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 [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)
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MessageSujet: [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)   Mer 29 Sep - 16:00:45

* Titre: L'envol de l'oiseau bleu

* Thème choisi: thème 5: 20 ans après, une rencontre

* Personnage(s) : Angélina Fowl, Keith Craft, Aed. L McRae
* Résumé: La trentaine dépassée, Angélina Fowl, désormais Mme Craft, est victime un évènement pour le moins inattendu. Elle rencontre alors une personne qu'elle ne s'attendait plus à revoir. Serais-ce l'occasion de débuter une nouvelle vie ?

* Cadre: Son école de danse, le Dream's Pearl, puis l'hôpital Ste Mangouste, le manoir Craft, et d'autres lieux.

* Année (en quelle année se situe ton histoire, sachant que nous sommes en septembre 1997 sur le forum) : novembre 2017, puis quatre ans après.

* Complet : Oui !

*Commentaire personnel: Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit de textes "complets" pour mon plaisir, en dehors des dossiers scolaires, Pourtant j'adore ça... J'espère que vous serez indulgents !



Dernière édition par Angélina Fowl le Ven 15 Oct - 20:56:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)   Mer 29 Sep - 16:03:47

Chapitre un : Un petit verre de plus

Le soleil couchant dardait ses derniers rayons sur une large baie vitrée, transformant les lueurs déclinantes d'or en fusion à l'intérieur en une gigantesque et merveilleuse fresque arc-en-ciel, qui se reflétait magiquement dans tout le hall d'entrée de la grande bâtisse de pierre.
C'était l'heure de la fin des cours de danse de la journée, et tous les élèves s'étaient rassemblés près de l'entrée, remettant leurs chaussures, enfilant manteaux et bonnets, tout en discutant. Un joyeux tintamarre qui baissait peu à peu de volume, à mesure que les parents venaient chercher leurs enfants. Un par un, ils disparaissaient dans la vaste cheminée, auréolés de cette vaste explosion verte émeraude qui les avalaient tous, pour les conduire chez eux, là où ils vivaient chacun. «Villa Moritz !» « Chemin de Traverse ! » « Manchester ! »...
C'était tout juste le passage à l'heure d'hiver, mais il neigeait déjà à gros flocons, dans cette Angleterre du nord, tout près de ce pays fier et encore si sauvage qu'était l'Ecosse en ce début de XXIème siècle. Et la chaleur du grand manoir qui servait d'école de danse de luxe à toute l'enfance dorée du monde sorcier anglo-saxon n'en était que plus douce en comparaison, dans la lumière tamisée des bougies, du haut de ses candélabres d'argent et de ses lustres majestueux qui le parcourait tout entier.
Oui, l'hiver 2017 promettait d'être rigoureux, froid et venteux. Plus qu'à l'ordinaire sur l'île britannique qui ne voyait pas si souvent autant de neige, événement qui ravissait cependant toutes ces chères têtes blondes qui y voyait pour l'occasion le signe d'un Noël à l'ancienne, plein de bataille de boules de neige et de bonshommes dûment carottés.

Madame Craft, anciennement Miss Angélina Fowl, aimait beaucoup cette heure-là. L'heure où les parents venaient discuter avec elle des progrès de leurs enfants ; le moment où ils lui confiaient leurs angoisses, et où elle s'ingéniait à les rassurer avec son sourire et sa patience habituelle. L'heure aussi où les enfants venaient l'embrasser sur la joue en lui souhaitant une bonne soirée, tout en lui relatant fièrement leurs récents progrès. Vraiment, la fin de ces cours qu'elle avait elle-même organisé lui procurait toujours un intense moment de fierté, plus encore que lorsqu'elle entendait la voix des professeurs à travers les portes closes, en marchant le long des couloirs. Mieux que le spectacle de fin d'année organisé tous les ans, où elle captait l'attention de tous par sa mise élégante et son discours d'entrée préparé deux mois auparavant, mieux encore que lorsqu'elle avait demandé (et obtenu sans beaucoup de peine) un parrainage de son amie de longue date, la nouvelle et célèbre directrice de Sorcière Hebdo, Ange Dawster. Ce qui n'était déjà pas très étonnant en soi.
Et lorsque le dernier parent était parti, que les professeurs avaient rangés leurs affaires et évacués les salles de classes, la femme enceinte de trente-cinq ans pouvait alors arpenter le manoir transformé de long en large, dans le silence et la quiétude. Puis, elle revenait au grand Hall d'entrée, le Hall Iridescent comme elle se plaisait à le surnommer, bien avant que son père ne décède et que tout ne se mette à... déraper.
Angélina s'installait alors devant le feu, pour trier des papiers et finir les menus travaux administratifs qu'elle n'avait pas eu le temps de faire dans la journée. Moment béni entre tous, lorsque la journée se terminait mais qu'elle n'était cependant pas encore obligé de rentrer chez elle. Les yeux mi-clos, elle se laissait dériver dans le temps, savourant la paix presque magique où le seul bruit était celui de sa respiration, et, occasionnellement, la mélancolie aigre-douce du troisième morceau de son ballet préféré, dont le titre l'inspirait déjà : « L'envol de l'oiseau bleu ». Rien de très original, mais qui avait pourtant le don de lui donner des forces. Et le sourire, bien sur, celui qui lui venait si naturellement aux lèvres lorsqu'elle était plus jeune, et qui venait sans peine durant ses journées de travail ; mais qui s'absentait parfois le soir, au chevet de son mourant de mari, Keith Craft, qu'elle avait épousé déjà onze ans plus tôt, au redoutable manoir de la famille de ce dernier. Un petit verre de jus de giroflée, pour le bébé qui dormait en elle ; un petit verre d'hydromel, un petit dernier de bieraubeurre... finissons par une coupe de gin à la cerise pour se donner du courage...
Hum. Ce soir, elle avait un peu dépassée les bornes. Mais dans moins de deux heures, elle devrait se rendre à une réception, organisée par toutes ces personnes très importantes du ministère, toujours bien trop affairés pour leur bien, à l'instar d'elle-même. Il se trouverait là-bas tout ceux qui comptaient, et en tant que fondatrice et Présidente de Dream's Pearl (son école, qui avait fait l'objet de plusieurs articles dans divers journaux !), amie de nombreuses personnalités du moment, elle avait bien sûr été invité.

Une main sur son ventre, l'épouse de Keith Craft se leva de son siège si moelleux, regrettant déjà sa tiédeur et son confort. Elle secoua la tête. Non. Pas de regrets. D'un coup de baguette magique, précédé d'une brève parole, cette dernière rangea son verre et les bouteilles dans le placard ; les feuillets s'envolèrent dans son bureau, bien à l'abri ; et les trois dizaines de gallions versé par un père de famille consciencieux atterrirent dans sa bourse, bien à l'abri. D'un pas légèrement chancelant, elle se dirigea vers un vase, pour en rectifier la courbure d'une fleur d'un bleu velouté, avant d'arriver enfin à la cheminée.
Elle allait se saisir d'une poignée de poudre de cheminette – étalée dans une coupe de cristal aux reflets chatoyants, elle qui aimait tellement ces couleurs mouvantes – lorsque le nuage d'émeraude caractéristique lui sauta à la figure, prématurément. Mais ce n'était pas possible ?! Qui donc pouvait se permettre de faire irruption dans l'école à une heure pareille ? Et si on l'avait surprise en train de savourer son * hum * apéritif ? Pensée catastrophique ! Sa réputation en aurait pris un coup, certainement.

