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 [Thème 5] No matter what, we're always our parent's children
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  • Nikolaï M. Dmitriev
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MessageSujet: [Thème 5] No matter what, we're always our parent's children   Mar 3 Jan - 22:13:26

* Titre : No matter what, we're always our parent's children
* Thème choisi : Dans 20 ans
* Personnage(s) : Lev Karkoff, Alekseï Dmitriev, Akiko Velon, Rupert Turner, Arabella Waldon, Pernelle Atteyrson, Isaac Deniel
* Résumé : Rentrant d'une mission passablement éprouvante Nikolaï reçoit une nouvelle que personne ne voudrait jamais avoir à entendre : sa mère est décédée. Cette fic raconte la façon dont il se bat avec les conséquences de pareille information
* Cadre : Essentiellement Londres
* Année : Mars 2019
* Complet : Nope [4/7]


Dernière édition par Nikolaï M. Dmitriev le Sam 1 Sep - 9:34:40, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Thème 5] No matter what, we're always our parent's children   Mar 3 Jan - 22:27:06

Episode 1 : Une terrible nouvelle

Si les Mayas n’étaient pas déjà morts depuis des siècles et des siècles, ils les auraient tous massacré jusqu’au dernier ! Et dans d’atroces souffrances qui plus est. S’il était coutume de dire que les pyramides d’Egypte étaient les labyrinthes les plus mortellement dangereux du monde, et bien ceux qui avançaient pareille assomption n’avaient jamais mis les pieds dans une pyramide maya ! Jamais il n’avait vu pareille intrication de pièges. Quand vous pensiez enfin vous être débarrassé du dernier, un autre prenait sa place et ainsi de suite dans une farandole sans fin. L’horreur absolue !

Son corps encore meurtri malgré son passage à l’hôpital de Villahermosa dans la province de Tabasco où il avait passé le dernier mois en était un douloureux et constant rappel. Il se souvenait avec une pénible précision de la salle des scies tournantes, de même que celle des anacondas, sans parler de l’énigme en maya que l’archéologue libanaise qui accompagnait le groupe de briseurs de sorts de Gringott’s dont il faisait partie avait mal traduit et qui avait failli leur coûter à tous la vie lorsqu’une pluie d’acide s’était mis à tomber dans la chambre funéraire. Tout ça pour que les gobelins s’en mettent encore un peu plus dans les poches ! Parfois, il détestait son job.

Pourtant, lorsqu’il était entré dans le prestigieux corps des briseurs de sorts de Gringott’s sept ans auparavant, il était convaincu d’avoir fait le meilleur choix de carrière possible. Un job excitant mais qui n’exigeait pas de grandes qualités relationnelles, le job parfait pour lui. Certes les gobelins pouvaient s’avérer être des patrons difficiles à supporter de temps à autres mais la plupart du temps le jeu en valait la chandelle. Sauf en des jours comme celui-ci. Néanmoins, malgré toutes ses blessures et son humeur massacrante, il n’envisagea pas une seconde de changer d’orientation pour rentrer de nouveau dans le moule familial.

Il avait pris une décision le jour où il avait reçu son diplôme de l’UMA et il comptait bien s’y tenir. S’il avait refusé d’intégrer les rangs de l’empire familial malgré les menaces de son père et les larmes de sa mère, ce n’était pas pour abandonner son rêve à la première difficulté. Il avait réussi à s’en sortir tout seul -bien qu’avec une aide non négligeable de ses amis reconnaissons-le- lorsque Mikhaïl l’avait déshérité à l’époque, il avait coupé tous les ponts avec sa famille et ne s’était même pas rendu aux funérailles de son père trois ans auparavant, ce n’était pas pour se laisser abattre maintenant par une bande de Sud-américains morts depuis des siècles ! Mais cela ne voulait pas dire qu’il ne pouvait pas se changer un peu les idées avec un bon verre de vodka.

La vodka, le seul vice qu’il partageait désormais avec son frère et son défunt père. Il se détestait d’avoir succombé à la tentation familiale, mais il était désormais trop tard. C’était dans ses gènes, la seule façon qu’il avait de profiter de la torpeur induite par l’alcool reposait dans la fermentation de la patate. Dit comme ça, même lui trouvait ça pathétique.

Il se leva du canapé où il s’était avachi à peine avait-il transplané de retour chez lui quelques heures auparavant et se dirigea vers le bar. Il s’empara de la meilleure bouteille de sa collection et s’en versa un verre. Il pouvait presque entendre Lev se moquer de lui : « Alors gamin, on boit comme les grands maintenant ? ». L'ombre d’un sourire se dessina sur ses lèvres à l’évocation du seul homme qu’il eût jamais respecté dans le giron familial mais l’image du géant se tenant derrière son frère, tel le second qu’il était depuis qu’Alekseï avait repris les rênes du business familial effaça bien vite la moindre trace d’amusement de son visage. Il avait fait son choix, Lev le sien, il n’y avait pas de retour en arrière possible.


-Je constate que malgré tous tes efforts pour le dénier tu restes un Dmitriev, un vrai, un pur, qui ne boit que de la vodka comme disait feu ton père.

Voilà qu’il entendait des voix maintenant ! Pourtant il était seulement en train de se verser son deuxième verre. A moins que … Il se retourna brusquement, sa baguette pointée droit devant lui, prêt à attaquer quiconque s’était introduit dans son appartement. Mais lorsque son retard accrocha le bleu nuit de celui de son invité surprise, sa baguette faillit lui échapper des mains. La vision de son deuxième père, toujours aussi impressionnant malgré sa soixantaine bien avancée, un sourire amusé collé sur sa trogne patibulaire le cloua sur place. Il lui fallut quelques secondes pour se reprendre. Ce qui ne fit qu’agrandir le sourire de l’ancien assassin.

-Alors tu vas rester planté là comme un clampin ou bien tu vas m’offrir un verre ?

Mauvaise introduction. Si quelques instants auparavant, Nikolaï était sur le point d’oublier toutes ses rancœurs et d’embrasser son plus vieil ami, le ton qu’il perçut -à tort- comme condescendant stoppa net toutes ardeurs. Son regard se fit dur comme la glace millénaire et son ton glacial comme les neiges éternelles.

-Qui t’as donné l’autorisation de t’introduire chez moi comme ça ? Je n’ai pas souvenir de t’avoir envoyé une invitation.

A vrai dire, le fait que l’ex numéro deux des Dmitriev se tienne à présent devant lui l’effrayait bien plus qu’il ne voulait l’admettre. Il avait toujours pensé qu’Alekseï avait l’intention de le laisser tranquille puisqu’il n’avait pas eu de nouvelles depuis son accession au pouvoir suprême -non pas qu’il en eût voulu- et voilà que son messager personnel se trouvait face à lui. Que lui voulait son frère de si urgent pour envoyer le colosse à une heure si tardive ? Rien de bon, il en était sûr. D’ailleurs, la façon dont le regard de Lev se voilà à l’écoute de ses paroles lui confirma cette impression.

-Kolia …
-Ne m’appelles pas comme ça, je ne suis plus le gosse terrifié que tu avais pour habitude de rassurer lorsque Mikhaïl avait trop bu !, cracha-t-il.
-Très bien Nikolaï … Je vois d'ailleurs que tu persistes toujours à refuser de l’appeler père.
-En ce qui me concerne, il n’a jamais mérité ce titre.
-Tu es trop dur avec lui, il …
-Si tu es ici pour plaider sa cause, tu peux repartir d’où tu es venu ou je te promets que c’est moi qui te mets dehors !
-Tu t’en crois capable ?
-Expul…
-Calme, calme, je te crois ! Je ne suis pas venu pour m’engueuler avec toi, tu es en âge de prendre tes propres décisions. Je …

Plus que ces paroles prononcées à toute allure, ce fut la douleur qu’il vit se peindre sur le visage du vieil homme qui amena Nikolaï à abaisser sa baguette. Pour que Lev, l’homme qu'il avait toujours considéré comme indestructible et infaillible, montre une telle tristesse en public quelque chose d’atroce avait dû avoir lieu. Un instant il imagina qu’Alekseï avait succombé à un quelconque attentat d’un groupe rival et il se surprit à ressentir une pointe d’inquiétude mais il balaya bien vite ces chimères. Pour avoir la réponse à ses questions, la meilleure chose à faire était encore de laisser parler Lev. Il fit donc signe au mafieux de continuer.

