lit. Quand le petit garçon s'éveillait à son tour, nulle trace de sa sœur, pourtant il avait rêvé de sa présence et n'était que plus déçu. Mais ça, elle l'ignorait. Ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait toujours tout fait pour lui. A Poudlard, sous sa forme d'oiseau il lui était souvent arrivé de voler jusqu'à la tour des gryffondors. Elle avait longtemps cherché la bonne fenêtre, mais son acharnement avait payé et elle le regardait dormir derrière le carreau. Elle s'assurait simplement de loin qu'il allait bien. Surtout pendant la guerre... La guerre avait amené avec elle l'angoisse du lendemain, mais pas seulement, il y avait aussi...

- Et puis il y a eu Sayannel. Tu le connais, il a été bibliothécaire à Poudlard pendant... la mauvaise année que nous avons passé. C'est un mangemort, mais il s'avère également que c'est le cousin de ma mère. Il est de la branche restée pure. Malgré les interdits de leurs parents, ils se sont liés d'amitié, ici à Poudlard. Alors quand il est revenu il y a quelques années, j'ai appris à le connaître, et bien que ce soit un assassin, c'est une personne remarquable. Ça peut sembler étrange, mais j'ai beaucoup d'affection pour lui. Il a repris contact avec ma mère, et elle va mieux depuis, mais ça ne plait pas du tout à mon frère. Il enrage à cause de ça et m'en rend responsable.

De nouveau, elle s'interrompit. Elle s'était légèrement égarée dans les explications, mais si elle voulait qu'Aïlin comprenne bien ce qui se tramait au cottage, elle devait être claire et lui parler de l'ensemble du problème. A présent qu'elle avait posé les bases, il ne lui restait plus qu'à évoquer ses récentes découvertes.

-J'ai surpris une conversation entre Lilian et Edwin. Il disait que je n'étais pas sa sœur, et qu'il serait bientôt capable de le prouver. Il sous-entendait que nous n'avions pas le même père. C'est vrai que ma mère et Sayannel ont été très proches, et que lui et moi avons les mêmes yeux, mais ma mère est métamorphomage! Et … je ne peux simplement pas croire que mon père, celui qui s'est occupé de moi, que j'ai pleuré lorsqu'il est mort... ne soit pas mon père.

Elle essuya la larme qui roulait sur sa joue. Guérin était son père. Son cœur le lui hurlait. Il avait souvent été absent dans son enfance, mais il avait été celui qui la comprenait le mieux. Elle avait toujours été plus proche de lui que de sa mère. Il lui avait appris à faire du cheval, l'avait emmenée en promenade dans la forêt. Il avait toujours posé sur elle ce regard protecteur, attendri et compréhensif. Il semblait savoir à quel point c'était dur pour elle d'évoluer entre ses cousins et son frère alors qu'ils étaient si différents.

-S'il... si Lilian avait raison, ou du moins s'il trouvait une preuve de ses dires, étant le seul garçon, et bientôt majeur, il aurait tous les droits. Celui d'interdire l'accès au cottage par exemple... et il ne s'en priverait pas. Je ne peux pas le laisser faire. Il faut que je trouve un moyen de prouver que nous avons le même sang.
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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Dim 23 Sep - 16:10:58

Il y avait des silences qui étaient appréciable, et celui dont faisait montre Clarisse, alors qu'Aïlin confessait son addiction à différentes substances psychotropes faisait partie d'un de ceux-là. Quand elle se serra contre lui, il éprouva un flot de tendresse pour cette jeune femme qui se refusait à le juger sur les choses qu'il lui avouait.

L'un contre l'autre sur le lit, Aïlin se sentait apaisé, allégé d'un poids. Un rire lui échappa lorsqu'elle commenta sont trait d'humour, puis un sourire quand elle lui avoua qu'il lui avait manqué. Tandis qu'elle se laissait glisser contre lui pour s'allonger contre ses cuisses, il approcha sa main de sa joue et la caressa tendrement, jouant parfois avec une mèche de cheveux ou glissant avec délicatesse ses doigts sur la gorge délicate de la belle rousse.