Il fallait se reculer, au plus vite, l'intrus n'allait pas tarder à se montrer.
Sans attendre, la jeune femme aux cheveux blonds s'écarta, prenant une mine à la fois sévère et amusée. D'un geste presque inconscient, elle vérifia son reflet dans le miroir. Elle aimait à être parfaite en toute circonstance, et ses longs cheveux dorés retombant dans son dos en torsade élégantes et surannées lui conférait une apparence des plus respectables, un vrai profil de danseuse. Ah, les enfants...Oui, elle avait déjà deux enfants, des adorables jumelles qui semblaient s'être données le mot pour faire le plus de bêtises possibles en un minimum de temps, lorsqu'elle était dans la pièce. Julia-Ann et Elisabeth lui ressemblaient beaucoup, lui faisaient des câlins, s'amusaient ; tout son portrait quand elle était jeune. Elles n'avait pas beaucoup tenues de leur père, sauf en ce qui concernait une certaine mélancolie et (il fallait bien le dire) une certaine paresse, ce qu'Angélina trouvait parfois horripilant. Elles avaient près de huit ans, et au grand désespoir de leur père et de l'ensemble de la famille Craft, n'avaient aucun frère qui pouvait perdre ses affaires. Les élèves oubliaient, eux, fréquemment des affaires : les parents pouvaient alors les récupérer, mais étaient prévenus que toute présence dans les pièces de l'ancien manoir étaient surveillée magiquement et que tout forçage de serrure déclenchait une alarme magique qui retentissait directement au Département de la Justice Magique. Enfin, c'était ce qu'elle faisait croire. Bref !
Une forme se dessinait dans la cheminée, une forme carrée, habillée de noir, encagoulée... Un éclair de terreur traversa la jeune femme, aux réflexes ralentis par l'alcool et la fatigue due à sa grossesse ; ainsi, avant qu'Angélina ne puisse réagir, prendre sa baguette, crier à l'aide (mais à qui...?) la silhouette avait avancé la sienne, et une boule de lumière rouge heurta la jeune femme, qui s'effondra au sol, inconsciente.
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MessageSujet: Re: [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)   Ven 1 Oct - 18:07:14

Chapitre 2 : Madame Roseblume.


Citation :
Voilà près d'un mois que le célèbre institut de danse, Dream's Pearl, a dû être fermé avec précipitation pour cause de vandalisme sauvage. Après avoir agressé violemment la propriétaire des lieux, Madame Craft, l'intrus s'est attaqué au bâtiment en lui-même, un vieux manoir reconverti dans l'apprentissage de cet art des plus gracieux. Une enquête est actuellement en cours sur l'auteur de cet acte de violence inexpliqué, même si une rumeur circule sur la possibilité d'une vengeance exécutée à plusieurs dizaines d'années de distance... En effet, il est bien connu que la famille Craft n'a jamais été réputée pour la douceur de ses manières en ce qui concerne les moldus, ainsi que les lourds soupçons de la Justice sur les liens du chef de famille avec le Lord Noir lui-même, il y a vingt ans de cela. Pas de doute, la famille Craft n'en a pas fini avec cette histoire !
Affaire à suivre ?



Elle flottait. Elle flottait dans un néant serein, débarrassée des entraves de la chair. Elle n'était que pur esprit, dans un berceau de coton. Son monde n'était que silence, rêves incompréhensibles, toujours de douceur et de beauté. Une plage s'étendait parfois sous ses yeux, berçant ses sens apaisés par son image idyllique ; elle voguait alors sur un bateau sur une mer nacré, qui captait les rayons du soleil pour les transformer en milliers de billes iridescentes, si colorées que la tête lui en tournait. Puis elle fermait les yeux et les rouvraient sur un monde désertique. Aussi, la rêveuse n'avait de cesse de fuir, de fuir, mais le sable coulait sous ses pas, la forçant à rester sur place. Non ! Se réfugier dans les chaudes ailes de l'inconscience était confortable... si confortable. Sans esquisser un mouvement, Angélina était redevenue elle-même. Calme, heureuse de vivre cette existence dénuée de tous désirs, de tout ce qui constituait son monde intérieur, elle savait que son corps n'avait plus d'importance, parce qu'il n'était tout simplement plus.
Plus de peurs, de doutes ni de pleurs ; plus de sourires forcés ni de dégoût de la vie.

Plus rien. La fin. Si attirante, si proche, si douce...


-------------------

- « Non, mais regarde ça, Aed ! Réveille-toi un peu ! »

Une musique douce égayait la chambre aux murs violets et aux rideaux bleus sombres, en gaze légèrement brillante. Deux lits se partageaient la pièce, séparés par une cloison mobile de bois blanc, qui avait la particularité de se maintenir à quelques centimètres du sol, en flottant avec légèreté dans l'air tiède.
Un homme dans la trentaine, cheveux bruns, barbe mal rasée, se tenait au chevet d'une vieille femme qui semblait un peu gâteuse. Le visage couvert de pustules violettes, les doigts recourbés teintés d'une espèce de peinture violette, rose et verte, elle avait l'air d'une courge défraichie et somnolente. D'une voix nasillarde, elle parlait avec lenteur tout en agitant un journal sous le nez de son interlocuteur, qui paraissait vaguement importuné par cette visite, il fallait le dire, qui ne l'arrangeait pas du tout. Non mais quoi ! Il revenait tout juste d'un passionnant voyage, avait parcouru la jungle, partagé la vie de plusieurs villages de moldus aux mœurs aussi étranges qu'exotiques, avait failli se marier en chemin avec une belle autochtone sous l'effet de boissons indigènes au potentiel aussi soûlant que ceux du Chaudron Baveur, sur le Chemin de Traverse ; Et pour couronner le tout, il avait découvert un temple perdu au fin fond d'une forêt horrible remplie de lianes et de serpents venimeux. Le tout, sans baguette ! Et cette vieille pie voulait qu'il s'intéresse à un stupide article vaguement incisif et franchement mal écrit d'un journaliste en manque d'inspiration. D'une journaliste, en fait. Bref. Aucune importance, mais si ça pouvait au moins faire taire la vieille grand-mère qui lui servait de voisine, alors lisons-le. On savait pourquoi personne ne lui rendait visite ! Mais il fallait pourtant s'assurer que madame Roseblume était bien soignée : elle avait de fréquents problèmes avec un ancien sortilège, jeté des années plus tôt par son petit-fils et dont elle n'avait jamais réussi à se débarrasser totalement. Et vu qu'il travaillait ici...
Mais il avait à peine commencer à lire que son interlocutrice l'interrompait – encore. Il allait devoir retourner au travail.

- « Tu savais que madame Craft, là, dans le journal, c'est la petite demoiselle qui est ici ? Et il paraît qu'elle a même été à Poudlard. Ça devait être à peu près en même temps que toi, mon p'tit bouchon. »

Mon petit bouchon. Mon petit bouchon ! Heureusement que la voisine de chambre de madame Roseblume était dans le coma depuis un mois. Franchement, c'était pas des manières d'appeler comme ça un guérisseur de Ste Mangouste ! Bon c'était assez mignon, certes, mais ridicule quand même. Pas parce qu'on rendait service, que, hein..

- « Je ne suis pas petit, madame Roseblume. »

Et puis, comment une vieille folle comme sa voisine pouvait-elle seulement connaître ce genre de choses ! Il se souvenait vaguement de Keith Craft, un gamin snob et ennuyeux, précédé d'une réputation plus que douteuse attachée en la personne de sa cousine Pénombre... le genre pro-mangemort en herbe. Remarque, la femme de ce type devait sans doute être aussi pète-sec que lui. Probablement une curiosité du genre. Enfin, ça collait bien avec cet article mal écrit qu'il avait entre les mains. Sang-Pur comme lui, mais pas vraiment sympathique, si on en croyait les rumeurs. Peut-être pas si mensongères que ça, après tout... C'était peut-être l'occasion d'en savoir plus ? Toujours la même curiosité qui l'avait poussé à devenir médicomage, comme de partir à l'aventure en vivant entièrement comme un moldu pendant plusieurs mois, avec sa bande d'anciens amis de Poudlard. Ça ferait probablement remonter des souvenirs de son adolescence. Quelle ancienne serpentarde avait bien pu mettre la main sur une famille de pourris pareils...