-Je ne sais pas comment te le dire de la façon la moins douloureuse qu’il soit, alors je vais aller droit aux faits. Natalia est décédée hier dans la soirée.

Ce fut comme si l’information lui parvenait à travers un mur d’eau. La voix de Lev lui arriva déformée, comme s’il était enfermé dans une bulle qui le séparait du reste du monde. Il avait dû mal entendre, forcément. Sa mère était encore jeune, elle avait eu presque vingt d’écart avec son père, il était impossible qu’elle soit décédée à seulement soixante-quatre ans. C’était un mauvais rêve, il allait se réveiller, voilà c’était forcément ça. Il se pinça mais rien ne se produisit. Il se pinça plus fort, toujours rien. Il pointa alors sa baguette sur sa joue en vue de se la taillader mais Lev l’en empêcha.

Soudain, le géant lui parut bien plus vieux que jamais avec ses yeux emplis de douleur. Et la façon qu’il avait de secouer la tête comme pour lui indiquer que cela ne valait pas la peine de se blesser inutilement, qu’il n’allait pas brusquement se réveiller fut le coup de grâce. Il réalisa alors qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible. C’était bel et bien arrivé, sa mère avait quitté ce monde la veille au soir et rien de ce qu’il ferait ne pourrait changer ce fait. Il ressentit alors une violente douleur au niveau de la poitrine et s’écroula au sol, trop rapide pour que Lev puisse le rattraper. Prostré, aveuglé par la douleur, il s’efforça néanmoins d’articuler la question qui lui brûlait les entrailles.


-Comment ?
-Arrêt cardiaque, tu sais qu’elle avait toujours eu un cœur fragile, encore plus depuis que … non rien oublie.

Trop tard, il avait parfaitement compris le sous-entendu, depuis qu’il lui avait brisé le cœur en quittant le foyer familial. Mais il n’y pouvait rien, c’était ça ou vivre sa vie enfermé dans un carcan qui l’oppressait. Et le fait que Lev lui rappelle à cet instant précis -même sans le faire exprès- le seul regret qui le rongeait jour après jour déclencha une rage sourde en lui. Comment osait-il lui dire une chose pareille alors qu’il venait de perdre sa mère ? Pour qui se prenait-il ? Il s’exclama alors, hors de lui.

-Dis tout de suite que c’est de ma faute !
-Jamais, je n’oserais impliquer ça !
-Mais tu le penses, c’est suffisant, comme tout le monde d’ailleurs. Je te parie qu’Alekseï l’a même proclamé au monde entier ! Tout ça, c’est de la faute de mon idiot de petit frère, celui qui a lâchement abandonné sa famille ! Celui qui …

La claque fut si violente qu’il faillit décoller du sol. Lev n’avait pas perdu la main. Le géant était désormais en colère et Nikolaï se sentit à nouveau comme un gosse sur le point d’être réprimandé pour une idiote quelconque. Il s’était laissé aller à la colère car elle anesthésiait la douleur. Il avait rejeté la faute sur autrui pour éviter de regarder la réalité en face. Sa mère était morte et il n’avait même pas pu faire la paix avec elle. C’était cela qu’il lui coûtait le plus d’accepter dans le fond.

-Tu veux qu’on te traite comme un homme, alors comporte toi comme l’un d’entre eux et non comme un mioche capricieux ! Les funérailles auront lui dans une semaine au manoir, tu as intérêt à être présent ou je viendrais moi-même te chercher et je te traînerais par la peau du cul s’il le faut !

Et sur cette dernière menace, le géant transplana, laissant Nikolaï toujours avachi sur le sol de son appartement. Il resta là de longues minutes, incapable de réellement accepter la scène qui venait d’avoir lieu. Une seconde, il pestait contre une civilisation disparue et, celle d’après, il apprenait que sa mère était morte, c’était trop surréaliste pour être vrai. Mais c’était trop douloureux pour être faux.

Au bout d’un certain temps, il réussit à se lever, récupéra la bouteille entamée sur sa table ainsi que trois autres qu’il attrapa dans le bar et entreprit de rendre un dernier hommage à sa mère dans la plus pure tradition Dmitriev, en se mettant une mine mémorable.

_______

Le lendemain, dix-huit heures

Il avait la bouche pâteuse et la tête comme une citrouille. Il ouvrit un œil mais cela lui demanda un tel effort qu’il attendit quelques secondes pour ouvrir l’autre. Il jeta alors un coup d’œil aux alentours. Il était dans son salon, entouré de bouteilles vides. Ce qui expliquait la migraine qu’il ressentait. La question était "pourquoi s’était-il bourré la gueule si violemment ?". Il tenta de se remémorer la journée précédente. Il était rentré de mission, bien amoché, passablement énervé, puis … la douleur fut si intense qu’il faillit en avoir un étourdissement.

Il aurait préféré ne pas se souvenir. Il envisagea d’ailleurs un instant de descendre acheter plus d’alcool pour reprendre là où il s’était arrêté la veille mais un bruit assourdissant coupa court à ses projets. God qu’est-ce que c’était que ce bruit ? Et voilà que ça recommençait ! Il fut sur le point de lancer un Assurdiato sur la pièce pour avoir la paix lorsque ses deux neurones encore en service se connectèrent et il réalisa qu'il s'agissait du bruit de la sonnette. Parfait, juste ce qu’il lui fallait maintenant, un vendeur ambulant ou un témoin de Jéhovah !

Il se leva de fort méchante humeur et s’apprêtait déjà à remettre l’importun à sa place mais, derrière la porte, l’attendait une surprise de taille.


-Surprise ! Je savais que tu rentrais hier alors j’ai invité tout le monde pour une petite fête de retour.

Son regard se porta successivement sur une Akiko rayonnante qui lui faisait face puis sur Rupert qui se tenait derrière elle, encore ensuite sur Arabella à sa gauche et enfin sur … Pernelle. Il déglutit difficilement. Merveilleux, il avait la gueule de bois de sa vie, son appart’ était dans un état lamentable, il n’avait qu’une envie c’était de s’enfoncer dans son matelas et de ne jamais se réveiller et Akiko n'avait rien trouvé de mieux que d’inviter la fille qu’il avait largué sans raison peu après avoir commencé à travailler pour Gringott’s et qu’il n’avait jamais rappelé depuis. Il avait dû être une personne horrible dans une vie antérieure.

2271 mots


Dernière édition par Nikolaï M. Dmitriev le Ven 31 Aoû - 22:32:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Thème 5] No matter what, we're always our parent's children   Jeu 12 Jan - 22:13:48

Episode 2 : Une soirée pleine d'imprévus

Faire comme s’il ne les avait pas remarqués, fermer la porte et retourner comater, le plan était parfait, sans failles. Une seule condition : surtout, surtout, ne pas croiser Son regard. Eviter à tout prix le vermillon de ses prunelles, le rouge sang de ses iris, cette couleur si provocante qui l’attirait sans cesse. Ne pas la chercher, ne pas la trouver … raté. Il resta bloqué, incapable de détacher son regard de celui de son ex petite amie. Plongé, noyé dans ce coucher de soleil perpétuel. Et lorsqu’il émergea enfin de sa catatonie passagère, il était trop tard pour mettre le plan en action. Akiko s’était déjà invitée à l’intérieur, suivie de près par Rupert et Arabella. Ne restait plus que Pernelle, lui et le regard qu’elle lui lançait. Un regard qu’il préféra ne pas interpréter, trop de non-dits et de sous-entendus y étant inclus. Il prit donc la seule décision digne de l’adulte responsable qu’il était devenu : il fuit vers l’intérieur de l’appartement, laissant Pernelle à l’entrée.