« Tu m'as manqué aussi. »

Répondit-il finalement d'une voix grave, sincère. Il s'appuya contre le cadre du lit mais ne quitta pas Clarisse du regard pour autant. Avec elle à ses côtés, il se sentait fort, capable de tout. Pour elle, il savait qu'il ferait l'essai d'arrêter la drogue. Il ne voulait pas la perdre encore maintenant qu'il l'avait retrouvée, et il connaissait les effets de ce qu'il prenait sur le long terme. Son vice pourrait le conduire à une perception altérée de la réalité, et pire encore, aliénerait sa propre personnalité. Parfois, il se prenait à se faire croire que c'était ce qu'il désirait, mais rien n'était plus faux. Il avait travaillé et travaillait encore bien trop dur pour se laisser sombrer dans la spirale décadente de la drogue. Il était en train de réussir, et venait d'obtenir la dernière chose qu'il désirait. C'était, en soi, bien assez pour lui donner le courage d'affronter ses perversions.
Mais plutôt que de laisser son esprit s'égarer sur ces choses là, Aïlin s'inquiéta plutôt des révélations bien mystérieuses que lui avait faites Clarisse un peu plus tôt. Le jeune lord respecta le silence de Clarisse, tout en continuant à caresser la peau douce et chaude de sa compagne. Et il se tut encore tout le long de son discours, écoutant avec attention chaque détail du récit, ces détails qui révélaient toute la complexité des relations qu'entretenait Clarisse avec sa famille. Bien qu'il n'y ait pas de comparaison possible, Aïlin n'était pas le seul a avoir eu le plaisir d'entretenir des liens compliqués avec ses frères. Cette pensée l'aurait presque fait sourire si seulement il y avait eu quoi que ce soit de drôle à constater cela.
Ses sourcils se froncèrent lorsque la Serdaigle en vint au cœur du problème. Ainsi, son frère pensait qu'elle était la fille illégitime de Sayannel. Il n'avait certainement pas aboutit à cette conclusion pour rien, et cela avait de quoi être inquiétant. Il n'imaginait même pas ce que cela pouvait faire, que de se rendre compte que l'homme qu'on avait chéri et appelé « père » pendant toutes ces années ne l'avait, en vérité, jamais été autrement que par le cœur. C'était peut-être tout ce qui comptait, après tout. Seulement, il demeurait que cette découverte restait un choc et bouleverserait sans l'ombre d'un doute la vie de Clarisse.
La main d'Aïlin se figea sur l'épaule de la jeune sorcière lorsque celle-ci lui apprit que si les doutes de son frère étaient fondés, il n'hésiterait pas à la jeter à la porte. C'était une réaction pour le moins égoïste et cruelle, et l'irlandais ne put s'empêcher d'éprouver du mépris pour ce frère dont Clarisse parlait. Naturellement, il se rangeait aux côtés de celle qu'il aimait. Rien, même les incompréhensions qui avaient parsemé la relation du frère et de la sœur, ne lui apparaissaient comme de bonnes raisons pour agir aussi violemment. Elle devait s'en protéger, elle avait tout à fait raison. En silence, Aïlin acquiesça. Sa main vint trouver celle de la jeune femme, qu'il serra entre ses doigts avec le désir de la protéger de ses angoisses.

« Il y a un moyen de connaître la vérité. » déclara Aïlin, songeur. « Une potion, pour être tout à fait précis, qui permet de déterminer les liens du sang qui unissent deux personnes. Je suis alchimiste, pas expert en potions, mais il me semble qu'elle est particulièrement complexe et longue à préparer. Si tu le souhaites, je sais cependant où m'en procurer. Mais... Pour qu'elle soit vraiment efficace, il faudrait un cheveu, ou n'importe quel tissu corporel de toi et de ton père... Peut-être qu'un cheveu de ton frère suffirait, j'ignore à quel point cette potion est précise. »

Aïlin attrapa doucement Clarisse par le menton, afin que celle-ci relève les yeux sur lui. Il lui adressa un sourire, mais l'expression de son regard demeurait sérieuse.