- « Madame Roseblume, vous sauriez comment elle s'appelle ? »

En fait, il suffisait qu'elle se réveille... Plantant là sa voisine qui se remettait à son article avec un petit rire sénile, sans même penser à lui répondre – elle avait du faire exprès de le brancher sur le sujet – Aed se dirigea d'un pas athlétique vers la patiente numéro vingt-quatre qui semblait toujours plongée dans une profonde léthargie. D'un geste alerte de sa baguette magique (« accio bilan médical »), le jeune baroudeur et médicomage s'empara de sa fiche de soin, avant d'observer avec attention le visage de notre dame endormie. Un peu rond, il avait la noblesse sereine d'une personne qui n'avait jamais connu les contingences de la précarité. Des lèvres minces, d'une couleur de fleur pourpre ; et des sourcils bien dessinés qui semblaient l'appui parfait pour un front haut, correctement bombé, sans excès. Quelques fines rides parcouraient une peau légèrement bronzée, nimbée de quelques tâches de soleil. Il toucha ses doigts, en réprimant un froncement de sourcils. Ses yeux experts de guérisseur y devinaient d'anciennes fractures, plus ou moins remises depuis des années. Ses ongles étaient parfait, comme il seyait à une personne qui se montrait beaucoup en société, et qui connaissait l'importance des codes qui la régissait. Il aimait bien cette nuance rosée qui ne s'était pas écaillée durant tout le mois où la patiente avait séjourné dans l'établissement de Ste Mangouste. Elle était féminine...
Voyons. Cette silhouette gracile de danseuse, ses cheveux bouclés et dorés – non pas de l'éclat de la lune, comme ce genre de pestes dans le style de Ange Dawster, ou de Précieuse McLane, dont il gardait un souvenir très clair, malgré les années. Plutôt lumineux comme le soleil déclinant, à la fin de la journée, au moment où il devenait possible de le fixer, juste avant qu'il ne soit rouge. Tirant sur le caramel clair. Miam. C'était quand même un sacré gâchis, tout cette violence gratuite ! Un instant, ses yeux s'attardèrent sur les restes de ses ecchymoses, sur sa figure et ses bras, puis Aed secoua la tête. Il en avait vu assez, des patients dans son état, qui s'en étaient sortis facilement. Qu'est-ce qui avait bien pu la secouer suffisamment pour la faire tomber dans le coma ?
Détournant son regard de la personne alitée, il se décida enfin à lire sa fiche. Ça le mettrait sur la piste, à défaut de pouvoir faire autre chose. Voyons voir :


Nom : Craft
Prénom : Angélina


… Ah, Angélina ! Tiens, ça lui disait quelque chose, effectivement...

Age : 35 ans.

Vingt ans auparavant.. il entrait à peine à Poudlard. Tiens, ce que le temps passait vite !

Symptômes : Multiples contusions à divers endroits (bras, ventre, jambes, visage). Jambe droite cassée au niveau du genou. Sortilège de Stupéfix. « Enervatum » sans réponse. Probabilité de sortilège « Obscuro » laissé trop de temps. Sujet enceinte pendant l'agression.

Par Merlin. Pas de bol, quand même.

Note : Après concertation, il nous paraît évident que le fœtus a encaissé une partie des deux sortilèges et a tout repoussé sur la mère. Il a pu être retiré par césarienne et a été récupéré par la famille de la victime. Il vit mais son état n'était pas très stable. Nous gardons bien évidemment la femme sous surveillance constante. A signaler tout changement dans son état.

Un petit silence, puis Aed gonfla ses joues, tapotant machinalement sa robe verte épinglée du blason de l'hôpital, une baguette et un os croisé sur la poitrine. C'était pas facile tous les jours, même si à force, on en venait à se distancer du malheur des autres avec un sang-froid impressionnant aux communs des sorciers. Sans doute les moldus connaissaient-ils cela mieux qu'eux. Dur de soigner sans magie !
Il ne pouvait manifestement rien faire pour Angélina, à part peut-être laisser une petite carte. Cela lui ferait sûrement plaisir, si elle se réveillait un jour, bien entendu. Ah tiens ! Il savait qui elle était. Il l'avait connu sous un autre nom à l'époque... d'ailleurs, elle faisait partie d'une petite bande de pestes, à Poudlard. Il se rappelait encore, les ELLES, quelle bêtise ! Des trucs de gamines surexcitées et pourries-gâtées. Le genre à vous filer le mal du ventre du siècle rien que pour pas les voir. Mais quand même... Ils n'étaient que des enfants, autrefois. Se retrouver mariée à l'un des types les plus ennuyeux de l'école, pas cool. Ironie du sort, elle qui aimait tant qu'on la reconnaisse comme telle ! N'empêche, il reconnaissait bien cette fille de Poufsouffle (qu'il n'avait jamais véritablement connu, au cours de toute sa scolarité, tant d'élèves à Poudlard !) dans l'école de danse qu'elle avait fondé. Du genre papillon attiré par la lumière et qui se brûle les ailes...
Soudain pressé par le temps, il se dit qu'il était temps qu'il quitte ce fantôme, tout droit sorti de sa jeunesse. Pas qu'il était contre un peu de nostalgie, mais bien parce que ressasser le passé ne servait à rien, surtout quand on ne pouvait pas changer les choses.

Marmonnant un « A plus ! » à sa vieille voisine timbrée, Aed se dirigea vers la sortie. Pour un peu, sa réputation de dur allait en prendre un coup. Il n'était PAS gentil. Non non. Tous les médicomages n'étaient pas des saints dévoués à leurs malades ! Merde. Il avait entendu un bruit. Un bruit... en direction du lit...
Un simple râle.

Comme mû par un ressort, il se précipita au chevet de la comateuse. Enfin, plutôt, de la fille qui venait de se réveiller, et qui n'émettait pour l'instant qu'un gémissement sourd.
Bon... dans ces cas-là, jouer la carte de la délicatesse était peut-être de mise. Elle était si jolie...
Le trentenaire s'approcha de la patiente alitée, lui caressant les cheveux, tandis qu'elle entrouvrait les yeux, ouvrant la bouche comme pour parler, mais ne sortant pas un son. Tant de frayeur dans son regard, tant d'incompréhension ! Une licorne effarouchée au printemps, voilà ce qu'elle était. Tout en la touchant, il jeta un sortilège informulé, mesurant ses signes vitaux qui s'écrivirent d'eux-mêmes sur sa fiche médicale située au pied du lit. Satisfaisant. Son corps était guéri, mais qu'en était-il de son esprit ?


- « Rise Sunshine... »
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MessageSujet: Re: [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)   Lun 4 Oct - 19:46:35

Elle ouvrit les yeux.

Son corps tremblait de l'effort fourni. Ses paupières pesaient si lourd que tout le poids du monde magique devait s'y accrocher, tout son corps fourmillait de milles piqures cruelles et agaçantes ; un abandon complet, sur le lit où la jeune femme reposait. Un décor flou, lumineux. Trop lumineux pour distinguer quoi que ce soit, de toute façon. Où était-elle ? Sûrement pas à … comment déjà ? Dream's Pearl. Elle était si faible qu'elle se sentait clouée à sa place, et qu'une envie intense de sommeiller la prenait, par à-coup.

Sa vision s'assombrit. Une voix harmonieuse, masculine, troua l'étau de silence qui l'entourait, déchirant le dernier voile de rêve qui l'enveloppait si confortablement. Non ! C'était si agréable... Elle voulait revenir à son état léthargique. Rejoindre le monde où elle se trouvait si bien. Si proche de Merlin, si chaud... si bien...
Progressivement, elle émergeait dans la réalité, tandis qu'un fol élan d'espoir la traversait. En une seconde, elle oublia la paix, la joie, la félicité sereine et parfaite ressentie, pour ne plus entrevoir que la possibilité que son frère soit à son chevet. Comment était-elle arrivée là ? Aucune idée, mais cela n'avait aucune espèce d'importance. Ulrich, son protecteur, son lien de sang, son enfance, avec sa chaleur, sa douceur, sa gentillesse, ici, avec elle !

L'ancienne Poufsouffle murmura un borborygme, réalisant en quelques secondes combien elle s'était affaiblie. Non, elle lutterait, mais c'était si dur ! Des larmes de frustration jaillirent de ses yeux bleus-grisé, en même temps qu'une lueur combative s'y allumait. Ce n'était pas une Fowl – pardon, une Craft – qui allait se laisser abattre. Elle se concentra, pour finir par articuler clairement :


« Ulrich...! »

Le médicomage émit un petit rire gentil. Elle ne le reconnaissait pas, visiblement. Il prit son regard le plus tombeur (même si elle ne le voyait pas bien) et répondit en souriant :

« Essaie encore. »

Si ce n'était pas son frère, qui étais-ce ? Son mari... il ne la reconnaissait plus depuis quelques mois. Possibilité éliminée. Son beau-père ne viendrait pas la voir, ça, c'était carrément impensable. Elle se figea, la peur envahissant chaque parcelle de son être, et elle se sentit partir. Elle avait fait quelque chose de mal. Elle était au manoir Craft, et ce n'était pas pour rien qu'elle était allongée là, incapable de bouger, aussi faible qu'un enfant au berceau. En un éclair, des images affreuses défilèrent dans sa tête. Des souvenirs de la file sordide des moldus enchainés, venus se perdre dans le néant bourbeux des souterrains de la demeure familiale de son époux, des tortures de sorciers et de sorcières auxquelles elle avait assisté quelques fois lui revinrent en mémoire. Les doigts tordus et brisés de son mari, le bureau imposant, écrasant de son Beau-Père, devant lequel les elfes de maison se contorsionnaient, bavant de peur devant lui, se prosternant avec toute la servilité d'un esclave qui savait que sa vie ne tenait qu'à un fil au moindre faux-pas.
Maintenant c'était son tour. Elle n'avait fait que le décevoir. Elle avait insisté pour travailler, avait supplié son père, son frère, de faire pression sur le Maitre pour qu'on la laisse sortir de cette maison maudite, malsaine, emplie de débauche, de cruauté et de perversité, où elle n'avait pas sa place ! Dream'sPearl était née de son obstination, de l'amour de son cher papa, qui avait été jusqu'à lui céder la quasi totalité du manoir pour la laisser vivre ses rêves.