Mais ce qui l’y attendait n’était pas plus agréable à vivre pour autant. Les trois autres étaient en train d’observer les bouteilles vides traînant sur le sol ainsi que le bordel qu’il ne se souvenait pas d’avoir créé la veille. Il avait dû piquer une crise lorsqu’il était trop bourré pour réaliser ce qu’il faisait. Des bibelots gisaient aux quatre coins de la pièce tandis que sur son bureau un encrier était renversé sur un tas de feuilles et la plume correspondante était en morceaux. Mais le plus désagréable ne résidait pas dans le désordre ambiant mais bien dans les expressions de ses amis. Rupert semblait se demander s’il avait définitivement perdu la boule, Arabella ouvrait des yeux gros comme des pastèques et Akiko avait une mine on ne peut plus inquiète plaquée sur le visage. Une mine qu’il ne lui avait pas vue depuis le jour où il lui avait annoncé qu’il avait coupé tous les ponts avec sa famille. La mine des jours terribles.


-Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

La question à cent mille gallions. Celle à laquelle il ne voulait absolument pas répondre. Celle à laquelle ils attendaient tous une réponse. Le monde était définitivement mal fait. Un instant il envisagea de s’en sortir par une pirouette comme à son habitude. Un petit « Une tornade a ravagé mon appartement, pourquoi, ça ne se voit pas ? » et le tour était joué. Il rigolait tous et la vie reprenait son cours. Mais il n’était pas d’humeur à jouer les sarcastiques. L’idée même de rire lui semblait désormais un concept abstrait, comme s’il comprenait le sens du mot mais qu’il n’était pas concerné par sa réalité. C’était un mot pour les autres, pas pour lui, plus pour lui. Il se contenta donc de lâcher du ton le plus neutre qu’il put.

-La mission s’est avérée plus difficile que prévu. J’ai perdu quelqu’un.

Sa voix faillit se briser sur la deuxième phrase mais il se reprit à temps. Il ne voulait pas paraître aussi affecté qu’il l’était en réalité. Il voulait que l’ambigüité qu’il avait instaurée dans sa phrase persiste. Il n’avait pas menti mais s’était arrangé pour ne pas dire toute la vérité. Il avait en effet rencontré bien plus de difficultés que prévues lors de sa mission et il avait effectivement perdu quelqu’un, seulement sa formulation laissait entendre que les deux évènements étaient liés. Cela l’arrangeait que les autres pensent que c’était un de ses collègues de travail qui était mort, moins de questions, moins de condoléances. La mort d’un inconnu est plus vite reléguée au fond des esprits que celle du parent d’un proche. Lorsqu’un ami perd un parent, on se remet tous en question, on s’inquiète pour les siens, on se félicite sur leur bonne santé ou on regrette leur absence, mais quoiqu’il en soit on n’est jamais tranquille. Et pour se rassurer, on en parle encore et encore, or parler était ce qu’il voulait par-dessus tout éviter.

Rupert fut le premier à parler. Posant une main maladroite sur l’épaule de Nikolaï, il lui demanda s’il voulait qu’ils le laissent seul. Ce bon vieux Rupert, à tous les coups Akiko l’avait forcé à venir, après tout ils avaient toujours eu une relation … particulière tous les deux. Sans se détester, ils ne savaient jamais sur quel pied danser l’un avec l’autre et, à vrai dire, ils se fréquentaient uniquement pour faire plaisir à Akiko. Mais pour une fois, le malaise que ressentait l’ancien Gryffondor en sa présence arrangeait grandement l’ex Serpentard et il était sur le point d’accepter avec soulagement sa proposition, lorsqu’Arabella intervint.


-Il en est hors de question ! On n’abandonne pas quelqu’un qui vient de perdre un ami. On reste et on lui remonte le moral. Pas vrai les filles ?

Il aurait dû s’en douter. Arabella était toujours aussi impulsive et jamais elle ne serait partie après une révélation pareille. Mais, pour autant qu’il aurait voulu lui lancer un regard noir, il en fut incapable. Il comprenait bien qu’elle avait réagi ainsi non pas pour l’ennuyer, mais au contraire parce qu’elle s’inquiétait pour lui. N’empêche que cela ne l’arrangeait nullement.

-Tu as tout à fait raison. On avait prévu une fête, on fera une fête. A la mémoire du ou de la disparue.

En prononçant ces paroles, Akiko le fixa comme pour lui demander de façon muette le sexe du mort.

-La disparue.

La phrase tomba telle une sentence.

______

Finalement, il ne regrettait pas qu’ils soient restés. Quand ils les écoutaient parler, il arrivait presque à oublier le manque qui rongeait son cœur. A oublier qu’on ne se rend compte à quel point on a besoin d’une personne, à quel point elle vit en nous, même lorsqu’elle est loin, que lorsqu’elle part si loin qu’il lui est impossible de revenir.


-Et alors le dragon a éternué avant que je puisse lui insérer la solution dans le nez et toute l’équipe s’est retrouvée couverte de morve de dragon. Il m’a fallu trois douches pour me sentir à nouveau propre.

Tandis que les autres explosaient de rire, il réussit tant bien que mal à esquisser un sourire. Ce n’était pas que l’anecdote ne l’ait pas amusé mais c’était comme si ses zygomatiques s’étaient bloquées car le geste de remonter ses lèvres lui coûtait un effort immense. Et avant que quiconque ne se rende compte de son silence, il décida de se lever pour aller chercher un nouveau pack de bières dans le frigo.

Il se leva du canapé discrètement alors qu’Akiko commençait à raconter une anecdote à son tour, constatant une fois de plus les miracles qu’on pouvait faire avec une baguette à la main. La pièce avait retrouvé son aspect habituel, chaque chose à sa place et les bouteilles vides à la poubelle. Mais alors qu’il passait devant la salle de bain, Pernelle en sortit. Putain de malchance !

Il avait réussi à éviter de lui adresser la parole depuis le début de la soirée, mais là il était coincé. Cela ne l’empêcha néanmoins pas de tenter l’approche « faire comme si de rien n’était », comme s’il ne l’avait pas remarquée. Il était passé maître dans l’art de contourner les problèmes, d’enfouir sa tête dans le sable, certain que lorsqu’il la ressortirait, les problèmes auraient disparu. Mais cette fois-ci, sa méthode échoua lamentablement. Elle l’attrapa par la manche et se planta droit devant lui, le forçant à la fixer dans les yeux. Et, si elle avait beau être plus petite que lui, il se sentit soudain minuscule sous ce regard furieux. Car il n’y avait aucun doute à avoir sur l’émotion que convoyaient les prunelles pourpres de l’ex lionçonne. Et au cas où il aurait encore eu quelque difficulté à comprendre, les signes rageurs exigeant des explications qui suivirent le fixèrent bien vite sur la question.

Mais après sept ans, valait-il seulement la peine de s’efforcer à essayer de mettre des mots sur sa conduite passée ? Probablement pas considéra-t-il alors qu’il se dégageait de son étreinte et continuait son chemin. Sauf que les lettres dorées qui apparurent soudain devant lui le stoppèrent net.