« Si ton frère émet une telle hypothèse, il faut t'attendre à ce qu'il ait effectivement fait une découverte qui aille dans ce sens. Crois-tu que tu peux entendre la vérité, quelle qu'elle soit ? Tu devrais peut-être lui parler. Avant que ta vie ne devienne un enfer à ses côtés, il serait sage d'arrondir les angles. »

Lorsqu'il se rendit compte qu'une larme avait coulé sur la joue de Clarisse, il s'en voulut de demeurer aussi froid devant la déclaration de la jolie rousse. Il l'attrapa par les hanches et la redressa, pour la basculer en douceur sur le lit et se placer au-dessus d'elle. Sa main droite remonta sur la joue de la jeune femme, et il l'embrassa tendrement.

« Je sais à quel point la vérité peut faire mal, mais importe-t-elle vraiment ? C'est lui que tu as considéré comme un père, c'est lui qui t'a élevée et a contribué à faire de toi ce que tu es aujourd'hui. Ne laisse pas le souvenir que tu as de lui être altéré par tes rancunes avec ton frère. Et puis, tu sais bien que quoi qu'il arrive, tu ne seras ni livrée à toi-même, ni sans foyer. »

Son regard s'attarda longuement dans le sien, puis il l'embrassa encore mais prolongea cette fois le baiser. Une résurgence du désir qu'il avait éprouvé plus tôt le parcourut tandis que sa main libre parcourait en douceur les courbes de celle qu'il aimait. Bien qu'il se serait volontiers laisser tenter, il se redressa néanmoins et prit les mains de Clarisse pour la relever. Ce n'était pas vraiment le moment. Après ce qu'il lui avait dit plus tôt, cela aurait été plutôt malvenu que de profiter d'un instant de faiblesse de la jeune femme. Aussi lui adressa-t-il un sourire taquin puis se recula sans lâcher ses mains.

« Je crois qu'il commence à se fait tard... Prête à voir ce qu'un alchimiste vaut dans une cuisine ? »

Rit-il en lâchant l'une des mains de Clarisse ainsi qu'en s'acheminant vers la porte. Ils avaient tout leur temps pour se retrouver. Et cet instant serait d'autant plus savoureux que si c'était elle, et seulement elle, qui l'y invitait. En attendant cela, Aïlin comptait bien la distraire de ses tourments lors d'une agréable soirée, bien à l'abri du monde et de ses médiocrités, entre les murs du manoir.




Terminé pour moi I love you J'espère que ça te convient, et permet assez de rebondir sur la suite. Wink

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MessageSujet: Re: Visite inattendue [Terminé]   Dim 30 Sep - 11:27:56