Sa punition était arrivée.

Pitié, ne me faites pas de mal ! Qu'on ne lui fasse pas de mal, qu'on ne lui fasse plus de mal !
Elle avait déjà eu les doigts brisés à l'époque de la naissance de ces jumelles. Des filles, ces créatures stupides tout juste bonnes à servir de matrice à l'héritier Craftien si attendu ; ces filles mises aux pas qui n'avaient plus comme rêves et comme avenir les intrigues douteuses de couloir et l'alimentation de leurs ennuyeux marmots. Dans son esprit enfiévré, brouillé d'images cauchemardesques, elle était dans la cave. Elle était aux mains d'un tortionnaire qui se chargerait de lui faire payer ses caprices, ses rodomontades et ses fantaisies superficielles. Quel supplice allait-on lui faire subir ? Le sortilège « Endoloris ». Brrr. Non, les Craft étaient plus délicats, plus subtils. Plus … inventifs. Ils aimaient les poulies antiques, les appareils de fer rouillés et les chaises d'acier dont les liens magiques se fermaient sur les membres de ceux qui s'y asseyaient. Cairus et Pénombre prendrait un plaisir tout particulier à la briser, parce qu'elle les détestait du plus profond de son âme, et qu'ils ne manquaient jamais de lui faire comprendre que le sentiment était réciproque. Que son heure allait bientôt arriver, et que puisque son père n'était plus, la jeune femme était entièrement prise dans leurs rets.
Les larmes se mirent à couler tandis qu'Angélina, au plus fort de sa crise de terreur dont elle ne maitrisait plus le flot d'émotion, tentait de se débattre dans les bras d'un guérisseur éberlué pour s'en échapper, oubliant jusqu'à la notion de dignité. Non, vraiment, le jeune médicomage n'y comprenait plus rien. Pourquoi réagir avec autant d'emportement ? Bon, elle s'était trompé, c'était un peu normal... De là à se conduire comme les Méduses... Quand on sort du coma, on pouvait avoir la cervelle un peu à l'envers. A moins que dans son cas, elle ne soit atteinte de la folie consécutive à une période prolongée au maléfice Obscuro. Formant un grand rond dans les airs de sa baguette d'ajonc, il pointa cette dernière vers la jeune femme alitée qui tentait toujours de sortir de son étreinte protectrice.


- « Quietus. »

Il ne pourrait pas la soigner si elle était hystérique... Bon. Maintenant, on devait attendre une petite seconde. Et voilà, la belle était calmée pour une heure au moins. Maintenant, le tout était de l'empêcher de s'endormir.
Il haussa la voix, ignorant la vieille voisine qui riait dans son coin en parlant à une interlocuteur invisible. Et après s'être présenté, lui avoir gentiment rappelé qu'ils étaient allés ensemble à Poudlard, Aed fut soulagé de constater qu'une lueur de compréhension était enfin apparue dans son regard.

La fatigue écrasait notre jeune maman en robe de nuit. Elle avait peine à garder les yeux ouverts sous l'influence du sortilège médical, mais elle n'en avait cure. Elle passa une main distraite sur son ventre, avant de la retirer lentement, détachée. Son ventre était ferme, intégralement plat. Plat. L'ancienne directrice se sentait comme anesthésiée – plus aucune réflexion ne naissait dans son cerveau qui se révélait aussi vide qu'une noix de coco évidée. On y penserait demain. Il fallait plutôt se rappeler du passé, le bon vieux passé ! Quinze ans plus tôt, elle était heureuse. Elle était au milieu de ses pairs, de ses amis ! Un temps où tous les choix s'offraient à elle, où ses rêves pouvaient prendre vie avec la facilité d'un sort de première année. Où l'amour était à porté de main, tout neuf, avec son romantisme doré, exacerbé par quelques bals de Noël au bras de son fiancé. C'était merveilleux alors. Elle était encore libre, par Merlin !
Aed faisait parti de ce passé. Il n'avait jamais été méchant envers elle, même s'ils ne s'étaient pas vraiment connus. Lui, il ne pouvait pas avoir été employé pour lui faire du mal. Non. Elle était en sécurité... Elle ne savait pas où elle se trouvait ; mais aucune importance. Tout irait bien maintenant.. Demain était un autre jour. On avait bien le temps de combler son ignorance.
Un dernier mot, avant de sombrer.


« Merci. »

Angélina Craft finit par succomber à une délicieuse léthargie, la main dans celle, masculine, un peu noueuse, du compagnon de son adolescence.
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MessageSujet: Re: [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)   Mar 12 Oct - 18:18:24

Rendez-vous à Ste Mangouste

La jeune femme ouvrit les yeux, une nouvelle fois. Un rayon de lumière illuminait un plancher d'un reflet doré, matinal. Autour d'elle, un silence amical régnait, tempéré par le bruit lointain des oiseaux qui s'amusaient dans les arbres, au-dehors. Il faisait une chaleur modulée, un peu lénifiante ; et à travers l'épais brouillard de ses sens, elle se sentait calme, apaisée, loin du monde. Encore allongée dans un lit épais qui semblait la submerger littéralement, la réalité semblait presque inaccessible, et dans les méandres de son imagination, se développait une personne rassurante, tangible. Aed. Aed, un ami ancien, la représentation d'une époque qui avait le don de la faire sourire, espérer. Une époque révolue, qui avait passé trop vite, mais qui pouvait heureusement revenir sur demande, aussi claire qu'à travers une pensine. Une époque bénie qui ne pouvait pas revenir mais dont il était si agréable de s'y réfugier !

Où était donc Aed, qui lui semblait être apparu dans son champs de vision, tout à l'heure – hier, n'importe quand ? Elle s'aperçut brusquement qu'elle n'avait aucune idée de la date du jour. Ses derniers souvenirs clairs revenaient à cette dernière soirée au Manoir familial reconverti en école de danse, avec l'autorisation de son père. De cet intrus qu'il l'avait attaqué sans qu'elle ait le temps de réagir. A la panique pour son enfant qui l'avait envahi lorsque son corps s'était fracassé contre le sol.
Son bébé !
Angélina se redressa, les yeux grands ouverts. Son ventre ne pesait plus rien ; elle ne s'était pas senti aussi légère depuis tellement longtemps !
Avec des efforts, sa vision revenait peu à peu, et Angélina pouvait observer maintenant tout à son aise un endroit qu'elle n'avait encore jamais vu. Ce n'était pas Ste Magouste, non, définitivement pas.

C'était une large pièce carrée, accueillante, décorée entièrement de blanc ; un manque certain de lumière rendait l'endroit plus froid, un peu mystérieux.
Une bibliothèque fournie, un bureau avec une réserve de quelques parchemins, de l'encre et des plumes sur le pupitre, une armoire où quelques-unes de ses affaires avaient été rangées avec soin complétait cet endroit inconnu, d'où l'on ne pouvait avoir vue sur le monde extérieur. Seulement l'entendre.
Une salle d'eau attenante attira son attention. Là encore, le mobilier était simple, blanc, utilitaire. Propre, mais cruellement dépourvu du luxe auquel elle avait toujours été habitué.
Avec une peur sourde qui montait peu à peu, elle se dirigea d'un pas chancelant vers la sortie.
Verrouillée. Forcément.

Sa baguette ! Où était sa baguette ! La fatigue fusait de tout son corps maintenant très mince, et elle eut un vertige. Par Merlin ! Tapant faiblement sur le bois de la porte, elle tenta tout d'abord d'attirer l'attention ; puis un bruit furtif monta enfin jusqu'à elle.
Un des nombreux esclaves de cette maison, si tant était que tout le monde n'était pas esclave, chez les Craft, nonobstant bien sur le chef de famille, et sa ténébreuse héritière, Pénombre.
Une voix vibrante de miel et de mépris mêlé résonna, tuant dans l'œuf tous les espoirs qu'elle avait pu construire. Rendant évidente la vérité qu'elle s'était pourtant refusée à voir...