« Si jamais tu me tournes le dos encore une fois Nikolaï, tu peux me rayer définitivement de ta vie. Si tu ne l’as pas déjà fait, bien entendu »

Il ne saurait jamais si c’était la peine contenue dans ces mots de reproche ou l’idée de ne jamais plus la revoir qui le fit se retourner. Il avait pourtant vécu sept ans sans elle, il était même celui qui avait rompu, mais à l’époque c’était lui qui avait pris la décision et, au fond de lui, il pensait qu’il pourrait toujours s’excuser et la revoir lorsqu’il l’oserait. Mais les paroles qui s’effaçaient désormais derrière lui avaient l’arrière-goût d’un ultimatum, une dernière chance à ne pas louper. Pernelle avait beau être la fille la plus compréhensive qu’il ait jamais connue, il savait que tout le monde avait des limites à ne pas dépasser et il venait de marcher sur les siennes.

Ils restèrent à se fixer en silence un certain temps, Pernelle attendant qu’il se lance dans ses explications et lui cherchant par quel bout commencer. Il finit par se lancer avec ces cinq mots.


-J’avais peur, terriblement peur.

Après cela, les mots vinrent tous seuls. Il lui expliqua tout. Comment lorsqu’il avait décidé de couper tous les ponts avec sa famille à la sortie de l’UMA, il avait eu peur que son père puisse considérer qu’il s’agissait là de la mauvaise influence de ses « fréquentations » et décide de s’arranger pour que lesdites fréquentations ne soient plus jamais un problème. Comment l’idée de la perdre lui avait été insupportable à tel point qu’il avait préféré stupidement casser pour lui éviter tout problème éventuel au lieu de voir venir le futur à ses côtés. Comment par-dessus tout il avait eu peur de s’engager sérieusement dans une relation avec elle. Car, si à l’époque il ne s’en était pas rendu compte, depuis il avait eu largement le temps d’y réfléchir et de réaliser que sa principale peur avait été celle de décider de partager réellement sa vie avec quelqu’un. Car, toute sa vie il avait été en grande partie seul, certes il avait eu d’excellents amis et même des filles dans sa vie mais là, ils n’étaient plus à Poudlard ni même à l’université, c’était leur vie d’adultes qui commençait. Et rester avec Pernelle signifiait envisager un futur ensemble sur le long terme, un appartement partagé, un mariage, des enfants, qui sait ? Il avait donc eu une réaction typiquement masculine : il avait été terrifié à l’idée de se sentir enfermé dans un futur déterminé à l’avance. Il venait à peine de choisir de ne pas suivre les traces de son père et de son frère, il ne voulait donc pas s’engager sur un autre sentier battu. En un mot comme en cent, il avait été atteint par cette maladie si commune : la peur de l’engagement. Mais le plus effrayant était de se dire que sept plus tard, à désormais trente-trois ans passés, il était toujours aussi terrifié.

Néanmoins, cette peur était dominée par celle de perdre à jamais Pernelle. Car maintenant qu’il l’avait de nouveau devant lui, il se rendait à quel point elle lui avait manqué. Son petit nez retroussé, ses lèvres fines, son regard pétillant, sa chevelure d’argent, ses yeux de sang, ses mains si douces, tout, tout en elle lui rappelait des souvenirs communs, des jours heureux en sa compagnie. Il n’avait jamais cessé de l’aimer, il avait juste enfermé ses sentiments dans un recoin de son cœur qu’il avait fermé à double tour, mais désormais le verrou avait sauté. Sauf que plus rien n’était pareil, il n’avait plus aucun droit sur elle, le plus probable était d’ailleurs qu’elle se soit trouvé un autre homme, un type capable de la traiter comme elle le méritait. Il l’imagina alors dans les bras d’un homme imaginaire et une jalousie maladive lui rongea le cœur.


-On t’a déjà dit que tu réfléchissais trop ?

La question le prit de court. Il s’était attendu à toutes sortes de reproches, à une claque pour s’être comporté comme le pire goujat que la Terre ait portée, à un silence dédaigneux, à tout, mais pas à cette question. Et encore moins à la lueur amusée dans son regard alors qu’elle la lui posait. Mais pour la défense de l’ancienne Rouge-et-Or, sa tronche d’ahuri devait valoir son pesant de cacahuètes. Il balbutia donc une réponse qui ressemblait vaguement à :

-Euh …


Le sourire de Pernelle s’agrandit encore un peu plus, de même que sa propre perplexité. Et lorsqu’elle termina la conversation en lui disant que s’il voulait réparer les pots cassés, il allait devoir commencer par lui écrire au plus vite, il ne sut ce qu’il avait fait pour mériter une telle chance mais il s’empressa d’acquiescer. Elle acceptait de lui redonner une chance de devenir son amie après tout ce qu’il avait fait, cette fille était vraiment la perle rare. Il eut alors un flash-back de sa surprise lors de l’été avant sa troisième année lorsqu’il avait découvert qu’elle ne lui en voulait pas de ne pas répondre à ses lettres. Déjà à l’époque, il avait eu un mal fou à comprendre la façon dont son esprit fonctionnait, mais comme à l’époque, il décida de se contenter de profiter de sa chance. Et puis, c’était ce mystère qui entourait la personnalité de la jeune femme qui avait fini par gagner son cœur.

Ils revinrent ensemble dans le salon, le pack de bière totalement oublié et il aurait juré que lorsqu’ils entrèrent côte à côte Rupert donnait dix mornilles à Akiko et dix autres à Arabella. Il préférait ne pas savoir sur quoi ils avaient parié, il avait peur de savoir.

______

Après cela, la soirée avait continué son cours de manière paisible, il avait même réussi à rire pour de bon aux aventures farfelues d’Ara. Puis, l’heure de rentrer pour tous vint mais alors qu’il les raccompagnait jusqu’à la porte, la douleur et la solitude revinrent frapper à la porte de son cœur de toutes leurs forces. Cela dut se lire sur son visage car, après avoir murmuré quelques mots à l’oreille de Rupert et que celui-ci ait hoché la tête en signe d’approbation, Akiko déclara qu’elle avait l’intention de rester passer la nuit. Il fut d’abord sur le point de refuser mais un regard de son amie le fit changer d’avis. Elle avait de toute façon l’intention de rester, c’était inscrit dans ses prunelles perlées. Peu importe ce qu’il dirait, elle avait compris qu’il n’avait pas tout dit au début de la soirée et elle avait aussi senti qu’il ne dirait rien devant tout le monde. Elle avait donc choisi de rester à ses côtés pour qu’il puisse se décharger du poids qui pesait sur ses épaules. Il la remercia d’un regard. Ils s’étaient toujours compris sans avoir besoin de mots et cela n’avait fait que se renforcer avec l’âge.

Ainsi, lorsque les autres furent tous partis et que la maison eut retrouvé un semblant d’ordre, ils s’assirent tous les deux dans le sofa, en silence, Akiko attendant simplement qu’il commence à parler, lorsqu’il en ressentirait l’envie. Elle savait pertinemment que le forcer ne ferait que le braquer encore plus, il lui dirait tout en temps et en heure, il lui suffisait d’attendre. Et en effet, au bout d’une demi-heure, il finit par murmurer la vérité qu’il se refusait encore à accepter complètement.


-Elle est partie sans que je puisse m’excuser pour mon comportement. Je sais que je lui ai brisé le cœur, mais je devais partir, j’étouffais à la maison. Tu me comprends, hein ?


Il attendit ensuite les paroles de son amie comme un condamné à mort attend une grâce, comme la dernière chose qui l’empêchera de sombrer dans la folie. Il savait qu’il n’avait pas besoin d’en dire plus pour qu’elle découvre la véritable identité de celle qu’il avait perdu. Mais, il avait besoin d’entendre quelqu’un lui dire qu’il avait le bon choix en partant de chez lui ce jour-là, que ce n’était pas de sa faute si sa mère était morte, que ça n’aurait pas été différent s’il était resté. Et c’est ce que lui dit Akiko, ça et bien plus, tandis qu’elle le prenait dans ses bras, lui assurant que tout irait bien, que ce n’était pas de sa faute, qu’il n’avait rien à se reprocher, qu’où qu’elle soit sa mère ne lui en voulait pas, qu’elle continuait à l’aimer, encore et toujours. Puis, elle se mit à lui chanter une berceuse en français et, bien qu’il ne comprit pas un mot de ce qu’elle disait, il finit par s’endormir dans ses bras, calmé par la mélodie tranquille.