La main d'Aîlin se referma sur celle de la jeune fille. Il était là. Et c'était tout ce dont elle avait besoin pour le moment. Ne pas être seule une nouvelle fois face aux épreuves. Elle aurait pu en parler à Sayannel bien sûr, mais elle se voyait mal aborder cet homme en lui affirmant qu'il avait couché avec sa mère et qu'elle en était la preuve vivante. De même, elle n'imaginais pas interroger sa mère pour le moment. Océane était encore trop fragile psychologiquement et lui parler de sa naissance ne ferait sans doute que remuer le couteau dans la plaie. Lui rappeler son défunt mari qu'elle s'efforçait d'oublier depuis plus de deux ans était bien la dernière chose à faire alors qu'elle commençait seulement à esquisser de nouveau le début d'un sourire timide. Non, elle devait trouver la clef de cette énigme par elle-même. Prendre son frère de vitesse et le battre à son propre jeu. Le temps pressait, il serait bientôt majeur.
Bower lui affirma alors qu'il connaissait un moyen de l'aider. Clarisse se tendit imperceptiblement. Il s'agissait d'une potion. Malin. Elle comptait plutôt orienter ses recherches vers un sortilège. Mais soit. Après réflexion, ça semblait plutôt logique. Seul inconvénient, il lui faudrait un cheveu de son père. Là, ce serait tout de suite beaucoup plus compliqué. Les seuls cheveux roux qui subsistaient au cottage n'étaient autre que les siens. Depuis le temps, il n'y avait plus aucune trace de son père à la maison, seuls restaient des objets lui ayant appartenu, et encore, Océane avait été prise d'une crise un jour et avait balancé tout ce qu'elle pouvait, tout ce qui lui rappelait son époux. En revanche, elle pourrait toujours se procurer l'un de ces longs cheveux blonds qui restait si facilement accroché au tissu du canapé. Si elle ne pouvait pas prouver que Guérin était son père biologique, elle prouverait que Sayannel ne l'était pas.


- Je pense que je pourrai avoir ce qu'il faut la prochaine fois que j'irai chez moi.

Et elle s'arrangerait même pour voler un cheveu de Lilian, histoire d'être parfaitement certaine des résultats. Peut-être le lui arracherait-elle, histoire de passer un peu de sa rancœur contre lui. Ce ne serait pas immensément douloureux pour lui, quoi que, il était douillet le pauvre enfant! En y réfléchissant bien, ce n'était pas forcément l'idée la plus brillante qu'elle avait eu depuis sa naissance. Elle évacuerait un peu de sa colère, mais le brun n'étant pas stupide, il se douterait de quelque chose. Et elle perdrait le maigre avantage qu'elle avait sur lui, car il ignorait qu'elle savait ce qu'il soupçonnait. Il valait mieux se montrer plus subtile, même si ça augmentait la difficulté de la chose.
La serdaigle fut néanmoins coupée dans l'élaboration de ses plans. Et si Lilian avait raison? Elle n'y avait même pas pensé. Il était certain dans son esprit que son frère ne pouvait pas détenir la vérité à ce sujet. Cela chamboulait trop toutes ses certitudes. Il fallait pourtant envisager cette possibilité. Aïlin avait raison, son frère n'était pas parvenu à cette conclusion tout seul. Il avait forcément trouvé un indice quelque part. Entendu ou vu quelque chose qu'il n'aurait pas du. Ou qu'il avait mal interprété, selon toute vraisemblance.


-Je... Je ne peux pas imaginer une seule seconde que ma mère et … et Sayannel aient... qu'ils soient... alors que mes parents étaient mariés. Ça n'a aucun sens. Mais … je...j'ai besoin de savoir. Et si je dois prendre la plus grosse claque de ma vie, alors tant pis, je pendrai la plus grosse claque de ma vie. Mais il faut que je sois sûre...

Elle n'arrivait même pas à prononcer les mots. Les dire à voix haute serait comme les rendre totalement et définitivement réels. Et elle n'était pas prête. Heureusement, Aïlin était là. Pour elle. Et encore une fois il trouva comment la rassurer. Bien sûr que son père resterait dans son cœur celui des deux qui avait été le moins absent, que ce soit par choix ou par devoir. Celui qui l'avait vue grandir du coin de l'œil. L'avait consolée, aimée, comprise, veillée lorsqu'elle était malade.

Mais il n'était pas encore temps de se ronger l'esprit avec ce genre de considérations. Pour l'instant, rien n'était certain. Elle aurait tout loisir d'y réfléchir une fois de retour à Poudlard. Pour l'heure, il était question de cuisine, de nourriture et des talents douteux de son hôte dans ce domaine
.


-Prête! Rit-elle en le suivant à l'étage inférieur.
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