- « Maitresse, le vénérable Maitre m'envoie vous dire de ne pas vous énerver. C'est mauvais pour votre santé.. »

Il eut un petit gloussement servile et déplaisant.

- « Que lorsque vous aurez compris la leçon, vous pourrez sortir, pas avant. Le Maitre n'aime pas qu'on le défie. Il préfère vous savoir bien à l'abri que livré à vous-même à l'extérieur, bien sur ! »


Encore ce rire stupide, sadique. La punition cruelle de Cairus, l'enfermement...


- « Pour éviter tout incident, cette porte sera murée dans un heure. Cela ne sert à rien de crier. Si vous tentez de transplaner, mon vénéré Maitre le saura, bien sur. Vous ne voudriez pas voir une de vos filles pendues à la fenêtre, il suppose. Le Maitre est si sage ! »


L'immonde ordure. La charogne. Ah, elle ferait tout son possible pour le détruire ! Pour les détruire tous !! Avec acharnement, la jeune mère retint ses larmes de haine. Non, il fallait réserver ses forces. À des choses plus... constructives. Il était illusoire de penser seulement qu'elle trouverait une baguette ici : d'autres moyens devraient être employés. Et ces moyens, elle les possédait. Il y avait des années, elle avait étudié la magie sans baguette. Sans y exceller, elle n'avait jamais fait partie du troupeau des moins bons.
La Maison Poufsouffle n'était-elle pas destinée aux travailleurs acharnés ? Elle avait du temps, et elle en profiterai. Non pas pour transplaner – la jeune femme savait que ce sort était probablement hors de sa portée, il était trop complexe. Pour prendre leur baguette, et leur faire si mal qu'ils hurleraient jusqu'à l'agonie. Oui, jusqu'à les voir mourir, étouffé par leur propre salive ! Elle n'aurait aucune pitié, aucun remord. Ou peut-être simplement s'enfuir avec ses enfants et les oublier tranquillement, eux et leur perversité. Possible. Et rouvrir son école – l'école de danse qui était si chère à son cœur.
Angélina resta seule avec ses pensées un petit moment, puis des bruits filtrèrent à travers la porte. Des moldus destinés au sacrifice qui trimaient à côté d'elle, aveugles, soumis à l'imperium probablement. D'ailleurs c'était à se demander pourquoi Cairus n'avait pas choisi cette solution-là pour elle... mais il tenait trop à l'honneur de la famille Craft pour se déranger pour un mouton noir de son espèce. Pour ne pas se retenir de faire un exemple retentissant pour toute la maisonnée : attention aux fauteurs de troubles, et aux femmes trop actives et trop indépendantes.

Pendant les mois qui suivirent, la jeune femme occupa bien son temps, évitant de penser aux choses qui lui manquaient tellement. Ses filles, son frère, même sa demi-soeur qu'elle n'avait pas revu depuis des années, Malicia la rêveuse, et qui jouait avec succès comme Batteuse dans les Canons de Chudney. Elle avait finalement accompli son rêve, elle ! Normal, elle le méritait, et elle était douée. Cela n'était que justice. Même si à force, notre Angélina n'y croyait plus trop. La justice était du côté des Sangs-Mêlés, depuis des années...
L'essentiel était d'échafauder un plan de bataille qui tienne la route.


Julia-Ann n'en pouvait plus de compter les jours. A l'instar de sa jumelle, elle avait reçu sa lettre d'invitation à Poudlard un an plus tôt, à l'aube de ses dix ans. Bien à l'abri des regards, à l'ombre du plus grand arbre du parc – un vieil orme millénaire, dont les feuilles dorées et touffues la protégeait aussi bien des intempéries que des adultes – elle lustrait avec amour son nouveau balai ultra-rapide : le nouveau Minitoile qui laissait une trainée de arc-en-ciel lorsqu'on descendait en piqué. La classe in-ter-na-tio-nale.
Cantonnée au Manoir Craft depuis ses plus tendres années, elle n'avait jamais rien connu de plus exaltant que le célèbre institut anglais, qui la changeait agréablement de l'atmosphère pesante et surtout horriblement morne qu'elle connaissait ici. Depuis trois ans, sa mère était en voyage suite à son agression ; et son père était cantonné dans une des tours du manoir parce qu'il était fou. Heureusement que Pénombre était là et s'occupait d'elles deux ! Mais depuis qu'elle était à Gryffondor, elle se sentait mieux. La Maison lui convenait, mais le seul problème, c'était qu'elle se retrouvait étrangement en compétition permanente avec sa sœur. Et ça, c'était pas terrible.
Bon, on résoudrait le problème plus tard. Dans un mois, elle serait en train de chahuter sur son balai tout en savourant les regards envieux de tous les autres élèves et elle pourrait s'inscrire à l'équipe de Quidditch de l'école. Comme Pénombre ! Ah, c'était son rêve de pouvoir lui ressembler un jour, même si la petite fille savait pertinemment qu'elle était née dans la mauvaise branche de la famille : la cadette, au lieu d'être un garçon et d'hériter de toute la fortune de la famille. Si seulement sa mère avait été moins stupide ! Seulement voilà : elle avait décidé de se comporter égoïstement et de salir la réputation des Craft par son comportement incongru. S'afficher ouvertement avec des hommes comme ça : c'était digne d'une trainée. Sa mère n'était qu'une putain, et non, elle n'avait aucun respect pour elle.
D'un geste volontaire, la gamine aux cheveux courts cheveux châtains tapota son balai contre le sol terreux. Elisabeth arrivait. Moins dynamique, elle trainait un peu les pieds... bof, c'était qu'une serpentard ! Plus du tout à la mode comme Maison. Et ELLE, elle avait son balai. Pas elle, et toc !
Mais... au lieu de voir apparaître la silhouette dégingandée d'Eliz, c'était une autre forme qui s'approchait. Drapée dans une robe de sorcière de velours rouge, corsetée d'un justaucorps de cuir noir, elle semblait un peu fatiguée. Sa mère. Angélina... Elle était revenue à la maison ! Et sans même la prévenir... Jamais, jamais elle ne lui adresserait plus la parole. Voilà ce qui arrivait, quand on négligeait ses enfants !
S'avançant d'un air hostile devant cette semi-inconnue, elle n'eut qu'un soupir agacé lorsque sa mère lui proposa, d'un ton un peu timide, de l'emmener sur le Chemin de Traverse. Énervée, l'enfant se mit à courir loin de sa génitrice, négligeant de regarder devant elle.

Son genou craqua désagréablement lorsqu'elle tomba par terre.

*
* *


Assise sur une chaise dans un couloir, Angélina patientait.
Elle n'était pas vraiment pressée de partir, contrairement à ce qu'elle avait voulu faire croire à tous. Comme le chien qui se jette sur un os, elle avait sauté sur la seule et meilleure occasion de partir au plus vite de chez elle. Plutôt que sa fille soit soignée par Pénombre – qui avait eu assez de membres cassés dans son adolescence pour être capable de les soigner elle-même, elle avait préféré l'hôpital. Un endroit neutre, où elle se sentait étrangement déplacée. Sans doute, ses quatre dernières années dans sa prison l'avait changé, en profondeur. Mais pour sa première sortie, elle n'aurait pas pu rêver mieux.
Combien de fois n'avait-elle pas revu dans ses rêves ce visage flou, amical, qui la dévisageait avec sollicitude ? Cette silhouette habillée de vert, qui ne pouvait être que d'ici, dans ce vaste hôpital. Un médicomage qui lui avait rappelé Poudlard et ses années d'insouciance totale : Aed. Sans doute étais-ce une chimère qu'elle s'était inventée seule pour se distraire des ses heures plates et vides, où seules ses illusions l'avait empêché de devenir folle ; une chimère certes, mais … il fallait qu'elle sache. Encore une heure et sa fille pourrait marcher correctement : c'était le moment qu'elle sache. Il ne travaillerait certainement plus ici... mais avant de repartir vers le gouffre sans fond qu'était devenu sa vie, il fallait qu'elle sache.
Rêve, réalité... il était devenu comme une obsession.