_______

Le lendemain matin, il se réveilla sur le sofa, une couverture sur lui. Une odeur de café et de toasts grillés arriva jusqu’à lui et il se dirigea vers la cuisine. Il y trouva Akiko préparant le petit déjeuner. Il prit donc son courage à deux mains et, avant de changer d’avis, lui demanda :


-L’enterrement a lieu dans six jours, tu pourrais m’accompagner ?


Il redoutait qu’elle ait un quelconque empêchement mais le sourire qu’elle lui offrit entreprit de le rassurer. Et il fut entièrement calmé lorsqu’elle s’approcha et entreprit de lui ébouriffer les cheveux en se mettant sur la pointe des pieds, différence de taille oblige.

-Evidemment que je t’accompagnerais, idiot. Comme si j’allais laisser mon meilleur ami se rendre seul à l’enterrement de sa mère.


Le soulagement qu’il ressentit fut tel que même le mot « enterrement » ne lui brisa pas le cœur. Il rendit donc son sourire à l’ancienne Bleu-et-Bronze et s’empara d’un toast déjà beurré. L’avenir ne s’avérait pas si terrible finalement.

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Dernière édition par Nikolaï M. Dmitriev le Sam 1 Sep - 10:48:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Thème 5] No matter what, we're always our parent's children   Ven 31 Aoû - 22:40:06

Episode 3 : La normalité reprend toujours ses droits

Le plus dur était de se rendre compte à quelle vitesse la normalité reprenait ses droits. Découvrir que le monde ne s’était pas arrêté de tourner à cause de la disparition d’une seule personne, pour aussi importante soit-elle, qu’il s’agissait là du cycle naturel des choses et que la routine exigeait son dû. Qu’aujourd’hui était exactement comme hier. Se lever. S’habiller. Prendre son petit-déjeuner. Sortir de chez lui. Arriver à Gringott’s. Se rendre au bureau de son supérieur. Faire son rapport. Demander une nouvelle archéologue pour la prochaine mission. Ne pas rire, ne même pas sourire, à l’écoute des sous-entendus graveleux de McKitton. Ressortir sans avoir adressé la parole à personne, juste un sourire en direction de Lydia, la petite nouvelle, si discrète et que tout le monde, sauf lui, semblait toujours oublier, alors que, réellement, elle était bien plus intéressante que la plupart de ses collègues. Seulement, elle ne savait pas se mettre en avant. Un peu comme lui. C’était d’ailleurs paradoxalement probablement pour ça qu’il l’avait remarquée dès son arrivée alors que les gens n’étaient en général qu’un ballet de noms sans visages, d’images qui s’effaçaient au fur à mesure de sa mémoire.

Il faisait beau, absurdement beau. Quelque part, son esprit se rebellait contre cette idée. Lorsqu’on était triste, il ne pouvait pas faire beau. Il ne
devait pas faire beau, c’était une loi universelle. L’univers devait faire son deuil en même temps que vous. Il n’avait pas le droit d’être joyeux, ciel bleu et soleil resplendissant, enfants qui riaient et couples qui s’embrassaient. Et pourtant la réalité était bien là : cruelle, absurde, et il faisait beau ! C’était comme si tout ce qu’il avait toujours cru inamovible se mettait brusquement à bouger dans le seul but de perturber son équilibre intérieur. Comme si les monts de l’Oural partaient soudain faire une croisière en Méditerranée. Et, par-dessus tout ce sentiment de manque irrationnel qu’il ressentait en permanence depuis l’apparition maudite de Lev ! Rationnellement, il n’aurait pas ressentir son absence puisqu’il ne l’avait plus revue depuis sept ans, un jour de plus à ne pas la voir n’était rien de surprenant et encore moins d’insurmontable. Mais, il semblait que la raison sur laquelle il aimait tant à compter en toute occasion avait pris des vacances en ne laissant derrière elle qu’un panneau sadique où l’on pouvait lire « Débrouille tout seul cette fois-ci ».

Tandis qu’il déambulait sans but sur le Chemin de Traverse, une voix intérieure ressemblant désagréablement aux intonations chantantes d’Akiko lui murmurait que la différence entre maintenant et avant, c’était qu’avant, il savait toujours qu’il existait une possibilité de la revoir s’il en avait envie. Il était peut-être devenu Nikolaï Verskine, Briseur de Sorts à Gringott’s, n’ayant rien à voir avec Alekseï Dmitriev, homme d’affaires de renommée internationale, mais Nikolaï Dmitriev vivait encore en lui. Sa famille ne savait peut-être pas où le trouver -enfin vu la facilité avec laquelle Lev s’était introduit dans son appartement, il avait peut-être seulement imaginé cette partie-là- mais lui savait où les trouver. Difficile de louper le manoir Dmitriev ou même leur immeuble londonien, pensa-t-il avec un petit rire sans humour. Sauf que maintenant c’était trop tard. L’immeuble serait toujours là mais ELLE n’y serait plus. Ironiquement, la dernière attache qui le liait au nom des Dmitriev venait de disparaître et, au lieu de s’en réjouir, il se sentait pire que jamais. Comme si mettre un pied devant l’autre n’avait aucun sens. Car pour aller où ? Il n’était certes plus un Dmitriev mais était-il vraiment un Verskine ? Qu’est-ce qu’être un Verskine voulait seulement dire ? Avait-il changé de personnalité en changeant de nom en sortant de l’UMA ? Ce qui constituait son être avait-il été transformé lorsqu’un coup de baguette avait changé son acte de naissance ? Probablement pas. Et même si jamais cela avait été le cas, il n’était pas sûr d’avoir gagné au change. Car qu’avait-il maintenant ? Une vie solitaire, constituée pour la plus grande part de voyages aux quatre coins du monde avec des gens qu’il ne revoyait normalement pas d’une fois sur l’autre, le tout pour que des créatures avides et avares s’en mette plein les poches ? Mais n’était-ce pas exactement ce qu’il aurait fait s’il était resté dans les affaires familiales ? Certes, il restait dans les limites de la
légalité, c’était là la seule différence. Comme si ça changeait quoique soit !

Voilà pourquoi il ne réfléchissait pas au sens de la vie, surtout pas de la sienne. C’était dangereux et masochiste. Cela n’amenait jamais rien de bon, si ce n’était un sérieux mal de tête et une envie irrépressible d’un verre de vodka. Ou dans les mauvais jours, un désir morbide que tout s’arrête. Heureusement, Akiko était toujours là pour le rattraper quand il s’engageait sur cette pente dangereuse, comme si elle avait un foutu sixième sens qui lui indiquait quand son émotionnellement inadapté de meilleur ami était sur le point de faire une connerie. Comme avant-hier soir lorsqu’elle était apparue de nulle part avec des idées de fête et des amis plein les bras pour l’empêcher de penser. Comme hier quand elle était restée avec lui toute la journée alors que Rupert l’attendait probablement à la maison. Mais, il avait suffi d’un jour où il se retrouvait à nouveau seul et il rechutait. Parfois, c’était à se demander si le problème ne venait pas d’un défaut de naissance, une partie en moins qu’il n’aurait pas et qui amènerait son cerveau à désespérer dès qu’il en avait l’occasion, dès qu’il n’était pas occupé par des énigmes mayas ou des anecdotes sur de la morve de dragon.