Un coup d'œil à droite, à gauche. Personne ne la remarquerait si elle partait quelques minutes.
Vite, elle traversa le couloir, descendit à l'accueil, rouge de confusion. Il y avait tant d'agitation ! Des personnes transplanaient de tous les côtés. Des cheminées éclataient d'un feu émeraude, avant de laisser place à des silhouettes affolées, couvertes de pustules ou roses vifs. Tant de vie, tant d'urgences, de cris, de rires, de pleurs... La tête lui tournait un peu. Elle arrangea un peu sa coiffure, d'un geste qui lui parut si naturel qu'elle faillit éclater de rire. Chasser le naturel, il revient au galop !
Enfin son tour.

La discussion fut brève, mais elle ne tenait plus de joie. Irraisonnée au possible, naive, mais elle se sentait brusquement pousser des ailes. Non, elle n'était pas animagus, bien qu'elle sentait, sur le moment, bien assez forte pour le devenir !
D'un pas hâtif, elle courut littéralement à son service, au troisième étage de St Mangouste.
Essouflée, le rouge aux joues, l'ancienne Poufsouffle cherchait le guérisseur du regard. Qu'il soit en grande conversation avec quelqu'un ? Quelle importance ?
D'autorité, Angélina se planta devant lui, les yeux brillants, le souffle court, le cœur battant. Tant de mots se précipitaient à ses lèvres, qui ne pouvaient pas sortir ! Elle qui avait tant de choses à lui dire, de révélations à lui faire, d'espoir à lui communiquer... mais sa bouche était scellée par tant de Serments Inviolables qu'elle était incapable de prononcer un seul mot. Les larmes lui vinrent aux yeux, qu'elle refoula avec violence. La violence de la détermination. Il ne fallait qu'il la voit pleurer, non... elle avait encore sa fierté, même si c'était tout ce qui restait !

Elle empoigna sa manche avec fermeté, en le fixant droit dans les yeux. Il fallait qu'il comprenne. L'heure tournait, sa fille allait attendre, on allait la réenfermer parce qu'elle ne respectait pas les termes de sa réédition.
Comment lui dire, que lui dire ? Il ne fallait pas de témoins. Vite, vite, quelque chose, il la fixait avec des yeux ronds d'étonnement. Elle espéra furtivement qu'il ne verrait pas son cou couturé de cicatrices.

- « Aed, Aed, on se revoit à l'Allée des Embrumes, après-demain, en début d'après-midi. »


Quelques mots murmurés à la hâte. Puis elle se sauva, en courant. Il devait la prendre pour une folle.
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MessageSujet: Re: [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)   Ven 15 Oct - 13:50:09

L'envol de l'oiseau bleu

Finalement elle avait peut-être tort de s'en faire autant.

La première partie de son super plan marchait très bien. Elisabeth était casée entre trois de ses meilleures amies (visiblement) chez le glacier Fortarôme. Elle avait deux heures pour préparer le reste : a savoir, rencontrer le médicomage et le persuader de faire une partie du sale boulot.
Déjà, l'allée des Embrumes.

Elle ne s'y était jamais encore aventurée : c'était une ruelle remplie de zones d'ombre, hantée par des personnes peu recommandables dont elle n'aurait jamais imaginé, jusqu'à ce jour, faire partie. Ses chaussures à talons résonnaient désagréablement à chaque pas sur le sol de bitume trempé de pluie, lui donnant l'illusion d'appeler littéralement tous les tarés qui pouvaient arpenter les lieux. Beurk.
A moitié dissimulée par une large cape de sorciére bleu sombre, elle dut relever la capuche pour mieux regarder autour d'elle.
Un sourire, accentué d'un tic nerveux prononcé, se dessina sur ses lèvres pleines. Il s'approchait, détendu, souriant. Il était tellement séduisant – bien mieux que dans ses rêves.
Angélina se sentait rajeunir.


- « Ans' ? »

Il avait les yeux brillants et sa robe était légèrement de travers. Un homme normal, qui n'était pas obligé de noter les moindres détails dans des carnets pour se rappeler quelque chose. Ou qui n'avait pas besoin de se sentir supérieur aux autres en permanence.
Son spasme s'accentua.


- « Tu es venu ! J'avais peur que tu ne viennes pas, c'est vraiment formidable ! »


Voir du monde, c'était vraiment merveilleux. Tant pis si elle avait l'air un peu hystérique. Elle l'était carrément, en fait.

- « Je ne refuse jamais un rendez-vous secret. Allez, partons d'ici. Et laisse tes ongles, ils ne t'ont rien fait. On peut aller chez moi, si tu veux. Sauf si tu préfères aller au Chaudron Baveur ? »


La jeune femme enleva ses mains de sa bouche, d'un air coupable. Elle se sentait comme une petite fille prise en faute. Aller chez lui... elle commençait à avoir la trouille. Bon, il était clair que le passage qui menait au Chemin de Traverse était encore plus problématique. Et si on les découvraient, hein ? D'un autre côté, sa peur (pas si infondée) prouvait juste qu'elle était devenue une lavette et qu'elle ne mettrait pas son plan à exécution. Et enfin, qu'elle se retrouverait cantonnée au rôle d'utérus sur patte jusqu'à la fin de sa vie. Il était clair que ça ne serait pas son avenir...

Un verre commençait à s'imposer. Elle avait besoin de détente.


- « Chez toi ! On-on sera bien mieux. Oui. Mais j'ai un petit service à te demander... »


Ils étaient maintenant installés tous les trois dans l'agréable salon du loft d'Aed. C'était clair, spacieux, confortable. Très propre, bien rangé, le tout respirait le neuf, la gaieté, la joie de vivre ! Elle avait prétexté la rencontre d'un ami de jeunesse pour endormir les soupçons de sa fille, qui n'avait pas voulu les suivre tout de suite. Bien. Qu'elle reste donc avec ses amies ! C'était beaucoup plus pratique sans elle. Déjà, expliquer à Aed ce qu'elle attendait de lui.
C'était pas vraiment le plus facile. Ses mains très blanches se remettaient à trembler, de manière irrépressible ; son cœur s'emballait, son souffle aussi. Elle était vraiment ridicule. Qu'est-ce qu'elle avait à perdre, de toute façon ?


- « Merci de m'avoir invité chez toi. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu et il me semble que je te dois quelques explications. J'ai des soucis. Si tu m'aide, je te promet que tu ne le regretteras pas... Je... j'ai besoin de … »


Un air d'opéra dans la pièce. Angélina referma les yeux, se souvenant avec délice de la dernière fois qu'elle avait écouté ce morceau. Blottie dans son fauteuil, chez elle, dans son école. Son école de danse, le rêve de toute sa vie, les réceptions, la vie mondaine qu'elle aimait tant. Ses amies, Ange Dawster, Prudence Hamilton (qui avait une animalerie qui marchait très bien!), Gladyss Molovitch … « L'envol de L'oiseau bleu » représentait tout ce qui lui était cher. Il ne symbolisait pas le bonheur, non, il personnifiait une vie tumultueuse et pleine de rebondissement.
Elle prit le verre qu'il lui tendait, le goûta avec parcimonie. Ce n'était pas de l'alcool. Une potion... elle ne se rappelait plus très bien ce que c'était. Ah si ! Bien sur. Une potion calmante. Pas bête de sa part. Il avait la tête sur les épaules.
Elle était une femme mûre, maintenant. Pleine d'habitudes douteuses, mais elle était sûre de ce qu'elle voulait faire. Mener sa vie comme elle l'entendait.
Cela paraissait si simple quand on le pensait, mais beaucoup moins quand il s'agissait d'agir. Maintenant, il s'installait à côté d'elle, il lui tendait un autre verre. Par Merlin, qu'est-ce qu'il était mignon ! Toujours un peu baroudeur, un teint qui brillait un peu, ses cheveux noirs étaient coiffés à la va-vite. Étais-ce son corps à elle qui s'enflammait comme ça ?

Bon, décidément elle ne changeait pas. Même dans les pires moments, elle se trouvait inévitablement distraite par autre chose – disons, un beau mâle qui lui donnait envie de se comporter en bêcheuse.
Il reprit la parole. Il possédait une voix si chaude.. onctueuse et masculine. Il promena sa main sur son cou, sous ses cheveux, là où les cicatrices étaient visibles.
Mais au lieu d'éprouver la répugnance qu'elle avait toujours manifesté lorsqu'un homme la touchait, elle avait envie de prolonger ce contact. Et malgré son air grave, ses yeux bleus semblaient rire.

- « Tu devrais déposer plainte pour maltraitance conjugale. »

L'ancienne directrice de danse baissa ses yeux, aussitôt sur la défensive. Mais il n'était plus temps d'avoir peur. C'était le moment où jamais de mettre en branle son fameux plan.
Elle prit une voix fragile, très douce, à dessein. Tout en parlant, elle relevait un regard de chatte, un peu enjôleuse – sa beauté n'était pas tout à fait éteinte, après tout. Et plus que jamais, elle avait besoin d'un allié sûr.


- « Je trouve ça infamant...! Avant tout, je veux mettre ma deuxième fille en sécurité. Il faudrait aller la chercher... Accepte de m'aider, s'il te plait... c'est la jumelle d'Elisabeth, Julia-Ann. Je n'ai plus ma baguette. J'ai besoin de toi, Aed. Je te promets que si tu m'aides à agir, je te donnerai ce que tu veux. 

-  Je ne vend pas mon aide à des amis. Qu'est-ce que je peux faire? »

Elle avait l'habitude de monnayer les choses, maintenant. Mais là, visiblement, ce n'était pas le cas. Elle se détendit un petit peu. Elle maitrisait la situation, pour une fois.

- « J'ai un plan pour aller récupérer ma fille. Si tu acceptes de nous loger cette nuit, on partirait dès demain pour le ministère. On ira retrouver ma demi-sœur, ou peut-être mon frère. Il s'est marié avec une australienne, je crois. »

Un bref instant, Aed se demanda pourquoi elle ne parlait pas du bébé. Mais bon, c'était vrai que pour l'instant, ils avaient d'autres elfes à fouetter. Il était secrètement amusé de l'attirance qu'elle semblait éprouver pour lui, et de son petit jeu pour le séduire. Ce n'était pas la seule – il était attirant, et il le savait très bien. Mais c'était la première fois qu'une femme combinait à la fois la beauté mûre, le besoin et le charme juvénile de l'avoir connu beaucoup plus jeune.
Il retroussa les manches de sa robe de sorcier.


- « Tu préfères Londres ou l'Écosse ? 


Elle lui dédia un grand, un vrai sourire.
L'Écosse, pardi. Elle avait toujours aimé cette terre battue de vent, de landes interminables et de forêts sauvages. Angélina se sentait tellement mieux maintenant !
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MessageSujet: Re: [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)   Ven 15 Oct - 13:56:49

Premiers pas vers le futur

Après un autre petit verre de gin à la cerise, elle avait été chercher sa fille. Aussitôt celle-ci en sécurité dans le loft du médicomage, ils étaient partis tous les deux en transplanant … pour atterrir dans le parc de la somptueuse résidence des Craft.
Débordant de fleurs et d'arbres centenaires, l'espace privé de la résidence semblait merveilleux, au prime abord. Des petits chemins de marbre sinueux menaient à des mares remplies de poissons et d'hippocampes, tandis que des statues antiques surplombaient un enclos d'oies dorées comme sculptées d'or pur. Des charmants massifs de verdure semblaient dormir au soleil, comme autant de bijoux naturels sagement posés hors de leur boite. Pourtant, quelque chose clochait... dominant l'air ambiant comme une sombre malédiction. Nul bruit d'animaux ne résonnaient dans la brise soudain glacée qui venait de se lever. Rien, juste leur silence de leur pas, et cette ombre, cette ombre qui avançait vers eux, ainsi qu'une mer mouvante, emplie d'obscurité.
Une gargouille grimaçante ricana sur leur passage, tandis que le manoir se dévoila enfin, dépouillé de la grandeur printanière de son cadre floral, aberration sordide d'un esprit malade et cruel. Construit de roc noir, il semblait en émerger une brume sombre et gelée. Une porte antique en formait l'entrée, structure ovale imposante, couverte de symboles cabalistiques. Sur les côtés, des colonnes formaient une masse de visages grouillants, inventaire morbide et exhaustif des différentes tortures moyenâgeuses. Un chœur de gémissements s'en échappait faiblement.
Aed eut un sursaut de dégoût. Baguette braquée devant lui, il emboîta le pas à sa compagne, en s'assurant que la porte resterait entrouverte derrière eux. Il ne tenait pas vraiment pas vraiment à rester enfermé ici... il régnait un parfum de magie noire : ça n'augurait rien de bon.
Ils s'engagèrent dans un couloir sombre. La jeune femme courait presque ; elle s'engagea brusquement sur la droite, actionnant d'une main sûre une armure rouillée qui tourna sur elle-même en grommelant. Un tableau cria, trouant le silence. Vite, Angélina referma le passage derrière eux.


-« La chambre des filles est en haut, près de la tour de leur père. Il faut faire vite. Pénombre n'est pas au manoir aujourd'hui. Mais Cairus va être prévenu par le tableau du soldat qu'un intrus est entré dans la maison. Viens vite ! »

Aed acquiesça en silence. La partie n'était pas gagnée.
A tout instant, il s'attendait à ce que la situation explose. Avançant avec précaution, il se mit devant son amie pour monter l'escalier qui, dans la semi-obscurité où ils se trouvaient, semblait sans fin. Sous ses pieds, brusquement, un petit déclic. Deux bras le retinrent en même temps que la trappe s'ouvrait, et il trébucha en avant. Il remua les orteils, alors qu'un couinement lointain de souris retentit, dans un écho lointain. Le guérisseur enleva la sueur de son front. Le sol était peut-être froid sous la plante de son pieds – il y avait laissé sa chaussure droite – mais il était vivant. D'un geste circonspect, il examina la fausse marche et retint une grimace. Des piques ! Ces gens étaient fous. Et paranoïaques. D'ordinaire, on ne piégeait sa propre maison que pour des raisons précises de sécurité : mais il fallait que la famille Craft avait de sérieux secrets à cacher. Et une réputation des plus louches manifestement amplement méritée...
En silence, ils repartirent. Cette fois-ci, ce fut Angélina qui enleva ses chaussures, les reliant par les lacets. Aed testait chaque marche, ce qui ralentit considérablement leur progression.
Sur le deuxième palier, elle posa une main sur son épaule, puis lui fit signe de se taire. Murmurant un mot (« Cardio »), l'ancienne adepte d'Helga poussa un battant... derrière lequel un homme attendait, un sourire narquois aux lèvres.
Derrière lui, la silhouette fluette d'une gamine se découpait à la lumière vacillante des bougies.

Le guérisseur de Ste Magouste fixait intensément Cairus. Il ne voulait pas initier le combat, même s'il le savait inévitable. Mais à son grand étonnement, ce dernier éclata de rire, en abaissant sa baguette.
Peut-être qu'il s'était laissé finalement fait avoir par Angélina et que tout ceci n'était qu'une vaste farce de mauvais goût. Mouais... Il avait quand même tendance à penser qu'une famille anciennement soupçonnée de fortes accointances avec le défunt Lord Noir affichant des moldus torturés comme décoration à ses portes n'était pas forcément des plus nettes, ni des plus respectables. Étrangement, madame Craft ne semblait pas réagir. Elle était devenue aussi passive et immobile qu'une statue, tandis qu'elle baissait la tête en retenant son souffle. Elle s'était dégonflée, manifestement.


- « Mes chers amis... Nous vous attendions, ma chère petite-nièce et moi... Je savais que ma si douce Angélina n'était pas aussi sotte qu'elle en avait l'air. Et puisque son intention est visiblement de récupérer sa fille, je ne vois pas pourquoi je vous en empêcherait. Les femmes sont d'une telle inutilité... Pars, mon enfant, si tu le désires. Va crever dans ta misère. »


Il avait une voix bonhomme, mielleuse et forte. Elle semblait déplacée sur cette façade sèche et maigre, qui sentait assez fortement l'huile de rat musqué, connue pour ses propriétés de conservation des morts.
Il leur tourna le dos avec négligence, poussant la fillette ébahie vers sa mère médusée. Elle n'avait pas pensé que ce soit aussi facile... Pénombre n'avait pas d'enfants... Pourquoi faisait-il cela ? Saborder lui-même sa famille était proprement impensable.
Une voix enfantine résonna brusquement dans le couloir, rendue aiguë par la terreur et par la rage.