-AOW ! Oups, pardon, veuillez m’excusez, je ne regardais pas vraiment où je me dirigeais.

La phrase était sortie instinctivement, souvenir oublié d’une éducation parfaite. Il n’avait même pas jeté un regard à la personne à qui il l’adressait, jusqu’à ce qu’un rire silencieux, composé de petits borborygmes inarticulés se fasse entendre. Un rire qu’il ne connaissait que trop bien même s’il ne l’avait pas entendu depuis des années, un rire de muet. Il fixa alors son regard sur sa malheureuse victime, se tenant toujours le bras à l’endroit où l’impact avait eu lieu et il n’en crut tout simplement pas ses yeux. Pernelle ! De toutes les personnes qu’il aurait pu bousculer, il avait fallu que ce soit Pernelle, positivement ravissante dans sa petite robe d’été, et un paquet de chez Tissard et Brodette sous le bras. La surprise devait se lire sur son visage car le rire de Pernelle ne fit que redoubler et lui restait là comme le plus gros des crétins que la Terre ait portés. Jusqu’à ce que ce qu’elle finisse par s’inquiéter et lui demander si tout allait bien.

Il se reprit alors brusquement et, sans bien savoir pourquoi, lui proposa d’aller boire un verre. En toute amitié bien sûre. Quand elle eut l’air d’y réfléchir, il sut qu’il avait fait une bourde, le pas de trop dans leur relation pour l’instant si instable. Il s’apprêtait d’ailleurs à fuir avec une excuse quelconque pour ne pas avoir à subir son refus lorsqu’avec un air sérieux contredit par une douceur dans son regard, elle lui signa qu’elle acceptait de l’accompagner, à condition qu’il paye. C’était si incongru, l’idée qu’elle put ne serait-ce qu’envisager qu’il soit assez goujat pour ne pas l’inviter -mais après tout, il l’avait bien larguée sans raison non ?- qu’il se mit à rire hystériquement. Il s’arrêta lorsqu’il constata que les passants le regardaient avec une sorte d’inquiétude mêlée de crainte. Quant à Pernelle, son regard était redevenu indéchiffrable. Ce mystère encore et toujours entier qu’était Pernelle Atteyrson était de retour, ce mystère qui le rendait tout simplement fou.

Ils se rendirent au Chaudron Baveur et Tom les installa à une table un peu plus éloignée des autres. Allez savoir ce qu’il s’était imaginé mais, quoi qu’il en fût, Nikolaï lui en était reconnaissant. Pernelle commanda une liqueur à la fraise, le surprenant grandement et lui rappelant qu’elle n’était plus la jeune femme qu’il avait quittée sept ans auparavant. Quant à lui, il dut se faire violence pour ne pas commander la vodka dont il rêvait pour se donner le courage nécessaire pour survivre à la conversation à venir et se contenter d’un martini. Pourtant c’était lui qui avait initié ce rendez-vous imprévu. S’il l’avait voulu, il aurait très bien pu se contenter de prétexter avoir des choses à faire et reprendre le contact de manière épistolaire. Mais, non, une part de lui qu’il ne comprenait définitivement pas avait choisi pour lui et elle avait choisi de faire les choses en tête à tête. Sauf que cette fameuse part avait malheureusement décidé après cela que son travail était terminé et que c’était désormais à lui de se débrouiller pour savoir quoi dire.


-Et donc tu deviens quoi ?

Ou de comment mettre les deux pieds dans le plat en éclaboussant toute personne à proximité. Pourtant Pernelle ne fit aucune remarque, elle ne réagit ni positivement ni négativement, en réalité elle ne répondit même pas. Comme si elle attendait qu’il trouve de lui-même la bonne question à poser avant de daigner lui faire la faveur de répondre. C’était stressant. C’était irritant. Surtout la façon dont son regard semblait le transpercer de part en part. Et la manière dont sa lèvre supérieure se déposait délicatement sur sa lèvre inférieure comme s’il s’agissait là d’un arrangement hautement compliqué. Un arrangement désigné uniquement pour le rendre fou, lui, Nikolaï Mikhaïlovitch Verskine … ou Dmitriev il ne savait plus à vrai dire.

-Moi je bosse toujours à Gringott’s. Mais tu le savais sûrement déjà.

Oh God. C’était de pire en pire. Il s’enfonçait, creusait sa tombe de ses propres mots. Et elle restait là, immobile, impassible, à le fixer avec ses fichues lèvres trop parfaites pour être vraies. Ces foutues lèvres dont il n’arrivait pas à s’empêcher de se rappeler le goût fruité et légèrement acide. Comme un abricot encore un peu trop vert mais d’autant plus délicieux que vous l’avez cueilli juste avant les autres car c’était celui-là et aucun autre qui vous plaisait. Un instant, il se demanda si le goût des lèvres d’une personne pouvait changer au fil du temps ou s’il s’agissait là d’un trait immuable. Puis, il se trouva complètement stupide et elle n’avait toujours pas dit un seul mot !

-Je n’ai plus jamais eu de copine après toi, tu sais ?


Il hésita à rajouter « Je crois que je t’aime encore » mais s’arrêta avant de commettre l’irréparable. Ce n’était pas le moment, ce n’était plus le moment. Il avait eu sa chance et il l’avait laissée s’échapper. Il fallait maintenant vivre avec les conséquences, il ne pouvait pas se permettre de ruiner cette nouvelle opportunité qu’elle lui avait donnée de redevenir amis. C’était déjà bien plus qu’il ne méritait. Mais, il n’y pouvait rien, le silence l’oppressait. Alors qu’il avait été toujours confortable dans le silence, alors qu’il était habitué à communiquer plus par gestes que par mots, alors qu’il abhorrait littéralement les gens qui ne savaient pas s’arrêter de parler, alors que c’était cette même capacité à s’entendre sans mots qui l’avait rapproché de Pernelle dans un premier temps, voilà que soudain le silence le mettait mal à l’aise. Il voulait qu’elle réponde, non pas verbalement puisque c’était impossible mais qu’elle réagisse tout du moins. Quoique ce soit plutôt que cette absence totale de mouvement. Alors il finit par lâcher la seule information importante, la seule qu’elle attendait probablement qu’il lui donne.

-Ma mère est morte avant-hier. On l’enterre dimanche prochain, tu pourrais venir ?

Il ne savait même pas pourquoi il avait demandé ça. C’était injuste de sa part. Il la mettait devant le fait accompli, lui retirant par-là même la possibilité réelle de refuser. Car qui refuserait d’accompagner quelqu’un à l’enterrement de sa mère ? Certainement pas Pernelle. Du moins pas celle qu’il connaissait, celle qu’il avait aimée. Mais sept ans pouvaient changer une personne, une rupture brutale et sans raison et sept ans pour la ressasser pouvait changer une personne. Et pourtant, Pernelle n’avait pas changé car elle lui répondit immédiatement qu’elle viendrait. Et son regard semblait porter toute la sagesse et le soutien du monde. Comme s’il était un enfant ignorant et que, pour cela, elle lui pardonnait toutes ses erreurs, toutes ses offenses antérieures. En tout cas c’était comme cela qu’il se sentait.

A partir de là, la conversation fut enfin à double sens et il se surprit à découvrir qu’après sept ans sans l’utiliser le langage des signes lui était toujours familier. Rappel d’un passé plus heureux, d’une époque où il croyait encore en l’avenir et ne faisait pas que l’éviter. D’une époque où il avait eu le courage de s’opposer à sa famille mais pas celui de rester aux côtés de la femme qu’il aimait. C’était idiot maintenant qu’il y pensait. Il fallait croire que les vérités de comptoir renfermaient plus de sagesse que ce qu’il avait cru : les hommes étaient bien des animaux émotionnellement retardés vis-à-vis des femmes. Capables de se battre et de tuer mais pas de sentir. Ou peut-être n’était-ce là qu’une montagne d’idioties et qu’il ne cherchait qu’une excuse pour se dédouaner de sa stupidité congénitale. Dans les deux cas, il était bien décidé à changer cela.