- « Je ne veux pas partir avec mère et son amant ! Ne m'abandonnez pas à eux ! »

L'enfant s'accrocha à son grand-père, avant qu'une gifle vigoureuse ne vienne s'abattre sur sa joue, la faisant tomber par terre dans un bruit mat. Julia-Ann renifla, essuyant les larmes de ses yeux rapidement, avant de se relever, une moue haineuse figée sur son visage.
Obéir aveuglément, voilà toute l'essence de son éducation. C'était si dur, elle avait envie de se battre et d'hurler sa colère ! Mais pour l'heure, elle n'avait pas vraiment le choix. Le terrible chef de famille faisait peur à tous, une peur abjecte, servile. Ainsi, ils étaient tous des esclaves dans ses mains et celles de Pénombre... tout leur honneur tenait dans cette capacité à les servir au mieux, pour la grandeur de la famille. Et sa « mère » détruisait tout. Elle n'était pas digne du nom des Craft !
L'inconnu s'avança. Il était resté silencieux jusque là, mais il se mit à sa hauteur, les yeux froids, en la fixant de toute la puissance de ses yeux bleus. « Malheureusement, tu n'as pas le choix, et je te conseille e faire contre mauvaise fortune bon cœur . » … et il avait raison, à son grand dam. Puis elle le regarda se redresser, et observer sa mère qui s'était déjà retournée, comme pour partir, en silence.

Aed était lui aussi un peu perdu. Angélina repartait avec sa fille qui semblait la haïr, mais ne se préoccupait pas de … son fils ? Il reprit la parole, cette fois-ci avec fermeté – et beaucoup d'indignation.


- « Non mais, vous vous êtes regardés ? On ne repartira pas avant d'avoir le fils d'Angélina avec nous aussi. »


Le vieillard éclata d'un rire malsain, l'air enchanté de cette comédie délicieuse dont il était le maitre, tandis que l'ancienne Poufsouffle se figeait, la nausée montant à l'intérieur de son œsophage. Le puzzle se reconstituait à la vitesse de l'éclair dans sa tête, à la vitesse de la folie. Dans ce couloir aux lueurs vacillantes, aux couleurs fanées et poussiéreuses qui respirait la débauche, le meurtre et le mensonge, elle n'avait plus rien à perdre. Elle avait déjà gâché sa vie entière pour satisfaire le désir dément de son père de la voir marié à un Sang-Pur, et elle s'était brisée au contact de cette famille infâme, la plus dangereuse d'Angleterre – à raison. Ils la tenaient, par le Serment Inviolable prononcé le jour du mariage. Elle ne pouvait pas nuire aux Craft de quelque manière que ce soit ; tout ce qu'elle désirait maintenant (à part des envies de massacres impossibles à assouvir) c'était la paix, au moins. Négocier ? C'était s'abaisser encore, ramper aux pieds de son tourmenteur pour mieux le satisfaire. Jamais il ne lâcherait son unique héritier mâle, fut-il issu de la branche cadette, aussi facilement. Celui dont elle avait été séparé si longtemps, qu'elle ne connaissait même pas. Mais c'était son propre fils ! Il ne fallait pas qu'il grandisse dans cet univers, surtout pas. Mais son seul espoir était qu'Aed se réveille et qu'il maitrise cette satanée momie, et qu'on en finisse enfin. Après, quand il serait mort, elle serait libre de tuer elle-même Pénombre, si possible en la laissant souffrir jusqu'à l'agonie. Perverse comme elle était, elle trouverait probablement cette fin parfaite.
La voix de Cairus, puissante et autoritaire, retentit à nouveau, interrompant ses réflexions, tandis que sa baguette de bois blond se relevait lentement dans leur direction.


- « Je n'aimerai pas être contraint de recourir à la force pour vous faire partir d'ici. Mais je n'hésiterai pas. Vous n'êtes plus guère plus que des importuns, maintenant. »


Mais la colère prenait le pas. Elle avait les larmes aux yeux. D'un mouvement brusque, Angélina Craft réagit enfin, s'avançant d'un pas nerveux, ses traits mûrs et racés contractés sous l'effet du dégoût, du mépris et de l'envie de vengeance. Cela suffisait ! Il désirait qu'elle s'abaisse, très bien. Mais il devrait l'enfermer à nouveau pour qu'elle se taise enfin. Pour ses filles, pour elle-même...


- « Vous n'avez aucun droit sur mon fils. Vous n'aviez aucun droit de me cacher la vérité, pendant... »

Une main se posa sur son épaule, la ramenant au silence. Elle allait trop en dire ; briser son Serment. Cet horrible Serment qu'elle regrettait tant. Et une voix froide comme la glace s'éleva dans l'air électrisé de tension.

- « Il a raison, An'. Tu devrais repartir avec Julia-Ann en dehors de tout ça... Je règle ça. »

Son ancienne camarade de classe obtempéra, tirant sa fille par le bras, la sortant de sa catatonie, pour dévaler l'escalier avec vivacité, laissant seuls les deux hommes, armés chacun de leur baguette. Derrière elle, le silence.
Ils se regardaient fixement, l'un hostile, l'autre presque négligent, mais ce fut ce dernier qui attaqua en premier.


« Glisseo ! »


L'escalier se transforma en un vaste toboggan. Il allait tomber... Il pouvait entendre les cris des deux femmes, au loin, se répercutant encore et encore, à travers l'écho de leurs voix aiguës. Il se rattrapa au dernier moment au montant d'une gargouille, qui se met à grimacer de fureur. Aed agita maladroitement sa baguette, et son stupéfix rebondit sur la gargouille, avant de toucher le vieillard à la tête. Celui-ci tomba lourdement sur le sol, les yeux fermés.
Vite, il était temps. Il entendait déjà d'autres pas dans le couloir ; c'était le moment de cacher le corps. Le vieillard était mort, un peu de sang gouttait de sa bouche. Il le déposa dans la première pièce qu'il put trouver, ferma la porte, et regagna le couloir.
Au moins, ça, c'était de l'aventure ; le genre d'aventure qu'il appréciait, même si pendant un bon moment, il avait clairement vu que Cairus hésitait à le tuer. Aed doutait que ce fussent les scrupules qui l'en avait empêché – probablement, il redoutait plus qu'on suive la piste d'un autre Sang-Pur, qui puisse aboutir sur un cadavre dans leur propre maison. A moins qu'il ne fut devenu complètement sénile et qu'il ne désire plus que la mort en embêtant une dernière fois un freluquet dans son genre.
Un elfe de maison passa, en courant, en prenant soin de l'ignorer complètement.

Voilà qui était sa chance ! « Jambencoton »... Le sort tomba directement sur la créature qui s'affala comiquement sur le sol, en bredouillant de terreur. Il se ratatina sur lui-même misérablement, cachant son visage poupin et sombre lorsque la main du guérisseur le souleva par sa loque crasseuse pour le ramener à sa hauteur.


- « Le maîître... ne veut pas que ses esclaves parlent aux étranggeeers.... Sopin obéit au maîîître.... 
-  Aed ! N'essaie pas de leur parler, ils ne te répondront pas. Viens..J'ai ramené la petite chez toi. Allons plutôt chercher mon fils. Je connais bien ce manoir. »




Épilogue



Angélina peignait ses longs cheveux cendrés. Assise devant sa coiffeuse, elle se préparait tranquillement à la réception qu'elle avait préparé avec ses meilleures amies.
Et poussa un soupir de bonheur.
Demain serait son jour officiel de réouverture de Dream's Pearl, l'école de danse pour jeunes sorciers et sorcières du monde magique. Son œuvre, à elle. Curieusement, elle n'était plus si excitée que cela par son projet. Elle avait en charge un enfant de plus – et son mari, Keith Craft, avait pu être enfin transporté à l'hôpital, pour y être interné dans de meilleures conditions. Avec des médicomages compétents à portée de main.
Pénombre, elle, purgeait une peine à vie à Azkaban, et son souvenir, s'il était loin de s'estomper, devenait plus lointain que jamais. Et faisait d'elle une des premières fortunes du pays au passage, en conjuguant la moitié de l'héritage des Fowl et celui, entier, de la famille Craft. Elle s'était cependant hâtée de faire détruire l'ancien manoir pour en faire reconstruire un, à l'identique de la demeure familiale qui avait bercé son enfance. Elle avait bien l'intention de laisser le passé derrière elle, pour reconstruire quelque chose de beau.

Et qui sait, une fois Keith mort, peut-être saurait-elle convaincre Aed de partager sa vie... ce qui paraissait bien parti.

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