Et c’est ce qu’il fit après deux heures passées à échanger des informations, banales, pas trop personnelles, jamais intimes, mais si naturelles que, s’il n’avait pas été en public, il en aurait pleuré de joie tellement c’était agréable de seulement parler avec elle de nouveau. Il se leva ensuite, la raccompagna jusque chez elle et, une fois devant sa porte, se contenta de déposer un très léger baiser sur sa joue et de lui rappeler la date et le lieu de l’enterrement. Puis, il transplana, craignant trop de faire un impair s’il restait plus longtemps. Il se retrouva ainsi chez lui avec un incroyable sentiment de plénitude mêlé d’incertitude. Un sentiment auquel il put très vite mettre un nom : l’envie de vivre. Cela faisait si longtemps qu’il ne l’avait pas ressenti, il en avait presque oublié le goût. Mais il aurait dû le savoir … la normalité reprenait toujours ses droits.


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MessageSujet: Re: [Thème 5] No matter what, we're always our parent's children   Lun 29 Oct - 19:44:03

Episode 4 : L’enterrement

La sensation d’étouffement était tout simplement insupportable. Il avait l’impression d’avoir de nouveau traversé la ligne invisible qui séparait son monde du leur et, ce, sans que personne ne lui ait jamais demandé si cela lui convenait ou non. Alors qu’il s’était promis de ne jamais revenir sur ses pas, voilà qu’il était de retour au point de départ. Comme si rien n’avait changé. Comme s’il n’avait pas avancé d’un millimètre. Les mêmes personnes, le même manoir, la même ambiance. Les faux sourires, les condoléances de circonstance et les secrets bien cachés derrière les apparences durement conservées. C’était toujours aussi écœurant. Il avait beau se trouver à l’extérieur, il se sentait opprimé : physiquement et mentalement. Il tenta d’aspirer goulûment la bise de printemps qui fouettait le majestueux jardin où ils étaient tous réunis pour mettre sa mère en terre mais l’angoisse qui s’était emparé de lui dès qu’il avait posé un pied en territoire Dmitriev ne baissa pas d’un cran. Il n’était plus à sa place ici, ce n’était plus chez lui. Si tant est que cela ne l’eût jamais été.

Malgré tout, il avait néanmoins été surpris par le peu de changements qu’Alekseï avait fait à la décoration, il aurait pourtant cru que son frère voudrait marquer son territoire dès qu’il en aurait l’occasion mais apparemment il n’était pas le seul à avoir mûri. Ou alors sa mère avait conservé une certaine autorité sur Alekseï, mais il en doutait fortement. Déjà lorsqu’il était adolescent, Natalia n’avait pas réellement su comment gérer son aîné, alors Nikolaï doutait qu’une fois atteint l’âge adulte, cela ait changé. Et, pourtant, pour une fois, cela l’aurait arrangé, il avait horreur de reconnaître le moindre détail, de se rendre compte qu’il pourrait encore se déplacer dans le manoir les yeux fermés. C’était comme si son esprit et son corps étaient en désaccord. Le premier se refusait à accepter les habitudes que le second retrouvait à agir dans un environnement connu.

Mais pire encore que de retrouver ce lieu qu’il en était progressivement venu à haïr au fil des années avait été faire de nouveau face aux regards de gens qui le croyaient disparu à jamais. S’il avait difficilement retenu un soupir exaspéré devant le regard de merlan frit du nouveau majordome qui avait dû le reconnaître à cause de sa ressemblance de plus en plus frappante avec sa désormais décédée mère, c’était l’entrée dans le salon qui avait été la plus terrible. Il avait suffi que quelqu’un le remarque et murmure son nom pour que toutes les conversations se taisent et que tous les regards se tournent vers lui. Le retour du fils déchu, voilà qui allait faire jaser pendant des semaines. Sur le coup, il avait été sur le point de faire demi-tour et de tous les laisser là à leurs commérages mais la légère pression de la main de Pernelle sur son avant-bras ainsi que le murmure d’encouragement d’Akiko l’incitant à les ignorer royalement lui avaient permis de garder la tête haute. Il avait ainsi fermé les yeux une demi-seconde avant de diriger un regard plus froid que la glace à l’assemblée. Une ou deux bonnes femmes en avaient frissonné et il n’avait pas même tenté de dissimuler le sourire de satisfaction qui s’était dessiné sur son visage habituellement impassible. Il n’était pas là pour eux, il était seulement venu rendre un dernier hommage à la seule personne à qui il était lié par le sang qu’il eût jamais respecté pour elle-même et non pas parce qu’il était trop effrayé pour tenter de s’opposer à elle. Alors qu’ils pensent ce que bon leur semblait, il ne se laisserait pas affecter par leurs simagrées.

Il traversa donc la pièce où le buffet était installé sans un mot pour quiconque, flanqué d’Akiko à sa droite et Pernelle à sa gauche, pour se diriger vers le jardin. Il aurait voulu apercevoir Lev un instant mais ce dernier était à tous les coups occupé ailleurs, alors il se contenta d’aller s’installer contre le vieux chêne d’où il pourrait suivre la cérémonie sans que personne ne l’observe à la dérobée. Quelques personnes tentèrent bien de s’approcher de leur petit groupe mais le regard peu amène que leur lança l’ex-héritier les stoppa net dans leur initiative. Il n’était pas d’humeur à faire la conversation, il avait juste besoin de se vider l’esprit pour ne pas craquer lorsqu’il verrait le cercueil arriver. Heureusement, Akiko et Pernelle comprirent sans qu’il ait besoin d’expliciter quoi que ce soit son besoin de silence et le laissèrent à ses pensées.

Cependant, il était impossible de retarder indéfiniment l’inéluctable et ce fut la voix douce de sa meilleure amie qui finit par le tirer de ses rêveries :


-Ils arrivent.

Ces deux mots lui firent l’effet d’un électrochoc et ses yeux cherchèrent avidement le cortège funèbre. C’était Lev qui faisait léviter le cercueil, impressionnant dans sa tenue de deuil. Sa tristesse était évidente pour qui savait reconnaître les signes annonciateurs derrière sa façade impassible et Nikolaï sentit les larmes s’agglutiner au bord de ses yeux en voyant son parrain ainsi. Car si Alekseï et lui avaient perdu une mère, c’était une sœur qui avait quitté le géant. Sans compter le dernier vestige de l’époque où son meilleur ami dirigeait l’empire. Cela avait dû être un coup particulièrement dur pour le mafieux qui approchait désormais des soixante-dix ans. Nikolaï s’en voulut d’ailleurs pour sa réaction enfantine lorsque ce dernier était venu lui annoncer la nouvelle, Lev avait probablement dû se sentir au plus mal de devoir apporter pareille information et lui avait été des plus désagréables. Finalement, Lev avait raison : il avait peut-être grandi physiquement mais psychologiquement cela restait encore à prouver.

La cérémonie se passa sans anicroche, Alekseï, Lev et deux des plus proches amies de Natalia se relayant pour parler de feu cette dernière. Et pour autant que cela lui fasse du mal de le reconnaître, même l’intervention de son frère s’avéra sobre et bienvenue. Il aurait voulu se dire qu’il l’avait faite rédiger par quelqu’un d’autre mais les mots suintaient trop le vécu pour être sortis d’autre part que l’esprit d’Alekseï. Comme quoi on pouvait être un connard fini et n’en avoir pas moins aimé sa mère. Cela devait être ce que l’on appelait l’ironie du sort. Dommage qu’il ne fut pas d’humeur à rire.

Puis, avant de mettre le cercueil en terre, ce fut le moment des derniers au revoir durant lesquels tout le monde pouvait venir admirer le visage désormais à jamais tranquille de Natalia. Nikolaï attendit que tout le monde soit passé pour s’approcher, Pernelle et Akiko toujours à ses côtés mais, lorsqu’il voulut ouvrir la bouche pour lui dire enfin tout ce dont il n’avait jamais eu l’occasion, rien ne lui vint à l’esprit. Et puis c’était idiot, il ne croyait pas à l’au-delà alors pourquoi parler à un cadavre pour aussi bien conservé que les sorts de préservation puissent donner l’impression qu’il était. Cela ne servait à rien ! Comme sa venue ici en fait. Qu’avait-il accompli en se pointant ? Sa mère était-elle revenue d’entre les morts ? Absolument pas. Se sentait-il mieux en quelque forme que ce fut ? Tout au contraire. Alors pourquoi diable avait-il fait le déplacement ? Par peur des représailles promises par Lev ? Si peu, il ne craignait plus le géant depuis longtemps … ou du moins c’était ce qu’il aimait à se dire.

« Tu sais que tu n’as pas besoin de parler pour qu’elle comprenne tes sentiments, pas vrai ? »

La phrase qui disparut aussi vite qu’elle s’était formée dans l’air devant lui le prit par surprise et il tomba nez à nez avec le sourire doux de Pernelle. Le cœur gros, il lui renvoya un sourire maladroit pour la remercier de son soutien infaillible malgré la façon cavalière dont il l’avait traitée par le passé. Il se tourna ensuite vers Akiko et murmura un remerciement en direction de la jeune femme sans qui il ne savait pas où il serait au jour d’aujourd’hui. Mais ce fut ce moment précis que choisit Alekseï pour faire son apparition, avec Lev sur ses talons.

Le géant, malgré le sourire chaleureux qu’il lui adressa, avait une expression soucieuse, craignant probablement la confrontation à venir entre les deux frères. Et il avait bien raison de craindre le pire car, à peine arrivé à la hauteur de son cadet, Alekseï lui jeta un regard rivalisant avec la bise de l’Arctique.


-Alors comme ça, quand ça t’arrange tu reviens ? Après tout ce que tu lui as fait subir en partant, tu as le culot de te pointer aujourd’hui comme si de rien n’était, jouant ton petit numéro de héros incompris. Eh bien, crois-moi, tu n’es plus le bienvenu ici. Quand tu es parti, je pensais qu’on serait enfin débarrassé de toi mais il faut croire que j’avais tort. Sauf que maintenant c’est moi qui dirige la famille alors je ne te le dirais pas deux fois : je ne veux plus jamais te voir. Si Mère fut trop faible pour voir à quel point tu étais la tare de la famille, je ne ferais pas la même erreur. Tu as toujours été de trop.

Les phrases s’enchaînaient dans une litanie meurtrière et Nikolaï sentait la colère monter en lui. Il savait pourtant qu’en venant il s’exposait au risque d’une discussion de ce type mais il s’était promis de ne pas faire d’esclandre. En mémoire de sa mère qui avait toujours rêvé de voir ses deux fils s’entendre. Ils n’avaient pas réussi cet exploit de son vivant, il tenterait néanmoins d’honorer son souhait le jour de ses funérailles. Il soutint donc le regard de son frère sans ciller mais sans rien rajouter. Par contre, ce qui lui fit perdre totalement ses moyens ce furent les regards successifs et dégoulinants de mépris qu’Alekseï lança à Akiko et Pernelle.

-Toujours aussi mal entouré à ce que je vois.


Il ne lui en fallut pas plus pour voir rouge. Il se lança sur son frère sans même prendre le temps de sortir sa baguette et lui balança un crochet du droit qui l’envoya valser à quelques mètres. C’est que lors de ses nombreuses missions, il avait appris l’utilité de savoir autant user de ses poings que de sa baguette. Mais, il n’en avait pas pour autant oublié l’usage de cette dernière et alors qu’Alekseï lui lançait un sort depuis le sol, pour se venger d’avoir été pris par surprise, il lui en envoya un de son propre cru. En arrière-plan, il entendait la voix d’Akiko lui crier d’arrêter mais plus rien ne comptait que de faire mordre la poussière à Alekseï. Toutes les années d’humiliations qu’il avait subies, il allait désormais les lui faire payer et avec les intérêts qui plus est.

Ou pas. La voix tonitruante de Lev se fit soudain entendre et les sorts des deux Dmitriev se désintégrèrent sur la barrière que le vieux mafieux avait érigée entre eux.


-C’est vraiment l’exemple que vous voulez donner de la famille ? Aujourd’hui qui plus est ? Si vos parents vous voyaient, ils seraient aussi déçus de vous que je ne le suis en ce moment.


Voilà qui faisait vraiment mal à entendre. Il avait toujours tenu l’opinion que Lev avait de lui en très haute estime et l’entendre lui dire aussi crûment qu’il était déçu de son comportement n’était pas facile à accepter. Il se reprit donc et s’apprêta à aider son frère à se relever en signe de paix, histoire au moins d’éviter de continuer à se donner en spectacle -heureusement que la plupart des invités étaient déjà retournés à l’intérieur soi-dit en passant-, mais ce dernier repoussa sa main et se releva par ses propres moyens, époussetant sa tenue et crachant.

-T’abaisser à des méthodes de moldu, j’aurais dû le savoir. Tu es vraiment encore plus faible que ce que je pensais.

Il aurait pourtant dû savoir qu’il ne fallait pas compter sur Alekseï pour faire le moindre effort. Il se décida donc enfin à lui dire ses quatre vérités. Après tout, cela faisait toute une vie qu’il rêvait de le faire.

-Faible ? FAIBLE ? Parce que te cacher derrière le nom et les réussites de Mikhaïl c’est être fort de ton point de vue ? Parce qu’être incapable de faire autre chose qu’être le gentil petit fifils à son papa qu’on t’a formaté à être c’est faire preuve de puissance ? Laisse-moi rire Aliocha
, il cracha le surnom avec un rire méprisant, tu n’es rien de plus qu’une pâle imitation de Mikhaïl. Même Lev pourra te le dire, tu es peut-être aussi cruel que lui mais tu n’as pas la moitié des capacités de gestion qu’il avait. Si Lev n’était pas constamment sur ton dos, je suis sûr que tu ne serais pas de ce monde depuis longtemps. Et laisse-moi te dire que ce ne serait pas une grosse perte.

Et sur ces paroles pleines de rancœur dont, dans le fond, il n’avait aucune idée de la vérité puisqu’il n’avait plus fréquenté Alekseï depuis sept ans et que beaucoup de choses avaient pu changer depuis, il transplana de retour chez lui, sans véritablement réfléchir à ce qu’il faisait, encore plein d’une colère sourde. Ce ne fut que lorsqu’il atterrit dans son salon qu’il réalisa ce qu’il venait de faire. Il avait laissé Akiko et Pernelle en plan ! Il envisagea alors d’aller les récupérer sauf qu’il se sentit vite totalement incapable de retourner dans son ancienne demeure. C’était tout bonnement au-dessus de ses forces. Il avait beau se sentir comme le dernier des misérables à ne pas être fichu de surmonter son ego blessé pour aller aider ses deux amies, la partie couarde de son esprit lui rappela que Lev ne laisserait jamais deux jeunes femmes dans l’embarras et qu’il s’occuperait de les renvoyer chez elles en calèche. Il pouvait donc, quant à lui, se contenter d’oublier cette journée horrible dans les méandres argentés d’une bonne vodka. Dans le fond, Alekseï n’avait peut-être pas si tort : il était bien faible. Pire même, il était lâche. Et pour ne rien arranger, il était en voie de devenir passablement alcoolique. Comme quoi on n’échappait jamais vraiment aux traditions familiales.


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